‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de GenlisChapitre 24 sur 38 · G MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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P^enre que soit la faille, il doit l'en accuser publiquement, comme je lai dit, et toujours l'accusé doit rester muet, et se soumettre avec résignation à la pénitence imposée; s'il lui échappoit un seul mot pour se défendre , tous les religieux à l'instant se prosterneroient à terre pour demander pardon à Dieu de son orgueil; mais c'est une chose qui n'arrivoit jamais qu'aux novices et aux nouveaux profès, et encore très-rarement. Ce fut le frère Prosper^ jeune religieux de vingt-huit ans, et depuis huit ans à la Trappe, qui me conta ce détail.

Ce frère Prosper avoit une physionomie charmante , de l'esprit et une candeur remarquable. Je l'ai prié de me dire naturellement si, parmi ses frères, il n'en connoissoit pas un au fond de son cœur qui eût plus d'amitié pour lui que les autres. « Un seul ? m'a-t-il répondu , non en vérité , j'en pourrois plutôt nommer douze qu'un seul. » Cette réponse est jolie et prouve quelle tendre union régnoit entre eux. Au reste, il m'a assuré que ses remarques sur cette douzaine ne méritoient pas d'accusation, parce qu'elles n'avoient pour objet que des premiers mouvemens absolument involon-

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faires : a Par exemple, a-t-il dit, nous connoissoiis ceux qui nous aiment le mieux à mille petites choses purement machinales; dans nos travaux nous devons tous nous secourir avez zèle; si l'un de nous est trdp chaqjé, s'il tombe, etc., nous devons voler à son secours ; mais , dans ce cas , il y a toujours douze ou quinze religieux qui courent avec phis de promptitude, et l'on connoît dans ces occasions qui se n'pètent souvent ceux qui nous aiment le mieux. Mais Dieu ne condamne pas ces inclinations naturelles,* il ne désapprouve pas que nous aimions davantage au fond du cœur ceux qui nous paroi ssent les plus vertueux, pourvu que nous ne le témoignions pas de manière à blesser les autres, en montrant de la préférence, une estime particulière qui seroient des fautes graves contre la charité générale et qui altéreroient cette union universelle qui doit exister entre nous. » Quand un religieux malade est condamné à n'avoir plus que quelques heures à vivre , on lui déclare qu'il doit recevoir l'extréme-onction ; alors on le transporte à l'église , et c'est toujours là qu'il la reçoit; ensuite on le reporte dans son lit. Lorsqu'il touche à ses der-

niers momens, on sonne une cloche qui annonce à toute la maison qu'un des frères est à l'agonie; tous les religieux se rassemblent autour du mourant que l'on couche sur la cendre, et l'on fait tout haut des prières pour lui. Cette description fait frémir des gens du monde; cependant l'on doit concevoir qu'à la Trappe l'appareil de la* mort et les solennités religieuses qui l'accompagnent ne sont qu'augustes et consolantes; ce ne sont pour eux que les avant-coureurs d'un grand triomphe et d'un bonheur suprême. (( La vie frugale et laborieuse que nous menons, nous dit le père Théodore, nous exempte des maladies violentes et putrides. J[e n'ai jamais vu ici de maladies épidémiques , même durant le temps qu'elles régnoient dans le pays. Nous ne connoissons guère que les maladies de poitrine causées par le chant de l'église et par la loi qui nous oblige à nous relever la nuit. Quand on est constitué de manière à supporter ce danger, et qu'on a passé trenfe ans, on vit ici plus long-temps qu'ailleurs, et la vieillesse y est saine et vigoureuse; aussi ordinairement nous mourons avec toutes nos facultés. Depuis cinquante ans que je suis ici, je n'ai

