‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de GenlisChapitre 25 sur 38 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

des monumcns glorieux qui retracent les exploits du duc de Marlborough ; les jardins de Navarre, aussi beaux que ceux de Bleinlieim, pouvoient encore avoir cet intérêt si noble de rappeler à chaque pas la mémoire d'un héros , celle de nos armées et des époques glorieuses à la France. Au lieu de cela, on s'étoit contenté d'élever dans ce jardin un petit tombeau de gazon au cheval de bataille de M. de Turenne. Sur cette tombe mesquine, la Pie (cette jument célèbre) est représentée en petit, en bronze ; aux quatre coins de la tombe sont des urnes de porphyre; le tout ressembloit, comme le remarqua Paméla, à une garniture de cheminée. La femme et le pêcheur de plâtre, malgré la vive admiration de la dame de Conches, n'oiï'roient pas des idées plus relevées et plus heureuses. Il étoit expressément défendu de cueillir des fleurs dans ces jardins , et d'y tuer aucun gibier et aucun oiseau. Aussi les oiseaux y étoient-ils en plus grand nombre et plus apprivoisés qu'ailleurs, aussi ce jardin avoit-il un éclat et une fraîcheur remarquables. Je n'ai jamais vu tant de roses et de fleurs , entendu tant de chants et de ramages d'oiseaux , tant de murmures de torrens et de cascades.

HE MADAME DE GE.A'LIS. a/fS

Nous fîmes , le mois d'août suivant , un voyage à Saint- Valéry , à cinq lieues de Lamotlie '. Après avoir diné dans une auberge sur le bord de la mer, on nous conduisit sur un vaisseau neuf qui n'éloit pas encore nommé. On dc'sira que M. le duc de Chartres lui donnât son nom, et qu'il en fût sur-le-champ le parrain ; j'y consentis avec d'autant plus de plaisir que je n'avois jamais vu cette cérémonie. Il y avoit sur le gaillard d'arrière une table couverte d'une nappe garnie de dentelle, et sur cette table un bénitier et des assiettes contenant du sel et du blé. Des prêtres, en habits sacerdotaux, entouroientla table. M. le duc de Chartres et IMademoiselle furent les parrain et marraine. Le curé leur fit un discours touchant, après quoi les prêtres ont chanté des prières. Ensuite le curé bénit le vaisseau. 11 en fit le tour en y répandant du sel et du blé, symboles de l'abondance. Il me semble que cette bénédiction d'un vaisseau neuf, prêt à partir pour une longue

• Terre qui appaitenoit à M. le duc d'Orléans, et qui est eu Normandie , près de la ville d'Eu, et sur le bord de la mer.

(Note do l'aulcur.)

et périlleuse navigation , est en effet un trèsbeau sujet de discours adressé à un jeune prince. On expliqua à mes élèves, avec le plus grand détail , la manœuvre d'un vaisseau. Nous visitâmes aussi le chantier , où nous vîmes deux bàtimens en construction.

Nous visitâmes un village très-singulier, à trois petites lieues de Lamothe , nommé Cayeu. Il est sur le bord de la mer , et composé d'environ huit cents maisons. Le bord de la mer est là trés-élevé, et n'est formé que par du sable excessivement fm que le vent y porte du rivage. Il en résulte que le vent, repoussant ce même sable de ce bord escarpé très au loin , il couvre en totalité, non-seulement tout l'espace occupé par le village, mais encore une grande étendue par-delà; de manière qu'en marchant dans ce triste lieu on enfonce dans le sable jusqu'au-dessus de la cheville du pied, et que, dans cette vaste étendue, il ne peut croître ni un arbre, ni un buisson, ni un seul brin d'herbe ou de mousse. On se croît là transporté dans les déserts arides et brûlans de l'Afrique; et , lorsque le vent est violent, ce qui est fréquent sur les côtes de la mer, le sable s'élève dans les airs en épais tourbillons

