I.ES DEPARTEMENTS, EN 1703 ET EN
Maintenant il nous reste peut-être à apprécier en quelques mots l’importance de ces documents, à les compléter ou à les éclaircir sur quelques points. Quant aux hommes auxquels ils sont dus, ce n’est pas ici le lieu d'écrire leur biographie1. Leur vie appartient il l'histoire de la Révolution française; hors de ce mouvement, hors de la part qu'ils y ont prise , de la signification qu’ils y ont eue, leur personne serait passée inaperçue. Ils ont surgi avec les événements ; ils ont été les porte-voix ou l’expression plus ou moins éloquente de certains sentiments, de certaines doctrines, de certaines idées.
1 Nous renverrons à une Note rémunération des principaux actes législatifs île lluzot et l'exposé île queltpies circonstances domestiques île sa vie. Celle noie B a été en partie rédigée avec des documents inédits.
INTRODUCTION
Parce qu’ils sont des types et parce qu’ils représentent des classes plutôt qu’ils ne constituent des individualités puissantes, l’historien doit-il les négliger ou les dédaigner ?
Les Girondins ne sont pas des hommes de génie, encore moins ce qu’on a appelé des hommes providentiels, ce sont des bourgeois; soit: — nous saurons d’eux ce que valaient les bourgeois de ce temps-là.
Les documents d’après lesquels nous avons à les juger sont de deux sortes : lès actes et les Mémoires , du moins les Mémoires que plusieurs d’entre eux. Louvet, Meillan, Buzot, Pétion, Barbaroux, ont pu écrire. Nous ne parlerons ici que des écrits laissés par ces trois derniers. — Occupons-nous d’abord de Buzot.
Les pages laissées par Buzot sont moins des Mémoires qu’un Mémoire justificatif de sa conduite et de celle de ses amis. On pourruit y signaler quelques passages gâtés par un ton déclamatoire; mais le style a généralement de la vigueur; l’indignation de l'honnéteté l’élève parfois jusqu'à l’éloquence.
Nous avons éprouvé en lisant ce morceau, dans lu copie (pie nous avons reproduite, une tout autre impression que celle que nous avait laissée lu copie imprimée de 1828. 11 y avait là, dans la prétention méthodique d’une division pur chapitres, une affectation d’auteur qui nous choquait d’autant plus que l’ouvrage ne présentait ni suite ni ordre. On y sent je ne sais quoi de factice (pii a rendu douteux auprès de quelques personnes l’authenticité de ces Mémoires assurément très-authentiques. Dans le texte que nous avons adopté , le ton est différent; il est parfaitement d’accord avec la nature fière, sévère, bilieuse et mélancolique de Buzot. Bien que ce soit une réunion de pages écrites à différentes époques, elles présentent une
NTRODUCTION.
sorte de pente logique, qui conduit sans effort le lecteur du commencement jusqu'à In fin , la pente même des souvenirs, des impressions et des passions du proscrit. Malgré les défauts de cet écrit, malgré l’enflure oratoire que nous y avons signalée et qu’on rencontre dans toutes les productions de ce temps-là, il est fait pour toucher quiconque s’intéresse à la cause de la justice opprimée dans un honnête homme.
liuzot est en effet un parfait honnête homme; la Révolution n’en compte pas de plus pur dans ses rangs. On peut lui reprocher des erreurs ; son tempérament bilieux a pu l’égarer dans ses haines ou ses défiances, mais ses actes n’ont jamais eu qu’un mobile, le bien public. Ses ennemis se sont plaints de son orgueil , et ils l’ont appelé le roi Buzot. il avait l’orgueil de sa probité, de son désintéressement, de sa loyauté, de son courage; mais quoi ! ne faut-il pas prendre sa force quelque part? S’il n’avait pas eu ces qualités que tous les contemporains lui reconnaissent, Buzot n’aurait point eu l’espèce d’orgueil que scs ennemis lui reprochent. Sa conscience, son honneur, ses instincts développés, anoblis par l’édueation et la méditation, en un mot, tout ce qui en l'homme constitue l'individualité, la personnalité, aurait cédé à ces exigences de partis et de situations couvertes du grand mot de salut public. Il eût abdiqué lui aussi, sacrifié l'honnêteté certaine h l’utilité douteuse. Ah ! quoi qu’on en dise, cette révolte de l’individualité en ce qu’elle a de plus fier et de plus généreux contre le despotisme, en ce qu’il a d’écrasant, de la raison r<h>o~ lutionnaire , honore et honorera éternellement la Gironde.
