‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 32 sur 61 · IÎ · texte numérisé non relu

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sortirent avec leurs gardes et vinrent me voir. On devait, de jour en jour, faire le rapport de notre affaire, et on annonçait hautement que nous serions rappelés à nos fonctions. Je ne doute même pas que ce ne fût l’intention des meneurs, s’ils eussent vu la chance tourner absolument contre eux.

Nous discutâmes le point de savoir si nous reconnaîtrions ce decret et si nous reprendrions nos places. L’avis dominant fut de ne pas se contenter d’une semblable absolution, de demander la convocation des assemblées primaires, à l'effet, par le peuple, de décider d’abord s’il entendait continuer ses pouvoirs et sa confiance h • ses représentants actuels, ou si sa volonté était d'en choisir d’autres, à l’effet aussi de nommer un jury national, à l’effet d’examiner 1a conduite non-seulement des députés proscrits, mais de leurs persécuteurs.

Malgré les délais scandaleux et affectés que les meneurs de la faction montagnarde apportaient à faire prononcer sur la détention de leurs collègues, je me confirmais de plus en plus dans leur intention de me garder en prison.

Un événement imprévu me fit changer «le résolution.

Brissot avait été arrêté il Moulins et conduit à Paris ‘.

Le lendemain de son arrivée, le boucher Legendre annonce avec une joie féroce la prise de cette victime, demande le décret d’accusation contre Brissot, demande en mcine temps que nos gardes soient doublés, qu’on nous refuse toute communication , même avec nos femmes, qu’on nous refuse plume, papier et encre.

1 II avait «Me arrête le 10 juin. Il arriva à Paris le 23 juin. Voir, plus loin, la Vie île Ifrissot racontée par Pétion, et le procèsverbal de P arrestation de Brissot à Moulins.

MÉMOIRES HE PETIO.N.

lîfi

Il no manquait que (le nous jeter dans le fond des cachots.

Il n’y avait pas soixante membres à l'Assemblée. Brissot est diicrété, sans rapport, sans avoir été en tendu, sans appel nominal, contre toutes les règles, contre toutes les formes , au mépris de tout ce qui avait été observé jusqu’il ce jour, même par Marat, l/es fiers des détenus sont également resserré*» sans motifs, sans prétexte, uniquement par le caprice des tyrans.

Mes amis viennent sur-le-champ me prévenir de ce décret et me conjurent de sortir à l’instant de chez moi.

« Il n’y a [dus, me disent-ils, à balancer; il est évident que les scélérats veulent vous assassiner. Il faut échapper aux poignards. Soyez bien convaincu que votre mort ne sauvera pas notre pays. Tous vos collègues proscrits vont en faire autant : l.anjuinais est parti, Guadet est parti, Gensonné et Vergniaud vont partir. Dépêchezvous, ne perdez pas un instant. »

Je leur répondis : « Eh bien, je vais voir a prendre mes arrangements. Laissez-raoi un instant seul. * Une fois seul avec ma femme, j'examine quels sont mes moyens de fuite. Il tue parut d’abord impossible de sortir de chez moi en plein jour; il 11e me parut pas moins difficile de m’v cacher.

En cherchant avec attention tous les lieux de retraite, je n’en trouvai qu'un assez sur, le grenier. On monte dans cet endroit en soulevant une trappe. Une fois entré. In trappe se baisse, elle peut s’assujettir ensuite de manière qu’il soit impossible de l’ouvrir, si ce n’est en enfonçant tout et en brisant le plancher. Je m’introduis par cette trappe , j’examine bien la manière de me tenir en place, j’y porte quelques bouteilles de vin, du pain. .1 y porte aussi une espingole, deux pistolets, un sabre.

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afin de nie défendre en cas d'attaque. J 'ajuste ensuite des morceaux de bois au plancher, posant à une des extrémités sur la trappe et à l'autre extrémité aux |iaunes du comble. Je vois que ce petit fort est tenable. L'attitude que je devais avoir était un peu pénalité, attendu que je ne pouvais pas tenir debout ni même assis sans me courber.

Un autre avantage de ce local , c’est qu’une lucarne du grenier donnait sur une gouttière, que celte gouttière aboutissait à la chambre de lu domestique du voisin, et que je |M>uvais par celte issue descendre dans sa maison.

