‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 55 sur 61 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

(i mi dit.)

On a vu que Barbaroux , en terminant la seconde partie de ses A U •'moires, annonçait que son intention était d’écrire quelques chapitres qui devaient être intercalés à leur place dans les chapitres qu'il avait déjà composés.

Les pages qui suivent, que nous avons trouvées dans ses papiers, nous ont paru former un de ces chapitres qui appartiennent à la partie déjà faite , ou peut-être forment-elles ce chapitre même qu'il jugeait devoir passer, dans l'arrangement de tout l'ouvrage, de la quatrième dans la troisième partie. Quoi qu'il en soit , le sujet auquel il se rapporte et sur lequel Barbaroux était à même d'être bien renseigné, la nature des événements qu'il jugeait avec un esprit droit, honnête, mûri par l'expérience et le malheur, lui donnent un véritable intérêt. Ce n’est pas seulement l'apologie de Duprat, c'est l'exposé précis des troubles d’Avignon avant les élections à la Convention.

Duprat et Mainvielle, natifs d’Avignon, faisaient le commerce des soies en cette ville et jouissaient d’une honnête fortune. Duprat, sans avoir eu une éducation soignée, joignait a un esprit farile des connaissances assez variées,, une philosophie aimable, et le plus grand amour de 'la liberté. A peine la Fronce commençait n

s’éveiller «le la stupeur de la servitude, qu’il forma le projet d’imprimer le même mouvement au comté Vcnaissin et à l’État d’Avignon, soumis à la domination du pape. Deux motifs l’y déterminèrent. L’horreur d’un gouvernement étranger vu dans ses ressorts et corruptions, et l’espoir de donner n la France même l’exemple d’une constitution républicaine, car le projet de se joindre h la monarchie française ne fit le sien que par nécessité : il aurait voulu reconquérir en entier l’ancienne liberté de sa patrie.

Avignon, où l'imprimerie jouissait d’une certaine liberté, où les poètes abordaient de toutes parts pour admirer le pays chanté par Pétrarque , et Vaucluse, que sans enchantement ne peut voir nul poète et surtout nul amant, et où s’est formée une secte d'illuminés, hommes ridicules dans leurs recherches, mais moins ignorants que le vulgaire; Avignon, dis-je, offrait plus de connaissances sur la politique et les sciences en général que la plupart de nos grandes villes de province. Duprat réunit dans une société secrète des hommes qui joignaient à ces lumières des principes philosophiques. On s’assembla d’abord chez Audiffret , riche négociant d’Avignon , on y déplora l’asservissement de ce beau pays au despotisme d’un prêtre ultramontain, on s’indigna de voir un peuple ardent, fait pour les grandes choses, gouverné par un vice-légat donnant assez ordinairement le spectacle des mœurs de l’Église italienne ; on rechercha dans les ouvrages de Manelier, de Boucher, etc., comment Avignon avait passé de la domination des anciens comtes de Provence à celle de la cour de Rome, et l’on découvrit que c’était une usurpation, un vol fait à une princesse pour la rémission de ses péchés, et que même une partie du

MÉMOIRES DE 11 A IllS A HOUX.

comté Venaissin, autant que je puis me le rappeler, avait etc donnée en payement de sermons ou d'indulgences. On composa sur tout cela quelques brochures anonymes auxquelles Duprat eut beaucoup de part; elles fixèrent l’attention publique, et lorsqu’on fut en état de se montrer, on proclama publiquement les principes qui commençaient à se développer en France.

Jamais un peuple qui tend à la liberté n’v marche avec méthode, et peut-être ne peut-on la conquérir que dans des convulsions. Avignon éprouva donc quelques secousses qui forcèrent le légat à en sortir. Alors la noblesse de la province, sans contredit la plus ancienne de la langue de Provence, sentit qu’il ne lui restait d’autre parti pour conserver ses prérogatives que de faire ellemême une demi-révolution pour empêcher qu’elle ne fit son cours entier. On parla donc de la convocation d’Klats généraux, et bientôt en effet ils s’assemblèrent, je crois, à Sainte-Cécile, petite ville du comté Venaissin ; d’abord on y approuva les opérations de l'Assemblée constituante, mais sous la réserve d’excepter ce qui ne conviendrait pas aux localités, prétexte ordinaire pour conserver les plus grands abus. On reconnut le pape souverain, on admit son légat duns l’assemblée, et on leva quelques troupes pour soumettre Avignon qui l'avait expulsé et dont le tiers état n’avait pu concourir à ces prétendus Etats généraux. Duprat sentit qu’il était temps d’agir; ses co-associés ne voulaient pas d’une indépendance absolue, et le peuple était engoué d’un projet de réunion à la France. Il fallut donc abandonner celui de constituer en république le petit Etat sous la protection d’un plus grand, et se borner à proposer la réunion à la France. Ce fut l’objet d'une confédération qu’ Avignon proposa a toutes les communes de la province. Les lu-

