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chcs et OÙ, par conséquent, comme je l'ai déjà dit, mes trois enfans ont été baptisés, et de ces trois enfans il ne m'en reste qu'une!,.
Je ne puis dire combien je suis reconnoissante du sentiment touchant etdt-licat, qui a porté madame de Ghoiseul à aller dans cette église prier pour moi ; cette prière , san,s doute si fervente, me portera bonheur, elh; me rappelle ce beau mot de WEcritwe sainte : Vamie fidèle est une forte protection ; celui qui la trouvée possède un trésor. (Ecclésiastique, chap. VI.)
Il m'est venu une idée utile à la jeunesse , et je veux la placer ici ; il me semble que tous les jeunes gens qui entrent dans le monde devroient composer un ouvrage qu'ils intituleroient : Ma vie ou mes mémoires imaî^inaires. On donne, pour terminer l'éducation de la jeunesse, des sujets de composition, mais isolés , n'ayant nul rapport entre eux et qui , par conséquent , ne peuvent laisser dans la tête que des idées vagues; un ouvrage suivi, divisé par chapitres , n'auroit pas ce grand inconvénient , et il auroit l'avantage de rassembler avec une utile liaison les idées mo-
raies éparses, pour ainsi dire, dans l'imagination et que les diverses occupations de collège ont dû donner.
L'éducation des hommes n'étant terminée qu'à dix-huit ans , au plus tôt % je propose donc aux jeunes gens , à la grande époque de leurs débuts dans le monde, de composer d'abord le plan de l'ouvrage désigné ci-dessus , et d'accord et avec les conseils d'un jMentor éclairé; par exemple, le premier chapitre contiendroit le détail des opinions et des sentimens qu'un jeune homme bien né doit porter ^ans la société, de sa manière de s'y conduire, de sa réserve, de sa modestie , de sa politesse, de son respect pour l'âge, l'expérience, et des moyens de s'instruire par la conversation , etc. Dans le second chapitre on parleroit des séductions de tout genre auxquelles un jeune homme est exposé , et l'on diroit comment on peut en triompher. Les autres chapitres apprcndroient comment on doit voyager et supporter les revers de la fortune , et enfin com-
' Eq Angleterre on ne sort des universités d'Oxford et de Cambridge qu'à vingt et vingt-un ans ; cela seul est un grand bien.
( >'olc de l'aulcar. )
DE MADAME DE CE N LIS. gS
ment on doit remplir les devoirs sacrés de lils , d'époux, de père, etc., etc. Je recommanderai surtout, que le jeune homme, dans cette composition, parle toujours comme s'il étoit le héros de l'histoire qu'il raconte, et que dans toutes les situations difficiles qu'il a inventées il prenne sérieusement les conseils de son mentor : il faut que dans cette fiction il se donne constamment le caractère auquel il doit véritahlement aspirer, c'est-à-dire les sentimens religieux, les principes invariables, le courage, la force d'âme, la persévérance qui font triompher de toutes les séductions et de tous les obstacles.
On croit trop communément qu'un caractère parfait, une vie constamment irréprochable, sont des chimères, qu'enfin il y a des foiblesses aimables et intéressantes. Il n'y a rien de plus aimable que la perfection, et rien de plus intéressant que la force d'âme unie à la sensibilité; et quant à la perfection morale, l'histoire , et les observations particulières qu'on a pu faire dans une longue vie , suffisent pour nous prouver que cette perfection nest nullement idéale et chimérique.
L'histoire nous montre des personnages vé-
ritabloment parfaits dans le rang même où la vertu a le plus de séductions à combattre, et trouve le plus de facilités à s'égarer : dans l'histoire ancienne : Vespasien, Titus , Marc Auréle, les Antonins, Trajan; et dans l'histoire moderne : saint Louis , la reine Blanche, sa mère; Charles V, dit le Sage; Marie d'Anjou , épouse de Charles VII ; Jeanne d'Arc , saint Vincent de Paul , saint François de Sales , tant d'autres saints et de missionnaires, tous nos grands orateurs, qui sont en même temps les plus utiles de tous nos moralistes , et par conséquent bienfaiteurs du genre humain, etc., etc., etc.; parmi les étrangers: Cantacuzéne ; Carie Zéno , à Venise ; Alfred le Grand en Angleterre, etc., etc., etc.
