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vous les avez traînés à l’échafaud. Voilà vos crimes! et déjà vous en portez la peine : ne l’avez-vous pas méritée? (17 n.)
Eh! que pouvions-nous de plus dans Paris, ou milieu des égorgeurs de septembre, et comme plongés dans la fa uge de cette ville corrompue? Quand nos départements nous engageaient bêtement (18 u.) à nous unir à ces gens-là, y songeaient-ils bien eux-mêmes? Quelle opinion avaient-ils doue de nous ou de leur propre dignité, en nous proposant une telle alliance? Sans doute nous devions à notre pays le sacrifice de notre vie; mais celui de notre honneur, celui de la liberté, pouvionsnous le faire? Et ce|>eudunt ce monstrueux alliage sollicité par quelques départements n'était possible qu’au prix de tous les deux!
Non, ce u'étuit pas de vaincs jiélitions et d’inutiles vœux pour une union impossible qu’il fallait adresser en suppliants à lu Convention nationale. Quelques expressions même d’un langage énergique et fier n’étaient que dérisoires, lorsqu’elles n’étaient pas suivies d’un effet prompt et rapide. 11 fallait effectuer des menaces qu’on ne fait jamais en vain.
Quand ou n’a ni la force ni la volonté d’agir, il faut rester coi, tranquille spectateur des événements (20 n.) ; ou ne trompe personne, et l’on n’irrite pas inutilement ceux qui peuvent se venger. Mais, en certaines affaires , lorsqu’on a délibéré , il faut exécuter sur-le-champ. Temporiser, c'est se perdre. S’arrêter au milieu de sa course, ce n’est pas seulement se priver de la victoire, c’est la céder à son ennemi. Que d'hommes de bien ont succombé dans cette révolution , moins par défaut de moyens et de puissauce que par défaut de caractère et d’énergie! La justice a aussi sa force et son audace dont
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il faut user à propos. Mais tandis que rien n’nrrétait les coupables complots des soudoyés de nos adversaires, les partisans de notre cause , sans accord et sans concert entre eux, restaient embarrassés, épouvantés de tout.
L’anarchie, disait-on, se détruira d’elle-inéme! En effet, vous le voyez. Elle finira, mais après avoir tout dévoré! Elle périra, mais de ses excès, après avoir tout englouti sous ses propres ruines! Agriculture, commerce, fortune publique et fortunes particulières, morale, liberté, patrie, que sont-elles devenues? La France n’est déjà plus qu’un désert affreux , que la moitié «le ses habitants abandonnerait sur l’heure si elle pouvait se soustraire à la férocité de l’autre! llegrets superflus! Les nations ont aussi leur destinée dont rien ne peut interrompre le cours. Dans l’ordre politique comme dans le monde physique, la nature a des lois également invariables, dont il faut subir l’invincible joug comme celui de la nécessité. Nous avons parcouru tous les extrêmes; il faut recommencer le cercle au point où nous l’avions quitté, et le despotisme est là, qui épie le moment de notre lassitude pour nous offrir avec des fers la paix et du pain! Français, vous l'accueillerez comme une divinité! et ce moment, qui 11e sera pas le moins instructif de votre histoire, n’est pas fort éloigné!
Que ne puis-je en juger autrement ! Quoi donc ! ne reste-t-il aucun espoir? Le pouvoir de nos oppresseurs tient-il à si peu de chose? Il a de si frêles appuis! La peur qui a fondé leur empire peut le détruire à son tour! car ce lien une fois rompu, que leur restera-t-il? Tout se dissout à la fois, et les Français désenchantés passeront rapidement d'un extrême à l’autre opposé; tel est le peuple et surtout le peuple de France! L’a-t-on vu conserver pendant une année les mêmes affections? Nul «le
AVANT-PHOPOS. !>
sos plus estimables favoris n’a pu aller encore jusque-là. imaginez-vous qu’il n’ait de constance que dans le crime f
Voyez la fnmine et la misère envelopper déjà d’un crêpe funèbre toutes les parties de la France ensanglantée ! Ces deux fléaux seraient-ils donc les bienfaiteurs de la nation française? Le tocsin de la nécessité la forcerait-il à briser les fers qui la déshonorent? La faim pourrait-elle lui inspirer, à défaut du courage, la fureur du désespoir? Alors si par quelque accident heureux, plus désirable que facile à prévoir et il espérer, les Français se soulèvent contre leurs oppresseurs , avant que les puissances étrangères leur imposent des lois en conquérants et en mnitres; s’il n’est pas impossible qu’en usant avec sagesse de l’expérience de leurs longs malheurs, ils ne parviennent encore à se conserver quelque ombre de liberté, mon vœu, mon dernier vœu est rempli.
Un corps de représentants en France, et je suis content! Je pourrai me présenter devant lui, lui demander la justice que j’ai droit d’en attendre, accuser mes oppresseurs devant un tribunal légitime, les poursuivre et les faire punir nu nom des lois et par les lois de mon pays. Si quelques dénonciateurs existent contre moi , qu’ils se montrent! je ne récuse rijn quand j’aurai des juges. Mais à ce moment terrible pour le calomniateur et les assassins, ne croyez pas qu’aucuns paraissent! Les lâches! Ils ne sont hardis que dans les ténèbres et pour le crime.
Ce serait, ce me semble, un beau spectacle pour l’Europe entière que celui de douze hommes de bien (j’en compte douze encore), proscrits par les tyrans de leur pays, sortant tout à coup de leurs retraites après dix mois entiers de proscription et de souffrances 1 ; parais- 1 La proncription ayant commencé avec le moi* de juin 1793, il
saut il lu barre <l’une Assemblée nationale, aux regards de Paris, tout étonné de ses longues injustices et de son tardif repentir; exposant avec une noble franchise leurs principes, leurs vues et leur vie entière, épurés, pour ainsi dire, par le malheur, et justifiés par l'événement, accusant , uu nom de ce qu il y a de plus sucré parmi les hommes, en présence d’une assemblée digne de les entendre , les plus atroces ennemis de la vertu , de la liberté, de l'humanité, dans lu personne de leurs persécuteurs, et appelant en témoignage Lyon, Bordeaux, Marseille, et les innombrables victimes de leur sanglante tyrannie sur toutes les pallies du territoire français, ravagé par leurs ordres, ou couvert du sang qu’ils y ont fait répandre.
A ces détails affreux, lamentables, de massacres, de pillage, de corruption, de calomnies, d’actes arbitraires, d’assassinats juridiques, d'insolence et de cruautés, dont l’histoire du despotisme offre à peine un exemple dans l’espace de plusieurs siècles, comme leurs insensés prosélytes seraient consternés! comme à leur adoration stupide succéderaient la haine et l’indignation! Lu nation française, comme pour se laver du reproche éternel d’avoir participé, par son erreur fatale ou par sa pusillanimité non moins funeste, à tous les forfaits de ses maîtres, unirait ses cris de douleur à nos réclamations énergiques : il semble qu’en ce moment l’espérance de la justice renaîtrait dans tous les cœurs; la morale reprendrait ses antiques droits, l’humanité serait vengée.
Ces idées me plaisent; je in’y repose uvec complaisance, quoique sans espoir.
fi’oiiMiivrait que celle page a été écrite au commencement «l'avril 1 79V et que la composition île l' Avant-propos est postérieure à celle îles Mémoires .