ANNÉE
Suum cuiquc dcCUf |>o»tcriias répondit.
TaCiti.
Ils se sont plus! talents, patriotisme, vertu, le crime a dévoré tout, et <|unnd ils sont morts, la calomnie s’attache ii leurs cadavres sanglants; elle emploie les plus noires perfidies , les plus lâches mensonges à outrager, déshonorer, déchirer leur mémoire.
Quels sont donc les hommes que la persécution suit avec acharnement jusque dans la tombe? Ce sont ceux qui, dans l’Assemblée constituante ou dans l’Assemblée législative, à Paris ou dans les départements , ont défendu avec le plus de courage et de persévérance les droits du peuple qui les persécute aujourd’hui; ce sont ceux qui dans l’Assemblée conventionnelle, seuls, isolés de leurs départements, au milieu de la licence la plus extravagante et des plus honteux débordements de la populace de cette capitale avilie, ont lutté pendant huit mois entiers contre tous les vices et tous les excès imaginables, et bravé avec la plus invincible constance des
U MÉMOIRES DE BII7.0T.
menaces et des outrages sans cesse répétés et toujours impunis, pour protéger les propriétés et les personnes, et conserver à leur pays l’inestimulde bien de la liberté; ce sont ceux qui, par leur éducation, leurs princi]>es et leur caractère, par la simplicité de leurs goûts , l’indépendance de leur condition et de leurs plaisirs, vivaient heureux et libres, avant la révolution, sans redouter les caprices du gouvernement ni ses coups d’autorité, loin des tourments de l'ambition et des agitations de l’intrigue; ceux qui avaient personnellement le moins à profiter du nouvel ordre de choses, mais qui, intrépides défenseurs des droits de l’humanité, après s’en être déclarés ostensiblement les soutiens contre les prétentions du trône et de l’aristocratie, avaient tout à perdre si le nouvel ordre de choses 11e réussissait pas. Étrange destinée de ces hommes généreux! ils devaient infailliblement périr ou sous les coups du despotisme des rois et de l’aristocratie, ou sous les poignards du peuple féroce pour lequel ils avaient tout bravé, dans l’inutile espérance qu’il se rendrait digne de la liberté par son respect pour la justice !
Ce n’est pas ici des faits qu’on puisse révoquer en doute; le même 1 peuple, dans les beaux jours de la révo-
1 l'our concevoir un peu l'inconcevable mobilité tic ce* trie* I nuit-aise* , il huit jeter le* veux sur le* innombrable* atiresse* tic ta France entière avant rè|int|uc (Je notre proscription. Partout Mm-tt I était en liorrenr, partout la .Xtontm/nr maudite, et partout la confiance du peuple des campagnes, des ville* et tir* armée* était entièrement eu non*; Paris seul était eu dissentiment avec (mite la France; et ipiand j'adopte ici une opposition aussi extraordinaire de la part des citoyens de Paris, je n’entends parler ipic de ta classe tiirludrnte. corrompue, et la solde active dans l'eue capitale. ï.c l'este <pii formait la grande majorité nous estimait aussi . niai* u 'osait ni nous avouer, ni nous servir. Elle attendait l'événement . en formant des vieux sinon pour notre cause, du moins pour le sucrés de nos
A l’X AMIS DK JL A VKUITE.
lution , les a plus d’une fois reconnus. Alors sa morale était pure, ses mcpnrs douces et liiunaines, ses sentiments droits et élevés; il semblait «ligne en tout de la grandeur et de la générosité de ses Tues. Le même peuple savait alors raisonner sur ses propres idées, ses moyens, ses ressources; il savait choisir le bien et rejeter le mal ; il agissait avec dignité , souffrait avec courage , distinguait ses amis , et jusque dans ses ennemis il respectait lu justice et les droits qu’il réclamait pour luiinétne. Enfin, le peuple français sentait le prix du bon ordre, d'un gouvernement sage, d’un système d’égalité ou la liberté ne fût pas confondue avec la licence, ne dépassant jamais, dans ses plus ardents désirs, les limites d’une administration populaire sagement pondérée, pour s’abandonner aux désordres d’une démagogie forcenée.
On se rappelle encore ces temps heureux où le peuple de Paris, après quelques écarts inséparables d’une aussi grande révolution, craignait la flétrissure du plus léger soupçon de vol, de pillage ou de cruauté, ces temps heureux où il repoussait avec dédain , avec horreur, les
intentions Je ne vois pas cc qu’elle a pu gagner à s'isoler ainsi dans une lâche inaction; sa fortune et sa sûreté personnelle ont été violemment attaquées, et quelques efforts, quelques élans de patriotisme auraient suttî dans le temps pour la garantir des maux irréparables dont elle sent aujourd’hui les oppressives atteintes. Quant aux citoyens des départements, leur conduite est inexcusable ; car nous n'avons rien fait qu'ils n'aient non-seulement consenti , demandé, exigé de nous, mais encore applaudi, appuyé, soutenu de leurs adresse», de leurs menaces, de leurs armes. Je ne dis rien des années, mais notre révolution prouve jusqu’à l’évidence . que «les soldats gagés encore, bien qu’i)s soient pris dans la classe de» citoyens, s’ils sont occupés longtemps de la guerre, finissent par être le» fléaux de leur pays et le* satellites de ses tyrans. Nations de l’Europe, gardez-vous des troupes soldées, si vous voulez conserver cc qui vous reste de libellé î Elles en sont l'ennemi le plus dangereux et le plus féroce. (.Yole de liuzot.)
MKM01HKS DE BÜZOT.
maximes séditieuses qu’on mettait en usage pour séduire sa simplicité, irriter son patriotisme, le porter à des excès funestes à la sûreté, à la propriété des citoyens, et le corrompre ainsi par l’abus même de sa liberté. Son instinct moral, plus prompt et plus sur que la réflexion, devançait les conseils de la sagesse; et le peuple n’avait pas besoin que la raison lui prouvât xpi’une démarche était impolitique ou imprudente, avant qu'il la rejetât comme injuste et déshonorante.
