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tarda pas à devenir difficile. Habitués à marcher toujoursen avant , iis le voient tout a coup s’arrêter, entrer en lutte avec les patriotes les plus éprouvés , réputés les plus purs. Quoi! serait-il corrompu à son tour? Comment juger un homme à une si (grande distance dans oe gouffre de tentations et de perfidies ? Lui , provoquer ouvertement Danton, attaquer Roltespierie , l'immaculé, l’inébranlable, l'incorruptible, quelle audace! pour ne pas dire quelle faute! Ont-ils tort d’accuser de trahison, de rovalisme ce jeune homme qu'on connaît à peine?... Des doutes de cette nature durent traverser bien des fois l’esprit des républicains sincères de Marseille et causer à linrharnnx de cruels embarras. Pendant qu’à la Convention il fait face à la Montagne, il sent le ravage qu'opère derrière lui, auprès de ses concitoyens, la calomnie adroitement lancée par elle. Il y a un moment où la défiance de ses commettants est telle qu’elle le réduit à se défendre comme un accusé qui se sent condamné d’avance.
Résister aux siens comme on résiste à ses ennemis , pour se dévouer à ce qui parait être le bien public et le devoir, c'était faire preuve du véritable courage civique, si rare chez nous et surtout dans la jeunesse.
La correspondance de Barbaroux, que nous publions, s’arrête au 25 février 1793. Pour comprendre cette dernière lettre, il faut se reporter à la séance de la Convention du 23 du même mois. Ce jour-là, avait été donnée lecture de l’adresse de la Société de Marseille. Les signataires s’y plaignaient île la sévérité de la Convention à poursuivre les auteurs des événements de septembre :
« Le décret que vous avez rendu à cet égard , disaientils, ne peut être qu’un sujet de dissension entre les représentants et un prétexte pour poursuivre les patriotes les plus purs et les plus républicains. Législateurs, n’ac-
nSTDODUCTION.
nx
cordez pas ce triomphe aux contre-révolutionnaires , rapportez votre décret ! »
L’impunité des massacres, le droit implicite de les recommencer, telle était la condition à laquelle on paraissait offrir aux Girondins une réconciliation qu’ils refusèrent. Tout ce qu’ils ont dit, tout ce qu’ils ont écrit alors et depuis, montre qu’ils connaissaient la grandeur des périls auxquels ils s’exposaient en les bravant obstinément. C 'était une lutte désespérée contre le désordre et le meurtre. Si elle fut mal conduite, malhabile, il n’y en eut guère de plus héroïque et dont le dénoûment ait été pins clairement prévu pnr les victimes.
On pense bien que nous n'avons pas l’intention de retracer ici l’histoire tant de fois faite et encore à refaire du grand combat engagé entre les républicains de la Gironde et les absolutistes du salut public qui aboutit il la journée la plus funeste de notre histoire, à la révolution du 2 juin, le premier exemple heureux de la violation du droit et de la souveraineté nationale *.
Les députés expulsés par la force devaient être, dans le principe, simjvlement mis en arrestation chez eux. Puis l’arrestation devint la prison, la prison devint l’accusation capitale, l’accusation la mise hors la loi et la mort.
Les uns se rendirent dans leurs départements, dont ils avaient exprimé les sentiments, défendu les doctrines, afin de s’v associer aux moyens qu’ils paraissaient devoir prendre pour dégager In représentation nationale; les
1 On trouvera à la fin <le cette Introduction dans la .Voir C t'analyse d'un rapport de Drivai «ur le» papiers de Dolarid, fort curieux a plu» d'un titre el surfont par mie Irtlt-e de Louvet, écrite le 19 novembre 1792, où il indique, dés celle époque, le carac tère de la révolution consommée le 2 juin par les club» de Pari» contre Ica députés de la province.
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autres restèrent à Paris pour répondre de la pureté
patriotique des intentions de leurs amis odieusement
calomniés.