FRAGMENTS INEDITS.

mières se répandirent ; la confédération fut acceptée à la très-grande majorité. Duprat proposa une organisation provisoire des municipalités; elle fut faite, pour ainsi dire, spontanément, et la ville d’Avignon, changeant son administration, se forma une garde nationale.

Dans cette première révolution, il s’éleva divers partis; on a toujours accusé Audiffret de n’avoir pas voulu sincèrement la liberté : peut-être tenait-il pour le pape, comme nos feuillants pour le Roi. Quoiqu’il en soit d’a- ' bord, après l'organisation de la municipalité, qui fut envahie par ses partisans, il se brouilla avec Duprat, qui resta fidèle au parti populaire. Celui de l’aristocratie, dominant dans l’assemblée de Sainte-Cécile, s’agitait en tous sens; ses troupes étaient en marche. Des villages confédérés pour la liberté avaient été le théâtre d’horribles massacres ; d’autres, effrayés, avaient abandonné la coalition. Carpentras, ville entourée de murs assez forts, avait rompu elle-même le lien fédéral; le parti Audiffret était accusé de vouloir au moins transiger sur les droits du peuple ; enfin Avignon était menacé d’un siège. Duprat rallie ses amis, échauffe leur courage, s’empare de l’arsenal, fait assembler les sections du peuple, propose de lever une armée pour l’opposer h celle des privilégiés et soutenir la confédération , triomphe des papistes et des efforts des municipaux, lève l’armée, fait adopter cette mesure aux communes voisines, se renforce de leurs troupes, réunit une assemblée, et le suffrage de tout le pays le porte «à la présidence de cette assemblée.

Cependant les confédérés se mettent en marche sous les ordres de Patrix, officier de Saint- Louis, homme courageux, mais facile à corrompre. Une division était commandée par Rovère, marquis de Fontvielle. Celui-ci #

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était perdu de réputation , mais , comme il arrive dans toutes les révolutions, on avait pris ses projets ambitieux pour du patriotisme, et, il faut eu convenir, dans cette campagne il se conduisit en brave homme. Su division soumit plusieurs villages très- fortifiés par leur position, tels que Cabrières-Mérindol, si célèbres dons l’histoire par les massacres que d’Oppède et Guérin, président et avocat général du Parlement de Provence, y exercèrent au nom de la religion. Ou marchait en même temps contre Carpentras, daus la persuasion que ’ la prise de cette ville entraînerait la reddition de toute la province. J’ai souvent entendu dire à Duprat que lorsque l’armée des fédérés, forte, je crois, de trois ou quatre mille hommes, se mit en marche, il n’y avait dans lu cuisse militaire que sept sols et demi. C’était le plus grand tort de lu municipalité d’Avignon, qui, malgré les ordres de l’assemblée générale, n’avait pas voulu fournir aux dépenses de la guerre. Elle l’aggrava en refusant de laisser sortir les subsistances qui lui étaient nécessaires, et de là résultèrent de grands maux. L’assemblée générale lut réduite à l’approvisionner par des réquisitions : on donnait en payement des reconnaissances payables par les domaines nationaux. Les papistes les refusaient; il fallut enlever de force des bœufs, des grains, des fourrages. Ou résiste; lu troupe exerce des vengeances et brûle plusieurs granges; de là des haines, des calomnies et des divisions que les aristocrates de Sainte-Cécile fomentaient de tout leur pouvoir.

Duprat cherchait à concilier et le besoin de l’armée et le respect des propriétés. Il employait la voix de la persuasion envers les laboureurs et réussissait souvent. Quand il avait présidé l'assemblée, il montait à cheval, courait les campagnes, se portait lu où il y avait

du mal à empêcher, s’exposait souvent aux coups des forcenés, allait à l’armée et se battait. Des personnes témoins de ses travaux h cette époque m’ont assuré qu’il était infatigable. L’amour de la liberté augmentait ses forces, et il était bien secondé par les deux frères Mainvielle, par sa femme qui montait à cheval et ne fùvait pas les périls, et par Sorbin-Toumal , rédacteur d’un journal, homme honnête, courageux, et dont la femme se distinguait aussi dans la cause des confédérés.

