‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 35 sur 61 · DE LA RÉPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE · texte numérisé non relu

DE LA RÉPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE

Les citoyens enrôlés pour combattre l'anarchie et maintenir la république une et indivisible, ont défilé eu armes dans l’Assemblée, et ont demandé de partir à l'instant pour se rendre à Évrctix.

L'Assemblée, cédant au vœu de la députation, leur a répondu, par l’orgauc de son président, qu’elle leur confiait la bauuièrc du

» NOTES. 505

département, et qu’elle allait le* accompagner jusqu'aux barrières de la cité.

Le citoyen Legrand , président de la société des Car a bots , désigné pour porter la bannière, a prêté le serment de ne t abandonner qu'à la mort , et delà rapporter entière ou teinte -de son sang.

L’Assemblée, accompagnée d’un détachement, s’est rendue sur la place de la Liberté ; l’avant-garde y était rangée en bataille, ayant à sa tête deux pièces de canon , les caissons contenant les munition* de guerre et outils, et «les chariots chargés de vivres. A l’arrivée «le la bannière, les differents corps se sont mis en marche et ont traversé la ville, précétlés des tambours et «le la musique. Arrivés à la hauteur de l'esplanade de Sainte-Paix , les membres «les autorités constituées ont embrassé leurs frères , et leur ont promis «le les rejointlrc au premier signal.

Du 23. — Le corps «le cavalerie «pii doit se rendre à Evreux s’est mis eu marche ce matin et a été suivi d'un second détachement d'infanterie.

Au commencement «h* la séance, un courrier extraordinaire a remis au général Wimpfen une dépêche du ministre «le la guerre; elle contenait une invitation au général «le se rendre à Paris pour conférer avec le pouvoir exécutif. Le brave M'iiupfen a répondu qu’il ne s’y rendrait «pi’à la tête «le soixante mille Normands.

On a donné lecture d’une lettre écrite par la municipalité «le Paris aux administrateurs du «listrict «le Caen , dans hupiellc le maire Pache leur reprochait d’avoir arrêté les subsistances «pii se rendent à Paris, et leur «lisait «pic la conduite du Calvados semblait annoncer une scission ; il les invitait à rétablir la circulation des subsistances.

L’assemblée a répondu qu’elle ne voulait «pie la républiipic muet indivisible, et qu’elle ne transigerait jamais avec «les factieux.

Des députés du département «le la Mayenne ont fait part à l’Assemblée dés dispositions de leur département, «pii demande à fournir sou contingent pour combattre les dominateurs de Paris, et «pii a envoyé des députés au comité centra] «les départements, séant provisoirement à Rennes, et «pii doit être transféré à Caen.

Il a été arrêté «pie les citoyens Caille , procureur syndic du district de Caen, Chaix, Puisaye, Mariette et Hélie, s<? rendront auprès «les autorités constituées du «lépartcinent «le la Manche, pour se concerter sur les mesures de salut publii*.

Il sera établi «les postes entre Evreux et Caen pour la sûreté de la correspondance.

MEMOIIIBS DE VKTION.

Xottvrlfrs tirs drf> tirlrmcn ts .

Bulletin de Pari*. — Trente-quatre sections se sont reunies. Elles ont présente une pétition pour le rapport du décret qui ordonnait la formation d'une armée révolutionnaire a Paris. Elles paraissent déterminées à ne pins souffrir l'anarchie. Cette réunion donne l'espérance de voir bientôt les quatorze autres sections adopter les mêmes principes.

Soixante-neuf départements se prononcent comme celui du Calvados. Les ministres de E intérieur et de la (pierre ont annoncé au comité de salut public qu'ils ne recevaient de correspondance que de dix-huit a dix-neuf départements.

Si le département de Seine-intérieure n’a pas déployé la uiéukc énergie que les autres départements de la ci-devaut .Normandie, ou ne peut l'attribuer qu'aux moyens de corruption employés par les dominateurs de Paris. Le club de Boucn avait arrêté de rompre toute correspondance avec les jacobins ; aussitôt un million a été distribué dans la ville, ce qui n'a pas peu contiihué à faire tomber l’esprit public.

L’on parie de la de>tiUition du général VVimpfeii, mais c'est avec une sorte de modération. Dans un autre temps sa tête eût été mise a prix : la lâcheté, qui n’ose pas proscrire, peut foire assassiner, et ce général doit se tenir sur ses gardes.

Il paraît que 1a terreur s'empare toujours de plus* en plus de l ame des montagnards. Ils mit fait venir Custine pour lui proposer de foire rendre à Paris une partie de sou armée ; Custine a répondu qu'il donnerait plutôt sa démission que de consentir à livrer aux ennemis les places frontières.

Kvreux, du 23 juin. — I.a commune d’Kvreux présente, depuis plusieurs jours, un spectacle bien touchant : les citoyens se sont réunis eu assemblées légales ; ils ont pris des arrêtés vigoureux et ont juré dp défendre l'administration du département ; hier surtout cette cité a déployé une nouvelle énergie. Sur la nouvelle qu’il venait d'être signifié un ordre au commandant des dragons de la Marche de se porter à Versailles, les sections se sont réunies, et il a etc arrêté, à l'unanimité, que l’exécutiou de cet ordre sciait suspendue, et qu'au uoui du peuple d’Evreux , reprenant! 'exercice de ses droit s , il serait foit défenses à la force année de sortir de cette ville. Le procureur de la commune, qui présidait rassemblée, a déclaré qu’il ne signerait pas cet arrêté ; il a été sur-le-chaïup destitué. Le citoyen Gardcmhas a été proclamé pour le remplacer, et la proposition relative au départ de la troupe de ligne , de nouveau mise aux voix, a été de nouveau adoptée avec enthousiasme. Les

NOTES

commandante de la garde nationale ont été appelé* ; on leur a donné l'ordre de faire battre la générale à <] autre heure* du matin et de rassembler toute la garde nationale pour .s’opposer au départ de* troupe* de ligue. Le* commandant* ayant refusé* il* ont été cassé* siir-lc-diainp * et il a été nommé un commandant provisoire, qui a accepté. Ce matin la générale a été battue. Toute la garde nationale s’est présentée en armes, a sorti de la ville avec deux pièce* de canon chargées à mitraille, a occupé la route de Vernou, et lorsque' les troupes de ligne se sont présentées pour sortir, il leur a été enjoint de rentrer dans leur* ca*crnes , ce qu elles ont fait avec plaisir.

Lyon, il juin. Dubois-Ç rance, Gauthier et Nioclie, député* de la Convention, revenaient de l’année des Alpes; il* se rendaient à Paris. Etant arrivés a Lyon, il* sout descendu* a l’hôte] de Provence, et par ordre du comité central des section*, il* ont été arrêtés, conduit* a la maison commune, et de la a la prison de Roanne. Un courrier a été expédié à Paris, pour annoncer qu'un pouvoir révolutionnaire a arrêté eos représentants du peuple, pour servir d'otage* aux député* mis eu arrestation a Paris.

Marseille*, 13 juin. ( Extrait dune lettre.) — Les sections ont parlé, et aussitôt le tribunal populaire a repris ses fonction*. Hier soir, la destitution de la municipalité a été arrêtée : ses successeur* ont été nommé* sur-le-champ. Les nouveaux représentants de la commune ont été installé* avec une garde formidable. Le discours de* commissaires de* sériions a été laconique : « Citoyens, vous avez perdu la confiance du peuple , retirez-vous. El ils se sont retirés.

La procédure contre les tueurs va toujours son train. Il «but intervenir cette semaine plusieurs jugements contre les plus fameux scélérat*. La force armée est organisée ; elle pari pour Paris, forte de plusieurs bataillou*.

Avallou, 10 juiu. — Les corps administratifs et judiciaires et Je* sections ont lait des adresses, et pris les mesures les plus vigoureuse*. Voici un passage de leur adresse aux députés séant a Paris.

• Ou<‘l crime reproche-t-ou aux députés que vous tenez en chartre privée? Ont-ils obscurci la gloire et souillé la beauté de la Révolution par les journées de septembre ? Eu ont-ils ordonné et présidé les massacres exécrables ? Ont-ils été dans les départements les missionnaires de la discorde et de l’aiiarrhie ? Leur imputait-on d’avoir dilapidé lès deniers de la nation, et demandé un dictateur? Ont-ils provoqué la loi agraire et soutenu la ridicule faction d’Orléans ?

» On u’ose leur imputer ccs crimes, on leur en imagine. Le

MK MOI HE S DE PÉTIOX.