Je prévins cette domestique , qui eut l'attention de tenir sa fenêtre ouverte. J’espérais il la faveur de la nuit passer ainsi dans lu maison occupée par M. Itainioud , du jardin de cette maison me rendre dans le jardin des Tuileries en franchissant une palissade, sauter ensuite pardessus le mur de lu terrasse qui borde la rivière , et gagner la clef des champs.

J'avais ainsi ordonné le plan de mon départ, et mon esprit était tranquille. En y réfléchissant davantage, des obstacles se présentèrent en foule. Le moyen de penser •pie de toute la journée ma retraite serait inconnue ! De plus, ma maison et celle du voisin étaient si faciles a cerner, qu’il m'était impossible d'échapper aux regards des sentinelles. En me supposant même dans le jardin des Tuileries, d'antres Argus observaient nies pas.

» Allons, me dis-je, il faut renoncer à cette idée et sortir de nia maison, ou dans une heure je serai infailliblement bloque. » Ma femme, pendant ce temps, était dans des frayeurs mortelles; c’est même la seule lois ou je I aie vue ne pus conserver la tête.

Ma voisine, une excellente femme, une femme d’une

âme extrêmement sensible, bonne amie, une femme il qui j’ai tant d’obligations, était présente ; elle approuva que je sortisse sans perdre une minute; à l’avance, elle m’avait uclieté une redingote de garde national , des bottes, une perruque jaeobite , afin de me déguiser lorsque la circonstance deviendrait favorable et l'exigerait.

Elle me donna l’adresse de”*, qui travaillait chez une lingère rue Croix des Petits -Champs. Mais je ne pouvais me rendre dans cet asile que de nuit; il fallait pourvoir sans délai au moment actuel et rester dans une autre maison que la mienne pendant le jour.

Je résolus de me rendre sur-le-champ chez Mazuyer ', un de nos collègues, demeurant rue Saint-Honoré. Mon garde était un Prussien, bon homme, mais très-strict dans son service. Nulle personne n’entrait et ne sortait qu'il lie se présentât pour voir qui elle était. La porte était un poste qu’il ne quittait pas, et il fallait cependant (îuc je passasse par cette porte.

Heureusement mon Prussien avait vu de mes collègues venir chez moi avec leur garde. Guadet y avait même dîné. Je lui dis que j'allais également diner chez un de nos collègues, et que je le priais de m’accompagner. Je ne lui laissai pas le temps de la réflexion ; mon domestique fut chercher un fiacre , le Prussien prit son chapeau, son sabre, mit ses sotdiers, et nous montâmes en voiture. Cent personnes pouvaient me voir , cent personnes pouvaient me reconnaître dans le trajet , attendu que les glaces étaient baissées. J'appuyais bien

1 Mazuyer était député d'Eure-et-Loir à la Convention. l.'Almnnach nritioital île 1793 le fait habiter, à la fin «le 1792, quai «le l’École, 15. Il fui décrété «l'accusation le 3 octobre 1793, condamné à 'mort par le tribunal révolutionnaire, et exécuté le 29 rentAac au II.

ina tète clans le fond de la voiture , je fermais de temps en temps les yeux, comme un homme qui dort, et j’arrivai à la maison de Mazuyer sans aucune malencontre.

C.e commencement était d’un assez bon augure, mais je ne connaissais nullement l’appartement de Mazuyer. J’ignorais s’il était commode pour échapper à la surveillance de mon garde. Je fais demander si Mazuyer est chez lui , la portière répond que non. Je reprends vivement : « C’est égal , il viendra sans doute dîner », — et sans attendre la réponse, je monte. Mon garde me suit; nous sommes à la porte de la chambre, qui était au troisième. Personne ne répond. Ne voulant pas redescendre, je monte à l’étage plus haut, je sonne, une domestique m’ouvre. Je demande si Monsieur ou Madame y est, car je 11e savais pas leur nom ; on m’introduit , je salue une dame que je reconnais de figure, qui me reconnaît de même; je lui demande si Mazuyer reviendra. Elle me dit que oui ; je lui demande ensuite la permission de l'attendre chez elle. Elle me répond : « Avec grand plaisir. » Je fais asseoir mon garde dans l’antichambre, je lui dis (ju’il dînera ici. II ne paraissait pas s'en soucier beaucoup ; il n’osa pas cepender t me répondre non. Je reviens à la dame, qui me dit très-obligeamment : « Mazuyer dînera avec nous , vous y dînerez. — Madame , lui dis-jfe , je vous l’aurais demandé. Je ne vous dissimulerai pas ce qui m’amène. » Je lui fis part de mon dessein. Il est impossible de s’y prendre de meilleure grâce qu'elle ne le fit, et de me témoigner un intérêt plus vrai. Son mari arrive ; je lui rapporte comme quoi j’étais sorti avec mon garde, et je lui exprime combien je désire échapper à sa surveillance. Il me fait mille amitiés, me fait sentir qu'il attache le plus grand prix à m’obli-

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ger. Mazuyer arrive, deux autres personnes viennent, tous gens fidèles à la bonne cause, ennemis des persécutions et des persécuteurs. Sous dînons ; on donne ordre de bien faire diner le garde, et surtout de ne pas lui épargner le vin.

