‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de GenlisChapitre 18 sur 38 · POUR LE RETOUR · texte numérisé non relu

POUR LE RETOUR

O bonheur ! il revient! le retour a des ailes ! Quel plaisir de conter les souvenirs fidèles ! Que de pleurs ! ce moment va donc les essuyer ! Que d'ennuis ! ce moment les fait tous oublier !

UE M ADAM!:: I)i: (i UN 1.1 S. [îf)

Il li( aussi (les vers ch:îrrn;ms \)(iuv dciixati- «irs li.ourcs (/a J^ertn et la Férité) , dcssiiK'cs par mes llllcs. Ces vcr.s ruiisscnr ainsi :

Et ci'lte tlouLlo iiiKi^f, à tous }es cœurs si dure, N'est parfaite qu'en vos écrits.

J'ai cité dans phislcLirs ouviaj^es ces jolis vers.

M. de La Harpe fit aussi à ÎMTcy des couplets fort agréables pour ma fête. M. de Genlis avoit donné à ma mère moti buste en marbre; M. de La Harpe en loua l)eaucoup les vers, de iM. Sauvigny, et qui étoieut gravés sur le piédestal de ce buste. M. de La Jlarpe y ajouta cette inscription :

(( Elle a tout le charme des petites choses, » et tout le sublime des grandes. »

Je ne rapporte tous ces détails que parce qu'il est curieux de voir comment on peut passer de cet excès d'exagération , d'admiration et d'éloges, à l'excès de la détraction.

Je vis encore à Belle-Chasse , et dès le commencement , deux hommes de lettres que j'ai beaucoup aimés , et dont je n'ai jamais eu à me plaindre : M. Gaillard, historien si juste-

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ment célèbre, et l'abbé de Vaiixelles '. Ce dernier est coDnu par plusieurs discours écrits avec grâce, et par un éloge très-agiT'able de madame de Sévigné : il avoit de l'usage du monde, d'excellens sentimens et la plus aimable conversation. Je l'ai retrouvé , en rentrant en France , tel qu'il avoit toujours été pour moi , et j'ai eu le malheur de le perdre deux ans après. M. Gaillard étoit établi à Chantilly lorsque je revins de mon exil : j'appris avec joie qu'il étoit sincèrement converti j il mourut peu de mois après mon retour. Sa philosophie avoit toujours été fort douce et

' Prédicateur du roi et bibliothécaire de l'Arsenal, Simon Jacques Bourlet fut nommé abbé de Yauxelles peu de temps après avoir prononcé V oraison funèbre du comte d Eu, prince de Bombes. Cette oraison funèbre brille autant par le goût et l'élégance que par l'élévation des pensées , et la piété des sentimens. Cet abbé fut l'ami de Thomas, de La Harpe et deFontanes, et s'occupa beaucoup de la littérature et des beaux-arts. Ses ouvrages les plus remai'quables , après l'oraison funèbre du prince de Bombes, sont l'éloge de d'Aguesseau , un panégyrique de saint Louis, une oraison funèbre de Louis XVI.

L'abbé de Vauxelles , né à Versailles en 1754, est mort à Paris le 17 mars i8ou.

( î^ole de l'eililcur. )

n V. "NI A n A M V. DE ('. K MIS. 12 1

tri'S-nio(lt''rô(>; il étoit inriiic iiuiifjfU' des im- |)i('((.''S de Voltaire; et, (juoicju'il y ait quelques traits répréhensihles dans ses ouvrages, on y voit toujours ([u'il respectoit la icligion, et son amour extrême pour la vérité l'a forcé de reconnoitre qu'il y eut vraiment du miraculeux dans riiisloire de Jeanne d'Arc : cette histoire est un des beaux morceaux de la Rivalité de la France et de l'Angleterre, il y , avoue ingénument que toutes ses recherches historiques l'ont convaincu qu'il y eut du surnaturel dans la vie et dans les exploits de cette fille héroïque. Les philosophes ne lui ont jamais pardonné cet aveu. Quant à M. de La Harpe , je n'ai pas été surprise de sa conversion; je la lui avois prédite : il n'avoit adopté le philosophisme que par flatterie pour \oltaire, pour entrer à l'Académie, et pour n'avoir pas contre lui des hommes tout-puissans dans la littérature : il m'avoua mille fois qu'au fond la religion lui paroissoit belle; il ne l'a jamais attaquée qu'avec une certaine mesure, et il avoit trop de justesse d'esprit pour n'y pas revenir. Je voyois assez souvent M. de Rulhières, qui, à mon avis, n'a jamais été qu'un poète médiocre , un liistorien infi-

dèle et superficiel , mais qui avoit de l'usage du monde, et qui , dans la société, étoit piquant et fort aimable. On a dit beaucoup de mal de son caractère ; il étoit mordant et médisant; mais il avoit d'excellentes qualités, de la sûreté dans la société et de la constance dans ses liaisons. Malgré son philosopliisme il se déclara ouvertement pour Adèle et Théodore y quand cet ouvrage parut , et il le défendit avec la plus grande chaleur contre les nombreux ennemis qu'il me suscita.

Je vis aussi dans ce temps M. de Monthion ' , chancelier de IM. le corate d'Artois, homme de beaucoup d'esprit, et du caractère le plus aimable. Il existe encore au moment où j'écris, et par sa conversation, son instruction et sa prodigieuse mémoire , il est certainement fun des plus intéressans vieillards de ce siècle ^.

Je menois à Belle-Chasse une vie délicieuse;

* M. de Monthion succéda à M. de Bastard dans la place de chancelier de M. le comte d'Artois.

(Note Je l'eiliteur.)

^ J'écrivois ceci sur la lin de i8io ; il mourut peu d« niois après.

(Note de l'auteur. )

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