Français liait le* roi*, et dans le projet résolu «le perdre ses dépu* tés, on dit qu’ils aiment la royauté. Pétion , Yergniaud, Guailet, Ru/.ot, Gensouné, etc*., etc., vous tous leurs digues collègues, vous «pii avez voté pour le décret d'accusation contre la Favcttc , vous tous «pii avez fait la révolution «lu 10 août, vous aimez la royauté! et toi sans doute aussi, Hrissot, toi «pii, tandis que les fier* jacobins n’osaient, en 1791, proférer le nom «le république «lans le sein «le leur société, dénonçais avec énergie à tout l’univers et les rois et la rovauté !... «

Xîmes, 12 juin. — Les sections réunies, dans un arrête solennel, déclarent à t unanimité qu'elles abjurent tous les sentiments / de fraternité «pii les lient aux habitants de Paris , jusqu'à ce «pi'ils aient réparé l’outrage fait à la souveraineté «lu peuple ; déclarent qu'elles regardent le conseil général de la commune de Paris comme en révolte ouverte contre la nation , et qu'elles appellent sur lui la vengeance (Sublicpie ; dé«*larent «pie tous les citoyens «pii composent les sections «le Xîuics sont debout et prêts à se réunir à tous ceux qui s’armeront pour la même cause, etc.

Manosque. — Les sections «le cette ville ont imité l’exemple de celles de Marseille et d'Aix, en étouffant l'anarchie dans leur sein.

Rien n'est plus énergique que l’adresse dans la«pielle elles exposent leurs principes et leurs résolutions. Rien n’est plus happant et plus vrai que le tableau «pi’elles tracent de la conduite «les proconsuls Fréron et Rarras, «pii se sont montrés, comme tous les autres, les apôtres du carnage ci «le l'incendie.

Les membres du comité «le rédaction,

Siijné : Ciiatry, Mai c.es, Duhamel.

Du 20. — Les députés des differents cantons «lu département «lu Calvados, nommés dans les assemblées primaires «pii ont eu lieu les 23 et 24 de ce mois , se présentent à l'assemblée comj>oséc «le toutes les autorités constituées, et prêtent le serment de maintenir «le tout leur pouvoir la liberté, l'égalité, «le soutenir l’unité et l'indivisibilité «le la république, «le foire la guerre aux tyrans et aux anarchistes, de ne mettre bas les armes «pielorstpie la Convention nationale sera libre et la France vengée «les attentats commis «•outre la souveraineté du peuple.

Ils adhèrent également aux mesures déjà prises par rassemblée pour le maintien de la liberté.

Le citoyen Corsas, député par le département de S«Miie-et-Oise a la Convention nationale et l’un «les proscrits, donne le«*t ure a l'assemblée «l’un mémoire circonstancié sur les derniers événements «le Paris. Le citoyen Guadet, député de la Gironde, récemment

échappé au glaive «les dictateur* , ajoute des développements au récit de GortM.

« J’apparti«*ii8, dit-il, à un département «pii, comme vous, aime la liberté; qui, comme vous, a fait «le grands sacrifices pour elle ; qui, connue vous, travaille en ce moment à maintenir l’unité et l'indivisibilité «le la république, à prévenir la (pierre civile et à anéantir la faction «pii déchire la patrie ; je vous jure ici , en son nom, amitié, fraternité et reconnaissance pour l'asile que vous m’accorde/.. Quant à moi, le département «le la Gironde et celui «lu Calva«los se confondront toujours «laus mon cœur, et si je tiens a l'un par ma naissance, je tiendrai à tous les deux par sentiment. »

Le citoyen Louvet, député du département du Loiret, s’exprime ainsi :

- Que pourrais-je ajouter au récit fidèle et détaillé que Guadet vient «le vous présenter? Je ne vous dois plus qu'une déclaration. Échappé au fer de mes bourreaux , qui sont aussi les bourreaux «le la patrie, j’arrive «lans cette ville «ju’on a si bien nommée la Marseille du Nord. J’arrive au milieu de vous, non pour sauver un individu . car qu'est-ce qu'un homme de plus ou de moins dans la balance politique, mais pour aider «le tous mes faibles moyens les «lignes représentants «lu peuple «pie vous ave/, recueillis , et les «ligues républicains «pii leur ont offert un asile honorable. Citoyens, ou je sauverai la républi<pic avec vous, ou je saurai mourir; j’en renouvelle le serment. *

Une lettre du conseil général du départ<‘incnt «l’Ille-et-Vilaine annonce que la force départementale de la ci-devant province «le Bretagne est en marche, «pie l’avant-garde arrivera à Caen mardi prochain et sera suivie du corps d’armée, «pii marche à peu de «listance ; qu’elle est composée d'hommes choisis, d'un patriotisme connu , «pii tous ont passé par un scrutin épuratoire , et «pii tous sont exercés au maniement «les armes.

Des députés du département «le Mayenne-ct-Loire justifient «le leurs pouvoirs ; ils donnent «les détails sur les progrès «le l'armée des rebelles, qu'ils attribuent aux trahisons «le la tr«»p fameuse Montagne. Ils annoncent «pie leur position ne leur permet pas «le fournir un contingent considérable ; mais «pi'une portion d’élite se réunira pourtant aux braves Normamls, aux Bretons et aux hommes du Midi , pour défendre la cause commune.

On annonce que les citoyens «pii doivent former le comité central «les cinq départements de la ci-devant Bretagne, arriveront «leinain à Caen, pour se réunir aux députés «les «lépartements delà ci-devant Normamlic, et concourir avec eux aux moyens de sauver la république une et indivisible... .

3iU MÉMO in ES DE PÉTION.

.... Marseille, 2 juin. — Celte ville républicaine a envoyé au.\ quatre-vingt-neuf départements une adresse énergique ; on lit ces mots : — « Français , les Marseillais et des pièces de siège sont en marche ; îles volontaires du département vont les suivre, pour attendre à Lyon que le vomi général prononce les mette à même de combiner avec vous leurs opérations et leurs mouvements. Hennissons-nous sous la même bannière ; {pavons -y ces mots : Unité de la république , respect des personnes et des propriétés. Que les anarchistes y lisent l'arrêt de leur destruction , et que J'Europc, désarmée par l'admiration , nous demande la paix. » Marseille a aussi publié sou manifeste. Elle v déclare qu elle est dans un état légal de résistance à l'oppression ; qu’elle ne peut reconnaître désoi^ mais tlans la Convention la véritable représentation nationale , puisque son intégrité est violée ; que l'emprisonnement d’un grand nombre de députés est un attentat produit par le délire du crime; que les gens de bien que Paris renferme encore dans son sein sont invités à seconder, autant qu’il sera en leur pouvoir, les efforts coalisés que Marseille va faire pour le salut commun ; que la faction dominatrice à Paris a réduit la république a |x>rter dans cette ville la force année , qui est la derniere raison du peuple souverain , en déclarant que la destination des forces confédérées est de faire une guerre à mort contre ceux qui voulaient la diriger contre notre sein ; que tout homme en état de porter les armes est sommé de renforcer la digue cpie Marseille va opposer au torrent dévastateur; enfin que Marseille appelle à Dieu et a ses armes des attentats commis les 31 mai et 2 juin.

Bordeaux, 18 juin. — La commission populaire de salut public du département de la Gironde continue ses travaux avec la plus grande activité , et reçoit les témoignages flatteurs de l'adhéiion des différentes communes. Chambon et Lidon, deux des pmserits, se sont présentés à cette commission, et v ont été fraternellement accueillis. On travaille à l’organisation d’une force départementale formidable ; l'avant-garde est partie. (Montpellier, Carcassonne, Béziers, Mîmes, Lyon, Saint- Yrieux , Lion-d’ Angers, Vanne», Quiuiper. Hernies, Lorient, finit les mêmes protestations et les même*» préparatifs. )

Séance du 27 juin. — Les commissaires Caille le jeune et le Normand , députés envoyés dans les départements du Finistère et de# Côtes-du-Nord, rendent compte de leur mission. Us annoncent que partout ils ont trouvé des hères qui, comme nous, sont debout et prêts à venger l’outrage fait à la représentation nationale, qu’ils organisent une force dépailementale , et que l'avant-garde est en marche.

NOTES

tll

Le comité militaire fait «on rapport sur l’organisation de la force armée qui doit se rendre à Evreux ; il est arrête que le département fournira, indépendamment de l'avant-garde, deux bataillons, dont l'un sera levé dans la ville de Caen , et l’autre dans les districts des autres villes, avec la compagnie de canonniers nécessaires, et que tout se tiendra prêt à marcher à la première réquisition.

On arrête ensuite que le bulletin sera inqirimé au nombre de quinze rents exemplaires, et envové aux districts, pour être transmis aux municipalités qui le feront lire au prône et le déposeront à leur greffe. I.es citoyens Koujoux et Daniel, du dépar tement du Finistère , Rupcrou et Gauttier, de celui des Côtes-du-Kord , membres du comité central des départements réunis , ont justifié de leurs pouvoir».