On uurait dit que la cuisinière était dans la confidence, tant elle avait soin du garde , tant elle lui versa à boire, et tant elle lui fit des contes pour filer le temps. Parfois, ce bon Prussien témoignait de l’impatience, demandait si j’allais bientôt venir. La réponse était do verser à boire et de parler d’autre chose.

Je crois que le Prussien conçut des inquiétudes quand il vit sept, huit heures du soir arriver.

J’avais certainement plus d’impatience que lui, mais c’était de voir la nuit arriver. Enfin neuf heures sonnèrent. On m’avait apporté les bottes , l'habit, la perruque dont j'ai parlé , je les mis et me disposai à sortir. Il vint au moins vingt de mes collègues chez Mazuver, ou ils s’étaient donné rendez-vous . non pas relativement il moi, et ils me virent dans ce travestissement. Je pris congé d’eux, je les embrassai, et je descendis l’escalier avec Mazuyer , sans être aperçu de mon garde.

Nous nous rendîmes à pie.i .-liez les marchandes lingères. Je me rappelle que dans la rue Sainte-Anne, ***, excellent patriote qui venait me voir très-souvent, qui le mutin même me pressait de m on aller, nous uhArdu , tira Mazuyer pur le bras et lui «lit : « Eh bien , où est Pétion ? Est- il en sûreté? » Pendant ce temps je tirais Mazuyer par le bras pour hâter sa marche, et **’ ne me reconnut pas. Je passai il travers des groupes qui ne me reconnurent pas davantage. Il était tard à la vérité, mais il faisait un très-beau clair de lune.

Nous arrivâmes à ln porte de l’allée de madame

lingère. Nous montons l'escalier sans ri on dire. Ln sewir «Je madame Goussard 1 se trouva sur nos pas et nous conduisit dans sa chambre. J 'embrasse Maznvor, je lui recommande de ne dire à personne le lieu de ma retraite, et j’apjirends Je lendemain, par des cris, qn’on a en l'indignité de mettre Maznver on état d’arrestation pour avoir rendu un service qu’on ne refuserait pas il un «riininel , et lorsque meme des bandits qui prononçaient cette condamnation n’avai(*it et ne pouvaient avoir aucune connaissance de -ce que Maæuyer avait lait pour moi. Tout ce qu’ils savaient, c’est que j'avais été dtner chez lui, et rien ne lui faisait la loi de me refuser ce dîner. Mais ensuite Maznyer notait pas charge de mu garde, et je n’avais pas à lui l'ondée otunpte , ni lui à rendre comptcde ma conduite. Heureusement, il échappa à leurs griffes, et je n’eus pas la douleur de voir ce digne collègue victime du aéle qu’il m’nrvait témoigné*.

Une autre demoiselle habitait cette chambre. Il v avait deux lits sans rideaux, doux petits cabinets trés-n liseurs servant de garde-robe, une croisée dormant sur la rue, une petite cheminée et deux ou trois chaises.

A-iasi me voilà seul dans nue chambre avec deux jeunes personnes d’une physionomie intéressante, m’habillant, ine couchant devant elles; elles, .s’habillant, se couchant devant moi.

J 'éprouvai , je l’avoue, nés embarras de décence, que sans doute elles éprouvèrent encore plus que moi. Mais il était facile de voir combien l’action généreuse qu’elles iiii-

1 Madame Gonssard était la felinne du directeur de la Comptaliilité commerciale, l'ami de madame PéHon, de madame Louvet, de madame Roland, qui en parle à plusieurs reprises dans ses Mémoires et dans ses lettres à Biuot «pie nous avons publiées. {Etude sur Madame Iloland.)

