‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de GenlisChapitre 37 sur 38 · IÉMOlRES · texte numérisé non relu

IÉMOlRES

madame deLafitte, sous- gouvernante des princesses , avec laquelle j'avois eu un commerce de lettres, parce qu'elle m'avoit envoyé un petit ouvrage d'elle [les Entretiens cViine Gouvernante avec ses Elèves) dont, à sa prière, j'ai été l'éditeur, et auquel j'ai fait une préface. J'eus une audience particulière de plus de deux heures avec la reine, il ne s'y trouva que les princesses, ses filles, et sa dame d'honneur , lady Pemhroke , qui me présenta , et que j'avois beaucoup vue jadis à l'Ile-Adam. La conversation fut très-animée, je trouvai la reine également obligeante et spirituelle ; je fus surtout charmée de la princesse royale, qui a été depuis reine de "Wurtemberg. La reine eut la bonté de m'envoyer une corbeille

a tant disputé sur la philanthropie. M. du Luc m'a conté qu'il avoit toujours fait ses lectures tête à tête avec la reine, sans avoir jamais eu la j^rrraission de s'asseoir; il étoit constamment debout , immobile à sa place, et lisant à haute voix , pendant trois ou quatre heures , comme je l'ai déjà dit : et la reine écoutoit et brodoit Iranquillemcnt , sans faire la plus légère attention à la situation pénible de son malheureux lecteur. Jamais nos princes n'ont donné l'exemple de cet étrange oubli de la

bonti' et de l'immanité.

( Noie (le l'aiilfUr.)

n K 31 A D A M E 1) 1" G i: \ LIS. :)^ I

remplie dv superbes ananas; et, sachani (|iic j'aimois la botanique, elle nu- lit dire qu'elle avoit fait donner l'ordre à M. Iton , jardinier de ses jardins de Kew, de me laisser eueillir toutes les plantes que je voudrois mettre dans mon berbier, et de me donner toutes les graines que je pourrois désirer. Je n'ai point vu de jardin de plantes aussi charmant que celui de Kew; toutes les plantes aquatiques y sont dans de grandes pièces d'eau, les plantes saxatiles y sont placées parmi des rocbers. Outre que cet arrangement forme un coup d'œil trèspittoresque, il donne aux j)lantes toute la vigueur et toute la beauté qu'elles peuvent avoir, en les plaçant dans les lieux qui leur conviennent. Je fis dans ce voyage la conquête de la rose mousseuse.

Lord Mansfield ', grand-juge d'Angleterre , m'écrivit pour me demander à me voir. Je reçus avec plaisir ce respectable vieillard, rempli d'esprit et d'instruction. Je ne sais comment il apprit que le dix juillet étoit le jour de ma fête , il m'envoya une corbeille remplie de

' II avoit eu des liaisons intimes avec Pope, et l'on voyoit chez lui plusieurs porliaits de ce poëte célèbre.

( ?>'ole de l'aulfur.)

ix)ses mousseuses ; je n'en avois jamais vu , cette belle fleur menchanta; et quand je partis, il m'en donna dans une caisse un rosier tout entier, que j'apportai à Paris, et qui a été le premier quon y ait vu '. Je fis une course à Blenheim , la duchesse de Marlborough y étoit : comme je ne la connoissois pas du tout, je ne demandai point à la voir; on ne me demanda pas mon nom , et je parcourus le château et le parc, sans être connue; mais, en m'en allant , on m'apporta un grand registre , sur lequel on me pria décrire mon nom; je partis aussitôt après. La duchesse, il (jTii rai jiorta le registre, certaine que je luarreterois à Tuni-Pike , m"envova un valet de chambre , porteur d'une immense corbeille pleine d'ananas . pour le moins aussi beaux que ct-ux de WiiiclNor. J'offris une guinée au valet chambre , qui la refusa , en me disant : « Madame , je ne peux pas l'accepter : je sais François. » Ce mot me fit sentir comliii 11 j't'tois moi - même Françoise aussi.

Je vis avec un grand d'.'tail tiuit ce (piil v

' Et que je donnai au fameux fleuriste Descemet.

V ?îole de l'autear. }

a (lo ciiriiMiK ù Londres vt (hins ses environs. M. Horaee Walpole , l'ami si intime de madame dn DelTant, me donna à déjenner dans son prieuré f^othique. On me donna une fête dans les jardins du poëte Waller, dans la partie déserte, où se trouvent des précipices d'une profondeur effrayante; au fond d'un de ces précipices, on voit un pont rompu, avec une statue antique mutilée et si belle, que le chevalier Reinolds avoit offert , pour l'obtenir , douze mille francs et un bon tableau de lui, et on refusa ce marché.