Dtaberd la première division sortie d'Avignon rencontra à peu de distance (ù Surians , je crois) , l’armée des prétendus Etats commandée par d’anciens militaires. Les confédérés n’étaient que dix-sept cents et battirent quatre mille hommes ; non loin de là , il y eut un second combat où les confédérés vainquirent encore; on assure que le commandant général Patrix fit dans cette action tous les efforts pour être battu; il* avait' entassé sesi troupes dans des défilés et fait conduire ses cunons dans' un marais. Les soldats l’accusèrent hautement de trahison. Duprut accourut pour empêcher qu’on ne se portât il des excès et former un conseil de guerre pour juger légalement Patrix ; comme on le conduisait a ce conseil , un soldat le tua d’un coup de fusil, et ses camarades, en applaudissant à cette action , empêchèrent qu’elle ne fût punie. Il n’y avait plus de discipline dans l’armée ; le besoin des subsistances augmentait chaque jour le nombre des maraudeurs. Beaucoup de gens sans aven tpi s’y étnient joints de toutes parts ne se distinguaient que par des brigandages; la vengeance, excitée par les excès que l’armée des prétendus Etats commettait de son côté, tout, en un mot, multipliait les malheurs de chaque jour, et ils furent à leur comble lorsque Jourdan devint général de l’armée des confédérés. Jourdan,

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homme grossier qui avait gagné quelque argent dans le commerce des chevaux et de la garance , se trouvait , je ne sais comment, commandant d'un corps; il assistait, en cette qualité, au conseil de guerre qui devait juger Patrix. Après la mort de celui-ci, il fut question de nommer un général. Personne ne voulait une pareille place dans une armée qui venait de donner le plus grand exemple d’indiscipline. Jourdan se lève et déclare que pour lui il est prêt ii accepter. On ne répond rien ; il se nomme lui-méme, seul, demande aux soldats si on le veut pour général. Un ivrogne devait plaire à des ivrognes, ou l'applaudit, et le voilà proclamé.

C’est sous ces auspices que commença le siège de Carpentras, si on peut appelerde ce nom uneattaque d'un genre vraiment nouveau. Les confédérés étaientdistribués dans les villages les plus prochains de la place; à la pointe du jour, ils s’avançaient, se mettaient en bataille, canonnaient la ville et se retiraient. Dans une des attaques, le général Jourdan fit tellement approcher les troupes de la ville , qu’elles allaient être complètement fusillées du rempart, si on n'uvait pris le parti de les faire coucher ventre à terre et de les faire retirer ainsi marchant à quatre pattes. Antonellc, maire d’Arles et depuis député à l’Assemblée législative, qui s’était rendu à Avignon pour servir ses habitants, ne servit que ses plaisirs, et oublia dans leur propre ville combien il pouvait leur être utile par le voisinage d’Arles. Jourdan tout le jour recevait les députations des communes et leur faisait les plus étranges réponses ; ses lieutenants donnaient l’exemple de la dissolution des mœurs la plus inouïe; le frère aîné de Duprat, homme vain, ambitieux et méchant, commettait lui-même des excès ou se prêtait à les laisser commettre. Il n’y avait que quelques hommes sur les-

quels on put compter, et environ deux cents déserteurs de France intéressés au maintien de la liberté avignonnaise. Duprat lit avec eux des efforts inouïs; il alla jusqu’à établir une manufacture d’armes, et même il avait imaginé des moyens pour fondre des bombes, avec lesquelles il lui a été facile de soumettre Carpentras. C’est dans cet état que des médiateurs furent envoyés de France; ils devaient apporter la paix , ils la proclamèrent même, mais bientôt dirigés par le ministère et les aristocrates français, à qui la réunion d’Avignon ne plaisait pas, ils se déclarèrent contre ceux qui l’avaient demandée, et de là naquirent de nouveaux excès, par l’audace d’un parti, le désespoir de l’autre et l’habitude du crime dans tous les deux.