* Voir In note page 128.

saicnt éloignait de leurs âmes ces idées qui auraient pu les troubler. Elles ne firent même aucune de ces réflexions qui font remarquer la délicatesse de la circonstance. Je n’ai pas besoin de dire que je ne me permis aucun de ces propos, aucune de ces plaisanteries qui pussent effaroucher la pudeur la plus sévère. J'avoue même que je n’éprouvai aucune de ces sensations, aucun de ces désirs si naturels qu'ils sont involontaires dans l'homme que la nature a fait véritablement homme. Je me fusse fait honte à moi-même si j’eusse été tenté d'abuser de cette touchante hospitalité. J’étais un frère avec des sœurs

On ne sait pas jusqu’à quel point la délicatesse est ingénieuse, quelles recherches elle met dans les plus petits détails, pour faire disparaître tout ce qui peut blesser.

J’ai passé trois nuits dans cette chambre, sans que, j’en suis sûr, ces demoiselles se soient aperçues du moment où je me levais et je m’habilluis, et sans que je me sois aperçu de même de cet instant que les femmes décentes mettent tant de soin à cacher.

Ces demoiselles me montaient à boire et à manger, et venaient dans le cours de la journée passer quelques minutes avec moi. Elles ne pouvaient pas me sacrifier des heures, parce qu’il ne fallait pas que leur absence de la boutique éveillât des soupçons.

Je passai presque tout mon temps sur mon lit ou à lire. Je marchais quelquefois pour prendre de l’exercice; mais alors j’étendais ma couverture sur le plancher, et je marchais nu-pieds, appuyant le plus légèrement possible, afin de ne pas faire de bruit.

1 Pour connaître toute la susceptibilité de la pudeur de Pêtion , il faut lire encore le récit de «on voyage à Yarenncs, dont la minute existe aux archives de l'Empire. Nous l'avons reproduit dans la note C.

Plusieurs fois on vint frapper à la porte; mais ces demoiselles m’enfermaient , prenaient la clef ; je ne répondais pas, et les personnes descendaient.

Il y avait une porte au quatrième qui m’a bien souvent occasionné des soubresauts; elle frappait avec violence, et je croyais toujours qu’on montait à la chambre. Il y avait aussi nn petit chien dont les aboiements continuels m'impatientaient beaucoup.

J’ai cm plus d’une fois que je serais surpris dans ma retraite. Alors les pensées les plus sombres s’emparaient de moi. Je me familiarisais avec l’idée de me brûler la cervelle. J’ai placé cent fois mes deux pistolets l'un à nia tempe, l’autre dans ma bouche, afin de m’assurer que je ne me manquerais pas.

Ma résolution avait néanmoins des incertitudes. S’il était des moments où je me sentais capable d’abandonner la vie sans balancer, il en était d’autres où je me sentais moins de courage; mais je ne pouvais pas supporter l’idée de tomber vivant entre les mains des scélérats qui me persécutaient. Cette idée est celle qui ni’a fait le plus souffrir. Je ne craignais rien tant que d’étre saisi à l’improviste sans pouvoir faire usage de mes bras. Ce supplice de l'imagination m’a cruellement tourmenté.

Pendant que j’étais ainsi en captivité, madame Goussard se donnait tous les soins imaginables pour me faire sortir de Paris. Ma femme ne pouvait faire aucune démarche, elle était elle-même renfermée chez une amie.

Les membres de la compagnie

étaient ceux qui s’employaient avec le zèle le plus généreux ii favoriser ma fuite. Madame Goussard avait eu

m MEMOIRES DE PÉTION.

plusieurs entrevues avec L’un d’eux qui avait promis île me rendre à liant. U y avait déjà conduit ***, L’u« de mes collègues.

Le jour était pris. Je devais sortir a neuf heures du soir de nia chambre et me rendre et» voiture à lu Chaussée-d’Antin, où demeurait ’**. Je m’hubillaisctj'atteudais avec grande impatience madame Goussurd. Neuf heures et demie, dix heures arrivèceut; elle ne vint point. Jamais moments ne m'ont para plus lottes. Je ne tenais pas eu place, et mon suug bouillonnait; en tin on ouvre ma porte et je me crois libre. «Je n ui point de voiture, me dit madame Goussard, et vous ne pouvez pas |>arlir.

m'a observé cpi’il serait très- imprudent qu’il vous conduisit aujourd’hui à Saint-Cloud, maison de son associé, et le premier endroit où il doit vous déposer, atluudu que des Montagnards, que Drouet entre autres y avait passé la journée et devait y coucher. ■