C’était alors, et seulement alors, qu’il était beau, qu’il était glorieux d’avoir l’estime et la confiance du peuple français : aussi nous rappelons-nous avec délices de l’avoir obtenue à cette époque brillante de la révolution. Ce n’est pas une consolation légère dans nos souffrances , de sentir que nous n’avons été abandonnés du peuple1 qu’au moment où sa morale a été entièrement pervertie. On nous a rendu Injustice de croire que nous n'aurions
* C’eut .sans contredit le plus beau trait de la vie |>olitiquo de l’étion d’avoir été abandonné, haï, persécuté par le peuple de Paris, à l'époque où la confiance et l’amour «le ce peuple ne pouvaient déshonorer l'homme public qui en était l’objet. Cela répond a toutes les calomnies répandues avec profusion -sur cet excellent patriote. S'il avait eu l'ambition «pi'on lui suppose, il lui en aurait peu coûté pour se maintenir dans une popularité honteuse à la vérité, mais nécessaire à un ambitieux. Pour Brissot, il était si peu né pour rintrifpie, «pie la plus légère i«lée d’artifice, «le dissimulation , lui était un supplice, >i«>us nous imxpiions quelquefois de sa simplicité, de sa bonhomie, et nous disions en riant : De tous les Brissotius possibles, c’était le moins Brissotin. Dans l'Assemblée constituante, il fut accusé, persécuté comme républicain, dans la Convention, il le fut comme royaliste! — Dans tous les temps, il parla, écrivit, imprima, souffrit pour la liberté, et il mourut pour elle. Sa vie fut celle d'un vrai philosophe ; il devait aussi finir comme Socrate et Sydney. Pour moi et les autres, nous avons éprouvé le norme sort, et nous l’avons mérité comme eux ! Qui veut le bien des hommes doit s’attendre à leur haine; c’est une vérité de fait attestée par toutes les histoires. (iYo/e de U.)
|>;is servi scs passions, contenté ses fureurs, partagé sa soif du pillage et du sang; on nous a rendu la justice «le croire que nous ne voulions pas plus de la tyrannie populaire que du despotisme des rois, et qu’avant de détruire ce qu’il y a de plus sacré dans la nature et dans l’état de société, inonde, humanité, liberté, il fallait commencer par nous anéantir nous-mêmes!
Ces causes véritables de lu persécution exercée contre nous, un reste de pudeur, la crainte de se compromettre, le besoin de tromper pour gouverner les hommes, ne permettent pas de les avouer. Faut-il en être surpris? La vérité, qui s'en soucie? qui oserait la dire? Ne faut-il pas aveugler sans cesse pour conduire cette tourbe de frénétiques et d’imbéciles qu’on appelle aujourd’hui peuple? Mais est-il un seul des chefs de la faction dominante qui pense, qui puisse croire que nous soyons coupables1? Il
1 Je me rappelle ici une conversation assez, vive qui se tint au comité (le sûreté générale entre Robespierre et moi, en présence d une centaine de députés. Ce comité, qui précéda celui qu'on nomma de salut public , étîtit composé de vingt-quatre membres ; Robespierre et moi nous étions du nombre. Après quelques débats inutiles à rapporter, je reprochai vivement à Hobespierre sa conduite, et reprenant ses éternelles calomnies sur les hommes les plus estimables: «Et moi par exemple, lui dis-je, peux-tu dans l'intimité de ta conscience, peux-tu ici publiquement, en présence de «tes amis, inculper la mienne, m’accuser d’improbité, d'ambition, d'intrigues, calomnier mon patriotisme et la droiture de mes intentions?
— Non, me répondit Robespierre, non, je t’estime, parce que je te connais bien ; mais on t’a trompé sur notre complc, sur nos vues, et voilà tout. » — Je repris : «Comment peux-tu méconnaître la bonne foi, la probité, le patriotisme de Roland? Oserais-tu dire (pie Roland soit vendu aux puissances étrangères? Tu dois connaître aussi son inflexible austérité de mœurs, et son civisme inébranlable, et son ardent amour de la liberté. Tu n'as pas oublié les services qu'il t’a rendus, s’il était ton plus intime ami sous l'Assemblée constituante?
— >ion , répliqua Robespierre , je n’accuse point Roland de s’etre vendu à l’étranger, niais j’ai cessé de le voir du moment où il a
MEMOIRES HE Itl’ZOT.
n’est pus un des scélérats qui tyrannisent aujourd'hui la France qui , dans le fond de son cœur, ne nous estime et ne respecte nos vertus; il n’est pas un d’eux, pas un, qui osât en publie, en présence même des plus imbéciles d’entre leur peuple, soutenir les regards, les reproches, les justes accusations de ces honorables accusés. Mais, il faut en convenir, ils ont mieux connu que nous la masse du peuple qu’ils gouvernent, son caractère, son génie particulier, le degré de lumières et d’énergie dont il est susceptible. Jamais nous n’aurions eu la volonté ni l’audace de le mépriser assez pour le gouverner au nom de la liberté par les moyens que les despotes d’Asie emploient au gouvernement de leurs esclaves.
Je réduis à trois les moyens que les maitres de lu France ont employés pour conduire cette nation ou elle est: la calomnie, la corruption, la terreur; je défie qu’on me montre un autre ressort qu’ils aient fait agir, si ce n’est peut-être un plus horrible encore, la division entre les citoyens, que je n’ai considérée que connue un résultat des trois autres.
F.t nous , pour rendre heureux et libre le peuple français, nous ne voulions employer que la vérité, la
adopte l'opinion de llrissol sur la (pierre. — Et llrissol, lui dis-je, llrissol dont tu connais l'honorable pauvreté, tu l’accuses d’avoir vendu sa plume et ses talents aux ennemis de la France ! — Je ne le crois pas corrompu . reprit Robespierre . mais depuis son opinion sur In {'lierre il m'est démontré qu'il n’est pas patriote. » J’allais répondre avec chaleur ; mais le silence et l’iutérét ijiic notre conversation avait fait naître dans le comité excita ipudipie jalousie. On interrompit avec aigreur notre débat , je répondis do même aux interrupteurs, et Robespierre sortit. Un d’entre nous dit : «Je parie que Robespierre va aux Jacobins recommencer ses odieuses accusations;- et le fait était vrai: il nous calomnia plus fort que jamais. Quant à se» vues, à ses projets d'ambition et de désordre, l’événement n il que trop justifie notre inutile prévoyance. (Kote de B.)
vertu, l'amour de la patrie! Voilà nos crimes; il est impossible d’en établir aucun autre.
