I.ÏVIl
(le la vie privée; mais un homme publie n'appartienl-il pas tout entier a la publicité? D’ailleurs la censure de» mœurs est conforme a l’esprit des démocraties : on sait de quel secours elle fut à Rome pour arrêter pendant longtemps le débordement. Un particulier tait sa fortune comme il l’entend ; un homme public doit justifier qu’il ne l'a pas faite en profitant des information» et des avantages de sa situation ; il est tenu de consacrer exclusivement à l'intérêt général les lumières qu’elle lui fournit.
20 mai. Buzot s’oppose ainsi que Barbaroux à l’emprunt forcé d'un milliard sur les riches, proposé par Cambon ; — 31 mai. Pétition par laquelle on propose un décret d’accusation contre lui ; — 2 Juin. Il est décrété d’accusation et mis en arrestation chez lui. Ayant trompé la vigilance de ses gardes, il sort de Paris et arrive le soir même du jour de sa fuite dans la commune du Vieil-Évreux , chez le curé Vallée1, frère du conventionnel de ce nom; ce dernier lui avait fait préparer un asile. Buzot ne savait comment il serait accueilli à Évreux ; il se fait annoncer au département, on lui répond qu’il sera bien reçu; il avait dit qu’il échappait au poignard des assassins; le departement jugeant que la Convention n'était pas libre, regarde ses décrets depuis le 31 mai comme nuis. Il se tenait des assemblées publiques à la cathédrale (Evreux), on y attaquait la Convention. Buzot fut mis sous la sauvegarde du département, il appela les citoyens à la cathédrale, il monta en chaire et fit appel à la résistance. Péliou, Barbaroux, Louvet viennent retrouver Buzot à Evreux; comme lui, ils prennent la parole dans la cathédrale, et expriment les mêmes sentiments. Ce fut pour le département de l’Eure le commencement de ce qu’on a appelé le fédéralisme. La Seine-Inférieure refusa l'alliance. C’est à Evreux que s’organisèrent et se concentrèrent les premières forces et les volontaires qui devaient seconder l'insurrection , dont Caen avait donné le signal.
8 juillet. Saint-Just accuse Buzot d’avoir été le premier l’auteur des discordes ; il demande qn’on le déclare traître à la patrie, parce
• 11 avait cessé d’étre curé de celte commune en 1702 : il fut incarcéré pour l'hospitalité donnée à Buzot dans sa maison; en prison, il relevait le courage de ses nombreux compagnons d’infortune par ses exhortations pieuses. Comme il était frère du dépoté Vallée (de l'Eure), proscrit avec les Girondins', sa maison prcshytrrale fut envahie, son mobilier fut pille et brûlé; sa qualité d ancien prêtre constitutionnel assermenté a pesé sur toute sa vie et lui a fermé tes voies de l'avancement. Il consacra sa vie à la charité; aussi on ne le trouva bon qu’à être aumônier des prisons et du dépôt de mendicité; dans ce poste modeste il sut montrer un tel dévouement, une telle abnégation, une telle ardeur de sacrifices, que la Société royale des prisousiui décerna deux médaille» avec l’expression la plus reconnaissante des services rendus et dont il continuait la charitable pratique (1821). Il est mort en avril 1826. * (L’auteur de cette noie, M. Crrmaiif, est le neveu des deux Vallée.)