Puisque je parle des choses curieuses qui se trouvent en Angleterre, afin de rassembler les principales , je vais donner ici le détail de celles qui m'ont le plus frappée dans mes deux voyages , et je commencerai par conter l'histoire des deux amies de Langollen , que je n'ai connues qu'à mon second voyage, fait avec mademoiselle d'Orléans. Nous étions à Bury, où nous rassemblions presque tous les jours une petite société bien choisie. Un soir, la conversation tomba sur l'amitié, et je dis que je ferois volontiers un grand vovage pour voir deux personnes unies depuis long-temps par une véritable amitié. « Eh bien, madame, reprit

M. Stewart ', allez à LangoUen, vous verrez là le modèle d'une amitié parfaite ; et ce tableau vous plaira d'autant plus , qu'il vous sera offert par deux femmes jeunes, et charmantes sous tous les rapports. Voulez - vous savoir riiistoire de lady Éléonore Buttler et de miss Ponsomby, sœur du fameux orateur du parlement d'Irlande? » — « J'en serois charmée. » — (( Je vais vous la raconter,

» Lady Éléonore Buttler, âgée aujourd'hui » d'environ vingt-huit ans (1788), naquit à » Dublin. Orpheline au berceau, riche héri- » tiére , aimable et jolie , elle fut recherchée » par les meilleurs partis d'Irlande ; mais elle » annonça de bonne heure une grande lépu- » gnance à se donner un maître. Ce goût » d'indépendance , qu'elle ne dissimula jamais, )) ne lit aucun tort à sa réputation , sa con- )) duite a toujours été parfaite : nulle femme )) n'est plus distinguée qu'elle par la douceur, » la modestie et par toutes les vertus qui » embellissent son sexe. Dès sa première en-

' Depuis lord Casteh'eagli , qui est mort il y a deux ans , premier ministre, et ayant pris le nom de lord Londonderry.

(JSolf tic l'aulcur.;

Ul. MADAME un GE.NLIS. 5/^5

I lance vWv se lia de la ])lii.s Iciidrc aiiiilié avec ) miss Ponsomby ; par un hasard, qui frajjpa ) leur ima£;ination, elles élaicnt nées àDuldin, ) dans la même ainiée, le même jour, el elles ) devinrent orphelines à la même époque. 11 ) leur l'ut aisé de se persuader que le ciel les ) avoit formées l'une pour l'autre , e'esl-à-dire ) pour se consacrer nuifuellement leur exi- ) stence, afin de faire ensemble le voyage de la ) vie au sein de la paix , d'une confiance in- ) time et d'une douce indépendance. Leur sen- ) sibilité devoit réaliser cette illusion. Leur ) amitié s'accrut tellement avec 1 âge , qu'à dix- ) sept ans elles se promirent de conserver tou- ) jours leur liberté, et de ue se séparer jamais. ) Elles formèrent dès lors le projet de se reti- ) rer du monde et de se fixer pour toujours dans ) une profonde solitude. Ayant entendu parler ) des sites charmans de la principauté de Galles, ) elles s'échappèrent secrètement, , pour aller ) choisir leur retraite. Elles allèrent à Langol- ) len , et trouvèrent là , sur le sommet d'une )' montagne, une petite chaumière isolée , dont ) la situation leur parut délicieuse. Ce fut là ) qu'elles résolurent de s'établir. Cependant les ) tuteurs des jeunes fugitives envoyèrent sur

346 MÉ^ÎOIRES

«leurs traces, et on les ramena à Dublin. » Elles annoncèrent qu'elles retourneroientsur » leur montagne aussitôt qu'elles auroient at- )) teint leur majorité. En effet, à vingt-un ans, )) malgré les prières et les représentations de )) leurs parens et de leurs amis , elles quittè- » rent sans retour l'Irlande et volèrent à Lan- » gollen. Miss Ponsomby n'est pas riche; mais » lady Eléonore possède une fortune considé- » rable; elle acheta la petite cabane de paysans )) et la propriété de la montagne; elle lit bâtir » îà une chaumière, très-simple en apparence, » mais dont l'intérieur est de la plus grande )) élégance. Sur la plate-forme de la montagne » on a formé autour de la maison une cour et » un jardin de fleurs : une haie de rosiers est » la seule clôture de cette habitation champè- » tre. Un chemin commode pour les voitures, » et dont l'art adoucit la pente rapide , fut pra- » tiqué dans la montagne ; on conserva sur » cette montagne (juelques sapins antiques d'une » élévation prodi£:;ieuse; on y planta des arbres » fruitiers et surtout une grande quantité de » cerisiers, qui donnent les plus belles et les » meilleures cerises de l'Angleterre. Les deux » amies possèdent encore , au pied de la mon-

» la(^nc, une prairie pour leurs troupeaux, une )) belle ferme et un jardiu potager. Ces deux » personnes extraordinaires , ayant l'une et » l'autre l'esprit le plus cultivé et des talens » eharmaus , sont dans cette solitude depuis M sept ans sans avoir jamais découché une seule » fois. Cependant elles ne sont point sauvages; )) elles vont quelquefois en visite dans les chà- » teaux voisins; et elles reçoivent, avec autant n de £^ràce que de [)olitesse , les voyageurs qui » passent en Irlande ou qui en reviennent, et » ([ui leur sont recommandés par leurs ann ciennes amies. »

Il fut décidé dans la même soirée que nous partirions incessamment pour Langollen.