L’honnéteté de Buzot donne à ses déclarations, au moins en ce qui concerne sa conduite et celle de ses amis, une autorité incontestable. Nous admettrons qu'il
INTHODDCriOS.
peut se tromper sur les intentions de ses adversaires . et que la passion le dispose à une crédulité malveillante à leur égard. Mais ce qu’il dit de ce qu'il a tait et de ce qu'il a voulu, de ce qu'il a vu luire et vouloir à ses amis, mérite sans doute quelque créance.
Cherchons donc dans ses propres déclarations les raisons déterminantes des principales actions (le sa vie et de la conduite du groupe avec lequel il marchait.
Le voici d’abord dans l’Assemblée constituante, obscur et incertain , mais peu à peu se prononçant énergiquement dans le sens des garanties que la nation était en droit de prendre, croyait-il avec Pétion et llobespicrre, contre la royauté.
• A Versailles, je fus considéré, recherché ; partout je fus estimé.
• ...Ce tut surtout à l’époque de la fbite du Hoi que mon aversion contre la royauté se manifesta sans réserve. On m'eu St nu crime alors et à Pétion aussi. Peu s’en fallut qu’à cette époque nous ne tussions victimes de notre z.èle pour la liberté. Toutefois, je le confesse , H me paraissait douteux que ta nation française pût supporter le joug austère du gouvernement républicain , mais j’avais la conviction intime que Louis XVI ne pouvant pas changer ses habitudes et se façonner au gouvernement d’un peuple libre, on devait s'attendre aux plus grands malheurs tant que l.onis continuerait de régner snr la France : l’occasion était favorable; et si l'Assemblée constituante eût changé la dynastie régnante, ce qu’elle pouvait aisément sans troubles et sans obstacles , la révolution était consommée. > P. 41.
• ...Vers la fin de cette Assemblée je reparus un peu sur la scène... Forcé de choisir entre deux partis également opposés à mes opinions particulières, je préférai le parti fini avait au moins des dehors populaires, à celui qui fondait sur l'anéantissement absolu des droits du peuple je ne sais quel pouvoir royal jplus terrible que celui dont nous avions brisé les chaînes. > Plus loin, il ajoute: ■ La Constitution (je 1791 a 'offrait que deux partis également en guerre dans l’État et dans le prince... Elle les constituait dans un étal de discorde qui ne pouvait finir que par la destruction
de l’un ou de l'autre... J'ai préféré l’État au prince; et voilà tout. « P. 45.
L’Assemblée constituante se dissout; Buzot rentre à Evreux, où il demeure jusqu’à l’époque de l’ouverture de la Convention :
» Le Roi reste sur le trône, l'Assemblée finit ses séances, et refusant la place qui m’était offerte à Paris , je retournai dans ina petite ville. Mon département m’avait élevé à la place de président du tribunal criminel. Enfin, après avoir présidé toutes les assemblées électorales, je fus premier député de l’Eure à la Convention nationale. Je puis dire que je ne désirai pas cet honneur : j’étais heureux, tranquille, honoré chez moi, et j’allais quitter tout cela pour la Convention, où Marat et Danton siégeraient avec moi! * Mais à peine arrivé à Paris, • je délibérai bientôt si je ne reprendrai» pas le chemin de mon paisible héritage, tant j'éprouvai d’horreur ai» spectacle hideux de la ville «le Paris et de la Convention. » I*. 41.