et couvre entièreiiieiit ce malheureux village. iMais la pèche, et par conséquent une subsistance assurée, retiennent là ces infortunés liabitans, malgré tant de calamiré et malgré la privation de la verdure, des fruits, des légumes, de l'eau douce, et de tout ce que la nature oflre p;irtoutaux paysans les plus pauvres. Leur situation nous parut d'autant plus affreuse , qu'à cinq cents pas du terrain qu'ils occupent on trouve des prairies et des champs cultivés ; et qu'ils ont ainsi sous les yeux un objet de comparaison bien affligeant pour eux. Je n'ai rien vu qui m'ait autant attristée que l'aspect de ce village. D'un côté, à son extrémité sur le bord de la mer, cette immense étendue d'eau sans limites; de l'autre, une A'^aste plaine de sable blanc ; parsemée de méchantes cabanes de pêcheurs , pas une pointe de verdure , un soleil ardent qui se réfléchit sur un sable éclatant, un air obscurci et souillé par une poussière éternelle, le lugubre mu- ^îissement des flots , tout concourt à rendre ce village le plus affreux séjour de l'univers. Cependant on y vit , on y reste , et même la population y est tiès-considérable ; on y trouve une multitude d'enfans. Quel est donc le pou-

voir de rhabitndc et de rattachement à la vie! La subsistance de ces pécheurs est assurée , et ils consentent à tout souffrir à condition d'être sans inquiétude sur les moyens de prolonger cette pénible existence. Que dis-je? peut-être même cpie la plus grande partie de ces habi- 'tans, objets de notre pitié, préfèrent cette terre dépouillée qui les a vus naître, aux champs fertiles de leurs voisins ; car , comme l'a dit un poëte connu :

E instinto dl natura L'amor del patrio nido '.

DeLamothc nous allâmes au lïavre-de-Grâce,. où nous visitâmes les arsenaux et ensuite la jetée. Nous y vîmes un horrible monument de la cupidité et de l'iniquité des hommes j c'étoit un gros vaisseau très-lourd, qu'on appelle un négrier, bâtiment destiné à faire la traite des nègres; il étoit très-massif, parce qu'il étoit plein de cachots faits pour renfermer les malheureux nègres.

Du Havre nous nous rendîmes à Pontorson ,

' « L'amour du nid paleiuel est uu instinct de la nature. «

OÙ nous changeâmes de chevaux pour allcj- ;ui mont Saint-Michel. 11 n'y a que trois lieues; mais, pendant plus d'une lieue, les chemins étoient excessivement mauvais. jNous lûmes ohligés d'en faire la plus grande partie à pied. Pour arriver au mont Saint-ÎMichel , dans de certains temps, et le plus communément, il faut saisir l'heure de la marée, où la mer ahandonne cette plage; mais, dans le moment où nous étions en marche, la mer s'étoit retirée depuis quelques heures. Nous arrivâmes à la nuit tout-à-fait fermée : c'étoit un spectacle surprenant que les approches de ce fort au milieu de la nuit, sur cette plage sahlonneuse et nue, avec des guides portant des llamheaux et poussant des cris horribles, pour neus faire éviter des trous profonds et des endroits dangereux, de manière qu'il falloit faire mille et mille détours avant d'arriver. On voyoit de très-près ce fort qui étoit tout illuminé , dans l'attente des princes ; on croyoit qu'on y touclioit, et l'on tournoit toujours sans l'atteindre. Nous entendions un bruit lugubre de cloches qu'on sonnoit en honneur des princes ; et cette triste mélodie ajoutoit beaucoup à l'impressiou mélancolique que nous causoient tous

ces objets nouveaux. C'est bien de ce château qu'on peut dire qu'il est posé

Sur un rocher désert , l'elïroi de la uature. Dont l'aride sommet semble touclier aux cieux;