Ce village n'a pas la riche apparence des autres villages de l'Angleterre , mais rien n'égale la propreté de l'intérieur des maisons, et c'est là, parmi les paysans, la véritable preuve de l'aisance. Langollen , entouré d'ombrages et de prairies délicieuses par la fraîcheur de leur verdure , est situé au pied de la montagne des deux amies, qui forme là une majestueuse pyramide couverte d'arbres et de fleurs. Nous arrivâmes à la chaumière une heure avant le coucher du soleil. Les deux amies avoient reçu

le matin, par un courrier, la lettre qui m'avoit été doiniée pour elles. Nous lûmes accueil- Ires avec une grâce, une cordialité, un charme de bonté dont il s<'roit impossible de donner l'idée. Je ne me lassois point de contempler ces deux personnes si intéressantes par leur imion , et si extraordinaires j)ar leur genre de vie. Je ne vis rien en elles de cette vanité qui jouit de la surprise des autres. Elles s'aimoient, et elles étoient là avec une telle simplicité , que fétonnement se changeoit bientôt en attendrissement. Tout étoit vrai , tout étoit naturel dans leurs manières et dans leurs discours; une chose bien singulière, c'est qu'étant depuis tant d'années dans une retraite profonde, elles parloient franeois avec autant de facilité que de pureté. Je fus aussi très-frappée du peu de rapports (|ui se trouvoient entre elles. Lady Éléonore avoit un charmant visage, éclatant de fraîcheur et de santé; tout en elle annoncoit la vivacité et la gaieté la plus franche. Miss Ponsomby avoit une belle ligure pâle et mélancolique. Il seujbloit que l'une étoit née dans cette solitude tant elle y étoit à son aise; car on voyoit, à son air dégagé, qu'elle n'a voit pas conservé le moindre souvenir du monde et de ses vains plaisirs;

n r. iM A D A m t. n r, g i, m , i s . 549

TaiUre, pensive et recueillie, avoil (lop dccaii- (Iciii- et d'innocence pour que Ton put ima.jjinercpu^ le repentir TiMoil conduite dans le désert ; mais on auroit cru rprellc y eonservoit quehpies re£;rets douloureux. Toutes les deux avoient la politesse la plus noble et l'esprit le mieux cultivé. Une très-belle bibliothèque, composée d'excellens livres anglois , franeois et italiens , étoit pour elles une source inépuisable d'amusemens et d'occupations variées et solides ; car la lecture n'est véritablement profitable que lorsqu'on a le temps de relire. L'intérieur de la maison étoit ravissant par la juste proportion et la distribution des pièces , l'élégance des ornemens et des meubles et la vue admirable que l'on découvre de toutes les fenêtres. Le salon étoit décoré de paysages charmans , dessinés et peints d'après nature par miss Ponsomby. Lady Eléonore étoit très-bonne musicienne ; l'une et l'autre avoient rempli leur habitation solitaire de broderies d'un travail merveilleux. Miss Ponsomby, qui possédoit la plus belle écriture que j'aie jamais vue , avoit fait des recueils de morceaux choisis en vers et en prose , écrits de sa main et ornés de vignettes et d'arabesques du meilleur goût, ce qui

ô!KJ MEMOIRES

lormoit la collection la plus précieuse. Ainsi les arts étoient cultivés là avec autant de succès que de modestie : on en admiroit les fruits et les productions avec un sentiment qu'on n'éprouvoit point ailleurs. On étoit charmé de voir que tant de mérite étoit, dans ce paisible séjour, à l'abri de la satire et de l'envie , et que des talens sans ostentation et sans orgueil n'avoient jamais désiré là que le suil'rage de l'amitié ! Cette soirée fut un enchantement pour moi, aucune réflexion fâcheuse n'en troubla la douceur. J'allai me coucher; mais j'avois la tète si remplie d(^ tout ce que je venois de voir et d'entendre , que mes pensées me tinrent longtemps lieu de sommeil. Enfin , j'allois m'endormir lorsque les sons les plus mélodieux me réveillèrent. Très-surprise, j'écoute : ce n'étoit point de la musique , c'étoit une mélodie vague et céleste (|ui pénétroit jusqu'au fond de l'âme. A force d'attention , je connus qu'un vent assez violent, cpii venoit de s'élever, la produisoit. Mon oreille distinguoit dans le lointain le bruit et le sifilement ordinaires causés par un ora.o-e ; mais les vents, changeant de nature en approeliant de cet asile de la paix et de l'amitié, ne formoicnt plus, lorsqu'ils frappoient ses ai-bres