Maintenant on aperçoit les motifs réels, les vrais et seuls motifs de la persécution atroce exercée contre nous. Nos intentions, nos actions étaient pures. On ne pourrait nous reprocher «pie d’avoir perdu notre temps à méditer les ouvrages de Itousseau, de Montesquieu, de Mably, de nous être formé des idées fausses sur la nature et les principes des gouvernements, et surtout du gouvernement républicain, de nous être convaincus «jue ce gouvernement ne pouvait être établi que sur les bases éternelles de la justice et de la vertu, enfin d’avoir imaginé «jue la cruinte, loin d’en être le principe, en était au contraire le fléau le plus destructeur. D'ailleurs, nes’agissuit-il entre nous que de choses d’opinion? pourquoi ne pas se contenter de les discuter, de les examiner, de les mettre à l'épreuve du temps? Il y avait du moins cette différence entre nos rudes adversaires et nous, «pie leurs erreurs étaient irréparables, et que les nôtres pouvaient être réparées. Dans leur système, il fallait emprisonner, piller, tuer tout à l’instant; il fallait dans le nôtre ne punir que les coupables, encourager les faibles, honorer les bons, et pu toutes choses faire aimer les lois également obéies par tout le monde. — Loin de moi toute plaisanterie déplacée dans un sujet aussi grave! mais est-ce ma faute à moi , si le sarcasme est dans les mots dont je me sers, lorsque tout est atrocement ridicule dans les faits que je décris?
Ce qu’il faut particulièrement remarquer dans ce qui nous concerne, pour l'instruction de ceux qui pourraient être tentés de suivre la même carrière, c’est que nous avons été le plus persécutés par ceux qui nous avaient chéri le plus, et que le passage de l’affection la plus vive
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MÉMOIRES DE BÜZOT.
à la plus violente persécution a été si subit, si rapide dans la plupart des départements, cpi'il s’est opéré souvent dans l’espace de vingt-quatre heures. Voici comme arrivaient de tels prodiges; du reste, on ne peut pas nous accuser d’y avoir donné lieu par le moindre écart dans notre conduite ou dans nos discours.
Quelques départements se soulevaient-ils contre des arrêts de mort prononcés contre nous? on y portait la discorde et la corruption, la désunion entre les départements, la désunion entre les citoyens de chuque département, lu corruption dans les corps constitués, la corruption chez les individus. Des espions de Paris, pris dans la fange, parmi ce qu'il v a de plus abject dans cette ville corrompue, parcouraient les provinces avec force assignats, sous le titre do commissaires du comité de salut oublie ou du conseil exécutif, ou de la commune de Paris, mettant en action tous les vices, toutes les passions les plus viles, les calomnies les plus odieuses, les maximes les plus perverses, et préparant ainsi le succès des mesures atroces qui devaient suivre ces premières tentatives. C’était surtout dans les villes commerçantes, où la différence des citoyens se fait le plus sentir dans la différence des états et des fortunes, que ces espions et leurs maîtres exerçaient avec plus de succès leur art perfide, en excitant In jalousie du pauvre contre le riche, en remuant la classe fainéante et pauvre contre celle à qui son industrie procure de l'aisance, ceux enfin qui dans les troubles ont tout à gagner, contre ceux qui ont tout a perdre. A ces premiers moyens on ajouta tout ce que le crime peut imaginer de plus noir ou de plus atroce; rien, rien, jusqu’il la famine même, u'était de trop pour contraindre il se plier à leurs opinions sanguinaires et malfaisantes. On se rappelle avec altendris-
Al'X AMIS DE 1.A VÉIUTE. ïl
sement que le roi Henri IV nourrit lui-même la ville dp Paris, qu’il tenait assiéger; eh bien! nos législateurs républicains affamaient, au contraire, toutes les villes où l’on ne pensait pas comme eux. Au lieu de gagner les peuples par la douceur et l'instruction , u l’exemple même des rois, ils préféraient subjuguer la France à l’exemple des despotes les plus Fameux par leurs biigandages et leurs cruautés. Jetez les yeux sur ce qu’ils ont fait pour comprimer le mouvement sublime des départements. Ont-ils traité les villes ennemies comme ils ont Fait les villes de Lyon et de Bordeaux? Kt cependant les victimes immolées à leur rage dans ces deux villes infortunées combattaient sous les drapeaux de la France pour la République et pour la défense de la représentation nationale indignement outragée dans les murs de Paris.
Car, que voulaient en effet les départements en prenant les armes? J’en appelle à tous les hommes de bonne foi, j’en appelle à l’histoire, qui nous jugera tous impartialement... La nation française pouvait-elle apprendre avec indifférence les scènes arrivées à Paris le .‘II mai et le 2 juin? Paris pouvait-il, sans affecter un empire intolérable sur tous les autres départements, se permettre des actes d’un despotisme militaire aussi effrayant pour la liberté publique, sur des députés choisis par ces départements pour les représenter à la Convention nationale? Si Paris pouvait en user ainsi, pourquoi les autres, ou tous ensemble ou chacun en particulier, n 'avaient-ils pas le même droit? Ne pouvaient-ils pas aussi chérir, respecter et honorer de leur confiance ceux qu’ils avaient élus dans leur sein , après avoir longtemps mis à l’épreuve leurs moeurs, leur patriotisme et leurs lumières? Non-seulement ils le pouvaient aussi, mais leur plus impérieux
MÉMOIRES DE BDZOT.
devoir était de protéger, de défendre leurs représentants contre les outrages et l’oppression, car le contrat entre le représentant et ceux qu’il représente est réciproque ou il est nul. A ces motifs puissants d'un soulèvement universel dans les départements , se joignaient encore la conformité de leurs principes avec les nôtres, l’amour de i’ordre et de la justice, la haine contre toute espèce de tyrannie, l’horreur du pillage et du meurtre, dont les missionnaires de Paris s’étaient montrés partout les plus fervents apôtres, la crainte enfin de ce qui est arrivé depuis. Ils hvaient de plus un juste mépris mêlé d'horreur pour cette députation de cannibales que les massacreurs de septembre avaient vomie dans la Convention nationale.