Séance du 38. — Cn courrier extraordinaire remet sur le bureau un paquet renfermant le décret d'accusation porté contre Félix Wiinpfcn, général des côtes de Cherbourg, et Barbaroux, représentant du peuple. Le maire, le chef de la légion et le commandant de la gendarmerie, qui avaient reçu les mêmes dépêches ,avec ordre du soi-disant ministre de les mettre à exécution, les dé|iosent sur le bureau. L'assemblée leur témoigne sa satisfaction de leur conduite, et déclare que Wimpfen et Barbaroux sont parmi des frères, et qu'on a pourvu à leur sûreté.

Du 38 au soir. — On procède à la nomination de deux membres pour entrer dans la composition du comité central des départements réunis : les citoyens Çhastry aîné et Caille, procureur-syndic du ilistrict de Caen , ayant réuni la majorité absolue des suffrage», sont proclames membres du comité central.

Pétion , représentant du peuple et l’un des proscrits, est introduit dans l’assemblée, et félicite les magistrats du peuple du grand caractère qu'ils ont développé dans les circonstances difficiles où la patrie se trouve. Il ajoute qu’il est une des victimes échappées au 1er des assassins , et qu’il vient chercher un asile sur cette terre libre et hospitalière. Il sollicite vivement le peuple de nommer un tribunal vraiment national , pour prononcer sur le sort des proscrits , mai» cn même tenqis sur celui des scélérats qui u 'ont cessé de conspirer avec audace contre lu libellé, de provoquer la dissolution de la Convention nationale, pour établir le despotisme sur ses ruines. Il a terminé par un tableau des dilapidations et de tous les excès rominis par ces hommes de boue et de sang , qui veulent asservir la république à leur insolente domination. Pétion est accueilli avec le respect qu’inspire le malheur et que commande la vertu.

Des députés de la commune de Falaise traduisent à la barre Jeannct „ neveu de Danton et lieutenant-colonel du iî* régiment

des chasseurs à cheval en garnison à Falaise. Il résulté des différentes pièces dont on donne lecture, tpic cet officier est eonvaincu d’avoir tenu des propos incendiaires et tendant a provoquer le meurtre ; qu'il a désobéi aux ordres du (généra! , en allant furtivement à Paris pour avoir un ordre du ministre de transférer ce régiment à Orléans, ou de le désorganiser s'il n'obéissait pas. 1. 'assemblée, après avoir entendu cette lecture et les réponses du prévenu, arrête que provisoirement il sera mis en arrestation au château de Caen, et qu'il sera informé sur son compte...

Séance du 30. — Les département* de l'Ardèche, de la Drôme , del’Avcvron, du Duubs, expriment leur adhésion d'une manière énergique.

On donne lecture d'une adresse des citovens de Vire, réunis en assemblée primaire , à la Convention nationale. Ils déclarent que la Convention a perdu la liberté nécessaire à scs délibérations ; que l’oppression de la représentation nationale met le peuple dans la nécessité de reprendre l’exercice de sa souveraineté, et qu’ils adhèrent à toutes les mesures prises par l’assemblée générale du Calvados.

Un membre du comité central des départements lit une lettre écrite à Pache par les députés de l’assemblée centrale des communes de plusieurs départements, séante à Rennes; en voici un extrait :

• Parisiens, puisque vous ne montre/, plus cette vertu qui tant de fois vous rendit précieux à la liberté, nous franchissons l’espace qui nous sépare de vous. Ne craigne/ pas que nous allions en farouches ennemis porter dans votre cité les horreurs de la guerre ; nous ne voulons que concourir à délivrer la Convention des maux qui l’assiègent ; nous ne voulons enfin que rendre la liberté à des représentants courageux que la violence a mis et retient dans les férs... Pache, toi qui d’un oeil sec et tranquille contemples leur sort, nous te le disons avec franchise , si le bras téméraire de quelque scélérat ose attenter à ce dépôt sacré cpie la France entière confie à la garde de Paris, ta tète en répondra.

Lanjuinais, représentant du peuple et l'un des proscrits par la faction dominatrice, qui est venu se jeter dans les bras de ses frères du Calvados, a été introduit dans l'assemblée au milieu des plus vifs applaudissements.

Arrête de f Assemblée centrale des departements réunis.

Les députés nommés par les roimnunrs et assemblées primaires des départements du Morbihan, du Finistère, des Côtes-du-Nord, de la Mayenne, d'Ille-et-Vilaine, de la Loire-Inférieure, du Calvados, réunis à Caen ; considérant que la gravité des cir constances

NOTES

ne leur permet pas d'attendre plus longtemps l'arrivée des député» des autres départements qui doivent se joindre à eux ; considérant que la formation de leui assemblée ne peut être différée sans compromettre la chose publique dont le succès dépend de l'ensemble et de l’unité «les mesures; vérification faite de leurs pouvoirs, jurent ^lierre éternelle aux tyrans, aux traîtres, aux anarchistes ; jurent de maintenir la liberté, l'égalité, la république une et indivisible, la sûreté des personnes et des propriétés ; jurent de n'employer les pouvoirs qui leur sont confiés que pour faire respecter la souveraineté du peuple ; et déclarent, au nom de leurs commettants, qu’ils se constituent en assemblée centrale de résistance à 1 oppression.

L’Assemblée arrête «pic le présent arrêté sera imprimé et affiché dans l’étendue «les «lépartements réunis, et envoyé aux autres départements de la R<:puh1i«pic.

Signé: Cafttikr , président;

Loris Caille , secrétaire.

Paris. — Le pillage est en permanence dans cette malheureuse vrille ; les autorités qui ont eu l’air «le vouloir l’empêcher n’y ont pas réussi, premièrement, parce qu'ils ont eux-mêmes paralysé l’action de la force publitpic; en second lieu, parce qu'on n’a pu croire qu’ils voulussent de bonne foi s’opposer à des hrigan«lag«'s qu’ils avaient jusque là provoqués et partagés. D’ailleurs, une preuve sans réplique que la commune ne déploie pour le maintien de l’ordre qu’un zèle apparent et hypocrite , c’est son opposition à la nomination du brave Raffet , et la protection ouverte «pt'elle accorde à son concurrent le septembriseur flcnriot. Elle a réussi à annuler le premier scrutin, et en a fait faire un second à haute voix. Ce moyen a écarté tous les citoyens qui sous le poignard n’ont pas le courage de professer hautement leurs principes anti-anarchi(pics , et dépendant Raffet a encore obtenu la majorité ; il a réuni plus de «piatre mille neuf cents voix, tanflis que flcnriot n’en a eu que «piatre mille cinq cents. Or, comme on ne peut douter (pie tous les brigands, tous les assassins, tous les maratistes se soient empressés de donner leurs suffrages à leur digne chef, on doit en conclure que le nombre des brigands , assassins et maratistes de Paris, ne s’élève pas au-dessus de «piatre mille cin«| cents. Ainsi, républicains de tous les départements , c’est contre cette poignée de scélérats «pie vous aurez à combattre ; tel est le nombre de ceux qui déshonorent et tyrannisent vingt-cinq millions d'hommes qui veulent être libres ; tel est le nombre «les émissaires de Cobourg et «le Pitt, des correspondants «le l’armée royale chrétienne . Votre approche, le seul bruit de votre approche suffira pour les anéantir...

Séance du 1" juillet. — L'assemblée générale du département se constitue, et nomme pour son président le citoyeu Citais, pour viceprésident le citoyen Dehaudre , pour prooureur-svndic le citoyen Maugcr , et le citoyen le Illinois suppléant ; pour secrétaire le citoyen Lapoterie, et le citoyen Mariette adjoint.

Des députés de la commune de Falaise amènent le citoyen Duliem , frère du député montagnard et lieutenant au 22* régiment des chasseurs, convaincu d'avoir tenu des propos séditieux. Lecture à lui laite des dénonciations qui existent contre lui. l'asseuiblee arrête qu'il scia provisoirement mis en airestation au château de cette ville.

Séance du 2. — On procède à la nomination des membres qu‘ doivent composer les différents Comités.

Il est arrête que les receveurs des districts continueront provisoirement à verser dans la caisse du payeur général de ce département, tous les fonds qu'ils doivent y envoyer.

Le citoyen Kervelegan, représentant du peuple, parail à la séance ; il exprime sa satisfaction d'être entré sur une terre hospitalière, et d'y trouver des frères et des amis. - Depuis quatre ans, a-t-il dit, je travaille pour affermir notre liberté ; et si elle périt, je périrai avec elfe. >

Des gendarmes de Falaise amènent le nommé Frédéric ïossc , se disant concierge de 1 hôtel de la guerre, chargé par le ministre de l'inspection des chevaux ; son passe-port u’étant pas revêtu dos formalités prescrites par la loi, il est provisoirement mis en arrestation au château, comme suspect d’être un ageut de la faction dominatrice.