DE M A O A M i: 1)1". (. i: N [, I s . 55 f

et S(^s nuii's , (ju'une harmonie enchanteresse. J'élois fort disposée à croire aux prodiges ; néanmoins je voulois approfondir cehii-ci; mais je nosois me lever : j'étois retenue par la crainte de réveiller mademoiselle d'Orléans, très-fatiguée du voyage et couchée dans un lit près du mien. Tout à coup la tempête se calma , les sons harmonieux parurent être emportés avec les vents qui séloignoient. Il me sembla que ce concert céleste se perdoit dans les nuai^es , je croyois en élevant la tète vers les cieux en mieux recueillir les derniers accords; j'écoutois avec saisissement ; et , comme sainte Cécile, si j'eusse tenu ma harpe, je Faurois laissée échapper de mes mains , et toute musique terrestre m'eût paru bien insipide dans ce moment.

Le lendemain matin tout ce mystère fut éclairci. En ouvrant ma fenêtre je trouvai sur le balcon, une espèce d'instrument 'qui m'étoit inconnu , que l'on appelle en Angleterre une eoliaji havp , une harpe éolienne ; instrument . inventé pour rendre harmonieux le vent, qui, lorsqu'il frappe ces instrumens, produit en effet des sons ravissant. Il est assez naturel qu'un tel instrument ait été inventé dans une île ora-

ù:)2 ]MEMOlllKS

î^euse , au sein des tempêtes dont il adoucit la tristesse.

Je me promenai toute la matinée avec les deux amies. Rien n'égale la beauté des sites qui environnent et que domine la montagne dont elles occupoient le sommet. H sembloit, à cette élévation , qu'elles étoient les souveraines de toute cette belle contrée. Au nord elles avoient la vue du village et d'une foret ; au midi une longue rivière baigne le pied de la montagne, et fertilise d'immenses prairies , au delà desquelles on découvre un ampbitliéàtre de collines chargées d'arbres et de rochers.

Au milieu de ce séjour sauvage, s'élève une tour majestueuse (pii paroît être le phare de ce rivage , et qui n'est qu'un débris d'un château magnifique , habité jadis par le prince souverain du pays. Toute cette côte solitaire étoit jadis florissante et peuplée; elleétoit alors livrée a la seule nature , on n y voyoït plus que des troupeaux de chèvres et quelques pâtres dispersés, assis sur les rochers, et jouant de la harpe irlandoise '. En face de ce tableau agreste

■ Cette liarpe n'est pas comme la notre. Les cordes sont (le laiton, elle en a deux ran;;s places de manière ({ue la basse se trouve vis-à-vis le dessus. Nous cntcn^

vl mclaiicolique , les tlt'iix amies avoiciil fail poser un siège de verdure, ombragé par deux peupliers, et c'étoil là, me direnl-elles , (pie souvent en été elles venoient relire les poésies d'Ossian.

J'éprouvai , dans eette journée , des impressions bien différentes de celles qui m'avoient causé tant d'enthousiasme la veille. La réflexion et la raison dissipèrent toutes les illusions qui m'avoient fait envier le sort des deux amies. Je les trouvois toujours aussi aimables, aussi intéressantes; mais je sentois qu'il falloit plutôt les plaindre que les admirer. Sur cette terre, où tout nous échappe successivement, il faut conserve)plusieurs liens ou les rompre tous, pour se donner sans réserve à l'Etre Éternel, qui peut seul réaliser nos espérances , et fixer notre cœur incertain . Dans l'état naturel de société , les affections de famille forment , dans le cours de la vie , une

dîmes à notre auberge un vieux pâtre qui vint en jouer devant nous , et qui nous fit grand plaisir, car il en joua fort agréablement. Son genre de musique ctoit singulier, mais chantant. Quoique ces harpes n'aient point de pédales , elles sont beaucoup moins bornées que les petites harpes dont on joue dans les l'ues en Allemagne et en France.

( Noie <K" railleur.; TOME III. 2 0

succession nécessaire de consolations : un époux console de la perte d'une mère; par la suite, la main d'un enfant chéri essuiera d'autres larmes ; un frère partage nos chagrins domestiques ; un ami fidèle dédommage de la trahison d'un faux ami. Cultivons donc toutes nos relations. Ah ! dans cette carrière épineuse que nous devons parcourir, ne rejetons aucun de nos appuis naturels : si l'un nous manque , un autre au moins soutiendra notre foiblesse !

Le plus grand des malheurs pour un cœur profondément sensible est de nourrir un sentiment exclusif et passionné pour un être dépendant et fragile, dont mille événements peuvent le séparer et que la mort peut lui ravir. Quelque pure que puisse être cette affection, elle sera toujours la source de tourmens inévitables; si elle est exempte de remords , elle ne sauroit l'être d'inquiétudes déchirantes.

