‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 40 sur 63 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

FiEii de son v.iin éclat et de sa transparence,

Durant uu hiver rigvoureux, Un Glaçon, suspendu sur une roche immense,

Avec orgueil et complaisance Osoit se comparer au Cristal prrcieux Que le roc enferrooit dans ses flancs caverneux.

— Phénomène de la nature ,

Que je suis, disoit-il, hrillant et radieux!... Le Cristal, il est vrai , peut servir de parure,

Et décorer les palais somptueux ; Mais il doit tout à l'art, et sans la main habile

Qui le façonne, le mutile,

Pour dérober à tous les yeux

Ce qu'il a de défectueux,

Que seroit-il ? une pierre inutile

Qui u'auroit rien de merveilleux.

Et moi, sans le secours de l'humaine industrie,

Quand la campagne est stérile et flétrie, Je brille sur les champs, sur les monts orageux ^ Sur le ruisseau de la prairie.

— Quoi ! dit à son tour le Cristal, Fragile et froid Glaçon, tu pousses la sottise

Jusqu'à te croire mon rival !

Nul ne t'a façonné. Mais que pourroit-ou faire D'un si mince sujet ? la main la plus légère

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Voudroit vainement te polir ; Elle ne pourroit obtenir Qu'un travail ridicule, enfin.... que de l'eau claire. Abjure donc l'erreur grossière D'une stupide vanité, Et reconnois la nullité De ton existence éphémère.

Je le sais, tu peux éblouir; Cesse de t'en enorgueillir , Puisqu'un seul des rayons d'une vive lumière

Suffira pour t'anéantir.

Sous le voile léger de cette allégorie. Qui ne reconnoîtroit les auteurs sans talens , Vides de sens et pleins d'effronterie , Toujours glacés et toujours arrogans, Dévorés d'une basse envie , Et qui, dans leur folle manie, Courant après l'esprit, prennent les faux brillans Pour les dons heureux du génie!

Mais le flambeau de la raison Sait dissiper l'illusion De leur orgueilleuse chimère, Et cette clarté salutaire, Que nul d'eux ne peut soutenir , Fait aussitôt évanouir Lexir célébrité passagère.

Il me reste à parler des pièces jw^Uives en vers; ce genre comprend toutes les épi très , toutes les petites pièces de société , impromptus, quatrains, etc. M. de Voltaire est cité, à cet égard , comme l'auteur des plus charman-

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tes productions de cette espèce; mais tous les littérateurs impartiaux n'accorderont cette place qu'à Gresset. M. de Voltaire n'a point fait de pièces fugitives que l'on puisse comparer à lepître sur la Convalescence, à la Chartreuse ,di Vert-vert, et même à plusieurs épitres de M. de Saint-Lambert, et même à celles de quelques auteurs modernes. L'épitre si vantele des Tu et des Vous de M. de Voltaire , outre qu'elle est très-licencieuse, manque d'intérêt , de vérité et ne peint absolument rien ; son épître du Mondain, très-immorale , n'est qu'un vrai plagiat , comme je l'ai prouvé ailleurs ; ses pièces de société sont très-médiocres , plusieurs même sont indignes d'un nom si fameux , et entre autres les vers qu'il a faits pour madame Dubocage, et ceux qu'il adressa au roi de Prusse , qui lui avoit envoyé des pilules purgatives.

Les chansons et les vaudevilles sont passés de mode , parce que la politique nous a privés de la gaieté franche et presque toujours innocente , qui en faisoit tout le sel et qui formoit Tun des caractères distinctifs des François -

raÔO MÉMOIRES

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