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presque vu mourir que des religieux qui avoicnt toute leur connoissance et toute leur raison. Comme nous ne vivons (]ne pour mourir avec sécurité, ce moment ici n'a rien de terrible; au contraire , quand nous assistons un de nos frères à la mort, il n'y a pas un de nous qui n'envie la couronne qu'il va recevoir et qui ne voulût être à sa place. Ce n'est pas que la vie nous soit odieuse , nous nous croyons aussi heureux qu'on peut l'être sur la terre, mais nous éprouvons en mourant toute la joie que les plus douces et les plus hautes espérances peuvent donner. Je n'ai point vu de religieux qui n'ait reçu non -seulement sans crainte, mais avec une extrême satisfaction l'annonce d'une mort prochaine; j'en ai môme vu beaucoup que cette annonce a tellement ranimés que leurs forces et leur vie en ont été prolongées d'une manière miraculeuse ; presque tous ont dans ces derniers momens une vivacité, un feu, et une éloquence qui paroissent surnaturelles. Il y a peu de temps qu'un religieux auquel on annonça qu'il n'avoit pas un jour à vivre fut tellement ranimé par cette parole , qu'il nous dit qu'il sentoit qu'il auroit la force d'aller à l'église recevoir

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l'extrême-onction sans être porté. En effet, quoique jusqu'à ce moment il eût été d'une foiblesse excessive , il se leva , marcha , traversa la maison, descendit les escaliers, alla à l'église, en revint, et, au grand étonnement du chirurgien, vécut encore deux mois. »

Ce même père Théodore qui nous a fait ce récit est l'ancien abbé; ilavoit vécu dans le monde avant d'embrasser 'cet état; il avoit trente ans lorsqu'il entra à la Trappe; il avoit quatre-vingts ans passés, beaucoup d'embonpoint, des dents , une très-belle tête et une fraîcheur réellement étonnante; il avoit des couleurs du plus beau rouge que j'aie jamais vu sur aucune joue. 11 avoit infiniment d'esprit , une politesse extraordinaire et une mémoire non moins surprenante : il n'avoit rien oublié de ce qu'il avoit lu d'intéressant avant de venir à la Trappe. 11 me cita plusieurs traits d'histoire et une quantité de passages de La Bruyère qu'il savoit encore par cœur : il nous conta plusieurs histoires intéressantes, entre autres celle-ci : a 11 y a quelques années., un jeune homme bien né , riche , d'une jolie figure, et le fils unique d'une mère tendre, entraîné par une vocation qu'il avoit depuis l'âge de raison, vint ici, de l'aveu de

sa mère , se présenter pour être reçu ; ou l'admit au noviciat. L'année du noviciat n'étoit pas encore tout-à-fait écoulée Iorsqu(! sa mère, se repentant du consentement qu'il lui avoit arraché, arriva tout à coup à la Trappe; elle demanda son fds , qui alla la recevoir conduit par le père Théodore. L'entretien fut très-long, c'est-à-dire, le discours de la mère qui conjuroit son tils de revenir avec elle, en assurant qu'elle le désiroit surtout pour le bonheur de son fils. Ce dernier l'écoutoit en silence sans l'interrompre; et quand elle eut fini de parler, « Ma mère, lui dit-il, daignerez-vous répondre à une question que j'oserai vous faire? Supposons que je vous eusse quittée pour aller m'établir loin de vous dans un pays étranger où il vous seroit impossible de venir; supposons que j'y eusse fait une grande fortune , que j'y eusse acquis de grands établissemens et des dignités éclatantes, et qu'il ne me fût permis de retourner vers vous qu'en renonçant à tous ces avantages , exigeriez-vous de moi ce sacrifice? » — « Non certainement, s'écria sa mère, je ne veux que votre bonheur. » — « Eh bien ! ma mère , reprit le fils , je suis cet homme heureux, ou, pour mieux dire, je suis

