CHAPITRE XIX
Du Style épistolaire.
Nous devons au siècle de Louis XIV des modèles en tout genre , et dans le genre épistolaire, ainsi que dans tous les autres. Sans parler des Lettres de madame de Sévigné , celles de madame de Maintenon sont parfaites; et celles de madame de Coulanges et de son mari, et de plusieurs autres, sont charmantes. Ce genre perdit beaucoup sous la régence et dans les premières années du règne de Louis XV. Parmi les hommes de la cour de ce temps, les seules lettres dignes d'être citées sont celles du chevalier de JSouflers ; et dans le moment actuel, il existe beaucoup de personnes , et entre autres plusieurs femmes , ([ui écrivent des lettres avec un talent très-remarquable.
En général les auteurs, et même les plus célèbres, ne sont pas ceux qui écrivent le mieux les lettres de société; parce que leurs occupations ne leur permettent pas de les
écrire avec soin, et que d'ailleurs ils réservent leurs meilleures idées pour leurs ouvrages. Les lettres de J.-J. Rousseau, de Voltaire sous le rapport du style et des pensées, sont Tort médiocres, et presque toutes sont dépourvues de charme et de grâce.
On dit que le style épistolaire doit être coupé; mais ce principe, comme règle générale, seroit fort mauvais. En ceci, comme dans tous les autres genres, le style doit être celui qui convient au sujet qu'on traite. Si, sur une mort ou un événement tragique , on écrivoit une lettre de coinpLlmcnt en stjle coupe y on auroit un Ion sentencieux qui seroit ridicule. Une lettre dans laquelle on exprimera de tendres sentimens, ne sera jamais dansée style , qui, en lettres, n'est bon que pour conter avec légèreté des nouvelles et des anecdotes.
Voici quel étoit avant la révolution le protocole des lettres.
Les hommes donnoient le moîîseigneur aux maréchaux de France, et finissoient ainsi : Je suis avec respect, etc. \ Les femmes écri voient seulement. Monsieur le maréchal , et n'em-
• Je suis ai'€c resjjcct ctoit plus respectueux qut pro-
ployoicnt le mot respect que pour les parcns auxquels on en doit, pour les princes du san?}, pour les vieilles femmes et pour les princesses étran^jères du sang royal. Hommes et femmes, avec leurs égaux, se servoient de cette formule : fai r honneur cVëire votre, etc.; avec les inférieurs , je suis très-parfaitement votre , etc.; car on avoit de la politesse avec tout le monde. Tous les hommes dévoient placer le mot respect dans les lettres écrites à des femmes. Les princes du sang ne se dispensoient pas de cette espèce d'urbanité. On a substitué à tout cela, les sentimens distingués ^ la haute considération j les civilités respectueuses, etc. Quand on saura bien posilivement comment il faut distribuer ces formules, on trouvera qu^'eîles valent bien les anciennes, pourvu que l'on conserve seulement le respect pour les femmes. Les vieillards tiennent encore, par liabitude , à Vohéissatice des serviteurs et des servantes. Cependant, il faut convenir que cette humilité est un peu forte : l'exagération des formules étoit extrême autrefois. Du temps
fond respect ^ parce que cela signifioit que ce qu'il y avoit de plus forcé eu ce seus ailuit sans dire.
^ ?û>le de rduicur.)
DE MADAME DE CE N LIS. ^{jg
do Louis XllI on disoit presque toujours à la fin de ses lettres , qu'on etoit avec passion ; Balzac termine ainsi toutes ses lettres. Au reste, il vaudroit mieux être passionné que seivile; mais il vaut encore mieux être vrai , et il est certain que des formules évidemment exagérées et menteuses sont mauvaises; ainsi nous n'en avons jamais eu de bonnes.