Ailleurs, il trace un tableau, en effet peu flatteur, et des députations envoyées à 1’ Assenibl.ee, et du peuple des tribunes :
- Il semblait qu’on eût cherché dans tous les dégorgeoirs de Paris et des grandes villes ce qu’il y avait partout de plus sale , «le plus hideux, «le plus infect. De vilaines figures terreuses, noires ou couleur de cuivre, surmontées «l’une grosse touffe de cheveux gras, avec «les yeux enfoncés «à mi -tête ; ils jetaient avec leur haleine nauséabonde les plus grossières injures au milieu des cris aigus de bêtes carnassières. Les tribunes étaient digues en tout de pareils législateurs. Des hommes dont l’aspect effroyable figurait le crime et la misère, «les femmes dont la mine déboutée respirait la plus sale débauche. Quami tout cela, avec les mains, les pieds, la voix, faisait son horrible tintamarre, on se serait cru dans une assemblée de diables. » P. 57. — «Grand Dieu! s’écrie-t-il encore, si ce ne peut être «pie par de tels, avec de tels hommes, par des moyens aussi infâmes, que s’élèvent et se consolident les États républicains, il n’est pas de gouvernement plus affreux sur la terre , ni de plus funeste au bonheur du genre humain. » P. 42.
Sur l’etablissement de la République :
« Non. conservâmes loiifjteinps , mes amis et moi, l'espoir d'une
INTRODUCTION
république en France, lors même que (ont semblait lions démontrer que la classe éclairée se refusait à cette forme de gouvernement... » P. 31. ■ ...Il u’y avait que quelques hommes dont les âmes nobles et élevées se sentaient dignes d'être nés républicains, et que l'exemple de l'Amérique avait encouragés à suivre le projet d'un semblable élnbbssrmcnl en France... » P. 33.
Mais il avait cessé de croire au succès de ce projet si cher à son cœur. Plusieurs fois, à la Convention, il avait été sur le point de donner sa démission; ses amis s’y opposèrent, il resta. (P. 32.)
Parlant des manoeuvres des montagnards :
• Us commencèrent par calomnier les intentions des départements ; c’était le royalisme, le fédéralisme qui les mettaient eu armes! On voulait la guerre civile, on voulait affamer Paris, le punir de son attachement à la liberté, le réduire en cendres !» P. 23.
Et cependant, il dit en note :
• I.c mouvement de la Révolution appartient à la France entière ; il fallait l'y maintenir. Mais en le concentrant à Paris, on l'a corrompu... Que de sacrifices n’a-t-ou pas été obligé de lui faire an détriment de la chose publique! U semblait que la liberté fût son patrimoine pour le dissiper à son gré! • P. 23.
Et il termine par cette imprécation :
■ Et qu'est-ce donc que Paris en comparaison de la France entière? Parce que la multitude avilie de cette capitale rentrerait dans la servitude pour laquelle elle est née, faut-il que tous les Français soient asservis! Eh bien, je le dis avec vérité, la France ne peut espérer ni liberté, ni bonheur que dans la destruction entière et irréparable de cette capitale. » Note de la page 24.