On but part à l'Assemblée que le Comité de salut public de Paris doit envoyer des grains dans les départements de l'Eure et du Calvados, avec une forte escorte: cet envoi de grains n’étant qu'un prétexte de taire entrer une force armée, on arrête de demander aux citoyens composant l'escorte, si c'est comme frères qu'ils viennent les apporter., et dans ce cas les inviter à laisser les grains, et à se retirer après avoir reçu l'accohule fraternelle ; et dans le cas contraire, d'opposer la force, si les moyens de persuasion front aucun effet.

Séance du 3. — Les cantons sont invités de nommer un suppléant qui se ronerrtera avec le député, [mur que J'uu oh l'autre soit toujours présent à l'Assemblée.

Des commissaires de la Gironde justifient de leiu's pouvoirs , et remettent sur le burrau différents arrêtés de la commission populaire de salut public de ce departement .

L’Assemblée générale envoie son président, à la tête d’une dépu-

NOTES. 215

tation, au-devant du bataillon <|ue le département d'Ille-et-Vilaine fait marcher contre l'anarchie. Cette députation se réunit aux autorités constituées, à la garde nationale, aux dragons de la Manche, aux chasseurs de la Bretèche, et aux sociétés populaires. L’entrée des braves Bretons se fait aux acclamations des citoyens et au bmit de l'artillerie. Les Bretons et leurs frères les Normands s’unissent , se confondent, et viennent défiler ensemble au son d’une musique guerrière sur la place de la liberté. Le vice-président de rassemblée générale v prononce un discours où la sainte haine de l'anarchie brille a côté des sentiments les plus fraternels pour les républicains armés contre les brigands. Le commissaire civil qui accompagne le bataillon d’Ille-et-Vilaine répond par le serment de vaincre les factieux ou de périr. Des acclamations universelles garantissent l’exécution de ce serment ; les cris de vive la Hepub lit fit e une et indivisible ! retentissent de toutes parts, et nos frères se rendent aux vieux des citoyens qui se disputent le plaisir de leur donner l'hospitalité. Ou lit la lettre suivante du département de l’Eure :

- Êvrcux , 2 juillet. — Citoyens, nous n’avons rien de nouveau à vous apprendre sur notre situation. Les inquiétudes qui nous avaient été données sur le départ des forces de Paris , sont dissipées ; nous avons même été instruit* que les canonniers, sur la proposition qui leur en a été faite, ont été indignés ; qu’ils ont déclaré vouloir attendre à bras ouverts et sans armes leurs frères du Calvados et de l’Eure, ce qui concorde assez, avec une autre nouvelle reçue d’une ville où l’on attendait neuf cents hommes qui n’y sont point arrivés.

« Nous exerçons la force année, en la détachant pour différentes expéditions ; car nous sommes comme dans un pays ennemi, attendu que les maratistes font les derniers efforts pour comprimer la manifestation de l’opinion du plus grand nombre, qui attend en silène que nous soyons en force pour se montrer.

« Par le comité de correspondance,

« Signe : Del*ik>étv. »

Une autre lettre mandait précédemment de la même ville :

- t Evrenx. — L’avant-garde du Calvados a été reçue avec enthousiasme dans nos murs. Le jour de sou arrivée a été pour toute la ville un jour de tète. L’allégresse a été commune au peuple et à ses magistrats, aux citoyens et aux differents corps militaires. La bannière du Calvados, qui a été déployée la première contre l’anarchie et le brigandage, a été saluée par l’artillerie. La plus douce fraternité unit les républicains de l'Eure et ceux du Calvados. —

Eu passant par Rcrnay , l'avant-garde calvadocienne a trouvé un peuple prévenu et des dispositions suspectes ; cependant elle s’est abandonnée à la loyauté des citoyens, et a accepté parmi eux l'hospitalité. Mais pour éviter toute surprise, les canonniers avaient pris avec leurs pièces* une position avantageuse, et v ont bivouaqué toute la nuit »

... Bordeaux, 25 juin. — Voici la liste d’une partie des départements et des communes qui ont adhéré par des adresses tonnelles aux mesures prises par le département de la Gironde : Départements du Jura, de Rhêne-ct-Loire , du Calvados, de Lot-et-Garonne; ces départements ont des commissaires à Bordeaux : — Communes d’Yvrac, de Saintc-Luce, de la Réole, d’IIure, de Saint-Martin-du- Puy, de Saint-Martin dcLérin, de Gironde, de Cuiniran, de Saint- Levé, dcLoubcns, de Lapuyade, de Saint-Michel, de Fossés et Balcynac, «le Montagoudin , de Saint-Hilaire, de Saint-André du Garu, de Ragas, de Saint-Pardon de Conques, de Lourdes, de Langon, de Saint-Nicolas de Grave, de Rurie, de Ccnon-la-Rastide, de Toulouse, de Cahors, de Pons, etc. Le bataillon de bordeaux, qui se trouve à l’année «les Pyrénées occidentales, a aussi manifesté les mêmes principes.

Le ministre «le la justice avant iutbrmé le citoyen Lapevrc qu’il venait d'être nommé l’un «les jurés du tribunal criminel extra«»rdinaire (révolutionnaire «le Pans), ce citoyen a refusé toute espèce de service auprès «le ce tribunal, qui n'est qu’un instrument de tyrannie.

Marseille. — L’administration «lu département des Rouches-du- Rlmuc a rendu permanentes les a*sembl«f«*s «les sections «le son ressort ; il a été défendu au «*ommaudaut de la gendarmerie nationale d'exécuter la réquisition de l’accusateur public du «lépartement «lu Var, pour la tra«luction à Toulon des prisonniers justiciables du tribunal populaire de Marstulle. Les membres de toutes les autorités constituées ont prêté le serment de ne plus reconnaître les décrets de la Convention nationale, depuis le 31 mai, jusqu'au moment où la liberté lui sera rétablie «lans son intégralité ; de reconnaître le tribunal populain* de Marseille, de maintenir la république une et indivisible, la liberté et l'égalité, de faire respecter les |>ersonnes et les propriétés, et d’adhérer au manifeste de Marseille. Ensuite l'assemblée, reconnaissant «pie les pouvoirs délégués par le peuple ne l’ont été qu’à la représentation nationale collective, a déclaré, comme principe incontestable, que la Convention n’a pu déléguer des pouvoirs à aucun commissaire, encore moins à «les membres pris dans son sein ; qu’en conséquence tous les ordres émanés «le ces commissaires, étant infecté* «le ce vice radical, sont puis. On a arrêté, «le

NOTES

plus, que ce* commissaire* qui paraîtront dan* le departement seront mis en arrestation. •

Les membres du comité de rédaction.

Signé : I.k IImsois, Dkiufdiik, Rkxard de Lisieujt.

Séances tics V , 5 et 6 juillet , tan II de la. république une et indivisible .

Une députation du bataillon d'Ille-et-Vilaine vient exprimer à r Assemblée la baine que les Itretous ont vouée aux tyran* et aux anarchiste*, et leur désir d’anéantir, avec leurs frères du Calvados, de l’Eure et des département* méridionaux qui sont en marche, la faction des dominateurs de Paris. Le président répond à l’orateur et lui donne l'accolade fraternelle.

Le comité de salut public tait son rapport sur la nécessité de levei l'embargo mis sur les comestible* destinés pour Paris. J/Assembléc considérant que la majorité des citoyens de cette ville est dans les bons principes, qu’elle veut la Itépuhlique une et indivisible, qu’elle liait l'anarchie dont elle vient tout récemment encore d’éprouver les dangereux effets, et que, sous ce rapport, il faut considérer les Parisiens comme des frères malheureux qui nous tendent les bras, arrête que le travail du Comité sera communiqué à l’Assemblée centrale des départements, pour le prendre en considération, et cpie le passage du bac de Colombelle sera provisoirement l'établi.

Les administrateurs du département du Itas-llhin annoncent que, par une délibération du 13 du mois dernier, ils ont exclu chez eux le numéraire, et ordonné que celui mis en circulation sera saisi partout où il se trouvera dans les places et voies publiques ; ils préviennent les administrateurs de département «le faire connaître cette mesure à leurs administrés, afin d’éviter toute surprise ou désagrément dans les envois d’espèces qu’il* pourraient faire dans le département du Itas-Ilhin.

Le citoyen Mollevault , représentant du peuple et président de la commission des douze, se présente à l’Assemblée ; il dit qu’échappé aux fers de ses bourreaux, il accourt sur une terre hospitalière pour y respirer l’air de la liberté. Le président lui donne l’accolade fraternelle, et l’assure qu’il trouvera ici des frères ardents à venger l’attentat commis contre la représentation nationale.

Du 5 juillet. — Le maire de la commune d'Hérouvillette, instruit qu’un détachement de la force armée «le Ileuvron, ayant à sa tête un officier municipal revêtu de son écharpe, se répandait dans les campagrH's pour enlever les grains, a fait battre la générale, fait sonnerie-tocsin et marcher contre le rassemblement, auquel il a fait mettre bas le* arme*. L'officier municipal et «leux «!<•* comman-

218 MÉMOIRES DE PÉTIOX.

liant* île la force année sont conduit** par ses ordi*e* devant l'Assemblée générale, qui approuve la conduite du inaire, et arrête qu'il en sera Hiit mention au bulletin.

