‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 54 sur 63 · M É MO IRES · texte numérisé non relu

M É MO IRES

Qui lui forment un cercle immense Et des fortifications K

Les houx d'une foret fameuse Emerveillent le voyageur , Car leur tige n'est épineuse Qu'au demi-quart de leur hauteur -.

' Cet arbre, l'un des plus gros de l'Amérique, s'appelle cjprcs distique , cyprès de la Louisiane , c^^près chauve. Lorsqu'il croît dqins l'eau , la nature le protège d'une manière merveilleuse contre les dangers de l'inondation et des glaces flottantes. Il sort de son tronc , vers la base , des saillies qui forment autour de lui des côtes dont les intervalles ont plus d'un pied de profondeur, et il s'élève de ses racines des tubercules coniques qui composent plusieurs cercles de bornes naturelles de deux ou trois pieds de hauteur. On pourroit faire usage de cet arbre pour retenir les terres sur les bords des fleuves destructeurs.

^(Celte note est de M. le comte Anatole de Monles<iuiou. )

^ Les grands houx de la forêt de Needwood présentent un phénomène bien singulier : leurs feuilles sont hérissées d'épines jusqu'à huit pieds au-dessus de la terre ; plus haut elles en son^^ dépourvues , comme si ces arbres avoient prévu que les chevaux et les bœufs ne pouvant atteindre leurs branches supérieures, elles n'avoient pas besoin de défense.

(îîolo de l'auteur.)

DE MADAME DE GENLIS. 5lC)

Ces houx armés bravent l'outrage Des animaux de ces déserts.

Et leur faîte , orné de feuillages , S'élève sans peur dans les airs.

Immense univers ! o nature !

O sublime création !

Ta variété sans mesure Confond l'imagination!!!.

Songez , en voyant cette plante , Qui souvent du bien change en mal ^ Que la vertu persévérante Echappe à cet écueil fatal ^ .

' Cette fleur est une espèce de giroflée que je n\ii vue que dans le Holstein ; elle embaume le matin et tant que dure le jour, mais le soir elle prend une odeur fétide et véritablement infecte. ,

(Noio de rauteur. )

Que cette autre fleur si jolie , Cliangeant de place sans rai sort Vous ôte cette folle envie :

L'inconstance n'a rien de bon ^

Le voici le profane arbuste Dont se couronnent les amans ^ Il est l'emblème le plus juste De leurs dangereux sentimens.

Partout où le myrte domine Il redoute ou voit des rivaux , Partout il cbasse , il extermine Les fleurs et tous les végétaux.

* L'orclîis est une plante, pour ainsi dire, nomade. Sa tige et la portion de racine qui l'a portée mourant chaque année, elle repousse d'elle-même à côté. Des auteurs, exagérant, cette bizarrerie , ont prétendu qu'elle étoit venue ainsi d'elle-même de Sibérie en Suisse , en dépit <le«? fleuves et des rivières. Il est de fait qu'il lui faut u« &ii'"cîp pour parcourir un espace de neuf à dix pieds.

( Noie «le rantcur.)

DE MADAME DE G EX LIS. 53i

Cet usurpateur tyrannique Est comme l'amour exclusii, Et même encore plus despotique, Et son règne est moins fugitif ^ !

Sur une plage dévorante , Un infortuné voyageur , Victime d'une soif ardente , Cédoit enfin à son malheur.

' Dans tous les lieux où l'on voit des bois de myrte et particulièrement en Espagne , on ne trouve dans ces bois non-seulement ni flejirs ni plantes , mais pas un seul brin d'herbe. Les racines de cet arbre n'en souffrent point. Aussi les anciens , excellens observateurs de la nature^ comme je l'ai déjà dit dans ma Poétique; les anciens ont consacré cet arbre à l'amour comme au seul sentiment qui soit véritablement exclusif. C'est une remarque qu'on n'avoit point encore faite et que j'ai consignée dans mes Arabesques mythologiques . A propos de l'amour, nos jardiniers ont trouvé un de ses symboles , ils appellent la tubéreuse , Ia Jleur de la jalousie , i)arce que mise dans une caisse elle meurt si l'on y place d'autres fleurs.

( Note de rauleur. ) TOME Vlil. 1 I

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Hélas! c'eD est fait, il succombe; Dans ce désert il va mourir.

Loin de lui son aride tombe Dans peu d'instans doit s'entrouvrir.

Ni ruisseau, ni puits, ni fontaine

Ah ! si l'utile cocotier

Du moins croissait dans cette plaine ,

On pourroit s'y désaltérer ^ !...

Résignons-nous, plus d'espérance; Adieu , plaisirs ; adieu , projets :

De l'immuable Providence Adorons les divins décrets.

' Le coco est le fruit d'un arbre de la famille des palmiers. Ce fruit est très-précieux par sa grande utilité ; il renferme une espèce de crème ou de beurre , un lait excellent, de la bourre qu'on peut filer, et l'on fait, comme on sait, avec son écorce, les plus jolis ouvrages. L'Afrique, l'Asie, le continent méridional de l'Amérique sont la patrie de cet arbre.

(N«>le de l'aiilpur.)

Ainsi, prêt à quitter la vie, L'étranger prioit rÉtcrncl, Lorsqu'une céleste harmonie Suspendit son chagrin mortel.

11 entendoit un doux m:urmure, S^emhlahle à celui d'un ruisseau.

Il voit , ô surprise ! une eau pure Sortir d'un verdoyant rameau.

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Quel prodige! une fleur s'entrouvre.

De toutes parts l'onde en jaillit , Et dans son calice découvre L'eau limpide qui le remplit.

^- io5 -^

En s'agenouillant sur la terre , Ressuscité , reconnaissant , Le voyageur se désaltère En bénissant le Tout-Puissant.

3a4 MÉMOIRES DE MADAME DE GENLIS.

Le népenthe , si secourable , Vase végétal , don des cieux , Par un mécanisme admirable, Produit ces efï'ets merveilleux ^ .

^' io5 .^

Comment pourrait-on méconnoître , A tant de miracles divers , Le Très-Haut, le souverain maître Qui gouverné tout l'univers ?

' C'est le népenthe distillatoria. Ses feuilles sont terminées par un cordon long de trois à quatre centimètres , qui soutient un cylindre long, de dix à quinze centimètres de large. Ce cylindre se tient droit j il est rempli d'eau et fermé d'un couvercle attaché par une charnière ; cette eau est pompée par les racines; il paroît que le couvercle se relève pour la laisser échapper lorsque le vase est trop plein. Le chardon à foulon ou chardon bonnetier produit quelque chose de semblable à peu près : sa tige forme une coupe qui contient depuis un verre jusqu'à une demi-pinte d'eau. Une espèce de tillandica , qui croît en Amérique, porte aussi une c( upe qui contient une demipinte ou une pinle d'eau. Le docteur Slozin parle d'un aloës de la Jamaïque dont les feuilles contiennent de même une eau qui offre aux voyageurs une boisson aussi agréable que celle du népenthe.

(Note tirée dea ouvrages de M. de Leuze. ) FIN DU TOMR HUITIÈME.

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