Buzot se défend de l’imputation d’avoir voulu le retour à la constitution de 1791, l'abaissement de Paris, le transfert de la Convention dans une autre résidence, comme ses ennemis l’en avaient accusé avant le 31 mai. Et ce qui ne permet pas de suspecter la sincérité de
INTRODUCTION
cette déclaration , c'est que maintenant proscrit , après les injustices dont il a été victime, il n’hésite pas à reconnaître que l’expérience du malheur le fait pencher vers quelques-unes des idées qui lui avaient été, daus le principe, faussement attribuées. Il est convaincu que l’immense majorité en France regrette la constitution de 17ÎM. Dans sa proscription : « Plus d’une fois, dit-il, le souvenir de notre députation à l’Assemhlée constituante a effacé les préventions que la qualité de députés à la Convention avait fait naitre contre nous. »
Au sujet de l’accusation de corruption et de vénalité, rien de plus curieux et de plus navrant que les détails qu’il donne sur lu pauvreté des Girondins, sur la misère des proscrits. Il faut les lire (page 46 et suiv.). Il montre aussi à quel point était accréditée contre eux l’accusation de fédéralisme. « II n’est pas un départenvent , pas une ville, pas un misérable club, qui ne nous traite de royalistes et de fédéralistes. » Cette calomnie u jeté de si profondes racines qu’il y u eu encore de nos jours des écrivains qui ont qualifié les Girondins de fédéralistes. Que veut dire ce mot? Veut-il dire royalistes, comme le prétendait iiarère lorsque, dans sa lâcheté stupide et meurtrière , il accusait la Gironde d'avoir poursuivi la royauté sous la forme du fédéralisme? Fédéralistes n'a qu’un sens : il signifie républicui us à la manière des Suisses ou des Américains. Ces républicains fédéralistes valent bien sans doute, sous le rapport du patriotisme et du sentiment national , les citoyens de n’importe quelle monarchie. « Le reproche de fédéralisme qu’on a fait aux proscrits, «lit Burot, serait peut-être un nouveau titre à la reconnaissance publique, s’ils l’eussent mérité; mais il a’eat pas mieux fondé que tous les autres. La constitution de Condorcet, à coup sur, n’avait pus
IHIRODOCTION.
zi
le défaut -de conduire au fédéralisme; elle lui était plutôt directement contraire. « (P. 54 et patsim.) 11 marque le caractère de l'insurrection départementale. « Si j’ai vu avec plaisir le mouvement sublime des départements au mois de juin dernier, c’est que tons iis se portaient au centre, tous ils marchaient vers Paris, pour briser les fers de la Convention , emprisonnée dnns ses murs ; tous, ils voulaient l'unité de la Bépublique, que l’attentat du 2 juin tendait à rompre. » Voilà quelle a été la nature du mouvement départemental ; aucun département n’a levé des troupes sur son territoire pour s’y cantonner et s’y défendre en cas d’attaque , aucun ne s’est déclaré indépendant de la Convention ; tous allaient se lever pour prendre part à une action convergente et, en d’autres termes , au règlement d’intérêts communs.
L’idée de porter atteinte a l’unité et à l’indivisibilité du territoire ne pouvait naître, à cette époque, que dans la tête d’un fou, tant était forte déjà l’union et l'homogénéité nationale, et, à vrai dire, elle n’est venue à la pensée de personne. Le mouvement départemental «le juin 1793 est l'équivalent du mouvement départemental de juin 1848, lorsque les gardes nationales sont accourues de tous les points du territoire de la République pour prévenir ou, au besoiu, pour combattre le triomphe des insurgés faubouriens et socialistes. L’analogie est complète, saisissante. Ce mouvement des extrémités courant au centre pour y éteindre l’incendie, était-ce du fédéralisme? n etait-ce pas plutôt le témoignage le plus éclatant du sentiment de la solidarité et de l’union?
On a vu en 1848 d’étranges imitations. Au 15 mai, les clubs et une |tarlie des faubourgs ont tenté un 2 juin contre l’Assemblée constituante. Ce n'est pas assurément l’échec de ce coupable attentat qui a causé la ruine
INTRODUCTION
île la République. Celle-ci n’a pas cherché à se soutenir par lu confiscation et l’effusion du sang, et ce n’est pas là ce qui l'a tait disparnilre. Oui sait même si cette humble et chétive République de 1848, en se montrant compatible avec l’ordre, la liberté, la prospérité publique, sous le général Covaignac, n’a pas fait beaucoup pour nous réconcilier avec des institutions que l’imagination îles masses n’entrevoyait qu’à travers les éclairs et les coups de tonnerre !