Il est arrête que tout citoyen salarie par La République ne pourra toucher sou traitement , «pie préalablement il n'ait justifié de la prestation de son serinent de résistance à l'oppression.

l*n élève en chirurgie, le citoyen Sirey, «le la Gironde, employé à riidpitid militaire, demande à se réunir à nos frères d’Évreux. — Mention honorable.

Il est arrêté «pie toutes les «'oinniunes qui ont besoin de siiImûatances sont autorisées à s’approvisionner dans tous les districts, en (l'employant ni armes ni attroupements ; «pie leurs députés s'adresseront préalablement à la municipalité de charpie commune, pour lui foire part de leur mission et l’informer «le la quantité de grains qu’ils se proposent d’acheter, et lui remettre le nom des vendeurs après l’achat. Arrêté également que le» communes sont libres «le demander particulièrement d«*s secours de grains au ministre de l’intérieur, en prenant l’attache du directoire du département.

Des députés de l’Assemblée centrale déposent sur le bureau la déclaration de cette assemblée ; il en sera fait mention au bulletin.

Du 6 juillet. — Le bataillon «le Caen, qui «loit se rendre à Évreux, est organisé et part demain.

Ff.lix Wimpfkü, général en chef «le l’année des cêtes de Cherbourg , et «les forces années départementale» du nord <*t «le l'ouest <!«• la républi«|uc française une et indivisible, aux bons citoyens de Paris, salut :

Déjà une fois j’ai contribué essentiellement à sauver la r«*publiquc, et les factieux m’ont calomnié et persécuté : aujourd'hui je suis appelé à la sauver plus efficacement , ils me proscrivent, ils mettent ma tête à prix.

Les méchants vous disent : - Félix Wiinpfèn marche contre Paris." N’en croyez rien ; je marche vers Paris, pour Paris et pour le salut de la république une et indivisible ; j’y marche par le vont du peuple, non pas d’une fraction «l’une ville, mais du peuple «le la majorité des départements ; du peuple souverain, comme aucun de %rou$ n’en douterait, si le pouvoir incpiisitorial de In commune «le Paris permettait aux journalistes véridiques de faire circuler leurs fouilles.

lions citoyens de Paris, rallions-nous pour la cause commune

Je commande les Bretons et les Normands.

Frères, je fraterniserai ave«* vous ; mais inos ordres portent «le « ombattre tous ceux qui inquiéteraient ma marche. Je les combattrai, je les vaincrai, la vérité sera eiiten«lue et justice sera faite.

Le général Félix Wimffr».

NOTES

Proclamation de F Assemblée centrale de résistance à F oppression , réunie à Caen , aux citoyens français.

La force départementale cpii s’achemine vers Paris ne va pas chercher de» ennemi» pour le» combattre, elle va fraterniser avec le» Parisien» ; elle va imposer aux factieux par sa contenance ferme et tranquille ; elle \;a raffermir la statue chancelante de la Liberté. Citoyens qui verrez passer dans vos murs, dans vos hameaux , ce» phalanges amies, fraternisez avec elles, ne souffrez pas que «les monstres altéré» de sang s'établissent au milieu de vous, à dessein de les arrêter dans leur marche ; ne souffrez pas que des attroupements se forment au son lugubre du tocsin ; confondus parmi nos ennemis , nous ne pourrions plus vous distinguer.

Signé : L. J. Rocjocx, président,

Louis Caille, secrétaire.

Evreux, ltr juillet. — Voici un trait qui caractérise les vrais

républicain», et qui prouve eu même temps les iufh mes manœuvres qu’on emploie pour calomnier les défenseur* de la liberté. En passant par Bernay , quelques volontaires «lu Calvados ont partagé leur pain avec des citoyens indigents. Ces brave» gens s’écriaient : Comme on nous trompe ! on dit que ces braves gens viennent |w>ur nous piller, nous égorger, et ils nous donnent du pain. — Les «bagous de la Manche, appelés à Versailles par le conseil exécutif, ont juré de rester dan» nos murs pour les défendre jusqu’à la mort. Les chasseur» nationaux se sont pre*«|ue tous incorporés dans ce brax'c corps. Le? capitaine des chasseurs a donné un exemple de patriotisme bien rare, en s'enrôlant comme simple dragon. — - Hier, la générale a battu , tous le» corps armé» se sont réunis sou» les «leux bannières «le l’Eure et «lu Calvados, et ont été passé» en revue par le commandant général et les autorités c«mstituées. Après un «Uscours plein d’énergie, prononcé par un administrateur du Calvados, toute la troupe a juré l'unité et ^'indivisibilité de la République, respect aux lois, haine à l’anarchie. Les citoyens d’Evreux, les braves Calvadocieus, les dragon» de la Manche, la gendarmerie, se sont donné des preuves de la plus intime fraternité ; ils ont juré de frire le service militaire avec la plus grande exactitude , de regarder la ville coiuioe un camp, et d’upptder, par une intrépide fermeté, tous leurs frères des département» au soutien de ta cause sacrée de la liberté. L'air a retenti «lu «liant républicain des Normands et du délicieux Ça ira .

5 juin. — ■ Quelques maratistes tourmentaient Pacy, et osaient de la menacer notre ville et no» digues administrateurs. Un détachement de» forces départementale», «!«' notre garde nationale et

des dragons «le la Manche s’est porte sur Pacy. A son approche, le» niaratistes ont pris la fuite, le» citoyens sont venus en huile audevant de leurs libérateurs; on s’est embrassé fraternellement, et on a crié vive ta république ! on a bu le vin de l'hospitalité. Il en sera de mémo pour Vernon et dans toutes les autres villes qu’on croit peuplées de inaratistes , parce que quelques hommes corrompus ou turbulents crient si haut, s’alitent si fort, se multiplient tellement par leur funeste activité, qu’ils ont l’air de former l’opinion publique. — Pour réduire au silence ses vils calomniateurs , le département de l’Eure a arrêté que sou bulletin porterait pour devise : République une et indivisible, guerre à la royauté et à l’anarchie.

Les membres du comité de rédaction.

Le Hhisois, Dkbaciirk, Bénard de Lisieux.

L’Assemblée témoigne la plus vive indignation à la lecture d’un journal portant que Lindet et Durai, suivant avec archarnement leur système de calomnie, ont osé avancer que le département «le l’Eure arrêtait le cours des subsistances, et qu’il voulait couper toute communication du e/»té de Rouen. L’Assemblée a vu dans cette atroce calomnie le dessein perfide d’exaspérer les citoyens de Rouen et de les porter à s’armer contre leurs frères d’Evreux. Elle arrête «pie le démenti le pins formel sera donné à ses calomniateurs dans le prochain bulletin.

Un citoyen, qui ne «lésire pas être connu, offre trois cents bottes de foin pour les chevaux des dragons de la Manche. L’ Assemblée arrête, aux plus vifs applaudissements, que l'offre généreuse et le trait de modestie «le ce citoyen seront honorablement meutionn«;s «mi son procès-verbal et insérés au bulMiu.

Caen, 5 juillet. — Les pères de famille se «lévouent eux-mêmes à la sainte cause de la liberté ; «les mères oublient la faiblesse de leur sexe, demamlcnt l’honneur de marcher avec les bataillons des «lépartements. Les sociétés populaires sont très-prononcées; l’Assemblée centrale a pris un arrêté pour faire passer à Evreux huit cents sacs de blé, avec des fourrages, foin, paille et avoine, pour mille chevaux. — Cinq à six espions du pouvoir exécutif parcouraient l’Eure et le Calva«los, pour en examiner l«*s mouvements, sonder les dispositions «les citoyens, et surtout pour y répandre les principi;» désorganisât ours et l’affreuse doctrine de Marat. U paraît que, d'après les mesures prises pour s’assurer de ces émissaires, ils ont cru prudent «le quitter le territoire «les «leux départements, car ils se sont repliés sur l’Orne et vont visiter Alençon, l’Aigle, Argentan «•< autres villes voisines. L'Asscinblée générale «le l’Eure en a

NOTES. 221

donné avis ail département de l'Orne, l’a invité à aviser aux moyens les plus prompts d’éloi^uer de son sein ces apôtres «l'anarchie.

Toulouse. — Un représentant du peuple, que son devoir appelait ailleurs, le capucin Chabot, est venu à Toulouse altérer le calme dont cette ville jouissait au milieu des orales de la révolution. Sa présence a été une calamité publique ; plusieurs départements du Midi en ont conçu de justes alarmes et se sont empressés de dénoncer st;s projets à la Convention.....