Que demandaient donc les départements en armes? Ils venaient à Paris y fraterniser avec les bons citoyens, lesquels y formaient une majorité grande, mais inactive, inerte, sans concert et sans intelligence, contre une minorité turbulente, avide de séditions et de troubles, gouvernée par des chefs audacieux et pervers qui avaient un centre commun de volonté et de conduite dans les sections de Paris, les clubs, les autorités constituées, dans la Convention nationale même. Ils voulaient que les auteurs des crimes du 31 mai et du 2 juin fussent punis; ils demandaient que les accusations dont les députés se chargeaient réciproquement fussent également jugées; ils voulaient que ce jugement solennel fut soumis il un tribunal national et à des formes qu’on ne refuse pas même aux plus vils scélérats; enfin, touchés des malheurs de la France, malheurs que la Convention nationale, dans la situation où elle se trouvait, ne pouvait plus guérir, malheurs qui ne pouvaient qu’empirer entre ses mains, les départements demandaient lu convocation
AUX AMIS DE LA VÉRITÉ, des assemblées primaires, pour élire de nouveaux députés ou renouveler l'Assemblée nationale. Et certes, aucun des départements ne s'élevait en faveur de la royauté contre le républicanisme; mais tous ils voulaient un gouvernement stable et vigoureux (pii pût rétablir promptement dans l’intérieur le bon ordre, la sûreté des personnes et des propriétés, pût contracter des traités de paix avec les puissances étrangères , et ramenât en France, avec l’agriculture, le commerce et les ails, la paix et le bonheur de la liberté.
Si les députés restés maîtres dans la salle de la Convention après les journées du 31 mai et du 2 juin, eussent conservé encore quelques sentiments de justice et d’honneur, ils se seraient empressés d’accueillir toutes les réclamations de leurs départements ; c’était le devoir de leur place, l’intérêt de leur gloire, celui plus pressant encore de leur patrie : mais ils avaient bien d’autres vues, et leur conduite devait être conforme à leurs projets odieux. Ils commencèrent par calomnier les intentions des départements : c’était le royalisme, le fédéralisme qui les1 mettait en armes! on voulait la guerre civile, on voulait affamer Paris, le punir de son attachement à la liberté, le réduire en cendres 1 ! Chose incon-
4 C ent uni* vérité incontestable que la ville île Paris , source mt .instable «le tous les malheurs île la France, a cause aussi la ruine de cette grande et sublime l'évolution qui devait en faire le bonheur Si nous hissions restés à Versailles , nous aillions évité bien des fautes et prévenu bien des maux Le mouvement de la llévoliitiou appartient à la France entière ; il fallait € y maintenir. Mais en le concentrant dans Paris, on l’a corrompu, énervé comme les habitants «te celte ville. Que de sacrifices 11’a-t-on pas été obligé île lui faire au détriment de la chose publique Y Il semblait que la libelle fut devenue son patrimoine pour le dissiper a son gré ! Et fout au contraire il fallait F économiser pour toute la France, F enrichir de ses bienfaits, et ne permettre jamais qu’elle se sentit obligée
cevable, qu’en publiant avec audace les plus grossiers mensonges, les accusations les plus contradictoires, les plus repoussantes absurdités, on soit parvenu a répandre de l’obscurité dans les idées les plus claires, à jeter le désordre et la confusion dans les faits les plus certains et les opinions les mieux prononcées, à ébranler enfin les hommes les plus résolus et les plus éclairés !
O vous qui êtes appelés à écrire ces horribles détails, historiens de tous les pays, n’en croyez pas les écrits
à des déférences qui devaient insensiblement réduire les provinces à un autre ('cure de servitude, plus odieux et plus terrible puisqu'il les faisait dépendre tC une ville d'hommes nécessairement déprédateurs et corrompus. Si cela était de toute vérité , même sons le gouvernement d’un roi , que ne devait-on pas en conclure sous le régime républicain ? La France républicaine avec une capitale , la France libre avec Paris, siège principal de ses établissements nationaux, une république française avec une législation et un gouvernement à Paris ? En vérité , il faut être en délire pour concevoir de telles absurdités ! Paris a cru m’offenser beaucoup en m’honorant de sa liainc , pour l'aversion (pie je lui ai constamment témoignée ! Paris fut trompé; c’est parce que j’aimais ma patrie, son bonheur, sa liberté, que j’ai détesté une ville où toutes les passions les plus viles, comme les plus funestes au bon ordre social , sont et doivent être naturalisées. C'est une chose bien honteuse et bien misérable que vingt-quatre millions d’hommes ayant mis ce qu’ils'ont de plus cher et de plus respectable sur la terre comme en dépôt dans les mains de quelques individus à qui chacun d’eux ne voudrait pas confier en particulier la plus modique poil ion de sa fortune ! Cependant il est ainsi ; la prise de Paris détruit à jamais toute espérance de liberté en France. Je vais plus loin : on a osé faire un crime à Holand du projet qu’il avait conçu, lorsque Hrunswiek à la tête des Prussiens s’avancait sur Paris, de sauver les débris de la liberté en les transportant au midi de la France. Eh î qu'est-ce donc que Paris en comparaison de la France entière ? Parce que la multitude avilie de cette capitale rentrerait dans la servitude , pour laquelle elle est née, faut-il donc que tous les Français soient asservis? Eh bien, je le dis avec vanité, la France ne peut espérer ni liberté , ni bonheur que dans la destruction entière et irréparable de cette capitale. (Ao/e de B.)
AUX AMIS DE LA VÉRITÉ. S.'i
qu'ils en ont faits, n’en croyez pas même les nôtres, s’il vous reste encore quelques doutes sur la probité des honorables victimes de celte révolution; et d’ailleurs, que vous restera-t-il de nous? Rien, peut-être, que l’inutile souvenir de nos stériles vertus ou quelques lambeaux de nos écrits échappés au pillage de nos propriétés, aux ravages de la persécution et do la mort, qui nous suivent partout. Nos amis morts sur l'échafaud n'ont pu rien publier en faveur de leur innocence ! Les bourreaux ! ils les ont égorgés sans qu’ils aient pu se faire entendre! Les autres, fugitifs, ont à peine quelques instants de repos où ils puissent recueillir tout leur courage pour apprendre il souffrir et à mourir! Ceux d’entre nous qui sont aux fers, n’ont pas même la faculté accordée sous l’ancien régime aux plus grands criminels, d’écrire, imprimer, publier des mémoires, d'éclairer le public sur leur justification personnelle et sur les délits mêmes «le leurs dénonciateurs. Partout la vérité, Injustice, l’humanité, sont opprimées ou obligées de se taire! Le crime veille partout; il verse partout ses poisons, partout il lance ses poignards; l’épouse craint son mari, le père scs enfants! On n’a plus de parents, on n'a plus d’amis! Souvenez-vous «pie Brissot, emprisonné à l'Abbaye, pendant que Bnrère, l’atroce Barère, pour échauffer contre lui les hurlements et la rage de la populace «le Paris, lui imputait à la tribune «le la Convention des propos qu’il n’avait pus tenus, Brissot ne trouva point a Paris, point ailleurs dans toute la France, un imprimeur assez courageux pour oser publier le démenti qu’il donnait a Barère. Mais cet écrit existe; il en existe encore quelques autres pour l’éternel opprobre de ces lâches brigands «pii craignent la lumière et «pii ne savent assassiner que dans les ténèbres l«*s hommes justes qu’ils ont
St) MÉMOIRES DE BÜZOT.