Ce coup fut pour moi celui de lu foudre ! Rester vingt— quatre heures de plus dans des alarmes continuelles! Ces vingt-quatre heures furent un siècle. Je restai le plus longtemps au lit que je pus pour ne pas voir le jour, et quand je vis baisser ce jour qui me semblait si long a s'écouler, je ne puis dire le calme qui entra dans 'mon unie. Je ne suis pas découvert, me disais-je, je vais bientôt partir. Madame Goussard entra. Un fiacre était à lu porte qui m’attendait. Nous descendîmes l'escalier. L’allée , contre l’ordinaire , se trouvait obstruée , je ne sais par quel hasard, de cinq à dix personnes. Je passai dans ce groupe, fis quelques pas dans la rue et montai en voiture avec madame Goussurd.

Nous fûmes rue de Mirabeau, Chaussée- d’Antin. "’ m'attendait; il préparait ses pistolets. Il fit approcher la voiture et nous partîmes pour Saint-Cloud. Madame

MÉMOIRES DE l’ÉTION. 135

Goussard nous quitta au détour du boulevard do la rue Saint-Honoré.

Je craignais beaucoup do rencontrer des patrouilles ou d’étre arrêté, en sortant, à quelque corps île garde. J’avais un passe-port peu en règle, et je me rappelai dans la voiture qu’il n’était pas daté du jour de la délivrance.

Nous sortîmes, sans que qui que ce soit nous dit un mot. Cependant il était dix heures sonnées, et nous étions instruits qu’à cette heure on arrêtait les voitures et qu'on demandait l’exhibition des cartes civiques.

Quelle joie j’éprouvai quand j’eus franchi la barrière de la Conférence ! Me voilà sauvé! me disais-je en moimême, et je crovais avoir fait le plus difficile de tout le voyage .

*** avait une sécurité propre à soutenir la mienne. Le passage de Saint-Cloud n’était pas cependant le moins périlleux, et j’étais pour Saint-Cloud sans aucun passeport, attendu que celui que j’avais était de cet endroit sous le nom du citoven Ilodille... de la compagnie des Invalides résidant à Saint-Cloud, et que je ne pouvais pas montrer ce passe-port là où Hodille était si parfaitement connu.

A une certaine distance du pont, nous fîmes arrêter la voiture; nous mimes pied à terre et nous dîmes au cocher de ne venir que longtemps après nous. Nous traversâmes lejmnt nous tenant par le liras, chantonnant, allant doucement, comme des hululants de l’endroit qui rentrent chez eux.

A l’extrémité du pont qui touche au bourg, une sentinelle nous cria : Qui vive! Nous répondîmes : Citoyens! La sentinelle nous laissa passer sans venir à notre rencontre. Encore un danger d’évité!

MEMOIRES 1> E l’ETION.

Nous arrivâmes donc chez M. associé de J’v étais attendu, et on ine fit bon accueil. Nous convînmes,

*" et moi, de partir le lendemain sur les cinq heures du matin. Je chargeai le domestique de me réveiller.

qui avait une affaire d’intérêt de la plus grande importance à terminer, qui devait de jour en jour toucher des fonds considérables, se rendit à Paris pendant la nuit. Le lendemain, cinq, six, sept heures frappent ;

n’arrivant point, je commence à avoir de l'impatience.

M. me prépare des dépêches pour me servir de * nouveaux titres de créance sur la route. M. étant de Saint-Cloud, avait un passe-port de Saint-Cloud sous le nom du citoyen X..., il me le donna. De sorte que j’avais une multitude de pièces qui favorisaient mon passage. Il fallait absolument me connaître de figure pour songer à m’arrêter. Il est vrai que c’était le signalement qui m’embarrassait le plus, parce que j’étais extrêmement connu. Un grand nombre de personnes m'avaient vu , lorsque j’étais maire, et mon portrait se trouvait partout, même sur les tabatières.

On me force de déjeuner; j’avais peu d’appétit; j’étais entièrement absorbé par l’idée de mon départ. Dix heures sonnent, et je n’étais pas encore parti! Je «lis à M. : — J’aime mieux m’en aller seul et à pied que de rester plus longtemps. ne reviendra pas. Il me dit qu’il allait faire mettre un cheval à son cabriolet, et qu’un de ses-gens m’accompagnerait. Cet homme était un Alsacien appelé X... paraissant très-dévoué à m’obliger; mais je vis qu'il avait peur de se compromettre. Il proposa quatre à cinq défaites dont je ne fus pas dupe, et je le priai moi-même de ne pas venir.

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