Tous les sentiments de fierté et d'indépendance de Buzot se révoltent contre la tyrannie que Paris prétend exercer sur la représentation nalionule. L’ancien membre de l'Assemblée constituante s’indigne des prétentions de la populace.de Paris, qui ne voit dans les représentants du peuple français que ses valets (page 64). Cette vile multitude, <■ ennemie naturelle de tout ordre, de toute probité, et partout le fléau, le tourment et la ruine de la liberté, précipita toujours les nations dans l’avilissement et l’esclavage. » (P. 73.)
Menacée à chaque instant d’être envahie par les clubs, on sait combien longues et douloureuses furent les perplexités de la Convention. Elle passait son temps, soit à détruire, soit à paralyser la résolution qu’elle avait prise la veille. Non-seulement elle n’osa pas se réserver le droit de sortir de Paris , mais elle n’arriva pas à constituer cette garde départementale dont, sur la proposition de Buzot, elle avait décrété lu Formation.
Dans son appréciation de la situation de la République et du régime qui a été pour elle la conséquence du 2 juin , Buzot se rapproche des idées de notre temps. A ses yeux, si la nation avait été plus unie, plus forte dans son action et dans son esprit commun , le mouvement départemental n’aurait pas échoué faute d’accord
INTRODUCTION
et de saite dans son élan , et la République était sauvée. La province a été impuissante, parce que le sentiment de sa dignité lui a manqué avec la force nécessaire pour faire respecter les droits de la nation. C’est l’effet d’une exagération de la centralisation administrative. Buzot ose écrire ces lignes, qui eussent été cent fois plus que suffisantes pour faire tomber sa tête. Après avoir dit : « Tous mes discours, toutes mes démarches, tous mes vœux ont été pour l'union de la République comine pour légalité entre les départements, la liberté de tous les citoyens, le bonheur et la gloire de mon pays. . . » il ajoute en note : « Je ne cherche point à voiler mes opinions. La République en France n’était possible , en supposant les qualités morales qui y manquaient, que sous des formes h peu près semblables à celles du gouvernement américain. » (P. 58.)
C’est à cette condition, d’après lui, que la République pouvait vivre prospère et durable. Mais sa chute était assurée par la terreur, qu’il appelle, de son vrai nom, la contre-révolution' . C’est elle qui, en abattant
1 N’est-ce pas le nom que lui donne également M. Quinet dans la Hcvolution , ce livre qui , malgré ce qu’on peut lui reprocher, est un des beaux livres de ce temps-ci? — On v reconnaît le langage d’un solitaire désintéressé du présent, d’un penseur (pii résume la longue vie de son expérience et qui a tout vu, tout lu, tout senti. Sa parole tantôt monte au lyrisme de l’ode, tantôt se condense dans la précision dogmatique d’une sentence, mais on sent toujours à la couleur et à la chaleur de l’expression le bouillonnement intérieur. Où il y a le plus d'amertume , c’est où l'artiste affecte la sécheresse doctrinaire d’un Machiavel. Ces aphorismes de la perfidie, de la corruption et du despotisme, sortent du pins profond de la colère d’un cœur honnête jjour flétrir le triomphe de ce qu’il déteste et venger la ruine de ce qu’il aiuie. Mais rien ne recommande plus ce livre à notre avis tpie la vigueur dont l'auteur fait preuve en se détachant de ses propres préjugés et des nôtres. Il finit une vue étrangement perçante pour pénétrer si souvent clair et loin dans nos misères.