désarmés! Souvenez-vous t|ue les seuls papiers qui existent en France sont ces infâmes journaux vendus à la faction qui domine ou asservis par la terreur qu’elle leur imprime, enfants de la corruption ou de la bassesse et de la plus lâche perfidie, qui ne vivent que du produit de leur impudente audace à calomnier les {'eus de bien, à colporter le mensonge dans toutes les parties de la république, à pervertir la morale et les inclinations humaines et généreuses du peuple français, il servir les haines, à pallier les crimes de ses maîtres et à les expier, pour ainsi dire, par sa complicité même. Depuis longtemps les journaux français n’ont plus qu’un même langage, celui «pie la faction leur a commandé de prendre. Ils ont disparu ceux ou l'on savait discuter avec sévérité les * principes et publier les faits dans leur exacte vérité. Déjà, avant même la journée du 2 juin, l’imprimerie de Gorsas avait été pillée deux fois, on en avait menacé d’autres du même soit; des journalistes avaient été recherchés ', d’autres arrêtés. C’est par ces premières atteintes à la liberté de la presse qu’on avait préparé à de plus grands coups; mais, après la journée du 2 juin, la faction ne
1 Vous rappelez-vous une époque où, indigné tics provocation# imprimées dans le journal de Marat, je proposai nue loi contre les provocateurs au meurtre? Cette loi Ht frissonner les habitants de la Montagne , les Jacobins et les sections parisiennes. On vociféra contre moi les plus atroces calomnies : - On veut tuer, disait-on , la liberté île la presse.» — «La liberté de la presse ou la mort» , disait Danton. Cependant vous remarquerez, que ces genres de tlélil étaient soumis au tribunal d un jury libre et formé d'après les loi» existantes. Vous remarquerez encore que la loi laissait un champ très-étendu a qni voulait s’espacer dans l'immensité fie la pensée, puisqu'il uc s’agissait que de réprimer les provocations au meurtre. Maintenant comparez! Que peut -on librement parler, écrire, imprimer? Les accusés, mémo pour crime d’Etat, ne peuvent pas - plus publier leur défense pour la postérité que l’exposer au tribunal de leurs juges pour leurs contemporains. (JXote de B.)
ganta plus de mesure; il fallut «pie tout changeât de style, que tout fût lias, rampant, asservi sous elle. On voyait encore auparavant surnager quelques bons écrits sur le ramas fangeux des feuilles chargées de grossièretés et de sang qu'on distribuait au peuple, tous les jours, sous les noms de Marat et d'Hébert ; mais, après le 2 juin, il fallut être effrontément barbare et dégoûtant de saletés comme le Père Duché sue, ou béte et vil comme Garai, pour circuler en liberté dans les départements de la France.
Et c’est dans ces infimes recueils 1 qu’il faudra rechercher les faits de cette révolution et découvrir la vérité! Cependant elle n'y est pas si cachée qu’on ne puisse l’y trouver encore à travers les déguisements et les mensonges dans lesquels elle1 est enveloppée ; l’observateur l'aperçoit aisément. Que le vulgaire, qui croit tout, parce qu’il ne pense rien, se laisse aveugler et prenne les faits comme on les lui donne, il ne faut pas s'en étonner; mais l'homme éclairé qui, dans la retraite du cabinet, assez éloigné de la scène pour ne pas participer aux (lassions qui l’agitent, a vu de près néanmoins les lieux où elle s’est passée, les principaux auteurs et les ressorts qu’ils ont fait agir, celui-là saura bien discerner le bien du fiux, soit en comparant dans les papiers mêmes du jour, les faits dépouillés de ce qui leur est étranger, soit ea les vérifiant dans quelques autres journaux moins subordonnés à la faction, ou bien en consultant avec ménagement les papiers publics étrangers, ou en examinant, avec le respect qu’on doit au malheur, les différents ouvrages que les proscrits ont fait imprimer et les manuscrits qu’ils laissent après eux , soit enfin en parcourant
1 Ou lit «réunis* dans le manuscrit, par line évidente erreur du copiste. Sous avons dû corriger quelques antres erreurs de même nature.
MEMOIRES HE RUZOT.
avec choix les nombreuses notes ou mémoires qu’on aura recueillis en secret dans les portefeuilles, ou en comparant les faits de notre révolution et le sort des hommes qui ont le mieux mérité d’elle avec ceux des temps passés, et le sort, dans tons les états déinocratiq lies, des hommes de bien qui ont voulu ne pas cesser d’étre vertueux et justes au milieu des sociétés corrompues. Nos principes étaient les mêmes, notre sort devait l’étre aussi : il fallait bien aussi qu’on nous imaginât des crimes; car, quelque immorale et lâche que soit une nation, il ne s’en est pas trouvé qui ait condamné la vertu pour elle-même au dernier supplice. Dans tous les âges de la dépravation humaine, le peuple a participé de même aux forfaits de ses tyrans, il s'est réjoui de la persécution et de la mort de ses plus fidèles défenseurs; et ceux qui ont su le maîtriser, le corrompre et le tromper, ont toujours été sûrs de lui faire commettre avec empressement, avec joie, les actions les plus atroces. Le jour de la lumière arrive ensuite quand il n’est plus temps! Mais les larmes infructueuses que sa misère ou sa légèreté lui fait répandre ne sont pas même dignes d’honorer les cendres de l’homme de bien, qui, au surplus, ne doit jamais s'attacher à servir le peuple pour lui plaire et dans l’espoir d’obtenir sa récompense, mais uniquement par devoir, par amour de la vertu et pour mériter sa propre estime.