car en effet son élévation est prodigieuse ; on ne peut s'en faire une idée. Son aspect est trèsimposant par ses tours, ses fortifications et son arcliitecture gothique, qui le rend plus vénélable. Nous entrâmes d'abord dans une citadelle où des gens du lieu, habillés en soldats, et avec des fusils , attendoient mes élèves. On n'envoyoit dans celte forteresse des troupes qu'en temps de guerre; mais, en temps de paix, c'étoit le prieur qui étoit commandant du fort. Après avoir passé la citadelle, nous entrâmes dans la ville, qui étoit très-petite et fort pauvre : c'est une longue rue extrêmement étroite, qui va toujours en montant et en tournant, et dans laquelle on ne peut aller qu'à pied. Tout le monde a voit éclairé s<i, maison et étoit sur le pas de sa porte. Après avoir ainsi grimpé pendant une demi-heuie ,, escortés de Ions les religieux et de gens qui portoient des lanternes, nous quiuâmes la ville, et nous trouvâmes des escaliers très.-

Di; MADAME D !•: GEM.IS. 'J/^(J

roidcs et très-hauts, tout couverts de mousse et de ronces; il fallut monter environ quatre cents marches. De temps en temps on trouvoit des repos, c'est-à-dire, de petites esplanades remplies d'herhages et de ronces, et allant toujours en montant. C('lt(> ^i-impddc est la chose la plus fatigante qu'on puisse imaginer; nous étions tous en nage, quoiqu'il ne fit pas chaud. Enfin , nous entrâmes dans une vaste église, dont le chœur étoit très-beau et d'un grande noblesse : nous étions alors dans le couvent. Après avoir traversé l'église , il fallut encore monter un escalier qui nous conduisit aux apparteraens qui sont grands et propres. Au-dessus de ces logemens il y avoit encore quatre cents marches qui ipenoient* à un belvédère placé au sommet de ce fort. L'air y étoit très-vif, mais sain ; on buvoit de l'eau de citerne qui n'étoit pas mauvaise. L'hiver y est extrêmement rigoureux et commence avec l'automne; il n'y fait jamais bien chaud. Quelques maisons de la ville ont de très-petits jardins, et quelques habitans, des vaches ; mais les religieux étoient obligés de prendre ailleurs leurs provisions, même du pain, parce qu'à cause de la cherté du bois, on n'en faisoit

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point au mont Saint-Michel; on le fa i soit venir de Pontorson. On n'a du poisson sur cette plage que très-rarement et par hasard : ainsi, au milieu de la mer, on est encore obligé de l'acheter. Les religieux avoicnt, à une lieue et demie du fort une maison de campagne avec un superbe jardin qui les fournissoit de légumes. Ils étoient douze religieux, et ne recevoient point de novices. Il me parut qu'en général ils cherchoient , autant qu'ils le pouvoient, à adoucir le sort des prisonniers. Ils nous assurèrent qu'ils ne les renfermoient point, à moins d'ordres très-positifs du roi, et détaillés sur ce point , et que , même très-communément, ils les mènent promener aux environs.

Je les questionnai sur la fameuse ca^e de fer; ils m'apprirent qu'elle n'étoit point de fer, mais de bois , formée avec d'énormes poutres , laissant entre elles des intervalles à jour de la largeur de trois à quatre doigts. Il y avoit environ quinze ans qu'on n'y avoit mis de prisonniers à demeure, car on y en mettoit assez souvent (quand ils étoient médians , me diton) pour vingt-quatre heures ou deux jours, quoi({ue ce lieu fût horriblement humide et

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malsain, et qu'il y eût une autiv prison aussi foitc, mais plus saine. Là-dessus je témoignai ma surprise. Le prieur me répondit que son intention étoit de détruire un jour ce monument de cruauté. Alors Madcnioiselle et ses frères se sont écriés qu'ils auroient une joie extrême de le voir détruire en leur présence. A ces mots , le prieur nous dit qu'il étoit le maitre de l'anéantir, parce que monseigneur le comte d'Artois % ayant passé quelques mois avant nous au mont Saint-Michel , en avoit positivement ordonné la démolition ; le prieur ajouta que div^erses raisons l'avoient forcé de différer , mais qu'il alloit accorder aux princes cette satisfaction le lendemain matin , et que ce seroit certainement la plus belle fête qu'on leur eût jamais donnée. J'occupai la chambre où couchoit M. l'abbé Sabathier , qui fut retenu dans cette prison pour une si belle cause. Les religieux ne parloient de lui qu'avec attendrissement et enthousiasme.

