‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 37 sur 61 · A P P ES D ICE · texte numérisé non relu

A P P ES D ICE

de Racine. Il ne s’agit pourtant ici ni de Racine, ni du théâtre classique. Les noms ne sont pas ceux d’Achille et d’Agamemnon : ils flamboient comme des torches; Amar le sanguinaire, le sombre Robespierre, Danton, terrible à ses ennemis, et sur l’autel où elle sacrifie le monstre à je ne sais quel Dieu de la paix, l’implacable et chaste héroïne, la Corday , toute Hère de montrer sur sa blanche main cette goutte de sang que lady Macbeth est morte de rage de n’avoir pu effacer de la sienne. Robespierre vit , Danton vit ; Charlotte a bien frappé Marat ! D’où vient donc que le proscrit Salle qui sait tout cela , et qui sait aussi que les charrettes portent chaque jour à la mort, pesée par la main du Comité de salut public, leur charge de victimes , ne montre que des sabres de bois et des poignards de carton ?. . .

Le premier acte nous transporte en plein Comité de salut public. Danton, Barère, Robespierre, Amar, Hérault de Séchelles, délibèrent sur les moyens d’écraser leurs adversaires des départements. Quels hommes et quel moment ! Mais tout est mort, glacé, compassé , rien ne rappelle la terrible réalité. Barère rend compte de la correspondance:

• En faveur de* proscrits la guerre se prépare,

• Et pour la liberté le peuple se déclare.

• Déjà dans la Neustrie un chef est désigné :

• Wimphe outragé par nous, justement indigné. •

La Neustrie au lieu de la Normandie , Wimphe au lieu de Wimpffen qui serait trop dur pour la tragédie ; voilà toute la poésie de la pièce! Amar, le trop réel Amar, s’appelle Ainare, la Convention s’appelle le Sénat!

Il y a cependant çà et là quelques vers assez énergiques.

Le lieu de la scène est la salle du Comité de salut public ; le temps se passe en conversations oiseuses dans lesquelles l’auteur cherche à mettre en saillie le caractère de chacun des personnages. Hérault de Séchelles, dont il fait le héros de là pièce, on ne sait trop pourquoi, car il est de ceux qui ont livré la Convention à la Commune le 31 mai et le 2 juin,

Séchelles, effrayé du mouvement départemental, voudrait qu'on se réconciliât avec les proscrits. — Offrons aux proscrits, lui répond Robespierre d’une voix cauteleuse :

• Un oubli réciproque et l’espoir de U paix

• Sermns-les dans nos bras, mais pour les étnulfcr. »

Danton repousse ce moyen. Il ne partage pas les craintes de Séchelles ; à ses yeux le succès est certain. La bourgeoisie ne se battra pas pour les républicains ; il connaît sa lâcheté , son avarice ; il exprime son mépris pour ce peuple façonné aux vices par dix siècles de servitude. Ranime-t-on, d’ailleurs, la cendre des morts!

• Laissons ccttc chimère à ces fous orgueilleux

• Déplacés dans leur siècle et sans fruit vertueux ! >

Dans cette longue tirade attribuée à Danton, Salle trouve, comme nous le disions tout à l’heure, quelques paroles senties , dictées par les déceptions et l’indignation du proscrit au souvenir de la conduite de la bourgeoisie provinciale, sur laquelle la Gironde s’était appuyée dans sa lutte désespérée contre la Montagne :

• Qu’ont de commun Brutus et nos bourgeois modernes ?

■ Esclaves tous ensemble et tyrans subalternes,

» Dans leurs vœux turbulents, encor plus corrompus,

• De l’esclavage même ils n’ont plus les vertus.

( • Misérables ramas de lâches et de traîtres,

s Sans oser s’expliquer, ils regrettent leurs maîtres.

• Divisés dans leur but et sans règle commune ,

• A peine au milieu d’eux quelques républicains

• Marchent pour les proscrits

• Le reste, en abhorrant nos noms et notre empire,

> Parle de république et contre elle conspire.

» Non, non, pour les proscrits il n’est plus d’espérance :

• Wimphe lui-même, amis, trompe leur confiance,

» Wimphe désire un roi, pour sa caste il agit,

• Ne leur envions |»s ce chef qui les trahit.

• Ainsi doue hardiment consommons notre ouvrage,

• Ce peuple sans vertu est fait pour l’esclavage. •

APPENDICE

L’accent, malgré l’emphase des vers, est vrai, parce qu’il est sincère.