On nous a donc traités, proscrits, condamnés comine contre-révolutionnaires, royalistes, fédéralistes, traîtres! Le peuple l’a cru sur parole, connue il a plu aux brigands qui le mènent de le dire. Cela devait être, et chacun a fait son métier! Mais au fond, que signifie tout cela? Qu’on le demande au peuple, qu’on le demande aux scélérats qui le trompent; ils ne sauront pas mieux l’ex-
ADX AMIS DK LA VÉRITÉ. ' Î9
pliquer les uns que les autres. Kt comment donc pourrai-je y répondre? Avant tout, il faudrait s’entendre, et cela parait bien impossible.
Contre-révolutionnaires! Si on peut attacher quelque idée précise à ce mot, il s’ensuivra «pie j’ai voulu la réintégration dans leurs privilèges et dans leurs fonctions, de la noblesse, du clergé, des parlements; le renversement du nouvel ordre de choses et le rétablissement du despotisme sur le trône. Mais il est clair que si j’ai voulu tout cela, j’étais parfaitement en démence. On ne peut pas supposer qu’un homme ait voulu s’exposer aux plus grands dangers pour une chose qui lui eût été contraire ; il faut du moins lui supposer un intérêt quelconque à ce qu’il fait. Or je ne fus jamais ni noble, ni possesseur de biens nobles, ni commensal d’un parlement, ni attaché au service de lu cour; au contraire, le nouvel ordre de choses m’avait élevé aux premières places de l’État, sans intrigues, sans bassesse, sans convoitise de ma part. Quant aux risques que je devais courir au rétablissement de l’ancien régime, je m’en rapporte aux nobles, aux prêtres, aux parlements, dont j’ai voté la ruine; aux rois, dont j’ai tenté, en 1700, d’ébranler le trône, que depuis j’ai aidé mes amis à renverser en 1 703. Cependant il n’est j>as impossible, et je le crois, que j’eusse éprouvé un sort moins rigoureux de la part des prêtres et tics nobles, des parlements et des rois : il l’eût été du moins qu’ils me traitassent avec plus de cruauté que le peuple français. Ils n’auraient j>ns, comme lui, joint l’outrage à la persécution , le mépris de toutes les lois humaines et sociales à l’horreur du supplice; iis ne m’auraient pas, comme lui, assassiné sans que je pusse être entendu ; ils n’auraient pas, après m’avoir fait mourir, empoisonné mes discours, calomnié mes intentions
MEMOIRES DE IIOZOT.
et tenté de déshonorer ma mémoire. Les prêtres et les nobles, les parlements et les rois, n'auraient pas, comme le peuple français, frappé de mort ceux qui auraient voulu me secourir, me défendre, écrire ou imprimer ma défense ; iis ne m’auraient pas du moins persécuté, torturé dans tout ce qui m’est cher; nia femme n’eùt pas été réduite il la misère; ils n'auraient pas.... Que dis-je? peut-être, et je le crois, ils auraient respecté, suivi les lois de l'honneur, la morale et l'honnêteté publique; et il m'eut été possible de transporter mes biens et ma personne dans quelque heureuse contrée où l'homme de bien puisse vivre en paix et en liberté.
Si, par le mot contre-révolutionnaires, on entend que nous avons voulu rétablir la royauté avec la constitution de 1790, le fait est faux, démontré tel par tous mes discours, par notre conduite tout entière, par le succès même de nos tentatives et par nos propres revers. C’est sur ma proposition que fut rendu le décret portant peine de mort contre ceux qui provoqueraient le rétablissement de la royauté en France 1 : on en a fuit depuis un
1 Ce fut moi qui proposai un jour cette loi, dont on a fait le plus criminel abus. De pauvres cuisinières , de pauvres cochers de Nacre en ont été les premières victimes. On décréta ce que l’on appelait d'abord le principe : quand il a’est agi depuis de donner le» modifications et les explications nécessaires, il n’a plus été possible de se faire entendre. On n’a pas même permis au peuple qu’on appelle risiblement Souverain de manifester sa volonté sur la question de la royauté. La souveraineté était enfouie dans les assemblées sectionuaires de Paris composées de quelques individus imbéciles ou scélérats, qui s’étaient emparés audacieusement de la volonté de tous les Parisiens ; et des sections ainsi réduites au plus petit nombre de factieux ou d’ignorants , la souveraineté venait se perdre dans le gouffre pestilentiel des Jacobins, comme un antre du méphitisme et de la corruption. Les départements plus soumis à ces fantaisies jacobites qu’aux décrets de la Convention répétaient niaisement ce qui leur était dicté par la ville «le Paris ; et d’un
AUX AMIS DE I.A VÉllITÉ. 31
hitrn crue! abus! mais enfin le décret est de moi. Nous conservâmes longtemps, mes amis et moi, l'espoir d’une république en France lors même que tout semblait nous démontrer que la classe éclairée se refusait à cette forme «le gouvernement, soit entraînée par quelques préjugés, soit guidée par l’expérience et la raison. Celte espérance même ne quitta pas mes amis à l’époque ou ceux «pii gouvernaient lu républbpie étaient les plus vicieux et les plus vils des hommes, et où on pouvait le moins compter sur le peuple français, généralement corrompu , devenu cruel à force de lâcheté et de peur, ou pour satisfaire son insatiable cupidité. J’ai vu mes amis, même à ces affreux moments, fonder encore leur espoir sur l’inconstance et la légèreté du peuple, qui, disaientils, étant susceptible de tonte espèce de modifications et de formes, l’était également «le celles qui convenaient au
bout île ta France à l'autre la stupidité portait sur ses ailes blafardes les opinions et les vœux qn’il fallait avoir, vouloir et former, sous peine d'incivisme on de mort. Il en fut de même du «léeret sur les émigrés : il en fallait un incessamment , si on voulait prévenir île nouveaux massacres r/ui se préparaient déjà dans le silence de la nuit. On décréta aussi le principe , dont un grand nombre de modifications étpiitablcs (levaient être suivies. Mais bientôt il ne fut plus possible d'en parler à la tribune sans être à l'instant interrompu par les plus odieuses vociférations. Les Jacobins s’emparèrent du principe comme les corbeaux d'une charogne puante, et rien ne fut capable de les chasser de rette horrible pâture. (Sole de II.)