Quelques heures avant notre départ du mont Saint-Michel , le prieur, suivi des religieux, de deux charpentiers , d'un des suisses du château, et de la plus grande partie des

■ Maiutenaut S. M. Charles X.

•J.:i'l MK.MOIRES

prisonniers ( nous avions désii'é qu'ils vinssent avec nous ) , nous conduisit au lieu qui renfermoit cette terrible cage. Pour y arriver, on étoit oblijifë de traverser des souterrains si obscurs, qu'il Y falloit des flambeaux; et, après avoir descendu beaucoup d'escaliers, on parvenoità une affreuse cave où étoit l'abominable cage , d'une petitesse extrême , et posée sur un terrain bumide où l'on voyoit ruisseler l'eau. J'y entrai avec im sentiment d'borrcur et d'indignation , tempéré par la douce pensée que du moins , grâce à mes élèves , aucun infortuné désormais n'y réflécbiroit douloureusement sur ses maux et sur la inécbanceté des hommes. M. le duc de Chartres, avec l'expression la plus touchante , et une force au-dessus de son âge , donna le premier coup de hache à la cage , ensuite les charpentiers en abattirent la porte et plusieurs pièces de bois. Je n'ai rien vu de plus attendrissant que les transports , les acclamations et les •aj>plaudissemeas des prisonnieis pendant cette exécution. C'étoit sûrement la première fois que ces voûtes retentissoient de cris ne joie. Au milieu de tout ce tumulte , je fus frappée de la figure triste et consternée

du suisse du château , qui considôioit ce spectacle avec le ])lus grand chagrin. Je fis part de ma remarque au ])rieur , qui me dit <jue cet homme regrettoit cette cage , parce qu'il la faisoit voir aux étrangers. M. le duc de Chartres donna dix louis à ce suisse , en lui disant qu'au lieu de montrer à l'avenir la cage aux voyageurs il leur montreroit la place qu'elle occupoit , et que cette vue leur

seroit sûrement plus agréable Après la

messe , nous parcourûmes toute la maison ; nous vîmes une énorme roue , au moyen de laquelle, avec des câbles , on montoit par une fenêtre les grosses provisions pour le château; on attachoit ces provisions sur la grève avec des cables qui tiennent à cette grande roue posé dans l'intérieur du fort à une ouverture de fenêtre , et la roue , en tournant , hisse et enlève tout ce qui est attaché au cable. Delà , nous allâmes nous promener sur les terrasses ou parapets qui sont excessivement élevés. De ce lieu , la vue est admirable de tout côté; on voit le mont Tomblnine , qui est plus grand que le mont Saint-Michel , et qui n'est point habité. Il est couvert de bons lapins , et à trois quarts de lieue du mont

Saint-Michel , ce (fiii semble incroyable ; car , comme il est isolé dans la mer ainsi que ce premier mont , et qu'on n'a point aux environs d'objet de comparaison qui puisse faire juger de sa grandeur, il nous paroissoit d'une petitesse extrême et à cent pas de nous. Ensuite nous vîmes ce qu'on appelle la salle des Chevaliers y qui est vaste et belle , et soutenue par des colonnes ; elle tire son nom de l'usage qu'avoient les chevaliers de Saint- Michel d'aller à ce mont. La bibliothèque étoit fort médiocre; ce qui me fit de la peine, en songeant combien une bonne collection de livres seroit utile et même nécessaire à des prisonniers.