Ces idées firent une telle impression sur mon esprit , que je ne vis plus dans les deux amies que des victimes imprudentes de la plus dangereuse exaltation de tète et de sensibilité. Après un tel état et de tels engagemens , elles étoient, pour jamais, enchaînées sur cette montagne!... Mais que leur avenir est efïrayant ! si riine de-

DR M.\n\>lE DE Cr.NLlS. 555

voit survivre à l'autre, et , sans aide comme sans consolation, se trouver, seule, chargée du soin sacré de lui rendre les derniers devoirs , d'ordonner ses funérailles ! — ou si toutes les deux , devenant infirmes en même temj)S , privées de l'ouïe et de la vue, passoicnt les dernières années de leur vie, sans se voir, sans s'entendre, sans pouvoir se soigner mutuellement , ensemble et séparées , puisqu'elles ne pourroient plus exister l'une pour l'autre ! situation bizarre autant que déplorable, et dont la constance de l'amitié ne pourroit qu'aggraver l'horreur ! aux yeux des gens du monde , le sort d'une carmélite doit paroître moins à plaindre. Si nos philosophes s'attendrissent sur les privations qu'elle éprouve dans sa jeunesse , du moins il est impossible qu'ils ne conçoivent pas que sa vieillesse doit être parfaitement heureuse. Avec quelle sérénité , avec quelle joie

elle s'avance vers la tombe ! et l'on ne songe

pas assez que la vieillesse est l'état le plus long de la vie, il peut durer quarante ans.

Les amies de Langollen avoient un moyen de s'assurer une vieillesse heureuse; c'étoit d'élever et d'adopter des enfans , et de se former ainsi une famille étrangère qui pût égayer

leur solitude , et soigner un jour leurs vieux ans. J'ignore si elles ont suivi mon conseil; depuis mon retour en France j'ai reçu de leurs nouvelles , et j'ai appris avec un véritable chagrin que miss Ponsomby étoit menacée d'hydropisie. Les religieuses seules peuvent se passer de familles , elles sont entièrement dévouées à Dieu; d'ailleurs elles ont des compagnes de tout âge , et leur vieillesse s'écoule en paix , sous la protection active et généreuse de la charité chrétienne.

Je ne dois pas quitter Langollen sans parler des mœurs admirables des habitans de cette partie de la principauté de Galles : les deux amies nous contèrent que leur probité est si reconnue, que très-souvent quittant leurs montagnes pour faire une promenade aux environs, elles laissoient la clef à leur chaumière , sans que jamais on leur ait dérobé la moindre chose, et cependant elles avoient une argenterie considérable , et une infinité de petits meubles précieux qu'on auroit pu facilem(>nt emporter. On retrouvoit aussi dans les auberges de Langollen toute la propreté angloise.

Je vis aussi dans le second voyage la charmante ville de Bury. Le cimetière de cefte

DE MADAME DE GEALIS. SSy

villo ('S( surtout remarquable pai- la beauté (les iiioniuneus autiques dont il est entouré; on me conta que ce cimetière est le lieu (l(i rendez - vous des amans , pendant le printemps et l'été ' ; ils s'y réunissent le soir au clair de la lune. Il me semble qu'il n'y a qu'un amour légitime , profond et pur , qui puisse s'exprimer dans un tel lieu. Le vice , ou un sentiment léger, formé par le caprice , ne se plairoient point parmi ces tombeaux , ces ruines et sous l'ombrage des cyprès. Là , on ne sauroit prononcer avec légèreté , et sans y penser, le serment d'aimer jusqu'à la mort ! Je me représente avec intérêt deux jeunes amans, gênés par un tuteur avare et faroucbe (car je veux qu'ils ne soient point sous l'autorité des auteurs de leurs jours, puisqu'ils se donnent un rendez-vous secret ) , je les vois arriver et se trouver seuls ensemble

' Dans presque tous les villages d'Angleterre le cimetièi'e de la paroisse devient chaque soir le lieu de rendezvous des amans. Ces cimetières sont généralement entourés , dans leur pourtour intéiieur, d'une allée de tilleuls et d'allées sablées , par lesquelles on passe pour se rendre à l'église, construite au milieu d-u cimetière et séparée de tout autre bàtimcut.

( Noie de rédilcui. )

pour la première fois de leur vie. Je les vois s'approcher avec le saisissement et rinnocence d'une première passion , s'asseoir sur une tombe en face d'un de ces tombeaux gothiques dont ce lieu est entouré. Je vois couler leurs larmes ! L'agitation violente qu'ils éprouvent forme un contraste frappant avec la tranquillité même de cet asile de la mort ! C'est ici que toutes les passions humaines viennent s'anéantir pour l'éternité , et c'est ici , jeunes amans, que vous osez vous livrer au sentiment le plus tumultueux qui puisse troubler l'âme; c'est ici que vous jurez d'aimer éternellement! Ils parlent! Avec quelle attention je les écoute! Le calme de la nuit, la