mille fois plus heureux que ne peuvent le rendre tous le^ honneurs et toutes les richesses de l'univers, et enfin mon bonheur est d'autant plus grand que Finconstance de la fortune ne sauroit me le ravir, et que la mort même , loin d'en être le terme, doit le rendre suprême et l'assurer éternellement; voyez donc l'étendue du sacrifice que vous me demandez! » A ces mots , la mère se leva , embrassa son fils en pleurant et partit. » Je pourrois citer bien d'autres traits de ce genre que j'ai recueillis du père Théodore, de l'abbé actuel, et des trois hôteliers. Ces cinq religieux avec lesquels je causai tant étoient tous également obligeans; ils répondoient d'un air ouvert à toutes les questions ; mais dés qu'on cessoit de les questionner, ils rentroient en eux-mêmes, baissoient les yeux et la tête, tomboient dans une espèce de méditation si profonde que je suis persuadée qu'ils se croyoient absolument seuls avec Dieu , et cela sans nulle espèce d'aifectation , mais au contraire avec un naturel très-frappant. Dès qu'on leur parloit, ils sortoient de celte rêverie, reprenant un visage obligeant et riant, ce (jui duroit tant qu'on les interrogeoit. Us observoient eulr'eux, à l'cxcep*

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lion (les supt^rieiirs et des hôteliers , un silence éternel, mais ilspouvoient toujours, à de certaines heures, parler aux supérieurs (piand ils avoient quelques demandes à leur faire; du reste, dans leurs travaux, ils s'exprimoient entre eux par signes. 11 y a là tel religieux qui n'a parlé depuis beaucoup d'années que pour se confesser , pour lire et pour chanter les louanges de Dieu. Les liùteliers suivent comme les autres la loi du silence dans l'intérieur de la maison, et ne parlent qu'aux étrangers.

Il n'y avoit pas un seul miroir à la Trappe, ni dans l'intérieur, ni dans les appartemens extérieurs. Beaucoup de religieux avoient absolument oublié leur figure. Comme ils travaillent non-seulement dans leurs jardins, mais dehors, leurs portes du côté des jardins sont toutes grandes ouvertes , de manière que si un religieux vouloit se sauver, il en a toute iiberté; dans ce cas, personne ne cherche à l'en empêcher et encore moins à le poursuivre et à le ramener quand on s'aperçoit de sa fuite; au contraire, ils se trouvent heureux d'être débarrassés d'un mauvais sujet; mais la règle les oblige à le recevoir s'il revient , et leur prescrit d'imposer pour pénitence au cou|iable

de rester enfermé autant de temps qu'il a passé absent, et de vivre avec du pain et de l'eau. Cependant l'abbé a le droit d'abréger autant qu'il veut ce temps d'expiation, ce qu'il fait toujours si le coupable témoigne du repentir; dans ce cas, quand l'absence auroit été de dix ans, on ne laisse jamais le coupable enfermé plus d'un an. Lorsqu'un bomme se présente pour être reçu, on lui fait le détail le plus circonstancié de toutes les austérités; en outre, on l'assure que, quelque robuste que puisse être sa constitution , il est très-vraisemblable qu'il n'y résistera pas , et qu'il y succombera au bout de deux ou trois ans , et c'est après ces avertissemens qu'on entre à la Trappe. Ils ne reçoivent jamais que des hommes grands , forts et bien constitués ; aussi ai-je été frappée de la figure de tous ces religieux, qui sont en général d'une très-grande taille. Ils avoient depuis plusieurs années un chirurgien fort habile et jeune encore, qui s'étoit fixé à la Trappe par affection pour les pères , et qui vivoit comme eux de leurs portions et suivoit tous leurs offices (piand ses occupations \v lui pei-mettoient; il r xCiçoit gratis la médecine pour les pauvres, et fuisoit souvent dix ou douze lieues à pied pour

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les aller soijjuer. H nous tlisoit qu'il étoit impossible de vivre avec ces pères sans avoir le désir de les imiter, et qu'il ne les quitteroil pas quand ou lui offriroit toutes les fortunes du monde. Ces religieux avoient toute l'indulgence qui caractérise la véritable vertu : ils me coutoient qu'un jour une femme déguisée en homme entra avec son mari, mais qu'elle ne vit rien, parce qu'on la reconnut sur-lechamp et qu'on la lit sortir. Je me récriois sur cette profanation, qui est un cas réservé et qui fait encourir l'excommunication ; mais ils Texcusèrent très-naturellement en disant qu'elle étoit bien jeune, qu'elle n'avoit sûrement pas senti la conséquence de cette action; et qu'à l'égard de son mari , on concevoit qu'un mari pût avoir cette condescendance condamnable pour une femme qu'il aimoit.

