I.XXIII
François-Nicolas- Léonard Buzot , pour voir dire que , vu la mort légalement constatée dudit François-Nicolas-Léonard Ruzot, sa succession sera déclarée ouverte dés le mois de messidor de l’an deuxième ; en conséquence, que défenses seront faites à la citoyenne Baudry de faire en plus autre usage de la procuration de son ci-devant mari, laquelle est sans effet, comme aussi de prendre d’autre qualité que celle de veuve héritière ou non héritière de sondit mari ; s’entendre en outre condamner à rendre compte des sommes qu’elle aurait pu recevoir, et voir prononcer mainlevée des saisiesarrêts par elle conduites sur les fermiers, rentiers et débiteurs à ladite succession.
■ Pour cette nouvelle action, les citoyens Buzot et Caffierry, mari et femme, produisent l’acte mortuaire du feu citoyen Frauçois- Nicolas-Léonard Buzot du 8 messidor an II , délivré le 30 frimaire an V par les officiers municipaux de la commune de Saintc- Magne, canton de Castillon, département de la Gironde, visé par les administrateurs municipaux du canton de Castillon. Cet extrait mortuaire est ainsi conçu : « Aujourd'hui 8 messidor nn deuxième » de la République française, une et indivisible, sont morts le citoyen » Buzot, âgé de 52 ans ou environ, et le citoyen Pétion, âgé de » 36 ans, ex-représentants, qui ont été trouvés dans une pièce de
• terre dépendante de la métairie de Fompey, présente commune; » témoins déclarants : Martin Royé, âgé de 36 ans, commandant » de la garde nationale de la commune de Saintc-Magne , qui a
• signé avec nous, non parent, et Élic Royer, cultivateur, âgé de
• 39 ans , qui a déclaré ne savoir signer, aussi non parent , tous
• deux demeurant dans la susdite commune de Saintc-Magne.
• Signé à la minute : Lainarquc, officier public. »
■ Considérant que cet extrait mortuaire remplit â suffire les formalités prescrites parla loi du 20 septembre 1792 concernant le mode de constater l'état civil des citoyens, etc. »
* Condamne ladite citoyenne Baudry, veuve Buzot , aux dépens de l'opposition, etc. >
Il ressort de ces pièces que la veuve Buzot, indépendamment de sa dot qui a pu ne lui être restituée qu'en assignats , n’a eu a peu près d'autres ressources que la pension faite aux veuves des Girondins morts dans la proscription , réduite , après la consolidation du tiers , à environ 666 livres. Elle est morte a Évreux le 30 juillet 1812. Elle a laissé la réputation d’une personne processive : mais n'était-clle pas en droit de défendre ses intérêts, par tous les moyens, si les héritiers de son mari ne lui ont laissé que du papier, en gardant les terres? L'intention de Buzot, exprimée
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INTRODUCTION
dans scs Mémoires , était d'indemniser largement sa femme de ce qu’elle avait perdu et souffert pour lui. Non-seulement elle n’a pas été indemnisée : mais dans les derniers temps elle se trouvait dans une position bien voisine du dénùmcnt.
Des descendants des héritiers de Ruzot, qui n’avait pas eu d'enfant., il reste aujourd’hui mademoiselle Caffierry et madame veuve Lecointre, ses nièces, habitant Kvreux ; le lieutenant-colonel Lecointre, fils de madame veuve Lecointre; M. Caftierry, à Nogent-le-Rotrou , etc.
Note C. — Analyse (fan rapport fait par te citoyen Brivat , au nom du Comité de sûreté générale , relativement aux papiers trouvés chez le citoyen Roland et inventoriés par les commissaires de ta Convention. — Imprimé par ordre de la Convention nationale.