‘ Cet espoir, je l’avoue, fut longtemps l'objet «le mes méditations les plus chères. Jamais [idée tfnn roi héréditaire ne s’est offerte à mon esprit sons des formes raisonnables. Tant d’absurdités, qu'il fallait dévorer avec la nécessité prétendue d'une monarchie poulies vastes États, me révoltaient et ne pouvaient se fondre dans ma pensée avec les grandes et nobles images que j’avais formées de I I «lignité de l'espèce humaine. L'expérience m'a désabusé , je l'avoue, mais mon erreur était trop belle pour que je puisse m'en repentir.
( .Vote de B.)
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caractère républicain. Pour moi, je l’avouerai, cette conséquence me parut toujours d’une extrême fausseté. J’avais déjà plusieurs fois désespéré du succès de ce projet si cher à mon coeur, de l’établissement du gouvcrncment républicain en France. Déjà, ne voulant point trahir ma conscience et mes principes, j’avais été plusieurs fois sur le point, avant mon expulsion de la Convention, de me démettre d’une place où tous les dangers, celui même de déshonorer ma mémoire, ne me laissaient l’espérance d’aucun bien à faire, où même notre opiniâtre et inutile résistance 11e faisait que prolonger l’erreur des bons citoyens sur la vraie situation de la Convention nationale. Je ne sais quel amour-propre, qu’on h morait du nom de devoir, me retint à mon poste malgré moi ; mes amis le voulurent , et j’v restai.
Et certes, si nous avions eu la prétention de reconstituer l’ordre établi par l’Assemblée constituante, si nous avions eu la volonté de rendre il la France le gouvernement modéré, qui, selon beaucoup d’hommes instruits, lui convenait le mieux, nous n’aurions pas manqué de zélés partisans, et nos efforts auraient été secondés avec plus d’empressement et de courage. C’est alors que nous aurions pu concevoir l’espérance de former une coalition redoutable dans le département du Calvados; c’est alors que nous aurions pu nous promettre un corps de troupes formidable, en ralliant à notre cause et ceux que d’anciens préjugés attachaient à 1a royauté, dans l’ancienne bourgeoisie ou même dans les années, et surtout ceux qui, avec des connaissances réfléchies sur la nature et les principes des gouvernements , s’étaient persuadé que le gouvernement républicain ne pouvait pas convenir au génie du peuple français.
Car, il ne faut pas se le dissimuler, la majorité du
peuple français soupirait après la royauté et la constitution de 1790. C'est à Paris surtout <|ue ce voeu était le plus général et craignait moins de se manifester dans les conversations particulières et dans les sociétés privées. Il n’y avait que quelques hommes dont les âmes nobles et élevées se sentaient dignes d’être nés républicains, et que l’exemple de l’Amérique avait encouragés à suivre le projet d’un semblable établissement en France, qui songeassent de bonne foi à le naturaliser dans le pays des frivolités et de l’inconstance. Le reste, à l’exception d’une tourbe de misérables sans intelligence, sans lumières et sans moyens, qui vomissaient des injures contre la royauté, comme dans six mois ils en diront contre la république sans savoir mieux pourquoi; le reste ne désirait, ne voulait que la constitution de 1791, et ne parlait des vrais républicains que comme on parle de fous extrêmement honnêtes. Peut-on croire que les événements du 2 juin, la misère, la persécution, les assassinats qui les ont suivis, aient fait changer d'opinion à la majorité de la France? Non; mais dans les villes on feintd’élre sans<ulotte, parce qu’on guillotine 1 ceux qui n’en sont pas; dans les campagnes, on obéit aux réquisitions les plus injustes, parce qu’on guillotine ceux qui n’y obéissent pas; et partout la jeunesse part pour les armées, parce qu’on guillotine ceux qui ne partent pas. La guillotine, voilà la grande raison île tout; c’est aujourd'hui le grand ressort du gouvernement français. Ce peuple est républicain à coups de guillotine.
Mais voyez les choses de près, pénétrez dans l'inté-
1 Cola eut vrai à la lettre, t.a moitié des Français, et je suis trèsmodeste en bornant à la moitié le nombre des dissidents, déteste le gouvernement actuel, mais la peur comprime tous les rocur*. Otez la guillotine, et à l'instant la liberté de la presse reparaît et les tyrans de la France sont renversés. [Sole île II.)
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rieur des familles, sondez tous les cœurs; s’ils osent s’ouvrir à vous, vous y lirez la haine contre le gouvernement que la crainte leur impose ; vous y verrez que tous les vœux, toutes les espérances, se portent vers la constitution de 1791.
Dans mu vie errante , incertaine , solitaire , parcourant, du nord an midi de la France, les montagnes, les mers, les lieux les moins fréquentés d’hommes, exposé aux intempéries de l’air, à la rigueur des saisons, souvent sans pain, sans aucune nourriture, sans vêtements et sans argent, soutenu par le seul espoir de venger mes amis et la liberté de mon pavs contre ses barbares ennemis, quelque part où ils se réfugient un jour, ou de mourir à mon gré, à l’heure qu’il me plairait, libre, indépendant de toute cette canaille' qui me poursuit, qu’ai-je appris? Dans les campagnes, où la liberté ne peut s’allier qu’avec l’amour du travail , la pureté des mœurs, la paix de la conscience, toujours si humaines, si hospitalières, j’ai appris que la révolution y avait perdu ses plus estimables soutiens, que ces bons campagnards étaient fatigués des lois oppressives , des décrets arbitraires qui mettaient en péril la récompense et le prix de leurs sueurs, et qui leur enlevaient, par la crainte des supplices, et leurs propriétés si laborieusement acquises, et ces enfants aussi utiles à leur bonheur* qu’à
4 Ce mot me fait peine à prononcer, car cette canaille c'eut tonjours un cssuiui d'hommes. Mais ceux qui pourraient me blâmer d'employer une expression aussi avilissante voudront bien songer tpie ce n’est pas au terme qu’on emploie, mais aux choses que ce terme exprime qu'il faut rapporter ses idées. (Xotr de 11.)