Séance «lu 10, sept heures du soir. — Un particulier s’est présenté ce matin au comité de salut public , sous le titre de commissaire du conseil exécutif, chargé de porter au département de l’Eure des actes qu’il a dit être de la Convention, et, eu outre, de proposer, au nom du conseil exécutif et «lu comité de salut public de la Convention nationale, des moyens de paix et de conciliation, relativement aux circonstances actuelles.

L’Assemblée a pensé que, s’agissant du salut du peuple, elle ne pouvait trop s'environner de l’opinion publique. En conséquence, et vu surtout la îéunion de ses hères «le l’Ille-ct-Vilaine et le peu «l’espace «pie contient lu sali*; ordinaire des séances, elle a pris le parti de s'assembler aujourd’hui dans l’édifice où siège le tribunal criminel de l’Eure. Elle en a fait prévenir le public par le sou de la caisse et celui de la cloche d'avertissement.

Un grand nombre «le citoyens «le l’Eure, «lu Calvados et «le l’Illect-Vilaine se sont réunis «lans ce local.

Le commissaire procureur général a observé que le présidimt était indisposé et qu'il devait être remplacé provisoirement. Sur cette observation , l’Assemblée nomme par acclamation le citoven Bougon, procureur général du département du Calvados, vi«*eprésident «le l’assemblée générait; dé l’Eure. Le citoyen Bougon occupe le fauteuil et annonce quel est l’objet de la réunion du tribunal criminel.

Arrive le citoyen «pii s’est présenté ce matin au comité «le salut public. U remet sur le bureau l'acte «pii contient sa commission. Il résulte de la lecture de cet acte, «pic ce citoyen se nomme Cap devielle, et «(u’il est chargé par le conseil exécutif d’une mission importante «lans les départements «le l’Eure et du Calvados et autres circonvoisins.

Le citoyen Capdevicile, invité de déclarer quelle est cette mission importante, répond «pi'il est chargé par le conseil exécutif provisoire d'apporter à l'administration «lu département de l’Eure plusieurs actes «pii sont intitulés Décrets de la Convention.

Le citoyen Capdcvielle propose à l’Assemblée de recevoir ces actes et de les enregistrer.

ÎÎ2 MÉMOIRES DE PÊTIOX.

1/ Assemblée déclare qu’elle ne les reconnaît pas pour des acte* émanés d’une autorité légale, et qu'elle se refuse à leur enregistrement.

Les assistants témoignent, par «les applaudissements prolongés, leur satisfaction, et donnent leur assentiment à cette détermination par les cris redoublés : Non, non, point d'enregistrement.

Le président demande ensuite au citoyen Capdevicllc s'il a quelques autres propositions à foire à l’Assemblée.

Celui-ci répond qu'envoyé par le conseil exécutif, non-seulement pour remettre an département les actes qu’il vient de représenter, mais encore pour entendre à tous arrangements de paix et de conciliation, il se bornera à écouter toutes les propositions que l’Assemblée voudra bien lui foire, qu’il y répondra, et que de» sa part il n’en fera aucune.

Le commissaire procureur général observe que ces actes ne sont pas revêtus du sceau ordinaire de la République, ce qui peut foire soupçonner que le premier objet de la commission du citoyen Capdevielle n’est qu’un prétexte pour faciliter l’exécution d’autres projets secret* que ce citoyen se garde bien de foire connaître.

Le citoyen Capdevielie répond que le seul but de sa mission est contenu dans ses pouvoirs, que seulement il avait ordre d’aller trouver le général Wimpfen , dans le eas où il ne l'aurait pas rencontré à Kvreux, et lorsqu’il aurait su le lieu de sa résidence actuelle.

Un membre lait naître de justes xotqiçons. U observe que s’il s'agi t de s’aboucher avec le département de l’Eure pour opérer la paix il est inutile que cet envoyé sc concerte avec un commandant de la force armée qui ne peut délibérer, et il propose à l’Assemblée * de prendre du citoyen Capdc vielle lui-même d’autres renseigne-

ments , sans toutefois reconnaître en aucune manière ses prétendus pouvoirs.

La proposition étant appuyée et mise aux voix, l’Assemblée arrête qu'elle ne reconnaît pas les pouvoirs do Capdevicllc, et elle autorise son président à interroger cet individu, non-seulement sur les motifs secrets de sa mission, mais encore sur sou existence morale et politique.

L’envoyé a subi un long et intéressant interrogatoire , après lequel l’Assemblée a pensé qu’il était de sa prudence de foire traduire le prêtre Capdevielie, sous bonne et sûre escorte, à la barre de l'Assemblée centrale de résistance à l'oppression séante à Caen.

Cet arrêté a été couvert des plus vifs applaudissements, et 1* séance a été levée à deux heures après minuit.

Séance du 11. — Le citoyen Puisaye, chef de l'état-major de

l’armée des côtes de Cherbourg et général de brigade, se présente et dépose sur le bureau les pièces suivantes :

Caen, 0 juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible.

Liberté, égalité.

Il est ordonné au général de brigade, Joseph Puisave, chef de l’état-major de l'année des côtes de Cherbourg, de se rendre à Kvreux , pour y prendre le commandement dos troupes qui s’y trouveront.

Signé : Félix Wimpitj.

Extrait des registres des délibérations de f Assemblée centrale des départements réunis , de résistance à l oppression.

Séance du 9 juillet. — L’Assemblée centrale ayant invité le général Wimpfen d'envoyer à Évreux un officier général, pour commander les forces départementales qui y sont assemblées, applaudit au choix qu'il a fait du général Puisa y e , et engage les autorités constituées «lu département de l’Eure à seconder de tout leur pouvoir les mouvements militaires qu'il croira nécessaire d’effectuer pour la défense de la patrie.'

Signé : L. J. Roijotx, président;

Lbomavemecid, secrétaire.

L’Assemblée témoigne sa satisfaction par des applaudissements universels, et reçoit le serment du général, qui jure de deiéndre jusqu'à la mort la sainte cause de la liberté

Caen, le 10. — Un nouveau proscrit arrive dans ce moment; c’est le citoyen Ducliàtel, du département des Deux-Sèvres, qui a aussi mérité les honneurs d’un décret d’accusation , pour s'étre mis à la tête des brigands de la Vendée, disaient les montagnards, tandis «pie Duchâtel les combattait à Nantes, et qu'il a meme reçu une balle que sou baudrier a amortie. Il a été accueilli au milieu des applaudissements.

L’Assemblée a arrêté qu’aucun habitant du Calvados ne pourra être transféré au tribunal dit révolutionnaire.

On est instruit «pie des journaux , soudoyés par la faction anarchique et propres a égarer l'opinion publique, parviennent gratuitement dans différents cafés. On invite les maîtres de ces cafés et autres lieux publics à ne pas recevoir, à repousser ces libelles qui prêchent une doctrine de sang et des principes désorganisateurs.

224 MÉMOIRES DK PÉTION.

Ilttllclin tic Caen i ht 10.

Hier an noir 0, quelques agitateurs s'étaient insinuas dans une enlise où «'étaient rassembles les deux bataillons du Morbihan et delà Mayenne; les bruits les plus étranges, les nouvelles les plus insidieuses circulaient déjà. Grâce à ces messieurs, ces nouvelles et ces bruits n’ont fait que ranimer l’ardeur des deux bataillons; celui du Morbihan est parti ce matin à trois heures ; un grand nombre de jeunes gens de Caen ont profite de ce départ pour se joindre à leurs frères de la Bretagne. Le bataillon de la Mayenne part demain. On a lu hier à la société populaire les journaux de Paris; un article a fixé l’attention des membres; c’est celui dans lequel se trouve cette phrase : Si cela continue (dit un membre du conventuel national), nous serons forcé* à combattre la République entière. On a prête dans cette société, et par continuation, le serment de ne mettre bas les armes que lorsque les montagnard* et les brigands de l'anarchie auraient disparu du sol de la République.

La seule inquiétude qu'on ait dans ce département, est celle que doit naturellement produire la pénurie des subsistances, qui provient des enlèvements clandestins faits par les agents du ministre de l’empire de Paris; c’est au moins ce que l’on croit ici. Le Havre» malgré des suggestions particulières , vient de faire passer plusieurs quintaux de ri/., et l'on ne doute pas qu’il ne puisse y obtenir du grain. Voici sur quoi se fi mde l'administration. - Le maire Pache a » dit, répété, placardé que Paris était approvisionné d'ici au mois » de janvier : donc Paris n’a pas besoin de subsistances. Le mi- * nistre de l’empire de Paris n’en a pas besoin pour le Midi, où la « récolte est faite. Le Nord ne pourra finir sa récolte que dans six « semaines. Donc... » A l’instant, dix heures du matin, on conduit au département un chariot plein d’exemplaires «le la constitution de la Montagne; le conducteur a été mis en état d’arrestation.