Ceux qui voyagent vont bien loin pour étudier les hommes, pour chercher à connoître ce que peiîvent sur les esprits les institutions, les exemples, les lois, l'autorité, etc.; voilà bien près de, nous des mœurs beaucoup plus austères que celles des anciens Lacédémoniens , des vertus infiniment plus sublimes que celles de ces sages de l'antiquité si fameux

et si vantés; enfin, une petite république ou toutes les passions dangereuses sont anéanties, où toutes les vertus sont portées à un degré de perfection qui semble au-dessus de la nature. Est-ce donc là un tableau indigne de l'observation d'un véritable philosophe? Doit-on quitter cette enceinte respectable en disant : Ce sont là des fous'} Avant de décider ainsi, commencez par me prouver que vous êtes sage; prouvez-moi du moins que vous êtes conséquent, que vous avez des principes quels qu'ils soient, et que vous y conformez vos mœurs. Vous croyez qu'on doit céder aux penchans que la nature nous donne, que c'est ainsi seulement qu'on peut être heureux; et pourquoi donc vous plaignezvous sans cesse? pourquoi donc le bonheur vous fuit-il ou vous échappe-t-il toujours? pourquoi la paix de l'âme n'est-elle pour vous qu'un bien chimérique? ,

Mais, dil-on, a (|uoi bon toutes ces austérités absurdes? N'admirez donc pas les disciples de Pythagore qui passoient tant d'années sans parler ' ; n'admirez pas la sobriété de Diogène

' ils éloicnt sept ans sans iliru une parole , c'ôloit l;i une de leurs épreuves. ( Note iKruuunr. )

et de tant d'autres pliilosophes qui no vivoienl que d'herbes ; n'admirez pas la patience d'Epielète et de Socrate, ni leur doueeur, ni leur

mépris pour les honneurs et les richesses!

Ce n'est donc que dans les siècles passés et chez des païens que les exemples de ces grandes vertus peuvent vous toucher? Mais la tradition peut en exagérer les traits, et elle nous apprend que ces hommes rares eurent des erreurs et des foi blesses; et vous ne pouvez douter de ce qui existe si prés de vous , et si vous trouvez quelque singularité dans la vie d'un père de la Trappe, du moins n'y trouverezvous aucun des vices qu'on reproche aux philosophes du paganisme. Mais , répète-t-on encore , à quoi bon ces habits de laine, ces lits si durs , cette privation de toutes les choses commodes et agréables? A quoi bon ! à donner aux pauvres tout l'argent quQ coùteroient des habits de soie, de bons lits, de jolis meubles, des mets recherchés, etc. Oserez -vous dire aussi à quoi bon passer une partie du jour à labourer la terre? Au moins conviendrez-vous que ces travaux d'agriculture sont utiles et donnent un excellent exemple aux paysans du pays. Qui ne rougiroit pas là d'être fainéant

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et paresseux? Mais enfin, à quoi bon passer tant d'heures clans une église? A quoi bon passez- vous tant d'années à Versailles ', ou vous vous eiHiuyez si morlellemcnt? dans l'es- ])oir toujours incertain et souvent trompé d'obîenir quoi ? un vain titre , un ruban , un tabouret. Ce ne sont pas de telles frivolités qui les attirent et les retiennent à féglise, ce n'est pas fespoir, c'est la certitude d'obtenir, non des biens fragiles et périssables , mais une éternelle félicité. Pensez, si vous voulez , que leur opinion n'est pas fondée; qu'importe? dès qu'ils sont persuadés. La récompense qu'ils se promettent étant certainement plus grande que celle que vous recherchez, ils ont assurément plus de plaisir à chanter les louanges de Dieu que vous n'en avez à fiire votre cour ; d'ailleurs les concurrens et l'incertitude vous tourmentent : pour *ux , ils n'ont point de rivaux à craindre, ils sont assurés de recevoir le prix de leurs travaux,- vous aspirez, et ils attendent : jugei combien ils sont plus heureux dans leur église que vous ne l'êtes dans Vœilde-hœuf. Ainsi donc , quand leur opinion n'auroit pour base qu'une illusion, vous ne devez

' .l'éfiivois ce voyage en 1790.