Quelques-uns des membres les plus modérés de la Montagne ayant eu l'idée de demander une amnistie pour les députés détenus, Vulazé écrivit une protestation énergique contre une grâce qui eut impliqué la reconnaissance d'une faute (5 juin) ; Vergniaud et ses amis ne demandaient que justice; ils requéraient le châtiment prompt et éclatant’ des auteurs du 2 juin (6 juin). Parère vint proposer, au nom du Comité de salut public, d’envoyer dans les départements des députés en otage pour la garantie personnelle de ceux qui étaient à Paris en état d’arrestation. Pétion écrivit qu’il croyait cette sûreté inutile, et qu’en ce qui le concernait, il refusait celui qui devuit répondre pour su personne (7 juin). Cependant les intentions des montagnards devenant de plus en plus menaçantes , Pétion , Harharoux , s’échappèrent, iluzot, dès le commencement de juin , avait gagné Evreux.
Le premier soin des fauteurs de la révolution du 2 juin, après s’être assurés de la personne de leurs adversaires, avait été de s’emparer de leur correspondance. Ils espéraient y trouver des prétextes, une apparence de justice, pour justifier une victoire si odieuse et pour achever d’accabler leurs ennemis. On arrêta donc le courrier Aubert, qui apportait directement au représentant du Ithône les paquets de la poste.
Ces paquets furent ouverts, et par un arrêté du Comité de salut public du même jour, 2 juin, l’impression des papiers qu'ils renfermaient et qui font aujourd’hui partie des archives de l’Empire, fut ordonnée sur la proposition même des membres de la députation du
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departement des Bouehes-du-Rhône. II n’y a rien dans ces papiers qui ne prouve l’innocence de Barbaroux, le peu de fondement des imputations qui lui étaient adressées. Quelques lettres des officiers municipaux de Marseille témoignent de la parfaite conformité des idées des mandataires locaux et du mandataire central. Kilos sont adressées aux citoyens Ch. Barbaroux, Ûuprat, Toussaint, Durand et Louis Duperret.
Nous lisons dans celle datée du 20 mai :
• ...Nous avons écrit avant-hier une lettre ail fidèle et estimable, mais cruellement calomnié, Barbaroux. L’assurance nue nous lui donnons de l'amitié et «le l'estime de Marseille pour lui et pour son incorruptible collègue Rcbecrpii , mitigera (nous nous plaisons à le penser) une partie des peines cjuc la scélératesse de nos communs ennemis leur a fait souffrir. «
Dans une lettre du 25 mai :
- Votre estimable collègue Rebecqui est arrivé il y a trois jours, et son retour à Marseille a causé une satisfaction générale; vous jugerez facilement de celle que nous avons éprouvée par ce «pie vos calomniateurs et les siens nous ont fait souffrir réciproquement.
• ...Nous relisons maintenant toutes les lettres de Barbaroux, nous les apprécions entière mont, et nous voyous «Jans toutes le patriotisme le mieux senti; nous y remarquons surtout la générosité avec laquelle il a répondu a toutes les calomnies qu*on a débitées sur sou compte, et qui ne font que relever aujourd'hui les vertus civiques de tous les députés fidèles à la cause du républicanisme. «
On voit aussi, par cette correspondance, cjue les amis de Barbaroux regardaient la présence de lMiilippe- Égalité à Marseille, où il était incarcéré, comme un piège de la Montagne, comme un moyen de provoquer dans la ville des soulèvements maratistes. A Nimes, Rebecqui signale l’arrestation d’un certain nombre de chefs :
• La conspiration était d'assassiner tous ceux qui possèdent et
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tou» le» vrai» patriotes, et do s'emparer de tou» leur» biou» , dte même que les femmes et les aini». » Il ajoute : • Amis, soyez tranquilles, la République est sauvée!... Je ne survivrai pas, de même que tou» le» vrai» républicains, sans les avoir exterminés ou vu» périr (les scélérats). •
Girard écrit (Marseille, 27 niai) :
* Tâcher, cher Barbaroux, qu’on lève un bataillon pour Paris... Aujourd'hui que les anarchistes sont dans le» fers, nous pubhons partout les peines que vous vous êtes données... Ne m’oubliez pas au sujet du bataillon... Sitôt la proclamation, je m'enrôle... Si je pouvais aller à Paris , gare Legendre et les deux collègues de Lyon ; vous savez de quoi ils sont capables, les Montagnards ; je ue vous eu dis pas davantage. •
Un autre ami de Barbaroux, Allemand aîné, lui écrivait en date du 23 mai, l’an II de la République , et Us premiers jours de la liberté des opinions :
« ...Notre position est en ce moment très-critique par les pièges qui nous sont tendus par les anarchistes et les intrigants expirants ou à la veille d’expirer tous. Les sections sont en activité, en vigilance continuelle ; rien n'échappe à l'ccit perçant du comité général des trente-deux sections, et en dépit de l'intrigue, des intrigants et de toute la cliipic moraliste, Marseille sera toujours la fière Marseille, digne soeur de Rome , la République enfin une et indivisible. «
Suit une liste d’arrestations , l’annonce du châtiment des traitres, des imprécations contre les complices de Danton, Robespierre, Marat, d’Orléans, dont on espère bientôt voir tomber la chienne de tête.