Roland avait été accusé, comme on sait, d’avoir voulu corrompre l’esprit public : c’est pour prouver le fondement de cette accusation que cette publication fut faite. Neuf lettres non signées, écrites par un certain Gadol, agent du ministre, montrent les efforts que tentaient Roland et sa femme pour combattre les meneurs montagnards des faubourgs et rendre cette population favorable au ministre. C’est surtout la nécessité d’une garde départementale que le fidèle agent cherchait à démontrer. « Rien de plus juste, * écrivait-il le 21 octobre, « que les motifs de la citoyenne (madame Roland) en faveur de la garde départementale... .. Cette garde aura lieu; l'impression de son horreur diminue; dès que l'on verra le moment favorable, on le saisira, etc. » Il indique comment il emploie auprès des gens du peuple l’argent qu'il reçoit : • Eu leur donnant à dîner, en fraternisant avec eux de manière à leur laisser croire qu’on admire leur patriotisme, et en les plaçant, par le moyen du vin, dans cet état de franchise et d’abandon qui tait tout découvrir, il est facile de les détourner, moyennant qu’on leur donne un moyen d’exister; j en ai fait l’expérience. • Il montre ailleurs quels sont les ennemis des Girondin* : * Nous n’avons d’ennemis enragés que les vociférants «les sections, des groupes , la inorgue des bourgeois huppés, n Lors du renouvellement des administrateurs de Lyon, où l'influence du ministre échoua , un de scs amis lui écrivait :
• N’attendez aucun secours des négociants et des ci-devant nobles. » Tels étaient les ennemis des Girondins, sans doute par haine de la République, plus favorable aux Montagnards qu’à la Gironde.
Une lettre du 19 octobre, de Barbaroux à madame Roland, se
NOTES
termine ainsi (il s'agit d’une lettre reçue de Marseille) : « La meme lettre renferme un plan d'attaque contre Constantinople pour obtenir la réparation de l’insulte de la Porte, qui a refusé i 'ambassadeur Semonville ; mais vous sentez bien que je ne vous le communiquerai pas, car Danton ne veut pas que vous soyez ministre. »
Dans une autre lettre où il va plaider auprès de madame Roland la cause d’un courrier nommé Frison, menacé de destitution, il accuse l’influence de madame Roland en lui disant : « Un mot de votre part peut tout accommoder. •* Il a commencé par flatter adroitement et les passions et les intérêts politiques de celle à laquelle il écrit :
• Hier, nous fumes avec Ruzot et Salles au club des Marseillais ; bien nous en prit ; trois députés de trois sections les travaillaient. Jamais Ruzot n’a parlé avec plus d’éloquence; il tonnait, il attachait à lui tous les cœurs, son àrae tout entière se peignait dans son discours ; Ruzot peut dire à présent : J’ai un bataillon d’amis. »
Cette lettre est du 29 décembre 4792.
Une autre lettre, datée du 30 octobre, écrite par un député à la Convention et non signée, adresse au ministre des conseils énergiques : •
• La nation le regarde ; la nation le jugera. Si Roland déserte son poste, que pensera la nation du ministre de l’intérieur? » Elle dira : « ...De quel droit, sans avoir attendu l’ordre de son général , le citoyen Roland est-il sorti de faction?...
• Citoyen Roland, songe profondément à ta démission avant qu'elle arrive.
» Sache que l'homme vraiment libre et capable de servir sa patrie meurt tranquille au poste oè la confiance publique l’a placé. »
Roland a suivi ce conseil au 30 octobre, et il aurait dû le prendre pour règle de sa conduite au mois de janvier 1793 : Mourir à son poste, recevoir sa démission , ne pas la donner.
Mais qui peut connaître le fond des choses ? Le dégoût et le découragement de la vie publique, les préoccupations d’un sentiment intime et impérieux, chez madame Roland; chez Roland, le désir de la retraite, le chagrin de ces plaies domestiques que sa femme même lui avait divulguées, ont pu brusquer la retraite.
Il y a aussi une lettre curieuse de Roland à sa femme, alors à Mousseau ; il en exigea l’impression à la suite du rapport, parce cju elle avait déjà paru dans les papiers publics. U était difficile de confesser plus hautement l’influence exercée par sa femme. Cette lettre fut écrite vers le milieu de septembre, après que T Assemblée* eut ordonné au ministre de lui rendre compte de l’état de Paris.