Cependant Henriot vient annoncer au Comité la mort •de Marat. Vengeance! s’écrie Robespierre. Plus de délais, frappons ! — Danton ne veut pas qu’on recommence les massacres de septembre.

■ Profitons du passé , sachons dans nos vengeances

• De la justice, amis, mettre les apparences.

■ Si t effroi fait trembler , c’est sur un tribunal ;

• Désormais ne frappons que d’un glaive légal. •

On est un peu surpris de ce langage de Danton, que Salles fait parler en ministre de la justice et comme il aurait dû agir en septembre.

Rien de plus ordinaire que de voir le sang appeler le sang ; et Charlotte Corday était prête au supplice le jour où elle fut prête au meurtre. Sous tous les régimes , dans tous les pays, l’homicide est puni de la peine capitale. La question ne parait pas si simple dans la pièce de Salle. Séchelles s’indigne qu’on veuille envoyer Charlotte, dont il tombe subitement amoureux, à la mort. 11 va conspirer contre le Comité pour la sauver. Dans l’interrogatoire de Charlotte devant le Comité, dans son entrevue avec Hérault, le langage de Charlotte est noble et fier, mais sans originalité, sans cette pointe d’ironie aiguë comme le couteau, qui est un des caractères de cette étrange nature. Toutefois Salle rencontre un vers cornélien : c’est lorsqu’on demande à Charlotte comment elle a pu d’un seul coup tuer Marat ; elle répond naïvement , pour expliquer le foudroiement de la victime, sans paraître se douter qu’on lui suppose le talent spécial à un assassin de profession :

• J'ai frappé fort : ma haine était plus forte encore. >

Séchelles a été entraîné à essayer de soulever le peuple par la passion que lui inspire Charlotte et par les conseils

d’un partisan des Girondins, Raffet. D’ailleurs, il déteste les Girondins :

■ Les orgueilleux! jamais jusqu'au soin <!c nous plaire

• Ils n'ont daigné plier leur fougueux caractère.

• Du haut de la tribune ils versaient des mépris ,

> Et de leurs succès seuls leurs cœurs étaient épris.

• Tous ces droits réclamés, cet amour de la France

■ Les touchaient beaucoup moins que leur propre éloquence. *

Il v a bien là quelque chose de vrai , ou tout au moins un grief exprimé par quelques-uns de ceux qui firent cause commune avec la Montagne au 2 juin. Mais Salle est moins heureux lorsque, mettant l’éloge de Charlotte dans la bouche de Séchelles, il lui fait vanter jusqu’à ses douces vertus. L’épithète est adressée à l’héroïne pour la première fois , et il faut que l’amant ait été bien aveuglé pour n’en avoir pas trouvé une autre aussi flatteuse et plus exacte.

Se conformant à la donnée historique, Salle montre Charlotte inaccessible à l’amour et puisant la pensée de son action dans un mobile désintéressé. Mais quel mobile? Le connaitra-t-on jamais avec certitude? Cette fille qui parle de l’avénement de la paix , qui date sa lettre à Barbaroux du deuxième jour de la préparation à la paix, dont l’œil rayonne de joie sur la charrette parce qu’il aperçoit derrière la guillotine une ère de bonheur et de concorde fraternelle, n’a-t-elle pas quelque chose du mysticisme exalté de Jeanne d’Arc? Bien qu’elle ne les ait pas avouées, n’a-t-elle pas eu, elle aussi, ses voix qui la poussaient, qui la soutenaient, qui l’encourageaient? 11 est certain qu’au point de vue psychologique il y a là comme un mystère, et ce mystère n’est pas une des moindres séductions de cette femme si étrange et si attractive. Charlotte a trouvé dans notre temps un autre Adam Lux : l’admiration qu’elle a inspirée, qui a fait perdre la tète à Lux, fera trouver à M. Vatel un véritable titre de gloire dans un livre du plus rare et du plus sérieux intérêt dont depuis dix ans il ras-

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semble les matériaux. La collection de M. Vatel , concentrée sur un seul point , sur l'heure où parut mademoiselle de Corday, est prodigieuse. Tout ce que celle-ci a touché, tout ce qu’elle a inspiré, tout ce qu’elle a sacré de son doigt , de son souffle ou de sa haine , est là ! *

Mais revenons à la tragédie de Salle.

Séchelles voudrait être roi pour mettre sa couronne aux pieds de Charlotte. Celle-ci s’indigne de cet amour:

• Insensé, pcux-tu bien inc faire cet outrage,

• De m'oflrir en ces lieux un si coupable hommage?