INTRODUCTION
tous les courages, en flétrissant toutes les vertus, en desséchant toutes les sources du commerce et de l’industrie, en frappant de stérilité les arts et les campagnes, révèle tout pour L’«sduvage. « Départements, religion , gouvernement, patrie, tout a disparu; tout est prêt pour un nouveau niait re. « (♦*. 92.) Le proscrit revient dix fois Sur cette idée; la lassitude des esprits, l'épuisement -du pays, lu mobilité du caractère national, foi font «percevoir l'inévitable retour à la monarchie, et il ne se trompe pas sur le moven qui accomplira cette réaction. Il annonce l’intervention militaire :
• Je ne dis rien des années, mais notre révolution prouve jusqu’à l’évidence <pie des soldats gagés, bien qu'ils soient pris dans la classe des citoyens , s'ils sont occupes longtemps de la guerre, finissent par être les tléaiu de leur pays et les satellites de leurs tyrans. Nations de l'Europe, gardez-vous des troupes soldées si vous voulez conserver un reste de liberté! » Note de la page 15, « Noos avons parcouru tou* les extrême»; il tant recommencer le cercle au point où nous l avions quitté, et le despotisme est là, qui épie le moment de notre lassitude pour nous offrir avec des fers la paix et du pain! » P. 8.
Ce cri fut, jusqu’au 1 8 brumaire , le cri de la nation : la paix et du pain ! Après avoir été ivre de liberté, elle se montrer» ivre d’ordre et de bien-être. « Bientôt tu seras réduite à redemander tes honteuses chaînes. Ainsi le vent l'auteur de lu nature; on n’outrage pas impunément ses primitives lois , et les crimes des nations , comme ceux des particuliers, ont tôt ou tard leur châtiment nécessaire.»
Quant au proscrit, sa destinée est arrêtée: ce sera l’exil après la vengeance, ou bien ce sera la mort; la mort par sa main d’homme libre dans cet univers qui n offre à ses regards qu’un vaste désert où ses amis sont jetés sans sépulture et sans honneur ; — ou l'exil loin d’une terre asservie...
INTRODÛCTION.
« Air ! si tel doit être le sort de mon malheureux pays , qu'il ne hii reste que le choix d’un tnaitre entre phisieurs, je n’ai plus rien à désirer qu’un pauvre petit coin de terre en Suisse ou en Amérique. » (P. 9.)
Les violentes critiques de Buzot sont exactement celles que bientôt allait faire entendre, au nom du Comité de salut public, trois jours après le 9 thermidor, aux applaudissements de la Convention, Bnrèee, si longtemps le complaisant de Robespierre :
« N6us avons vu, dans les débris de cette contre-révolution dès Fo'nfftei’nps préméditée, l'esprit public changé en esclavage et en oensttre; l’énergie nationale comprimée avec wie atroce violence... C'est à vous de faire disparaître tous les vestiges de celte usurpation de l’autorité nationale, en brisant les liens d’oppression civile qui garrottaient tous les citoyens et effrayaient toutes les conscionces, en substituant la /nstice inflexible à la terrenr stupide.
* La terreur lut toujours l’arme du despotisme, la justice est l’arme de la liberté. La tyrannie des opinions, la censure des écrits furent dans tous les temps les symptômes de la perte de la liberté. •
Et après «voir dit que » Robespierre rabaissait la Convention en lui ôtant le plus nécessaire de ses droits, celui de ne laisser ln confection des travaux législatifs qn’àde9 citoyens qui possédaient sa confiance; qu’il affaiblissait la représentation en l’isolant des comités, en la privant des travaux et en la réduisant à une approbation simple, quand il hii appartient une discussion lumineuse * , il émettait cette maxime :
« La centralisation est bien un moyen de gouverne^ rtitntj mais la centralisation totale est la monarchie ou le despotisme. » ••
Pês une voix ne démentit, ne contesta ces principes; ils étaient ceux de la Convention tout entière. Bu/.ot avait*-»! dit , pensé autre chose, dans les souffrance» et les colères de sa vie de proscription ? La terreur est la con-
INTRODUCTION
*vi
Ire-révolution; — la centralisation totale est le despotisme ou la tyrannie; — la liberté de la presse est la sauvegarde de toutes les libertés ' .