‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 46 sur 63 · lÉ>IOIRES · texte numérisé non relu

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ce qui a fort augmenté le nombre des ennemis que les auteurs célèbres ont à redouter. Jadis les gens de lettres trouvoient à la cour et dans la société des juges sans partialité ; maintenant ils n'y trouvent que des rivaux , parce que tous les gens du monde sont auteurs. Enfin , je dirai au jeune auteur qui débute : tant que l'on n'attaquera que vos ouvrages, ne répondez jamais à moins qu'on n'en fasse de fausses citations; mais nul auteur ne doit passer sous silence une insulte personnelle, faite dans un journal public approuvé par le gouvernement. Il est indigne d'un homme d'honneur d'user de représailles et de répondre par des personnalités; mais attaquez alors les ouvrages de vos ennemis ( les sujets de critique ne manquent jamais ),* que ce soit avec autant de justice, d'exactitude que de sévérité, et continuez tant qu'ils vous insulteront. S'ils s'arrêtent enfin , arrêtez-vous ; s'ils vous offrent quelque satisfaction, recevez-la. Les muses n'ont point de fiel; celui qui les aime est sans rancune. Vous aurez agi, non par esprit de vengeance , mais pour l'honneur des lettres et l'intérêt de la littérature. Aussi, tâchez de généraliser assez vos critiques , pour qu'elles y

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soient utiles sur quelques points, ou par des réflexions nouvelles , ou en rappelant aux bons principes. Ne faites jamais d'avances à vos ennemis ( ils prendroient la générosité pour de la crainte ), mais ne repoussez point celles qui vous seront faites ; ne provoquez personne , oubliez de bonne grâce et de bonne foi les torts et les satires ; aimez la paix si nécessaire aux études littéraires; que vos réconciliations soient toujours franches et sans réserve; mais, quand il le faudra, soyez toujours prêt à combattre avec fermeté, vigueur et persévérance. En suivant cette route honorable, et surtout en conservant jusqu'au bout une plume courageuse et pure, vous arriverez au dernier terme avec l'estime publique, et, ce qui vaut mieux encore, avec l'heureuse paix d'une conscience satisfaite. Sur la fin d'une carrière orageuse , le passé , pour un homme de lettres qui a été laborieux, n'est plus que dans ses productions; presque tout le reste s'est effacé de sa mémoire avec les passions anéanties par le temps; sa vie spirituelle est toute entière dans ses ouvrages ; puisque c'est là qu'il a déposé ses opinions , sa raison , ses sentimens , son àme, il ne laissera pas seulement après lui

une vile poussière ; il a coiiHé , au inonde qu'il va quitter, une portion de son imFTiortalitë. Heureux si, en parcourant ses nombreux écrits , il y trouve toujours une morale saine, uniforme et des pensées généreuses î

Cependant malgré la décadence qui depuis trente-cinq ans fait gémir tous les vrais amis des lettres, on peut, à IVpoque où nous sommes actuellement, concevoir d'heureuses espérances pour l'avenir, puisqu'elles sont fondées sur plusieurs beaux ouvrages qui ont paru à la fois ou successivement dans ces derniers temps.

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