■ Ali ! si jamais ces vœux avaient souillé mon sein ,

> Je l'aurais des longtemps déchiré de ma main ! •

Très-bien. Mais dès qu’il s’agit d’expliquer le mobile qui a fait agir Charlotte , Salle est aussi embarrassé que la Montagne elle-même. Il est réduit à la faire parler ainsi :

• Liberté sainte, el toi, dont l'immortel génie

• Arma ce bras vengeur contre une secte impie,

- Bi-ntns! dieu bienfaiteur , dieu terrible aux tyrans,

• S’ as-tu de ton image embrasé tous mes sens ,

• N'as-tu frappé par moi ta première victime,

• Que pour voir son agent uic proposer un crime ? »

Quel pathos!... Cependant Charlotte a décidé Séchelles à prendre les armes contre le Comité , à faire appel à l’insurrection. L’insurrection triomphe, le peuple marche contre la Convention , quand tout à coup Séchelles meurt du poison que Danton lui a fait administrer. Raffet , Charlotte sont consternés, et Danton profite de leur stupeur pour les accuser devant le peuple d’avoir commis le crime , d’avoir frappé le défenseur de la liberté , car rien n’a encore révélé , à ce qu’il parait , les projets de Séchelles. Charlotte proteste. Mais comment croire aux paroles de l’assassin de Marat! Oses-tu bien, lui dit Barère,

• Oses-tu bien aussi,

• Toi, dégouttante encor du sang de son ami,

• Oses-tu, quand le ciel sur ton crime s'explique,

• Mêler ta voix coiqiablc à la douleur publique? •

La multitude stupide n’hésite pas à ajouter foi aux déclarations de Danton et à se tourner contre Charlotte et ses amis. Danton s’écrie :

• Et toi , lâche assassin ,

• Va , iflontc à l'échafaud ; ta récompense est prête ;

• C'est le fer «le la loi qui doit frapper ta tête. •

Tout a tourné à l’avantage du Comité de salut public. Ceux qui s’étaient ralliés à l'insurrection livrent leurs chefs dont ils demandent le supplice. Henriot vient bientôt après raconter la mort de Charlotte :

• C’est à travers les flots de ce peuple agité

• Qu’a marché cette femme avec calme et fierté.

• Souriant à l’insulte et dédaignant l'offense

> Elle a reçu la mort en invoquant Rrutus. •

Brutus! le Dieu Brutus! disait tout à l’heure Salle. Il faut un Dieu à tous les fanatismes, même à celui de la liberté , et il en fait le Dieu de Charlotte.

Danton est donc en droit de se réjouir. Il termine la tragédie en célébrant le triomphe du parti :

■ Amis, les grands succès sont dus aux grands courages;

• Marchons, et si le sort trouble nos avantages,

• Frappons avec audace et sachons tout dompter,

• Il n’est rien pour régner qu'il ne faille tenter. »

Dans ce dentier vers est la moralité, le trait politique de la pièce, in cauda venenum. Les Girondins regardaient Danton comme plus habile , comme plus puissant que Robespierre. Ils étaient convaincus qu’il visait à la dictature, au rang suprême, et qu’il était le principal artisan des violences dont la Convention avait été le théâtre. La haine , les préventions de madame Roland , partagées par Buzot, avaient pu contribuer à leur donner cette manière de voir.

Quoi qu’il en soit, une observation de Barbaroux sur le rôle attribué à Danton, qui déjà, d’après Barbaroux, s’efface lâchement devant Robespierre , a fait penser que la tragédie a été écriteau commencement de 1794.

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Elle n’est pas la seule production sortie de la veine poétique de Salle. M. Moreau-Chaslon, qui a publié le premier cette Charlotte Corday que M. Vatel doit rééditer prochainement avec un trés-curieux travail, a donné en 1865 un poème de Salle qui a pour titre : L’entrée de Danton aux enfers. Enfin , une autre tragédie : Satan cédant le fauteuil à Marat, montre l’acharnement avec lequel l’infatigable Girondin envoie aux enfers, où il devait lui-même, hélas ! descendre si prématurément avant eux , ses adversaires et ses ennemis. Ce sont d’innocentes jouissances données à l’imagination , mais elles attestent une ardeur de versification qui doit nous paraître bien extraordinaire, et par rapport à la situation du proscrit et par elle-même.

Ce fait est plus qu’une singularité, il exprime un des caractères de l’époque.