Cependant l’assemblée fédérative et l’armée s'étaient séparées. Duprat se rendit à Paris en qunlité de député d’Avignon et du Comtat pour solliciter la réunion à la France. Il avait pour adjoint dans cette mission un Avignonnais qui bientôt déserta la cause de son pays, et Rovère, qui s’occupa surtout de scs intérêts particuliers. Presque tous les écrits publiés par celte commission furent faits par Duprat. Il avait une manière d’écrire simple, soutenue et agréable par son harmonie. Il se conduisit dans cette mission avec dignité, parut avec ses collègues dans l’Assemblée constituante où il fut reçu comme ambassadeur, et y parla avec énergie des maux de la patrie et de la nécessité d’une prompte réunion. Ce projet était combattu par des hommes trop puissants pour être aussitôt adopté ; on l’ajourna, et, dans cet intervalle, les haines des partis éclatèrent plus que jamais dans le ci-devant Comtat.

L’histoire des horreurs qui s’y commirent n’a rien de comparable, si ce n’est à ce qu’on a vu dans ces derniers

temps. Les papistes, les nobles, les prêtres réunis et leurs satellites commencèrent cette sanglante tragédie par des massacres affreux, bientôt suivis par ceux que commirent de prétendus patriotes. Les premiers, entre autres crimes, enterrèrent vivant le maire d’une ville (je crois que c’est Vuison) , égorgèrent ses amis et en suspendirent les lambeaux dans les places publiques ; les seconds fusillaient, massacruieut aussi ceux de leurs ennemis qui tombaient dans leurs mains. Les médiateurs, au lieu d’apaiser les haines, les échauffaient en favorisant ouvertement un parti. Les exhortations de Duprat arrivaient de trop loin pour faire impression, et inéme on les cachaitau peuple; les deux Mainvielle et Savin Tournelle ne jouissaient pas d’assez de crédit pour en imposer. Duprat l’ainé, Jourdan, etc., favorisaient le désordre; il y eut dans Avignon de nouveaux mouvements. Le peuple chassa la inuniuipnlité dont il avait à se piuindre; les médiateurs Riant venir des troupes, et avec elles exercèrent dons plusieurs villes un despotisme (L'autnnt plus intolérable, qu’on les regurdait comme des étrangers et que leur action n’avait pas pour but lu justice. Partout ils élargirent des aristocrates coupables, au lieu de les fuira juger, et cette conduite impolitique fut cause du massacre de plusieurs. Je ne puis dire tous les événements de cette guerre civile; le plus affreux fut celui de la Glacière, mais il fut humblement) provoqué par les papistes. Lescuyer était un bon citoven d’Avignon , secrétaire delà nouvelle municipalité. Son courage, scs lumières le fuisniont regarder comme tin des chefs du parti de la réunion. Gn le fait un jour up|M>icr dans uue église où les papistes et les femmes attroupés avaient été préalablement échauffes pur le sermon des fanatiques et le prétendu miracle d'un Christ qui pleurait. Gn lui du-

mande compte de quelques faits, mais à peine eut-il commencé à s’expliquer, qu’on se jeta sur lui et que les femmes furieuses le massacrèrent à coups de ciseaux et de chaises sur les marches mêmes de l'autel. Son fils accourt, voit le cadavre de son père, s’arme, appelle à lui ses amis, court les rues en demandant vengeance. On arrête les aristocrates ou des hommes qui s’étaient trop montrés pour la cause du pape. On les entasse dans les prisons; on y court, et c’est ainsi que commence l'horrible scène de in Glucière. Lescuyer tua de ses mains sept de ceux qu’il disait être lu cause de l’assassinat de son père. Jourdan, à qui l’on a attribué ces massacres, n’v prit aucune (part) active, au rapport de plusieurs témoins, mais il ne les empêcha pas, et il le pouvait, car il commandait la garde nationale, ou du moins il était encore un des meneurs, ainsi que le frère aîné de Duprat. Quant à Duprat lui-même , après avoir écrit de Paris mille lettres pour calmer ces criminels mouvements ,- il s’était déterminé à partir, pour voir si sa présence et ses efforts ne parviendraient pas à les éteindre. C’est pendant qu’il était en route que se fit la boucherie de la Glacière ; il l'apprit il quelques lieues d'Avignon, où sa femme se rendit pour l’engager à repartir à l’instant et à fuir les vengeances de l'aristocratie,, qui, comme il arrive toujours dans les révolutions, n'était pas moins acharnée contre les vrais amis du peuple (jue contre les brigands. Duprat partit donc, et il n’échappa qu’avec peine à un régiment de hussards eprot* avait mis u sa poursuite.