La tradition superstitieuse rapporloit que saint Michel avoit f^iit des miracles sur ce mont, alors habité par des ermites ; qu'ensuite le saint ordonna d'y bâtir , et que ce mont s'appela d'abord Mont de. Tombe , à cause de sa forme. Les anciens ducs de Normandie, et d'autres princes , firent des pèlerinages à ce mont, et des présens que nous vimes dans le trésor de l'église. On y faisoit encore des pèlerinages , et on nous chargea de médailles et de petites coquilles d'argent , comme on en

donne aux pèlerins. Nous obtînmes pour plusieurs prisonniers une permission qu'ils dësiroient ardemment, celle de nous suivre jusqu'au bas du cbàtcau. Il y en avoit un qui, enfermé depuis quinze mois, n'avoit pas eu jusqu'à ce jour la liberté de sortir du haut du fort; lorsqu'il se trouva hors du couvent sur la petite esplanade, et surtout lorsqu'il eut aperçu l'herbe qui couvre les marches de l'escalier, il éprouva un mouvement de joie et d'attendrissement impossible à dépeindre : il me donnoit le bras , et à chaque pas que nous disions il s'écrioit avec transport : 0 quel bonheur de marcher sur f herbe! '

Je fus charmée d'avoir vu ce lieu si triste , mais singulier, ce château amphibie, rejeté tour à tour par la mer et par la terre; car ce mont est pendant une partie du jour une île isolée au milieu des flots, et pendant l'autre partie il se trouve posé sur une vaste étendue de sable aride.

■ En am vanta Paris, nous fîmes beaucoup de démarches infructueuses en sa faveur. 3Iais M. le duc de Chartres eut le bonheur d'obtenir sur-le-champ la délivrance d'un de ces prisonniers, et de contribuer à celle d'un autre encore. (Note de l'auteur.)

En quittant le mont Saint-Michel , nous passâmes à Saint-Màlo, où nous vîmes un exemple très-singulier de ce que peut l'activité réunie à l'industrie. 11 y avoit dans cette ville, quinze ans auparavant, un négociant nommé Dubois qui se ruina; n'ayant plus rien au monde , il se disposoit à passer aux Indes , lorsqu'un vaisseau qu'on croyoit perdu entra dans le port. Dubois avoit des intérêts sur ce bàliment qui avoit cja.njné des richesses immcnses, et qui rapportoit à Dubois six cent mille livres; avec cette somme il fit d'autres entreprises qui prospérèrent. Alors il obtint la permission de construire un port à ses frais à une petite lieue de Saint-Màlo, dans un endroit nommé Montimirin. Ce port étoit achevé, et étoit en petit exactement semblable à celui de Brest. Dubois fit bâtir là un joli château qu'il habitoit, et il se mit à construire des vaisseaux (ju'il vendoit; de manière que cette portion de t(ii(;, conquise })ar le travail et l'industrie, étoit devcnm; la propriété de Dubois, et une espèce de rc'publicpie fondée et gouvernée par lui. On trouvoit à Montmarin une multitude d'ouvriers, parce que tout s'y fabriquoit, cordes, cables, voilures, charpenterie, etc. Du-

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bois prêtoit de l'argent à des armateurs, mais dans ce cas il cxigeoit ])our gage et sûreté des vaisseaux qu'il meltoit dans son port. Il en a six de cette sorte dans ce moment, avec des pavillons de diverses nations. Cet homme singulier étoit très-hospitalier, et rccevoit à merveille les étrangers et tous ceux qui alfoient le' voir.

Depuis long-temps la révolution se prcîparoit, elle étoit inévitable; le respect pour la monarchie étoit tout-à-fa!it détruit , et il étoit de bon air de braver en tout la cour, et de se moquer d'elle. On n'aîloit faire sa cour à Versailles qu'en se plaignant et en gémissant; on répétoit que rien n'étoit ennuyeux comme Versailles et la cour , et tout ee que la cour approuvoit étoit désapprouvé par le public; les pièces de théâtre applaudies à Fontainebleau étoient communément sifBées à Paris. Un ministre disgracié étoit sûr de la faveur du public, et, s'il étoit exilé, tout le monde s'empressoit de l'aller voir, non par véritable grandeur d'âme , mais pour suivre cette mode de dénigrer et de blâmer tout ce que faisoit la cour. Les finances étoient en fort mauvais état ; on imagina , pour y remédier , d'assem-

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