Le goût des vers est, en effet, un des caractères de la société de la fin du dix-huitième siècle ; on entrait dans le monde élégant par l 'Almanach des Muses , et nul n’aurait passé auprès des dames pour un cavalier accompli s’il n’eût été capable d’un couplet ou d’un madrigal. L’échafaud ne déconcerta pas ces rimeurs incorrigibles : qui ne connaît le pot pourri de Ducos! Proscripteurs et victimes chantaient, et quelquefois à la façon des bergers de Virgile :

amant alterna Caraœme.

M. Guadet, dans son Histoire des Girondins , rapporte une réponse en vers d’Isabeau à une requête d’un pauvre diable de poète bordelais, Romain Duperrier, qui avait été incarcéré probablement sans motifs , puisque le Comité de surveillance vint appuyer sa réclamation écrite en style poétique au proconsul. Isabeau se montra deux fois généreux, car il répondit en vers et il fit grôce :

• Vu l'arrêté ci-dessus présenté,

» Nous reposant avec tranquillité ^Sur la sagesse et la prudence • Du comité de surveillance.

MÉMOIRES DE PÉTIOM.

• Noua, du peuple français représentants auguste* . Sévères quelquefois , mais aussi toujours justes . » Ordonnons que Romain Duperrier, sans délai,

» Du fort de Ha sortira , s'il lui plaft ,

» Etendant même aussi notre arrêté » Sur la muse aimable et civique > Qui durant sa captivité * » A ses côtés chanta la république ;

. Laquelle désormais , en pleine liberté,

■ Errant dans les bois du Parnasse ,

• Sans rancune, pour sa disgrâce,

• Célébrera l'égalité.

» Fait par nous, à Bordeaux, en séance publique,

» Vingt-six ventôse an deux de la République. ■

Les tragédies avaient un peu passé de mode. Salle était évidemment un génie ambitieux. A côté de lui , Barbaroux écrivait des contes badins, des poèmes sur les champs, sur l’agriculture; les champs, auxquels rêvait Buzot , la plus séduisante perspective du retour à la liberté ! Les vers des proscrits ne sont pas très-poétiques, ils découlent d'une verve plus enjouée et plus patiente qu’originale ; dans toutes les bouches comme sous toutes les plumes , les vers ont, en ce temps-là, à peu près la même allure aisée et élégante, comme des enfants bien élevés qui doivent plus à leur tailleur et à leur précepteur qu’à la nature. Aujourd'hui, ce goût a disparu. Un homme qui fait des vers est montré au doigt comme un phénomène, un malade, ou un lauréat spéculateur qui poursuit dans l’ombre les prix de l’Institut. Il n’y a point de petit journal qui ne crût manquer d’égard à son public s’il insérait une œuvre poétique quelconque. Le poète qui fait sa carrière du théâtre huit par s’y consacrera la prose, parce qu’elle est plus lucrative, coûtant moins de peine et surtout moins de temps; le vers ne rapporte ni auprès des dames , ni ailleurs ; et comme c’est de tous les placements du capital esprit le plus improductif, il faut être ou très-pauvre ou très-riche pour s’en occuper. 11 n’y a guère qu’une manière d’expri-

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incr l’incurie de la misère la plus profonde ou de l’oisiveté la plus fastueuse : Il fait des vers !

Kn 1 793, le don d’écrire en vers n'était pas moins estimé des gens qui en étaient dépourvus que de ceux qui en liraient parti.

La tragédie de Salle fut donc lue, commentée, discutée politiquement, littérairement et grammaticalement par les amis. Tout, en cette œuvre, devait exciter au plus haut degré leur intérêt : le sujet , les personnages, particuliérement celui de Charlotte Cordav, qu’ils avaient vue à Caen.

Les apparences font présumer qu’à cette époque le* proscrits ne se voyaient pas facilement , car autrement ils n’auraient pas pris la peine de transmettre par écrit leurs impressions à leur compagnon. Salle et Guadet habitaient chez Guadet père; Buzot, Baiharoux et Pétion avaient trouvé un asile chez la bonne madame Bouquey : elle servait de lien et d’intermédiaire entre les proscrits; elle trouva même moyen de les réunir de temps en temps tous autour d’elle.

Mais laissons de coté, pour le moment, ce qui se rattache à l’existence si pénible et si précaire des représentants, et ne nous occupons que de leurs observations, où ne perce aucune préoccupation du sort terrible dont ils sont menacés. Elles se ressemblent sous ce rapport; elles attestent une pleine liberté d’esprit. Elles pourraient être datées d’un cabinet de travail, au lieu de la cave où elles ont été écrites.