4 Ou ne peut pas croire combieu tes idées révolutionnaires ont change les mœurs des campagnes. Les liens naturels (pie la vie agreste avait formés entre les parents et les enfants se relâchent et s'oblitèrent chaque jour. Quelle morale jxmvez-vous inspirer ou maintenir dans ces aines villageoises à qui l'on apprend anjom-
la fécondité de la terre; j’ai appris que lu plupart des |)éres de famille et lu jeunesse des campagnes, frappés de ces nombreux arrêts de proscription et de meurtre qui portent la désolation et la terreur par tous les pavs de lu France que les {pierres civiles et les années étrangères ensanglantent d’ailleurs et jonchent de nos morts, accablés d'impôts, d’assignats sans valeur, de vexations en tout genre, considérant nvec effroi que les hommes qu’ils estimaient le moins dans les villes v sont le plus honorés, tandis qu’on y persécute tous ceux qu’ils y estimaient le plus; que les honneurs, les places, le i )OUvoir, y sont aux ignorants, aux fripons, aux gens le plus notés d’infamie1, tandis que les hommes à caractère et fidèles aux principes de la morale et de la liberté, tandis que h-s talents, la probité, sont en fuite ou dans les fers, ou meurent sur l'échafaud , j’ai appris que, consternés de ees horribles excès, dont les détails font frissonner <l’horreur, les honnêtes habitants de la campagne, confondant les crimes commis dans la révolution de 1793, avec la révolution elle-même, abhorrent et république et ceux qui les tyrannisent en son nom ; regrettent, en soupirant après leur retour, les époques antérieures d’un régime plus doux et plus paisibles où eu pavant des impôts proportionnels et modérés, il l’abri de bonnes lois protectrices de la propriété, de l’agriculture, du commerce et de la sûreté des personnes, ou pouvait cul-
d'Iini que la religion Je leurs pères n’était que fourberie, demain qu’il n’v a Je Dieu que la Raison, et ensuite, que ('Éternel existe et qu’il but croire à 1 iiuninrtalitè île l’iime 1 Si cette odieuse variation d'opinions et Je principes ne produit aucun effet sur vos Français, ce sont donc de purs automates que des fripons font mouvoir, agir et penser, comme ils veulent. (.\o/c tir II.)
' l,es baladins, les histrions, les huissiers, les racoleurs ont principalement joue un rôle brillant dans cette révolution. (A. tir II.)
MÉMOIRES DE IMJZOT.
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tiver suns trouble et sans alarmes lu terre de ses pères, jouir des douceurs attachées à lu vie champêtre, élever su famille dans l’amour de lu justice et du travail , et se faire un bonheur tranquille près de sa femme chérie et de ses enfants dociles', en adorant ensemble, en paix avec soi et les autres, le dieu de ses ancêtres. Plus d’une fois, le souvenir de notre députation à l’Assemblée constituante a effacé les préventions que la qualité de députés à la Convention avait fuit naître contre nous.
Dans les villes, où la peur a flétri toutes les âmes, où le commerce et l'industrie sont il jamais anéantis, où c’est un crime de vivre avec quelque aisance et de mettre une sorte de décence dans ses manières et dans ses goûts, où la confiance, l’amitié, la douce guieté, les sentiments les plus chers, les plus respectables du cœur humain sont étouffés ou n’osent se montrer, j’ai appris que les députés restés maîtres dans la Convention nationale sont partout l'objet du mépris et de lu haine de tous les hommes qui ont dans la tête quelque idée et dans le cœur quelque sentiment honnête; j’ai appris que chaque citoyen , pris individuellement dans toutes les classes, si l’on excepte celle des fainéants et des gens
1 1/ histoire «le la religion révolutionnaire de France est une époque fort remarquable des extravagance* humain***. Depuis la tarée jouée à la barre de l’assemblée qui se dit nationale, je ne sais quel jour où des pétitionnaires chamarrés «le différentes couleur*, sous «les chapes, «les chasuble*, «les étoles, ch** surplis «le toutes formes et de tous saints, se mirent à chanter: Oh! le bel oiseau , maman , en dansant, cabriolant, et faisant force folies au milieu de l’aiqjuste sénat de France, jusqu'à cette autre où Robespierre déclare à Funivêr* «pie le peuple fiançai* reconnaît Y Eternel et la Nature et l'immortalité de l'àine, et «pi<» le peuple de Paris va faire incessamment des fêtes en l'honneur de l’amour pudupie, a l’amour conjugal, à la pudeur, au courage, quelle horrible profanation des sentiments les plus sacrés, les plus consolants et les plus cher* au cœur humain î (Mute Je II.)
habitués au crime, regrettait amèrement le passe, mécontent du présent et plus effrayé encore de l’avenir; nue chacun individuellement désirait avec une impatiente ardeur, et pour sa tranquillité personnelle et pour le repos de la France, l’arrivée prochaine de quelque accident , tel qu’il soit, qui précipitât le changement ou la chute de ses odieux tyrans; j’ai appris que l’Assemhlée constituante avait acquis et mérité l’admiration et l’amour des vrais Français, et que la mémoire des députés qui s’y étaient distingués vivrait à jamais dans leurs cœurs, ainsi que le désir et la volonté de rétablir en France les lois que cette assemblée avait faites et combinées pour son plus grand bonheur, à quelques défauts près, faciles à corriger; enfin j’ai vu partout que la France, opprimée par un gouvernement atroce, ne respirant que sang et pillage, avait perdu pour de longs siècles ses înrenrs, son génie, ses ressources et sa gloire; j’ai vu que la partie du peuple avec laquelle ses tyrans gouvernaient arbitrairement la majorité épouvantée par la violence et la terreur des supplices, se livrait impudemment à des excès qui font frémir la nature, et que dans cet ahime de maux où ce superbe empire est précipité par la licence et la misère, on est presque réduit .à désirer le retour de l’ancien despotisme, incertain même si les Français pourraient encore supporter le régime modéré de la constitution de 1 71) I .
Et qu’on ne s’imagine pas qu’en me disculpant du reproche qu’on m’a fait d’avoir tenté le rétablissement de cette constitution sur les ruines de la république, j’aie la lâcheté de vouloir m’en défendre comme d’une imputation criminelle. Non : je me ferai toujours un devoir de dire la vérité, même à mon désavantage; mais peut-être, en cette circonstance, si j’avais conçu le