CH CETTE TRAGÉDIE
Les Mémoires de Pétion s’arrêtent ici. Il est facile de les compléter avec ceux de Louvet et de Médian, que nous publierons prochainement avec des documents inédits.
Rappelons ici en deux mots que Pétion se rendit avec ses amis dans le Finistère, sous la protection des gardes nationales , qu'il s’embarqua pour Bordeaux avec Louvet, Guadet, Uuzot et Barbaroux; qu’arrivés au Bec d’Àmbez , une indiscrétion de Guadet les força à se réfugier précipitamment à Saint-Emilion, où la famille de Guadet leur procura un asile. C’est là, dans un grenier, que Salle écrivit la tragédie de Charlotte Corday.
Il semble, tout d’abord, qu’une tragédie écrite par un homme qui avait été un des orateurs les plus énergiques et les plus incisifs de la Gironde et qui se donne le plaisir de mettre en scène ses mortels ennemis , va abonder en traits amers, en tirades pleines de rage et de fiel. On se souvient des vers sanglants dont Chénier fouettait ses bourreaux. Mais nous sommes ici à mille lieues du poète des ïambes. Nous avons devant nous un lettré ou plutôt un versificateur qui, en attendant l’échafaud, fait, par passe-temps, des vers, les soumet à ses futurs compagnons de guillotine , et ceux-ci, du fond de leur caveau où ils luttent contre le froid, les ténèbres et la faim, les lisent avec plaisir, les analysent avec une attention scrupuleuse, les commentent froidement, en mesurant la distance à laquelle sont l’une de l’autre l’œuvre de leur ami et l’œuvre