On vient aussi d’arrêter des agents qui circulent dans ce département , et qui y colportent les poisons de l’anarclue.

Le bruit circule ici que le bataillon de l’Ille-et- Vilaine, en se rendant à Evreux, a emprunté très-poliment les canons de Bernav, ville qui s’était manifestée en faveur du maratisnie, et dans laquelle cependant il n’y a qu’une poignée de dominateurs. On assure aussi qu’un détachement de l’armée contre-anarchique a donné ia chasse à quelques gendarmes ou garde* du corps de Robespierre, qu’on avait fait arriver en poste à Vemon. On attend ici dos nouvelles ultérieures.

On reçoit de fort bonnes nouvelles de l’esprit public de Rouen, il est absolument dans les principe* contre-anarchiques. Si cette

NOTES

ville ne s'est pas montrée, elle a eu de» raison» qu'elle a manifestée» aux député» ; elle est prête à se joindre aux phalange» qui ae rendent à Paris, pour fraterniser avec les bons citoyens et les aider à terrasser le despotisme tribunitien.

I.e général Pnisaye est parti cette nuit pour une expédition générale.

On sait ici les intentions des hauts et puissants de l’anarchie sur Cherbourg, mais la commission centrale a aussi des yeux par demére.

Bien n'est plus risible que le départ du bataillon, ou soi-disant bataillon de la Dordogne, de la ville du Havre. Appelé à Vernon, il se traînait à sa destination avec deux pièces de canon qu'il avait escamotées ; quelques femmes , une poignée d'hommes et d'enfants ont couru après eux ; mais ces Dordognons ont fait assaut de jambes. Vraiment, mande-t-on ici, ils courent bien; mais les canons!... ces diables de canons sont des traîneurs; ils ont été réintégrés.

Bulletin de Caen du 13 juillet, tan II de la République une et indivisible.

Ce matin à sept heures est arrivé le bataillon du Finistère, composé de six cents hommes d'élite. Une députation des corps administratifs et de la garde nationale était allée à sa rencontre, et l'a conduit sur la place de la Liberté aux cris de Vive la Itépublique une et indivisible, périsse l’anarchie!

Ce bataillon était précédé et suivi de cinquante cavaliers.

En passant par Mortain, ville archi-maratiste, au moins parmi les membres de l'administration, il a instruit le peuple des motifs qui le faisaient marcher, de la pureté de ses intentions ; enfin il a tellement changé l'esprit de cette ville, qu’à son départ les sections étaient assemblées et délibéraient pour envoyer une force départementale, et pour casser, ou au moins purifier l'administration. Cinq ou six maratistc* ont pris la fuite.

Le matin, à deux heures, le général de brigade Puisayc est déterminéiuent parti pour une expédition, dont l'objet est de délivrer Vernon des hommes qui en égarent les habitants. U prend poste d'abord à Pacy et de suite se portera sur Vernon. Lorsque la générale a battu, l’influence des citoyens armés qui voulaient partager l'honneur de l'expédition a été si considérable , qu’on a été forer d'avoir recours à des moyens prohibitifs pour qu’une moitié seulement des force» marchât sur Vernon

Bulletin ilu 1*.

On reçoit à l'instant la nouvelle officielle que le département du Tarn, après avoir pris les renseignements les plus exacts, adhère à l'insurrection départementale contre les anarchistes de Paris; les administrateurs et les administrés ont tous le même esprit. On bataillon d’élite est formé ; il part.

La Mayenne, dont un bataillon a déjà passé par Caen pour se rendre à Évreux, annonce que l’on ne doit regarder ce bataillon que comme une avant-garde ; ce département en a un autre tout prêt à partir.

Mesdames les révolutionnaires de Paris ont daigné nous envoyer des émissaires dans cette ville ; l’on vient d’en arrêter une ; on a eu bien de la peine de la réchapper à la police fostigatoire ; on est à la piste d'un autre ambassadeur femelle.

Les carabots de Caen se sont assemblés hier au matin , dimanche. Cette assemblée extraordinaire a eu pour objet d'envoyer une députation à Alençon, où quelques maratistes essaient de lever la tête. Cette députation sera nombreuse et se fera avec éclat; son but est de purger la ville d’Alençon de ces pestiférés.

Baycux vient d'arrêter une douzaine de ces maratistes ; ils ont été conduits hier au château de Caen. On a arrêté aussi un émissaire ministériel qui était venu fort poliment visiter les députés proscrits, qui leur avait fait des offres «le services, qui les avait invités, particulièrement Barbaroux, à un banquet civique, et à goûter du bon vin de Bordeaux. Les députés se sont refusés à l'offre obligeante.

Rote E. — ( Voir la page 154.)

RECIT DK LX BATAILLE UK VERSOS PAR PCISATK.

•... J’étais parti à Caen le6 ou le 7 juillet. Depuis ce moment je ne m’étais pas couché, et, dans le cours du mois précédent, je n’avais pas reposé trois nuits. La fatigue jointe à l’excès de la chaleur m'avait couvert d'un érésipèle qui me faisait beaucoup souffrir, et mes jambes étaient tellement enflées qu'elles ne pouvaient plus me porter. Après avoir fait couper mes bottes, dont il était impossible de me défaire autrement, je me jetai sur un lit. Je n’y avais pas été deux heures que je foj réveillé par des cris et par quelques coups de canon. On m’annonce que l’ennemi est là. Voyant qu’il n’était pas poursuivi » — (à la suite d'un prétendu avantage remporté la veille

par Puiuvc), — *il n’était rallié dan* «a fuite et avait traversé no» portes, où la garde était si mal faite qu'il n'y avait pas un homme éveillé. Je me fais jeter sur un cheval et je rours où était l’attaque. Le colonel Le Roy venait de s'y rendre et soutenait le feu à la tête de son bataillon. La mitraille mal dirigée volait dans les arbres et en jetait les branches sur nous. Je me porte au canon ; les rhaiTeticrs avaient pris la fuite apres avoir coupé leurs traits, et il n'était resté qu'un canonnier. C'était un jeune homme de Caen nommé Lafaye; nous dûmes notre salut à son intrépidité. Il pointe deux pièces vers la lumière de deux canons qui tiraient sur nous presque à bout portant. Il en démonte un, et le feu cesse. Cependant le» gardes nationaux épouvantés avaient pris la fuite; le bataillon du colonel Le Roy, culbuté par notre cavalerie qui fuyait avec elle, est entraîné à son tour. Cri», menaces, prières, rien ne fut capable d'arrêter ce torrent. Vingt hussards les auraient tou» mis en pièce». Je me jette dans cette mêlée; j'entends répéter le cri de trahison, et c'est moi qu’on accuse. Focard se livre au désespoir, il veut se briller la cervelle ; je lui arrache son pistolet des mains. Nous voyons dans l'obscurité une troupe de cavalerie venir à nous. Nous croyons que ce sont des hussards ennemis. • Eh bien, faisons nous tuer, » lui disje. A l’instant nous nous précipitons sur elle ; c’était une trentaine des nôtres qui avaient fui les premiers et qui avaient perdu leur chemin. Aux premiers coups que nous leur portons, ils se dispersent, et Focard en reconnaît un. Je retrouve les commissaires du département, qui sans exception s’étaient conduits ave courage et sang-froid. Leurs efforts pour rallier leurs bataillons avaient été vains ; ils les avaient suivis jusqu'à Pacy et revenaient pour savoir ce qui se passait... La colonne de gauche, qui était en partie composée de Bretons et qui avait bivouaqué sous les murs des jardins du château, n'avait pris aucune part à cette bagarre, et ne s'était point ébranlée. Elle servit à l'amener les canons et les caissons auxquels les hommes s'attelèrent avec des mouchoirs. Il resta tout au plus six ou sept des nôtres sur la place. » (Tome II, page 155 et suivantes.) • J’appris avant de partir de Caen que le château de Méuilles avait été livré au pillage, que tout ce que je possédais avait été mis en pièces, et que ma fille, à peine âgée d’un an, n'avait été soustraite à la fureur des satellites de l'évêque Lindct que par la générosité d’une simple paysanne qui avait plusieurs fois exposé sa vie , dans le même jour, pour sauver celle de l’enfant. » Page 173.

MÉMOIRES DE l’ÉTION.

A’ofc F. — ( Voir la paye 159.)

SOTE RKMISK PAU WIMPFFtS A TOL'LOMCF.OM POl H SOS MSTOIRK to LA FHASbE DEPUIS LA KÉVOLUTIOS 1IK 1789.

