‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 50 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Après la reddition d’Arles, Rebecqui et Berlin furent chargés, avec deux commissaires du département de lu Drôme, d’organiser le pays réuni à lu France, sous le nom de districts de Vaucluse et de Louvèze. Rebecqui connaissait trop bien l’esprit des papistes pour s’engager sur cette terre sans mie force respectable. 11 s’y rendit donc avec une partie de l'armée d’Arles. Je cite Rebecqui et non Bertin, parce que celui-ci, inhabile aux affaires publiques, ne s’occupa , dans toutes ces expéditions, que de plaisirs et de quelques vengeances personnelles. A l’arrivée des troupes nationales, les aristocrates avignonnais, qui s’accommodaient mieux des régiments étrangers, poussèrent des cris furieux. La barre de l’Assemblée législative en retentit : à les entendre, le sang ruisselait encore dans Avignon , et les commissaires avaient arrêté les subsistances de l’armée des Alpes. Rien n’était plus faux; cependant peu s’en fallut que Rebecqui et Bertin 11e fussent décrétés d'accusation. Ils ne nous avaient fait passer aucune pièce; on ne savait trop comment repousser la calomnie : toutefois Grangeneuve et ses amis obtinrent qu’on prononçât seulement un mandat à la barre.

Ils arrivèrent : Rebecqui vint loger dans mon appartement il Y hôtel de la République de Gènes, et nous y reçûmes encore Pierre Baille, l’un des députés extraordinaires du département des Bouches-du-Rhône. Pierre Baille était un homme nul pour les affaires ; nous avons eu dans la suite la faiblesse de le laisser nommer député à la Convention , et il s’est rangé sous les étendards de la montagne. Proconsul à Toulon , il écrivait de cette

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ville ces mots qui le peignent , Tout va bien ici, le pain manque. Après avoir donné quelques soins à la cause de Rebecqui et de Bertin 1 , nous pensâmes à nous occuper sérieusement de la chose publique, dont le danger était extrême. Roland, Clavière, Servan venaient d’étre expulsés du ministère. Dumourien, que l’austérité de leurs principes contraignait, les culbutu, et le fut lui-méme par la cour, alarmée de son ambition. De petits intrigants, Chambonas, Dejoly, Lajard, les remplacèrent. L’histoire citera la lettre que Roland écrivit au Roi. Rebecqui avait peut-être il se plnindre des dénonciations de ce ministre mal instruit de sa conduite à Avignon ; mais ayant lu cette lettre, il médit en la serrant sur son cœur : Je suis à jamais C ami de cet homme. Cet

I Barbaroux s’en occupa au point île rédiger la défense que Rebecqui devait prononcer au club des Jacobins le 2fl juin 1792. Voici ce discours que nous trouvons parmi ses papiers , écrit entièrement de sa main. Rebecqui parle en son nom et au nom de Bertin :

Frères et amis,

Nous n'avons tardé de venir au milieu de vous que dans l’espérance d’étre enfin jugés par l’Assemblée nationale et de paraître ici exempts d’accusation comme nous sommes exempts de reproches ; mais telles sont les manoeuvres de nos ennemis, qu'accusés et mandés à la barre dans un jour, nous avons vu écouler un mois sans parvenir à foire nommer le rapporteur qui doit examiner notre justification.

II est aujourd'hui évident qu'on ne nous a mandés que pour nous retirer d’Avignon, où l'on espérait foire triompher en notre absence le papisme et l'aristocratie ; mais telle a été l'impulsion que nous avions donnée aux habitants de ce pays dans le court espace de treize jours, que partout les élections municipales sc sont laites au gré des patriotes.

Accusés d’avoir arrêté dès boeufs destinés à l’armée du Midi , d’avoir requis des gardes nationales avant la réunion dé notre commission à Avignon, cl d’être entrés en triomphe dans oette ville précédés de plusieurs individus échappés des prisons, nous avons prouvé que la prétendue arrestation des bœufo était une calomnie évidente, puisqu’il n’y avait eu à ce sujet aucune plainte,

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