La vie et les caractères de ces personnages furent également irréprochables et sans aucune tache. Et combien dans la société on pourroit citer d'hommes et de femmes qui furent aussi purs , et même de nos jours ! Voilà donc à quoi la jeunesse doit prétendre , et c'est la seule ambition qui ne puisse tromper; toutes les autres sont ou insensées , ou frivoles, ou coupables. En commençant ses Mémoires imaginaires, on doit partir du point où l'on
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est, et ne se donner ni une autre famille, ni d'autres amis ' ; ainsi les douze ou quinze premières pages seront parfaitement conformes à la vérittî ; mais ensuite, après le début dans le monde , on inventera tout ce qui pourra mettre à l'épreuve les principes et les vertus de l'auteur; dans chaque situation critique, fictive ou réelle, il aura recours aux conseils du confident et censeur de ses Mémoires; et, après avoir subi ses premières épreuves, il voyagera; il pourra alors donner un libre essor à son imagination , en supposant toutes les aventures extraordinaires et tragiques qu'il lui plaira d'inventer ; mais il faut encore dans cette narration une partie exacte et véridique , celle qui contiendra la description des lieux qu'il parcourra , soit en France, en Europe, ou
* A moins que l'auteur n'ait surtout le dessein de prouver que , sans les vils secours de Tintrigue, on peut avec des talens supérieurs , un beau caractère , une excellente réputation et de la persévérance , on peut , disje , s'élever à un rang distingué dans la société et faire une grande fortune ; dans ce cas , l'auteur peut supposer qu'il est fils d'un pauvre artisan , et composer un romau purement d'invention d'un bout à l'autre.
Note do l'aiilcui-.'i
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dans k^ autres parties du monde; il faut donc qu'il lise avec application tous les ouvrages des voyageurs célèbres ( et surtout ceux de M. de Huniboklt) ; il faut encore qu'il ait une connoissance au moins superficielle de la botanique , de riiistoire naturelle , et qu'il ait aussi quelques notions sur la navigation de long cours. Cette partie de ses Mémoires pourra par la suite lui servir à la fois de guide et de journal, en y ajoutant seulement quelques observations particulières et ses propres jugemens.
J'aurois encore à dire bien d'autres choses sur ce sujet, mais je crois en avoir dit assez pour démontrer l'immense utilité de ce nouveau genre de composition qui , en apprenant à penser, à écrire, prémuniroit, autant qu'il est possible , contre les dangers du monde ; qui prépareroit l'esprit et l'àme à soutenir sans foiblesse les vicissitudes de la vie humaine, les rigueurs de la fortune et la prospérité; qui fourniroit à l'étude un but intéressant et toujours prêt à saisir; qui mettroit continuellement en action toutes les grandes vérités morales, et qui , enfin , identifieroit véritablement l'auteur avec un personnage constamment parfait.
Si cette idée est bonne, les parens éclairés
DE MADAME DE GENLIS. Qy
et vertueux sauront, suivant le caractère de leurs enfans, en tirer parti, et beaucoup mieux que je ne pourrois l'indiquer ici.
Mon amie, madame de Saulty, est venue me prendre avec ses aimables enfans , Albert et la jeune Henriette, pour me mener au Jardin des Plantes , oii nous avons fait une promenade délicieuse ; nous y avons trouvé M. de Saulty , ainsi que M. Cuvier, et sa charmante famille, qui ont eu la bonté de nous conduire partout. Nous avons vu d'abord tous les animaux féroces, un lion admirablement majestueux et beau , et qui m'a rappelé M. de Buffon , car je trouvois avec raison que le visage de ce grand écrivain ressembloit à celui d'un lion. J'ai vu pour la première fois un petit éléphant en miniature ; celui-ci n'est pas plus gros qu'un veau, il est hideux. L'éléphant est le seul des animaux qui ne puisse faire un joli enfant, quoique lui-même soit si imposant, qu'on ne peut être frappé de sa laideur; l'air d'une force supérieure sans férocité , n'a que delà noblesse et de la majesté : mais on ne voit dans le petit éléphant que la grossièreté monstrueuse de ses formes. De là on nous a conduits dans les immenses galeries d'histoire