Les troupes qui s'étaient rendues à Avignon ne favorisèrent que trop les vengeances personnelles. On pilla la maison de Duprat et ses magasins, ce qui occasionna la perte totule de sa fortune; sa femme, traînée par les

cheveux, fut emprisonnée; Main vielle le fut aussi; son frère cadet fuyant, sur les toits, les soldats allemands du régiment de Lamarck qui le poursuivaient, après avoir tiré sur lui cinq coups de pistolet*, se précipita des toits et se cassa seulement la jamhe. On le {raina ainsi brisé dans les prisons, où on lui fit souffrir des tourments affreux. Souvent on supposait que son supplice était ordonné, on préparait le billot, on lui bandait les yeux, on tirait le sabre et on le renvoyait. Ensuite on lui cassa deux fois à coups de barre la jambe deux fois raccommodée, et l’on dit que ce sont des officiers du régiment de Lamarck qui commettaient ces horreurs. L’ainé Mainvielle eut aussi beaucoup à souffrir dans sa détention , qui dura plusieurs mois ; cependant ces deux jeunes gens intéressants par leur figure et leur douceur n’avaient joué d’autre rôle dans la révolution que celui de vrais amis du peuple et n’avaient aucun meurtre à se reprocher.

Duprat était indigné de la conduite de ses concitoyens, mais sa femme, ses amis, son frère étaient emprisonnés; il sentait que ce dernier n’était pas sans tache, mais il sentait aussi que c’était son frère. Une plus liante considération le frappait. Tant de crimes avaient été commis de part et d’autre à Avignon et dans leComtnt,quepourles punir il fallait couvrir d'échafiiuds ce malheureux pays; il se détermina donc il solliciter une amnistie, et il l'obtint par le zèle des députés, qui envisagèrent cette question sous le vrai rapport politique.

A son retour, il fut élu maire d'Avignon; et ce qui fait complètement son éloge , c’est qu’à l'instant même toutes les vengeances particulières cessèrent; dans un pays où tant de passions étaient en effervescence , il sut maintenir l’ordre et le respect des personnes. Enfin

Avignon, tant qu’il fut présent, ne fut souillé d’aucune exécution populaire. Le lendemain de son départ pour la Convention, on pendit un citoyen et les brigandages recommencèrent.

Duprat aurait pu paraître avec quelque succès dans une assemblée, mais, extrêmement paresseux , il ne voulut jamais soumettre son indépendance au travail du cabinet. Cependant il servit son pays de toutes ses forces par des travaux plus efficaces, mais non moins utiles; il fut constamment attaché aux vrais principes et maintint dans cette route Mainviclle, qui vint il la Convention remplacer Rebecqui. Main vielle était bon mais facile; Duprat, au contraire, joignait à sa bonté un caractère ferme. L’un et l’autre n’ont du leur proscription qu’à Duprat aîné et il leur amour pour les principes. Duprat aîné, dévoré de jalousie de n’avoir pas même été nommé suppléant au lieu de Mainviclle, irrité des applaudissements, des éloges que les bons citoyens d’Avignon prodiguaient à son frère, et devenu le suppôt de la Montagne par son goût pour le brigandage, ne tarda pas à déclarer à son frère et à son ami une guerre à mort. Il s’était rendu à I’aris pour se joindre aux Jacobins; il y parla en termes peu mesurés de Mainvielle; celui-ci, qui ne savait pas dévorer une injure, se rend chez lui et lui propose un cartel. Le couard refuse, cachant son fiel, cric à l’assassinat, fuit une procédure, demande assistance aux Jacobins, fait intervenir le comité de sûreté générale, et l’on arrête Mainvielle, déjà revêtu du caractère de représentant du peuple. Il fallut un décret de l’Assemblée pour lui rendre une demi-liberté, obtenue non sans peine. Depuis, les brigands ont réveillé cette affaire contre Mainvielle, coupable d’avoir donné un soufflet à un jacobin qui ne vouluit pas se battre, et ils y ont im-

]>liqué Duprat comme son ami, et tous les deux, ainsi accusés d’avoir attenté n II» personne de ce jacobin et, de plus, d’avoir dans la Convention défendu les principes contre les brigands, ont eu l'honneur de mourir victimes de la tyrannie à côté de nos estimables amis.

Duperret , natif d’Aix en Provence, était d’extraction noble, mais de bonne heure il méprisa les hochets de la noblesse. Telle fut à cet égard la conduite de sa jeunesse, qu’il avait fait oublier au peuple son origine, tandis que par l’énergie de son âme il savait la rappeler à ceux qui gouvernaient l’État. Il prit en plusieurs circonstances la défense des opprimés, au point de paraître en amies contre la maréchaussée. Il était impossible qu’avec de tels principes il ne fut pas un des plus ardents amis de la liberté.

APPENDICE

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