‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 53 sur 63 · TOME VIII; tirf · texte numérisé non relu

TOME VIII; tirf

3o6 MÉMOIRES

Nous voulons de la renommée , Nous voulons surprendre, éblouir, Tout n'est que vent et que fumée , Tout doit passer, il faut mourir!,.

A tout âge et dans la jeunesse Tout nous entretient de la mort ; Cette ijnage nous suit sans cesse Pour nous annoncer notre sort.

Même dans nos brillans parterres, Au milieu des riantes fleurs. On voit des arbres funéraires , Des cyprès, des saules pleureurs!

Songeons donc à la fin dernière -, C'est s'occuper de son bonheur ; Car dans les ci eux et sur la terre , Il est dans l'amour du Seigneur.

Sans nul orgueil solide et belle , Parmi ecs fleurs de quelques jours , S'élève la douce immortelle , Qui doit plaire et durer toujours.

Ah! que cette plante chérie.

Présage de félicité , Retrace à notre âme attendrie.

Une heureuse immortalité.

De la dangereuse ciguë « Et de tous les autres poisons, Ah! ne détournez point la vue, Ecoutez aussi leurs leçons.

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Ils vous diront que sur la terre , La suite du péché fiital <3ui perdit notre premier père, Fait rencontrer partout le mal.

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Telle est la funeste origine De la souffrance et du malhemfy Pour nous la clémence divine Daigne en tempérer la rigueur.

La sainte et céleste assistance Nous fait vaincre nos passions ^ Et des plantes la connoissance Brave le venin des poisons.

Sur ces sinTples que votre vue , Tombe avec attendrissement, Leur vertu puissante et connue, Inspire plus d'un sentiment.

Ils ont soulagé la souffrance Ou d'une mère ou d'un ami, Ou, prolongeant notre existence, C'est nous-mêmes qu'ils ont guéri.

Combien de plantes salutaires , Et remèdes à tant de maux , Nous devons aux missionnaires , A leurs charitables travaux !

Leur zèle admirable et prospère, Que nul péril n'a rebuté, Transporte aux Indes la lumière Et nous rapporte la santé.

Ah! que notre reconnaissance.

En contemplant tous ces objets, Égale le bienfait immense Dont nous éprouvons les effets.

Bénissons la main souveraine , Qui pour nos maux multiplia Le bouillon blanc, la marjolaine.

Le tilleul et le quinquina.

3iO MÉMOIRES

Nommons encor le capillaire y, La chicorée et le safran ^ , Le raifort et la fumeterre , L'ail, le cerfeuil et rorigan.

Rappelons aussi le pas-dâne^ La véronique , le cresson , La calmante valériane , Et l'utile dent-de-lion.

N'omettons pas le primevère, Le thym, l'euphraise , le barbeau Et la béchique scorsonère, La camomille et le sureau

* La moj't ou mors du safran est à l'égard de plusieui^ plantes ce que la peste est aux hommes ; elle est contagieuse , elle attaque sous terre l'ognon, ce qui fait périr la plante dont le mal se communique à toutes celles qui l'avoisinent : il parole que le mors est une plante parasite qui, comme la truffe, naît et vit sous terre j elle est l'emblème de la perfidie.

(Ko»e Je l'atitcur. )

DE MADAME DE GE^LIS. 5l

La Ijojité suprême et sacrée Nous donne encore le pavot , Et la menthe et la centaurée , Les oranges , le mélilot.

De la nature l'éloquence Nous rappelle ainsi chaque jour, Que pour Dieu la reconnoissancc Est un devoir comme Famour. ,

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Du nos toc les métamorphoses , L'art puissant de se transformer, Disent que l'homme , en toutes choses , Pourroit aussi se réformer ^ .

• La trcmclla nostoc ou JloscuU étoit employée par les alchimistes pour préparer la pierre philosophale : elle se transforme eu plusieurs autres plantes analogues, et luates CCS plantes se transforment les unes dans les autres.

( Wolc tle l'aulcur.)

La merveilleuse fraxinelle

Tout à coup paroît tout en feu.

Qu'à votre cœur elle rappelle

La vive ardeur qu'il doit à Dieu.. *

Du feu du ciel la capucine Donne quelquefois des éclairs.

Qu'un feu si pur vous illumine Lété, 1 automne et les hivers '*,.

