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laissant passer dans son salon les trois quarts de ses journées, avec la foule des beaux-esprits de ce temps, qui tous entouroient mademoiselle Necker; et tandis que sa mère s'occupoit des autres personnes, et surtout des femmes qui venoient la voir, les beaux-esprits dissertoient avec mademoiselle de Necker sur les passions et sur l'amour. La solitude de sa chambre et de bons livres auroient mieux valu pour elle. Elle apprit à parler vite et beaucoup sans réfléchir, et c'est ainsi qu'elle a écrit. Elle eut fort peu d'instruction , n'ap-
et se donna un -violent coup à la tcte , ne se fit point saigner, un abcès se forma , et il en mourut au bout de quarante jours. Il se réconcilia avec la religion , il avoit reçu tous les sacremcns quand j'allai le voir, je le trouvai dans les meilleurs sentiniens. L';d)bé de Tressan , son Jils , étoit dans sa cbambre. Il lui dit de me conter ce qui étoit arrivé la veille, et l'abbé m'apprit que d'Alembert ayant su qu'il avoit reçu les sacremens, étoit venu le voir pour lui en faire les plus violcns reproclies ; que M. de Tressan avoit répondu qu'il falloit être bien barbare pour venir ainsi troubler ses derniei's momens , et qu'il avoit ajouté : Au reste , que vous importe ? et même si vous aviez de l'iiumanité , ne soriez-vous pas charmé de me voir en mourant une grande consolation? M. de Tressan avoit plus de quatre-vingts ans.
(Note (le l'aultur.)
DE MADAMi: DE CENLIS. 3l()
profondit rioii; oUc a mis dans ses ouvrages, non le résultat des souAenirs de bonnes leetures , mais un nombre infini de réminiscences, de conversations incobérentes. Madame Necker étoit une personne vertueuse, calme, sèche et compassée, sans imagination; elle avoit pris, de ses liaisons avec i\I. Thomas, un langage emphatique qui contrastoit singulièrement avec la froideur de ses sentimens et des ses manières : elle étoit étudiée en tout ; elle se composoit un rôle pour toutes les situations, pour le monde, et pour le commerce intime de la vie; elle le dit elle-même dans ses Souvenirs. Elle y donne des régies sur la manière dont on doit causer tête à tète avec son amie. Au reste , avec ces préparations , elle étoit toujours égale, obligeante; et même, ne calculant que sur l'amour-propre des autres, elle étoit constamment louangeuse à l'excès '.
' Madame Necker recevoit tous les vendredis les personnes de Paris les plus distinguées par leurs talens et leur esprit. Madame jNecker étoit à la tète de l'association qui voulut ériger une statue à Voltaire ; ce fut à cette occasion que Voltaire lui écrivit : a J'ai soixante-seize ans, » et je sors à peine d'une grande maladie. M. Pigalle j> doit, dit-nn , venir modeler mon visage ; mais, ma-
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Voici une anecflofe curieuse sur madame Necker, que je tiens de l'homme du monde le plus incapable de faire un mensonge, le marquis de Cliaslcllux. i< Dînant chez madame JNecker, il arriva le premier, et de si bonne heure, que la maîtresse de la maison n'étoit pas encore dans le salon. En se promenant tout seul, il aperçut à terre, sous le fauteuil de madame Necker, un petit livre ; il le ramassa et l'ouvrit : c'étoit un petit livre blanc, qui contenoit quelques pages de l'écriture de madame Necker. 11 n'auroit certainement pas lu une lettre j mais, croyant ne trouver que quelques pensées spirituelles, il lut sans scrupule ; c'étoit la préparation du dîner de ce jour, auquel il étoit invité; madame Necker l'avoit écrite la
dame , il faudroit que j eusse un visage , ou en devineloit à peine la place : mes yeux sont enfoncés de trois pouces, mes joues sont du vieux parchemin mal collé
) sur des os qui ne tiennent à rien. Le peu de dents que j'avois est parti ; ce que je vous dis là n'est point cof[uetterie , c'est une pure vérité. On n'a jamais sculpté un pauvre liommc dans cet état : M. Pigalle
) croiroit (ju on s'est moqué de lui , et, |)our moi, j'ai tant d'amour-propre que je n'oserois jamais paroître en sa présence. »
CNoU; .Ir IVilitcur.)
veille ; il y (louvn tout ce qu'elle dcvoif dire aux personnes invitées, les plus remarquables : son article y étoit, et conçu dans ces termes: Je /varierai au chevalier de CliaslcUux de la Félicité piddiqiie ' QiiX Jgaihe'^.
^Madame ^Secker disoit ensuite qu'elle parleroit à madame d'An^ivilliers sur l'amour , et qu'elle élèveroit une discussion littéraire entre MM. Marmontel et de Guibert. 11 y avoit encore d'antres préparations que j'ai oubliées. Apres avoir lu ce petit livre, M. de Cliastcllux s'empressa de le remettre sous le fauteuil. Un instant aj)rès , un valet de chambre vint dire que madame Necker avoit oublié, dans le salon , ses tablettes , il les chercha et les lui porta. Ce dîner fut charmant pour i\L de Chastellux, parce qu'il eut le plaisir d'entendre madame Necker dire , mot à mot, tout ce qu'elle avoit écrit sur ses tablettes.
M. Necker , qui a mis tant de pompe et de morgue dans ses écrits , avoit beaucoup plus
' La Félicilé publique , ouvrage du chevalier de Chaatellux.
' Une jolie comédie dt; lui, qui n'a jamais été iiKjiri-
niée. ( Noli's do ri.uleur. )