« Aujourd'hui on rend pleinement justice à Barbaroux. Marseille chante ce délicieux refrain :
• Barbaroux est notre patron (bis}
» Deis Marscillis sa la eounquctte, etc. •
La mère de Barbaroux était à cette époque auprès de son fils : « Embrasse ta bonne et chère mère , etc. »
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xxm
(UlI’LKl ?A l monui'ib.
Ali ! ça ira ,
Ça ira, ça ira ,
>oiid le» intrigants à la guillotine.
Ah! ça ira.
Ça ira, ça ira,
Le bon citoyen triomphera ,
’L’liomuic féroce périra ,
La paix sur nous reposera.
Ah ! ça ira ,
Ça ira, ça ira.
Tous les intrigants à la guillotine.
Ah! ça ira, etc.
La roi* cfu peuple prévaudra,
La République existera,
EU la cliifuc uxaratiste Sous nos coups expirera.
Ah! ça ira, etc.
• Pour te patriote Corsas. Nous avons chanté ce couplet nu Graml- Tliéàtre et aux Variétés. »
Mais le même jour, de sou côté, L. Granet aîné écrivait à sou frère le député F. Granet :
* Je jy ofite du retour du courrier extraordinaire, qui sans doute annonce la sortie rfn maire des prisons, pour t'assurer que, malgré tous le* intrigants, la chose publique sera sauvée et que le peuple peut sacrifier quelques victimes; mais la llépublique une et indivisible, tans fédéralisme, aura lieu, ou il lie restera â sa place qu’un tombeau. Marseille, 23 mai.*
Ainsi, on 1k voit, s’il y avait eu tiraillement, hésitation, commencement de mésintelligence entre les corps constitués de Marseille et Barbaroux vers le mois de février et de mars 1793, au mois de mai l’accord se trouvait complet. Il en résulta que les premiers coups de la Convention asservie pur la Montagne furent dirigés contre Marseille.
Le 17 juin, des Marseillais, ou plutôt, diseut des écri»
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vains tlu temps1, » de prétendus Marseillais, vinrent dénoncer Barbaroux comme un fédéraliste , un contrerévolutionnaire qui , suivant eux, était la cause de toutes les persécutions qu’essuyaient les patriotes du Midi. Thuriot fit un tableau si mensonger de la conduite de Barbaroux et tellement effrayant de la situation de Marseille, qu’il obtint, sans la plus légère opposition, le funeste décret d’accusation qui fut rendu contre son collègue. » Jusqu'alors on s’était borné à une prise de corps; maintenant on tirait le glaive du fourreau.
« Le 19 juin, Bréval , au nom du Comité général , fit mettre hors la loi tous les membres du tribunal extraordinaire créé par les sections de Marseille. Il fut en même temps décrété, sur la motion de Legendre, que tous les patriotes du Midi étaient invités à s’y rendre pour secourir leurs frères. » Appeler les populations en masse à courir sus à des gens mis hors la loi, c’était ussuréinent donner le signal de la guerre civile, en provoquer et en déchaîner les dernières fureurs.
Barbaroux s'était d’abord rendu à Evreux, auprès de Buzot. 11 ne tarda pus a partir pour Caen.
| A. LES MÉMOIRES DE PKTION. VÉRITABLE CARAC-
TÈRE DE l’iNSV ERECTION DÉPARTEMENTALE EXPRIMÉ DANS