• Les Girondins marquants qui sont venus dans le Calvados après la journée du 31 mai vous sont connus aussi bien qu’à moi, Pétion, Buzot, Gorsas, Louvet, Barbaroux, Guadct, Salles, Valady (marquis, ancien officier des gardes françaises), Duchàtel (ci-deva nt), Hergoing. Ils étaient au nombre de 27, mais ceux que je ne nomme pas n’ont rien d'intéressant pour la postérité; ils ressemblent à tout le monde et pourraient appartenir à un parti aussi bien qu'a un autre : ce sont des circonstances de rencontre, des hasards de société qui les ont placés. Pétion et Buzot avaieut un but déterminé : une nouvelle insurrection sous laquelle ils eussent été les uiattres. Il serait possible que Pitl et Cobourg, que la Montagne et le Marais s'entre jetaient sans cesse à la tête, ue bissent pas des personnages étrangers ou indifférents aux deux vétérans de la révolution. Il arriva un jour à Pètion de dire au club des Carabots, de Caen, qu'une preuve que la Montagne voulait rétablir la rovanté, c'est qu’elle laissait vivre le petit Dauphin, dont la ligure et les charmes étaient des crimes dignes de mort... Gorsas au contraire penchait pour le petit Dauphin, mais bien entendu qu'on n'eu viendrait là qu'à la dernière extrémité. Louvet, Barbaroux, Gueulet eussent transigé si on eut voulu leur céder la partie de la France (méridionale), de l'autre côté de la Loire, pour en faire une république à leur mode. Ils comptaient beaucoup sur les petites puissances de l'Italie avec lesquelles Us feraient des traités offensés et défensifs £cc qui prouve combien ces messieurs étaient hommes d’Etat). Salles brisait des brochures que ses collègues appelaient des Provinciales, (le comparant ainsi à Pascal;) et cela lui faisait tant de plaisir qu’il ne doutait plus de l’effet des brochures : c'étaient des batteries qui feraient écrouler ta colossale Montagne. Valady s'était fait révolutionnaire par haine de M. Duchâtelet, et il eût bien voulu découvrir un moyen de se retirer de l'ablme. Duchàtel était une «me douer qui s'est trouvé entraîné comme tant d’autres par la chimère d’une régénération. Comme il ne s’était jamais souillé d’aucune mauvaise action , il eût donné sa vie pour le rétablissement de la monarchie. Le franc et loyal Kervélégan n’était d’aucun parti qnc de celui des indignés de tout ce qu'il avait vu faire; Bcryoiny paraissait républicain enragé , et son caractère appartenait à toutes les circonstances. Le crève-cœur de tous était le triomphe de la montagne, et leur ambition toujours saillante, la vengeance. Excepté

NOTES

Duchâlel , il n’en eut pa* un seul qui ne se fût enrôlé dans le parti victorieux s'il avait pu , ce que Louvet et Bergoing ont bien prouvé «près leur retour.

• L'assassinat de Marat est l'oeuvre de cinq des ci-devant nommés ; mais ce n'est pas Marat qui était désigné, c'était Danton que la nouvelle Judith devait immoler. Ils appelaient cela couper la Montagne en deux , parce que les lettres dont mademoiselle de Corday était porteur renfermaient une instruction qui disait qu'à l'instant du grand événement il fallait répandre dans tous les coins de Paris que c'est Robespierre qui avait fait faire le coup. Mais mademoiselle de Corday ayant ouvert deux lettres vit qu'on y accusait Danton de vouloir porter le petit Dauphin sur le trône , et comme cette mademoiselle de Corday était fanatique royaliste, elle se garda bien de porter la main sur celui dans lequel elle plaçait son es|>oir. Avant de partir pour Paris, elle écrivit une lettre d'adieu à M. Bougon de Langrais, mon ami, et procureur syndic du département, pour lui dire qu'elle ne le revrrrait plus et que devait nous faire assassiner tous les deux. Bougon me communiqua cette lettre ainsi qu'à Mesnil, administrateur du département, encore vivants Caen. Nous n'y comprimes rien. Mais, demandaije à Bougon, d'où vient son intérêt pour vous et |>our moi? Il me répondit : Je lui ai rendu quelques services, et quant à son intérêt pour vous, il vient de ce qu'elle vous croit un royaliste déguisé. J'avais logé tous ces réfugiés à l'Intendance, parce que tous réunis, je pouvais mieux les (taire) oblerver. Je m'aperçus bientôt qu'il ne régnait pas entre eux une parfaite intelligence, que Petion et Buzot avaient des secrets, et que tous, sans exception, se défiaient de Yalady et de Duchâlel. Voyant que l'insurrection ne gagnait pas, noua convînmes de faire prendre les armes, comme pour une revue, aux huit bataillons de la garde nationale de Caen ; ils s'assemblèrent sur le cours, où tontes les éloquences échouèrent contre l'indifférence de ces prétendus insnçgés. Il ne se présenta que dix-aept hommes pour marcher sur Paris. Les autres villes (moins Vire (pii en fournit une] vingtaine) s'y refusèrent sans détour. Les campagnes, vexées pour les blés, nous maudissaient. C'est alors que Petion conçut le projet de brûler Caen et de faire courir le bruit que c'était l’ouvrage de la Montagne. Le désespoir devait tout entraîner. Il se confia, pour ce beau coup, à mon aide de camp Saint-Front, en lui recommandant le plus profond secret, surtout envers le général gui s'est refuse à mettre la guillotine en permanence. — Saint-Front promet de me dire tout. Je lui enjoins de s’v prêter, d'acheter du goudron, et quand f affaire paraît en bon train, j’arrive; je trouve Pdtion et quelques autres. Je parais

effrayé d’un rapport qu'on vient de me feire : • Si le peuple en entend parler, vous serez tou» égorgés, dévore» comme Belzunce et Baveux... • Qu’est-ce? je leur dis... L’on jette le» haut* cri». L’on me prie en grâce de n’en point parler ; ce sont les agents de la Montagne gui répandent cette atroce calomnie. Je *ui» de cet avis, et le projet avorte. Quelques jours après m’arrivent cinq à six cent» Bretons, tou» découragés de ne pas trouver d’armée. N'ayaut personne autre, j’envoie Puisaye à Évrcux pour y établir les magasin» que je faisais filer. Puisaye se croit général, veut m’enlever une victoire. Il marche contre la petite armée parisienne. Ces deux armées (ont chacune volte-face et chacune se sauve de son côté. Voilà la bataille de Vernon. Les mille à doute cents hommes de Puisaye fuient jusqu'à Lisieux ; j'y cour», mais rien ne peut les remettre ; Danton y faisait répandre des millions d'assignats. Tons désertent, et moi je me cache à Bayeux jusqu'après le 9 thermidor. •

Il y a dans ce récit des inexactitude» sans doute involontaires et des insinuations ou même des accusations évidemment calomnieuses. Les Girondins réfugiés à Caen étaient dix-sept et non vingt-sept, comme Toulongeon l'a imprimé par erreur. Tout ce que dit Wiinpfleti de la corruption de Buzot et de Pétion, de leur projet de mettre sur le trône une nouvelle dynastie, de leurs relations avec Pitt et Cobourg, ne mérite pas la peine d'une réfutation. L'histoire de Charlotte Corday, telle qu'il la présente, est un pur roman. Il prête gratuitement aux députés à l'égard les uns des autres des dispositions qu'ils n'ont jamais manifestées, que leurs mémoires et ceux des contemporains démentent. Affirmer que Pétion a voulu brûler Caen, qu'il a confié son projet à un aide de camp en lui recommandant de garder le secret vis-à-vis du général qui s’est refusé à mettre la guillotine en permanence (bien que les Girondins l'en eussent prié sans doute, ce qui explique leurs mauvaises dispositions à son égard) , — c'est accumuler autant de mensonges que d'absurdités manifestes. A l'époque (vers 1803) où Wimpffcu a remis cette note à Toulongeon, qui en a accepté aveuglément les assertions, presque tous les Girondins marquants étaient morts. Pour les calomnier ainsi, en se donnant le mérite d'avoir résisté à de prétendues exigences sanguinaires, il fallait que WimpfFrn sentit la nécessité de justifier la conduite qu'il avait tenue envers eux, et il nous semble que ces monstrueuses assertions donnent une grande force aux soupçons de trahison qu'il leur avait inspirés. Une conscience malade et tourmentée peut seule suggérer de tels

NOTES

moyens de justification à un homme qui, avant cette mauvaise action dictée par le désir de pallier une conduite équivoque, passait pour loyal et honnête. Voilà, en effet , en quels termes parle de lui le comte de Puisaye, qui n’a pas commis les mêmes calomnies :

• Le général Wimpffen est un des êtres les plus aimables que j'aie connus. A toutes les qualités propres à foire distinguer un homme parmi ses semblables et à l’élever dans la société, il joint une connaissance pratique et approfondie de son métier, un esprit fin et pénétrant, une valeur froide... Il était maréchal de camp avant la Révolution. Les habitants de la partie de la Normandie où il avait fixé son domicile avaient une grande confiance en lui, et son nom était en considération dans l'armée. •

Mémoires du comte Joseph de Puisaye. Londres, 1803 ; page 105, tome 11.

APPENDICE

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