‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 23 sur 63 · LORD BYRON · texte numérisé non relu

LORD BYRON

» Parlez.

» J'aime qu'on pense, et non pas que l'on rêve. » J'aspire à voir le monde où Dieu nous plaça tous , » Peuplé d'êtres actifs , non de sauvages fous. V Je veux des citoyens, des époux, et des pères, » Instruits de leurs devoirs , veillant à l^urs affaires , » Et rendant à l'état ce qu'ils tiennent de lui ; » Non ces jurés pleureurs, ces professeurs d'ennui , » Ces amateurs de deuil dont la sombre manie » Au sein des visions promène leur génie , » Malheureux sans malheur, tristes sans désespoir, » S'exiiant au désert sans quitter leur boudoir.

Lord Byron répond d'une manière Irès-bril-

DE MADAME. DE GEiMJS. t5^

lante, mais en misanthrope athée, il termine ainsi cette tirade :

« J'ai visité la terre, où j'ai cherché des hommes ; » Elle n'en porte plus : sur son aride sein

» Plus d'amour, d'amitié, de grâces , de génie , » C'est du monde expirant la stupide agonie.

■ Eh hiçn ! il faut tenter, fût-il à son déclin ,

» Ou de guérir ses maux , ou d'adoucir sa fin.

» Poëte , oubliez-vous votre saint ministère?

» La lyre est dans vos mains pour consoler la terre.

» Vous devez aux mortels, jusqu'à leur dernier jour,

n Des leçons de vertu , de concorde et d'amour.

» Parlez : que diriez-vous d'un pilote en délire ,

» Qui , d'écueils en écueils , prêt à voir son navire,

» Poussé par tous les vents, s'enfoncer dans les flots,

» Loin de les diriger, riroit des matelots,

» Et, glaçant leur espoir, en troublant leur courage ,

» Leur montreroit partout une mer sans rivage?

Je supprime avec beaucoup de regret dixhuit beaux vers , et la réplique de lord Byron , ainsi que la dernière réponse véritablemcnl admirable de M. Fontanes.

Alors lord Byron s'écrie :

« Ah ! je vois qu'entre nous il n'est point de traité ! u Vous chantez le devoir et moi la liberté.

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» Vous courtisez encor, dans les formes prescrites , » Votre antique Apollon , vos muses décrépites. » Quittons-nous : mais tremblez ! le classique est bien bas. » Le monde est sous mes lois.

yOMTAJSES.

» Il n'y restera pas. »

C'est ainsi que finit ce dialogue inimitable ; cette brillante et originale production est parfaitement bien placée dans un journal si digne d'éloges à tous égards.

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