Si le style a la même fermeté et la même sérénité dans toutes, chacune est conçue au point de vue de goûts, de sentiments et d’opinions qui différent ainsi que les individus. Il y a un côté curieux et nouveau de l’homine à étudier dans Pétion , Buzot et Barbaroux , le côté du critique politique, philosophique et littéraire.

M. Moreau-Ghaslon a publié, à la suite de la tragédie de Charlotte Corday , la lettre inédite de Barbaroux à

2tî MÉMOIRES DE PÉTION.

Salle sur sa tragédie. Nous publions- pour la première fois les lettres de Pétion et de Buzot relatives au même sujet.

La critique de Barbaroux porte sur un grand nombre de points : — le caractère d’Hérault de Sécbelles est dénaturé, puisqu’on en fait un homme de bien contre toute vérité ; Adam Lux aurait bien mieux convenu à la situation;— qui sait, d’ailleurs, si Hérault de Sécbelles ne viendra pas un jour attester au parterre , en pleine représentation de la pièce, qu’il n’a point été amoureux de Charlotte et qu’il est encore en vie?

Barbaroux propose en conséquence de supprimer Sécbelles et d’introduire dans la piece Adam Lux et Clootz. Adam Lux, adorateur de la liberté, amoureux de Charlotte, s’agiterait pour la sauver, réunirait les hommes de bien contre les tyrans , mais Anacbarsis Clootz , agent bien connu dans la Prusse, soulèverait la populace pour faire périr Charlotte Corday.

Barbaroux recommande eu finissant la peinture des caractères : La tragédie est l'histoire en action. « Vois ton Danton , et compare-le au lâche qui dans ce moment est devenu un des agents subalternes de Robespierre. Il faut eu faire un homme à grands mots , mais non pas à grand caractère. » Il trouve la versification négligée, même dans les bons morceaux. 11 demande que chaque parole mise dans la bouche de Charlotte Corday soit également tracée et digne d'elle. Je suis difficile , dit-il plus loin, parce qu’il s’agit de Charlotte Corday. Mot profond qui atteste l’éblouissement laissé dans l’àme des proscrits par la virginale et héroïque figure. « Je voudrais que, le procurant le Moniteur où son interrogatoire et la lettre qu’elle m’écrivit sont fidèlement rapportés, tu n’oubliasses aucun des traits qui caractérisent sa grande aine. »

Barbaroux ne croit pas que la pièce, ayant reçu tous les changements qu’il indique , soit indigne de figurer un jour, — nia chute de nos persécuteurs n'est pas éloignée, » — a côté de celle de nos maîtres. Il est vrai de dire que non-

A PPRND1CE.

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seulement il a bouleversé l’oeuvre de son ami par les changements qu’il indique, mais qu’il a réclamé la refonte générale du style, d’où il résulte que les nombreuses restrictions du critique ne rendent pas son iudulgenee compromettante pour son goût.

Voici maintenant les observations de Pétion et deBuzot.

Les observations de Pétion, bien que généralement judicieuses, n’auraient qu’un intérêt médiocre-, si eMes se bornaient à exposer les idées de l’ancien Maire de Ptirin pu matière (F esthétique, et à faire valoir son goût littéraire un peu plus avantageusement qne les Mémoires; mais Pétion trouve là l’occasion d’exposer son opinion sur le caractère des personnages du drame. 11 les a tous connus et il a été lié intimement avec plusieurs.

Les observations de Buzot, d’une écriture fine et nette, attestent le grand sens de ses avis, oette manière posée et ferme d’émettre son opinion qu’admirait en lui madame Boland.

observations de pétion.

« Il me semble que les caractères des principaux personnages de la pièce ne sont pas bien rendus, qu’on leur a donné dans le crime une élévation qui ne leur appartient pas, qu’on les a rendus moins odieux et moins vils qu’ils ne sont.

» Ces caractères sont aussi trop uniformes; je ne connais qu’un trait qui leur soit commun à tous: c’est la lâcheté. L’auteur, loin d’avoir saisi ce trait, a fait de chacun de ces personnages un homme courageux toujours prêt à sacrifier sa vie pour réussir dans ses projets d’ambition.

» Comment faire dire à Barère:

■ Que la mort m’engloutisse avant ce jour affreux !

» Comment faire dire à Robespierre :

• Oui, nous saurons mourir

» Mourons, mais qu'avant tout cette femme à leurs yeux

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