‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de GenlisChapitre 19 sur 38 · DE MA DAM F. DK CK.\LIS · texte numérisé non relu

DE MA DAM F. DK CK.\LIS

par ma placo, j'(^t()is licuiciiscmciit dispensée de l'eiimii mortel d'aller luire des visites; je n'en foisois uniquement qu'à madame de Puisieux; ces visites étoient courtes et rares, parce qu'elle venoit très-souvent chez moi , les soirs depuis huit heures jusqu'à dix, où notre grille se fermoit : cette grille ne pouvoit être ouverte que par une religieuse ; nous en avions deux que l'on changeoit toutes les semaines, et qui se tenoient dans une petite chamhre faite pour elles, au bas de notre escalier intérieur. Les hommes entroient dans notre pavillon , c étoit un droit des princesses du sang; mais ils ne pouvoient entrer que là. Il ne leur étoit pas permis d'aller dans le jardin, et , comme je l'ai dit , ils étoient obligés de sortir à dix heures au plus tard. Quand on vouloit entrer on sonnoit à la grille; et les religieuses, rabattant leurs voiles, alloient ouvrir : en outre nous avions un tour posé à côté de la grille, dans lequel on mettoit nos paquets, nos lettres, et les plats de nos repas, une sonnette , donnant dans nos antichambres , avertisoit les domestiques d'aller chercher ces différentes choses. Les valets de chambre, les valets de pied et nos domestiques se tenoient

le jour dans nos antichambres, mais ils sortoiont tous les soirs à dix heures, }X)ur aller se coucher dans leurs chambres, (jui étoient, ainsi que les offices et les cuisines , dans le corridor extérieur. Enfin nous avions un parloii- où les femmes de chambre, et moi quelquefois, nous allions recevoir des visites d'affaires. Ainsi aucun homme ne couchoit dans notre pavillon, et les religieuses, en s'en allant, emportoient les clefs de notre grille. Si , passé dix heures, on avoit une commission à donner, on sonnoit les domestiques, qui la recevoient du parloir, et qui avoient les clefs de la porte donnant sur la rue. Si l'on eût eu besoin d'un médecin, pendant qu'un domestique auroit été le chercher, nous aurions fait réveiller une religieuse par une de nos femmes.

Je recevois tous les samedis toutes les personnes de ma connoissance , depuis six heures juscpi'à neuf et demie, et tous les soirs, mes amis intimes, depuis huit jusqu'à dix. M. de Genlis, mon frère, mes belles-sœurs, M. le duc et madame la duchesse de Chartres , et trois ou cjuafre personnes formoient cette liste. M. le duc de Penthièvre venoit, cinq ou six fois dans ranuée, voir ses petites-lilles, et

dès qu'elles ont pu s'amuser (le joujoux , il leur on euvoyoil de eharniaus. M. le duc d'()rlé;uis . et madame tl(; IMonlessou n'ont jamais mis le pied à Belle-Chasse, et M. le duc dOrléaiis n'a jamais envoyé d étrennes à ses petites-fdles. Je n allois chez madame de Montesson qu'au jour de l'an; je lui meiiois mes deux iilles : la visite étoit courte, car nous étions reçues avec une grande sécheresse.

Les plus heureuses années de ma vie ont été celles que j'ai passées aux châteaux de Sainl- Auhin, de Genlis et de Sillery, et à Belle- Chasse. Il ne faut pas se plaindre du sort , lorsqu'on peut, dans sa vie, compter plus de vingt-cinq ans de honheur.

J'avois ohtenu la permisson d'avoir à Belle- Chasse ma mère et mes enfans avec moi : la satisfaction inexprimable de soigner ma mère, de prévenir tous ses désirs et de la rendre heureuse, fut ma plus douce occupation. Je vais ici me vanter d'un trait de respect fdial, parce que j'ose dire qu'il pourra servir d'exemple à plus d'une jeune personne. Ma mèreavoit un esprit supérieur; elle étoit bonne, compatissante, généreuse; elle m'aimoit, sa conversation étoit délicieuse, mais elle avoit une

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