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pas les :\i)\w\er des Jous , puisqu'ils sont vertueux, bienHiisans, utiles, et qu'ils se trouvent heureux; et si leur opinion est fondée, quel nom leur est du, et quel est celui que vous méritez? Quel sera votre destin dans l'élernité , et quel sera le leur ?

De la Trappe nous allâmes à Conehes, et nous nous rendîmes à l'église, où j'éprouvai un embarras très-ridicule. Le curé conduisit les princes dans le chœur, et ensuite il monta à l'autel , et, après avoir liiit quelques prières, il vint à moi , et me dit tout bas ces paroles : « Madame, voulez-vous me permettre de prendre le seing de JMademoiselle ? » Le son de cette phrase me causa d'abord une telle surprise , que je restai interdite ; enfin , avec un peu de réflexion , je compris qu'il demandoit la signature de Mademoiselle, qu'elle inscrivit aussitôt sur les registres.

De Conehes nous partîmes pour Navarie.

Une dame de Couches , qui désira voir les princes pendant leur souper, nous avoit fait la description des beautés de Navarre , en ajoutant que ce qu'il y avoit de plus charmant, c'étoit, sur le bord de la rivière, une paysanne et un pêcheur de plâtre colorié ; elle nous conta

que ces figures étoient si naturelles, qu'un jouiun Iiomme de l'autre côté de la rivière gronda le pécheur qui pèchoit les belles carpes de M. le duc, et que, voyant le pêcheur persister, il lui jeta d'indignation une grosse pierre qui lui cassa un bras. La dame nous assura qu'il en a coûté à M. le duc des sommes considérables pour faire refaire un bras à cette belle statue colorée. Il y a cinq lieues de Couches à Navarre. Je crois que les jardins de Navarre étoient à cette époque, sans aucune comparaison, ce qu'il y avoit dans ce genre de plus beau et de plus agréable en France; ils me paroissoient infiniment supérieurs à ceux de Chantilly ; ils étoient immenses et réunis à une vaste et superbe forêt. Les eaux y étoient admirables ; une belle et large rivière naturelle traversoit les jardins, et y formoit des ruisseaux , des cascades qui alloient nuit et jour et dans tous les temps. La beauté merveilleuse des ombrages et des eaux, cette majestueuse forêt qui entoure de toutes parts et couronne les jardins , la profusion des fleurs, l'énorme quantité d'arbres et d'arbustes rares , la magnificence des fabrifjues , la variété des sites, le bon goût et l'extrême noblesse qui régnoient en général dans la distribution

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et Je plan, la vasic ôIoikIim' de ces jardins, reiidoiont ce lieu vrrifahicnient di;jne d'exciter la ciiiiosité des anial> urs des arts et des étrangers. En nous trouvant dans ce lieu enchanté, nous fûmes rra])pés d'une réflexion (jui nous oiTroit un contraste singulier; il nous parut bizarre de nous trouver tout à coup dans le Temple de l'Amour, en nous rappelant que la veille, à la même heure, nous avions été dans la cellule d'un père de la Trappe. Il y avoit dans ces délicieux jardins plusieurs choses de , mauvais p;oùt ; mais c'étoient de légers défauts parmi des beautés sans nombre et du plus grand genre. Par exemple, la grotte ne presentoit qu'une grande masse, très -lourde et d'une vilaine forme, ce qui nous parut d'autant plus fâcheux qu'elle étoit très en vue et dans une situation ravissante; j'aurois voulu, à la place de ce mauvais rocher, un beau Temple de la Gloire, dans lequel on eût trouvé pour principal ornement l'épée de M. de Turenne, suspendue à la voûte ; j'aurois voulu encore que la statue de ce grand homme eût décoré le fond du temple, et que des bas-reliefs eussent représenté ses victoires. En Angleterre, toutes les fabriques de Bleinheim sont

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