douce clarté de la lune , les reflets harmonieux qu'elle produit sur ces vénérables monumens; ces sapins et ces cyprès qui s'élèvent avec majesté parmi ces tombeaux , et dont les belles formes pyramidales se dessinent en noir foncé sur ces tours antiques; cette réunion d'objets imposans , funèbres , religieux , en inspirant une profonde mélancolie, exalte tous les sentimens. Que l'entretien de ces amans sera touchant et pur! C'est dans des fêtes, c'est

au bal que les amans emploient le langage

nr, MADAME DE GENLIS. 55()

faiitaslique des poètes ; c'est là que l'on parle à sa maîtresse de ses grâces, de sa beauté , cl qu'on la compare à Vénus ; mais ici l'amour s'exprime connue la sainte amitié; son lan.ofagc est celui de Tàme, de la vertu , et c'est l'Éternel qu'on prend à témoin du serment que l'on croit irrévocable. Hélas! ce serment, peut-être, est prononcé sur la tombe d'une victime de

l'amour ! Ah! s'il en est ainsi , ce fut une

femme, sans doute La séduction ou l'inconstance d'un ingrat a creusé son tombeau!

Peut-être fut-elle l'amie de celle qui foule aux pieds sa cendre , et qui s'expose aux mêmes

dangers ! Imprudente et jeune amante !

rappelle-toi ce souvenir. Oh! tu viens rêver au bonheur sur les bords d'un abîme; tu paieras cher un moment d'illusion ; tu as perdu

pour long-temps la paix et la tranquillité!

Cependant tu sortiras pure de ce premier entretien ; mais n'en accorde pas un second , tu y perdrais l'innocence : va, tu as connu de l'amour tout ce qu'il a de doux et d'enchanteur; il n'est pas en son pouvoir de te rendre jamais le charme de ce premier rendez-vous.

Le ^rendre de Richardson existoit encore , il s'appeloit M. Bridget : c'étoit un savant de

36o MÉMOIRES

racadémic royale de Londres ; il étoit fort sauvage, mais, comme il possédoit un portrait original de Richardson , j'eus grande envie de le voir. Je lui écrivis pour lui demander la permission d'aller chez lui , il eut la politesse de venir me prendre. Je parcourus sa maison avec le plus grand intérêt, j'y vis le portrait de grandeur naturelle et à l'huile de Richardson : il étoit blond, d'une petite taille, un peu gros , sa physionomie et ses yeux étoient remplis de douceur. Le chevalier Reinolds m'avoit fait voir un portrait original en miniature de Milton , qui avoit une figure dans le genre de celle de Richardson. J'eus le plaisir de m'asseoir, dans le jardin de M. Bridget, sur le banc de Richardson ; le bras droit de ce banc s'ouvroit et renfermoit une écritoire: il composoit et écrivoit là une partie de la matinée. M. Bridget me prit tellement en amitié , qu'il me proposa de me donner un manuscrit du roma.n de Paméla, avec des corrections à la marge des propres mains de Richardson ; mais il exigeoit ma parole d'honneur que je le traduirois moi-même littéralement. Comme il m'eût é(é impossible de le traduire sans y faire beaucoup de cliangemcns, je ne voulus

DE ÎM.VDA>IR DE GENLIS. 5Di

pas prendre cet engagement ; mais je lui offris de le l'aire fraduire sons mes yeux, avee tonl le soin possible ; il refusa eclte proposition, llicliardson n'est pas enterré à Westminster, les Anglois ne font pas de cet auteur autant de cas que nous , parce qu'il n'est pas compté au rang des bons écrivains, et qu'il a mal peint le grand monde qu'il ne connoissoit pas; mais il a si bien peint le cœur liumain, les passions et la vertu , il a si bien connu le cœur d'une femme honnête, ingénue et sensible , qu'il méritera toujours d'être placé au premier rang des moralistes. M. Bridget me mena dans l'église de Sainte-Bridge, où, sans aucun monument , reposent les cendres de Richardson. M. Bridget me conta que l'année d'auparavant il avoit mené dans cette même église madame de Tessé , qui avoit fait un petit voyage en Angleterre, et qu'elle s'étoit prosternée sur cette tombe qui n'est autre chose qu'une grande pierre sur le pavé de l'église. M. Bridget ajouta que madame de Tessé avoit fait tant de gémissemens et versé tant de larmes qu'il avoit été effrayé , craignant qu'elle ne s'évanouît. Je ne fis point toutes ces démonstrations , je n'épouvantai point M. Bridget par

ma douleur, et cependant il l'ut si persuadé de mon admiration pour son beau-père, qu'il me promit de lui-même de faire pour moi ce qu'il n'avoit fait pour personne, de m'envoyer une copie en miniature du portrait de nicliardson; il me tint parole : un mois après mon retour en France, je reçus ce précieux portrait.

