CHAPITRE XVI
Dos différens yeuies de Poésie en f>éiiéi'al.
Nous n'avons point de meilleurs poëmes lyriques que ceux de Quinault (les chefs-d'œuvre du genre), de Lamothe, de Danchet ', de
' 0:i trouve dans 1 un de ces opéras ( fcs Vanaïdes), une
Bernard, les poésies lyriques de Racine, les chœurs d'Athalie et d'Esther, sont aussi des modèles parfaits en ce genre , auxquels M. de Voltaiie n'a jamais pu s'élever même au second ranpj : il semble néanmoins qu'un opéra soit beaucoup plus facile à faire qu'une trap;édie , puisque cette espèce de poëme n'est point assujétie aux règles sévères des trois unités, de lieu,
sx:i ne vciitaLlcmcnt sublime et toute entière de son invention : Ilypermnestre vient , par un serment irrévocaT hU , d'unir sa destinée à celle de Lincée ; l'autel de riiynioli est suivie théâtre ; après la cérémonie , Ilypermnestre reste seule sur la scène, elle attend Danaiis , son père, qui doit lui révéler un secret important; Danaiis survient, il commence par annoncer à sa fille que sa sûreté , sa vie sont attachées à la chose qu'il va lui demander, qui dépend d'elle, et qu'il exige, qu'avant de lui dévoiler ce mystère , elle fasse le serment de l'exécntcr, ce qui lui sera très-facile : à ces mots, Hypermnestrc , exaltée par le sentiment filial le plus pur, s'élance vers l'autel de l'hymen, sacré pour elle, où elle vient de donner sa foi à son amant, et elle y prononce avec autant d'impétuosité que d'énergie le serment mystérieux, exigé par son père, et ce serment est d'iinnioler i'époux
qu'elle adore î Voilà, sans doute, la conception la
plus neuve et la plus tragique, et qui, même dans une f:ragédie , produiroit un grand effet.
■(Noie (le l'auteui .)
de temps, et d'action, et qu'il admet tous les sujets tirds de la fable et de la féerie; mais il exige aussi une grande facilité de versification dans toutes les mesures de vers, et l'habitude constante des vers alexandrins a souvent privé de cette facilité de très-grands poëtes , entre autres , M. de Voltaire et l'auteur illustre de la traduction en vers des Géorgiqiies. M. de Voltaire a toujours, comme on sait, échoué dans le genre de l'ode qui demande particulièrement de la facilité, de l'harmonie dans la facture des petits et des grands vers, enfin une grande élévation d'âme et un véritable enthousiasme. Après les odes du grand Rousseau les meilleures que nous ayons sont de M. Le Franc de Pompignan ; on peut citer aussi avec éloges quelques strophes deLamothe, et plusieurs odes entières d'auteurs tout-à-fait de nos jours.
Quant aux poèmes épiques je n'en ai point parlé parce que je n€ pourrois citer comme modèle en ce genre que des poèmes antiques ou faits dans des langues étrangères; mais nous en attendons deux, Philippe Juguste qui va paroi tre, et Jeanne d Arc : ces deux ouvra^^es achèveront de compléter notre gloire littéraire nationale. Les talons déjà si bien prouvés de
M. Pcrceval de Grand-Maison, font attendre avec une juste et vive impatience son poëme de Philippe Jw^uste ; j'ai déjà parlé plusieurs fois de Jeanne cVJrc, beau sujet si indignement profané et dont un^ femme religieuse, royaliste et françoise s'est si légitimement emparée.