Le mancenillier formidable , Si redouté du voyaiïeur , Est un témoiiïnaire admirable De la bonté du Créateur.

Cet arbre fatal et tragique, Dune triste célébrité,

' C'est la fille de Linné qui a remarqué la première que quelquefois , au mois d août , la capr.cine donne des ^plairs; il en est de même du souci.

( i\'ule tle l'auteur.)

DE MADAME DE GE>LIS. ^lif

Est vénéneux et narcotique, Mais l'antidote est à côté.

Aussi trompeur que les nuages , Plus terrible qu'un ouragan, Il croît toujours sur les rivages Pe l'immense et sombre Océan.

Du profond sommeil léthargique Causé par son exhalaison , L'eau des mers est le spécifique Et l'unique contre-poison.

Valisniéra surprenante , Confonds i^ar ta fécondité Les discours , l'audace insolente , De l'aveugle incrédulité ^ .

' Cette plante croît aux Indes , en Italie et dans le Rhône, Ses feuilles sont plongées dans l'eau. La valisniéra tient par sa racine au fond des eaux, et croît dans des fleuves dont les eaux sont sujettes à hausser et baisser, î-a nfiturc de la plante demandoit que la fleur à de ccr-

Unissez-vous à cette plante, Vous,apocyn ingénieux, Montrez-nous la main bienfaisante Qui guide vos efforts heureux.

C'est encore la Providence , Qui du silène et du l^^clmis Soutient la fragile existence , Et dompte tous leurs ennemis ^.

taines époques s'enfonçât dans les eaux ou se maintînt à leur surface , et elle est portée sur une tige tournée en spirale qui s'allonge et se raccourcit au besoin.

l Noie lie l'auleur.)

* Le silène armeria croît en France , ses tiges sont articulées j au-dessous de chaque nœud les tiges sont d'un vert foncé et enduites d'une humeur visqueuse : il semble qu'on ait enlevé un anneau d'épiderme. En cet endroit les insectes sont attachés et collés à la tige par cette glu. Toutes les autres parties de la plante sont lisses et sèches, et à cause de leur couleur glauque elles ne se mouillent pas lorsqu'on les plonge dans l'eau.

( Kiile lie l'auteur. )

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Dupes nous-mêmes de la ruse De l'oplirys ^ ou mouche , ou bourdon y Notre œil, que sans cesse il abuse, En lui croit voir un papillon.

Près du Gange il est un prodige Plus admirable, plus frappant :

Une fleur, sur sa longue tige, Est à jamais en mouvement ^ .

Ainsi la fleur, plante oscillante,.

Brave les insectes ailés , Et , les remplissant d'épouvante , Les retint toujours éloignés.

Arbre dont l'utile influence Défend de la corruption ,

* La plante oscillante ne croît que dans les endraits infectés par des nuccs d'insectes ; ils sont tellement effrayés de son mouvement qu'ils n'osent l'approcher.

( îJotc tîc l'autour. J

3l6 MÉMOIRES

Beau cèdre, ta seule présence

Est pour Thomme une instruction ^^

Le juste par sa sainte vie Et par sa réputation , Empêche ou du moins modifie Du vice la contagion.

L'exemple admirable du sage , Et sa doctrine et ses vertus , Nous garantissent du ravage, Produit par les cœurs corrompus.

Pourrions-nous passer sous silence , Cet arbre d'un pays lointain,

' Les coffres de bois de cèdre préservent des vers ce qn on y enferme : les anciens y mettoient les manuscrits précieux , c'est pourquoi Perse , dans ses satires , pour louer ou critiquer un ouvrage, dit qu'il mérite ou ne mérite pas les honneurs du cidre.

( Note de l'auleur. )

DE MADAME DE GEXMS. Siy

Prodige de la Providence ,

Que les Ilots attaquent eu vain.

Recueillons encor cette preuve Du soin qui régit l'univers , L'arbre qui croît au fond d'un fleuve, Doit supporter d après hivers.

Mais une prévoyante grâce Dans son contour le défendant ^ Sait rendre l'effort de la glace Contre lui toujours impuissant.

Tel est du nord de l'Amérique, Ce végétal si curieux, Le noble et grand cyprès distique , Arbre favorisé des cieux.

A^utour du tronc , pour sa défense ^ L'arbre produit des rejetons

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