Mademoiselle Wilkes, fdle du célèbre Wilkes, du parti de l'opposition, vint me voir: c'étoit une personne de trente-cinq ans , fort laide, mais très-spirituelle, sachant beaucoup de langues , et d'une instruction fort remarquable; elle fut si aimable pour moi, que je me liai intimement avec elle. Son père étoit trèsfameux par ses querelles avec le gouvernement , la hardiesse de ses opinions , et la violence avec laquelle son parti l'a voit fait nommer lord -maire. Je dinai deux fois chez lui, sa conversation étoit amusante; il avoit beaucoup vu Voltaire pendant son séjour à Londres ; il me dit que Voltaire savoit trèsmal l'anglois , qu'il n'étoit pas en état de sentir la beauté des poètes. 11 me conta beaucoup de traits de sa jalousie et de son animosifé contre Pope; tout le monde sait qu'il

nii MADAME \)E Gl. .NLIS. 5G5

eut la bassesse de le dénoncer comme papiste. Je vis cliez INI. W ilkes une chose qui me surprit étrangemenl : lorsque M. Wilkes quitta la place de lord-maire , la ville de Londres , selon l'usajje , lui lit un présent : elle lui donna un superbe morceau d'argenterie , représentant en plein relief l'assassinat de Césai: au sénat. Ce présent fut fait avant la révolution , dont il sembloit être un prélude ; il étoit placé pompeusement sur la cheminée du salon.

Toutes mes occupations et mes courses ne m'empêchèrent pas , à mon premier voyage , de prendre, pendant mon séjour à Londres, deux maîtres : l'un de déclamation angloise; l'autre étoit un bijoutier qui m'apprit à faire de jolis ouvrages en semences de perles collées.

Je lus beaucoup d'ouvrages anglois et je fus frappée du mépris ridicule que les écrivains de ce pays affectent pour les autres nations. Ce manque de dignité et de bienséance en est un aussi de grandeur et de goût. Avec quelle injustice ils ont jugé notre littérature en pillant et copiant nos écrivains ! Dryden , dans sa tragédie de la Mort d'Antoine et de Cléopàtre , dé-

cliire tous nos poètes ; il prétend que nos auteurs dramatiques ont une délicatesse ridicule; il ajoute : « Leurs héros sont les gens les plus » civils qui respirent ; mais leur bonne éduca- » tion s'étend rarement jusqu'à un mot de bon » sens , tout leur esprit est dans leurs céré- » monics ; ils manquent du génie qui anime >) notre théâtre , et par conséquent il est indis- » pensable, puisqu'ils ne peuvent plaire, que » du moins ils prennent garde d'offenser. Mais » comme l'homme le plus poli dans la société n est communément le plus stupide, ainsi ces M auteurs nous endormiront tant qu'ils crain- » dront de blesser les bonnes mœurs en nous )) faisant pleurer ou rire, n Dans tout ceci , nulle exception pour Corneille et Racine. Au contraire, Dryden dit positivement que les pièces de Corneille sont froides et mauvaises; que celles de Racine sont fades et sans génie. Il se moque ^n^tout de la tragédie de Phèdre et de la sottise d'IIippolyte , qui ne dit pas nettement à son père que Phèdre a voulu le corrompre (j'adoucis le mot qu'il emploie). Tous les auteurs anglois , et même le sage Addisson , n'ont pas été plus équitables pour nous. Commcnf sommes-nous représentés dans les corné-

(lies angloiscs ? Los Fiaiirois y sonl consUinimciit traités comme des fats injbôcilcs, cl , ce qui peut paroitre siiij];ulier, eomme des j)olti'ons. Eudn ou ne met les Fjaneois sur le théâtre anj^lois que pour les représenter sous les traits les plus odieux et les plus ridicules. Dans les ouvrages les plus nouveaux on retrouve la même injustice et la même haine. Que l'on compare tout ceci avec la gc-néreusc bonhomie de nos auteurs, qui ont tant loué les écrivains anglois et leur nation ! Que l'on compare l'équité angloise et l'équité Françoise, le goût anglois et le goût François ! C'est, je crois, sans vanité nationale, tout ce que nous pouvons désirer de plus avantageux pour nous.

Le sujet de la mort de Lucrèce est un de ceux que notre délicatesse repousse de la scène. Nous ne supporterions pas la vue d'une héroïne souillée , alors même qu'elle ne seroit déshonorée que par une violence. Lucrèce reparoissant sur le théâtre après le crime du fils de Tarquin inspireroit une sorte de dégoût. Cette délicatesse n'appartient qu'à nous; les Allemands, les Anglois surtout, ne la conçoivent point. Ils assistent sans répugnance à la Belle Pénitente de Rowe, quoique Caliste, cette belle

pénitente, n'ait ni noblesse, ni remords, ni vraie passion , et qu'elle calomnie indignement Lotatio, l'ami de son mari. Un père qui condamne sa fille à afficher son déshonneur en la forçant de demeurer dans une chambre tendue de noir, à côté du cadavre de son séducteur, ne seroit à nos yeux qu'un barbare et un insensé. V Orpheline d'Otway n'est ni plus décente ni plus raisonnable que la Belle Pénitente de Rowe ; cette pièce cependant a beaucoup de réputation en Angleterre. Deux frères qui se battent , dont l'un est tué , et dont l'autre se tue, parce que l'un a souillé la couche de l'autre , et Monimia , adultère innocente , mettant fin à ses jours par le poison, nous inspireroient moins de pitié que d'horreur. \JAinboinay tragédie fameuse de Dryden , offre un inconcevable tissu d'horreurs. C'est encore une femme exposée aux yeux des spectateurs après avoir subi le dernier des outrages. Les Hollandois sont peints dans cette pièce comme des monstres et de véritables bêtes féroces : la nation batave toute entière est accusée de la dépravation et de la cruauté la plus monstrueuse. Les comédies angloises, à l'exception d'un très-petit nombre, sont \v véritable opprobre

de loin* (lu'àiro, cl les pièces même que l'on venl. bien dire qui ne le déshonorent pas sont (elles néanmoins qu'on n'en permet (roit certainement pas la représentation sur la scène françoise. Toutes les pièces de CongrèvCy sous le rapport des mœurs, sont généralement infâmes; celles de Wicherlej sont de la même immoralité ; Farquhar, le plus gai des auteurs comiques anglois, n'est ni plus moral, ni plus décent que les autres , et surtout sa pièce intitulée, Trip to the Jubileey offre les scènes les plus choquantes. Le fameux Fieldmg a fait des comédies absurdes et infâmes ; Otway, si indécent dans ses tragédies, s'est surpassé luimême, en ce genre, dans ses comédies. La plume d'une femme ne pourroit faire l'extrait de sa pièce intitulée , The soldier s Jbrtune ; ou y trouve tout ce que la dépravation des mœurs, la bassesse de sentiment et de langage , peuvent offrir de plus choquant, et elle est en cinq actes. VAtheist, du même et en cinq actes, n'est pas moins révoltante; elle ne contient aucun raisonnement contre l'athéisme et en faveur de la religion ; tous les personnages en sont vicieux, les mœurs exécrables. L'athée, se croyant prés de mourir, fait la plus abomina-

Lie confession ii un vieux débauché déguisé en prêtre; on y voit un père libertin et ruiné, à la charité de son fils qui le réprimande et souvent lui refuse de l'argent. Diydcn , qui dénigre tant notre théâtre, a ùùt une comédie intitulée T/ie Kind-keepen. Dans ce sens keepen signifie un libertin qui entretient des courtisanes. Voici la plus belle scène de la pièce : Un jeune homme est aimé de trois femmes ; l'une d'elles s'introduit en son absence et à son insu dans sa chambre ; peu de temps après elle l'entend venir avec une autre femme et elle se cache sous le lit. Le jeune homme entre et s'assied sur le lit avec sa maîtresse; il devient bientôt fort pressant et la femme cachée sous le lit, à chaque entreprise lui pique les jambes avec une épingle, et sa jalousie n'épargne pas sa rivale. Le jeune homme croit d'abord naïvement qu'il est tourmenté par les puces : ensuite il croit que c'est sa maîtresse qui lui fait ces petites niches, il s'en plaint; elle-même, qui se sent piquer, l'accuse d'une plaisanterie qui lui paroît assez déplacée en ce moment; et comme ils se disputent là-dessus, on entend venir la troisième femme , car on avoit eu l'imprudence de laisser la clef à la porte. Alors lo

DE lM\nAiMK I)F. (iliM.IS. d()<)

jt'iinc hommo Tait caclioi- sa maitrcssc dans le lit ot sous la couverture. La troisième enlre, elle jette un eoup d'œil pénétrant sur le lif ; elle conçoit de justes soupçons, et, feijjnant de se trouver mal, elle va se jeter, à corps perdu , sur le lit; celle qui est dedans se relève pour ne pas étouffer; celle qui est dessous eu sorl par l'effroi que lui causent la secousse et les cris. Voilà deux beaux coups de théâtre, voilà de fortes conceptions dramati(pies que ne produiront jamais nos têtes, que Drjdcn aj^pclle frivoles et légères. Dans sa pièce intitulée TJie Spanish friar, pièce très-goûtée en Angleterre, cet auteur a représenté , sur la scène , un \vritable prêtre qui, pour de l'argent, que lui donne un jeune homme , facilite des rendezvous et donne à une femme mariée , en la confessant , et des lettres d'amour et les plus infâmes conseils.

Les Anglois se permettent sans cesse des moqueries indécentes sur la religion catiioiique et les calomnies les plus atroces con(r<> les ministres de notre culte; tandis que nous , observateurs scrupuleux et fidèles des t'-gards dus aux nations étrangères , nous croirions , en nous conduisant ainsi,, manquei- de goût

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