‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 56 sur 61 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

CORRESPONDANCE AVEC LA MUNICIPALITÉ DF. MARSEILLE Février 179i à Février 1793.

Nous publions in extenso la correspondance de Barbaroux avec la municipalité de Marseille.

Cette publication a été faite d’après les lettres adressées par Barbaroux pendant la mission extraordinaire qu’il avait remplie avec Loys, sur la copie qu’il en avait gardée et qui se trouve en la possession de son fds, M. Ogé Barbaroux, sénateur; — d’après les lettres originales du maire et des officiers municipaux de Marseille ; — d’après les copies des lettres écrites par Barbaroux pendant l’exercice de ses fonctions de représentant du peuple à la Convention nationale, copies déclarées conformes au registre conservé dans les archives de la mairie de Marseille par le premier adjoint provisoire remplissant les fonctions de maire de Marseille, M. Nègre , en date élu 3 novembre 1848. — Ainsi l’authenticité de ces documents , dans la reproduction desquels pus un mot n’a été changé, est hors de toute contestation.

Cette correspondance offre un grand intérêt , non-seulement pour le biographe qui voudra écrire la vie de Barbaroux , dont à chaque page elle manifeste l’intelligence , le dévouement patriotique, l’activité infatigable dans l’accomplissement des missions dont il fut chargé, mais encore pour l’historien de la Révolution qui voudra étudier la part

et le rôle de la province dans le mouvement des idées et dans les actes de la Révolution. Marseille n’était pas un membre inerte d’un grand corps ; sa vie locale, ardente et active, a été un des éléments de la puissante vie de la nation à une époque où la Terreur n’avait point encore renforcé, au nom du salut public, cette centralisation du despotisme monarchique qui a fini par briser tous les ressorts de la province. En 1792 et jusqu’en juin 1793, un département était une individualité qui dans le conseil du pays était comptée pour quelque chose, car elle y avait des représentants et des défenseurs ; après le 2 juin, les départements sont asservis , et peu à peu ils entrent dans ce calme qui deviendra le sommeil , puis la léthargie. Au temps de la liberté, Marseille avait, de son propre mouvement, engagé la lutte avec la contre-révolution à Arles, à Avignon, à Carpentras, et partout assuré sa défaite. Ilrisée par la centralisation terroriste, elle n’a plus la force de continuer ce rôle de sentinelle avancée, et elle assiste impuissante à la trahison de Toulon. Il semble que les temps approchent où les parties de ce grand corps dans lequel , à la même heure, d’une seule pulsation et comme d’une seule àme éparse en elles , s’était dégagé le mouvement révolutionnaire , perdront peu à peu conscience d' elles-mêmes. Barbaroux a été un des derniers représentants de la dignité , de l’indépendance et de la vitalité provinciales. Sa correspondance avec ses concitoyens est le monument des travaux de sa vie politique si courte, et dont l’activité ne se conçoit que parce qu’on la sent soutenue par le zéle ardent de la chose publique. K Ile est le complément des mémoires qu’a laissés ce représentant de vingt-cinq ans ; elle justifie ses assertions et éclaire son récit.

Paris, Il février 1792.

Messieurs ,

Nous arrivons à Paris apres sept jours et demi de marche , qui n’ont pas été sans périls par l’inconcevable dégradation des chemins, et sans inquiétude par les difficultés toujours renaissantes avec nos postillons, qui ne voulaient pas recevoir des assignats de cinq livres.

La première journée ne nous conduisit qu’à Saint-Canat. On refusa de nous Faire passer la rivière de l'Isère dans la nuit ; mais depuis Lyon, quoique les chemins soient très-mauvais, nous avons presque toujours devancé la malle aux lettres.

Notre premier soin, en touchant le sol de Paris, est de vous renouveler les assurances de notre zèle. Nous mettons toutes nos forces , tous nos moyens à servir la chose publique et la cause de Marseille.

Dans la route, nous avons écrit à Nîmes pour nous procurer des pièces justificatives sur l'affaire de l'embauchcur d’Arles. — Nous ignorons encore si elles nous ont été envoyées à l’adresse de M. Granet. Tout ce que vous pourrez vous procurer contre cette ville rebelle, envoyez-le sans délai. Nous pensons «pie la bonne prise contre le directoire du département , c’est l’état de la ville d’Arles, c’est son silence sur Arles. Nous couvrirons d’un grand intérêt la cause de Marseille, en démontrant que ses démarches tendent surtout à conjurer l'orage qui menace la liberté et dont le foyer est à Arles; nous lui gagnerons tous les sentiments en la présentant comme la sentinelle de la Constitution , et ce rôle est en effet digne d’elle et de vous.

Quoique la dénonciation contre le directoire du département indique assez que vous demandez à l’Assemblée nationale d’être autorisés à acheter six mille fusils, cependant nous avons vérifié dans nos pouvoirs qu’il n’y était pas expressément dit que nous le demanderions.

En conséquence, veuillez bien, Messieurs, dans un prochain conseil général, nous autoriser à porter cette réclamation à l'Assemblée nationale. Il serait inutile de vous rappeler que l’extrait de cette délibération doit être légalisé par vous et visé par le directoire du district.

Au reste, nous n’attendrons pas cette pièce, ni aucune de celles que nous allons vous demander ci-aprcs pour entamer nos poursuites. Dès demain nos travaux commenceront. Nous prierons M. Granet d’assembler la députation pour lui donner connaissance de nos pouvoirs. Nous verrons MM. Potion, Robespierre et les

Jacobins ; nous nous ferons donner jour pour paraître à la barre de l’Assemblée nationale, et soyez bien assurés, Messieurs, que le sentiment qui nous anime doublera nos moyens, et nous rendra dignes de la mission honorable dont le conseil général de la commune nous a chargés.

Recevez , Messieurs , l'hommage de notre respect et de notre reconnaissance.

Les députés du conseil general de la commune île Marseille,

Signe : Lots et Rardarocx.

Di» 13 février 179*.

P. S. Les courriers ne partant pas de Pari* les dimanches, nous pouvons vous fiwrc en quatre mots le récit de nos premières opérations.

Noms avons vu hier matin notre très-brave concitoyen Granet, qui nous a donné heure pour aujourd’hui, dans un des comités de l’Assemblée nationale, pour communiquer nos pouvoirs aux député» du département des Boticbes-du-Rhéne. Nous avons passé le reste de la matinée avec les denx députés des Monediers d’Arles, qui non» ont donné des renseignements précieux sur cette ville, et nous ont conduits à midi chez M. Robespierre, que nous avons trouvé aussi fortement l’ami de Marseille que si cette ville était sa patrie; il a été convenu la qoe notre présentation aux Jacobins aurait lieu mercredi prochain ; elle ne saurait être pliai hâtée, attendu qn’il n’y a séance aux Jacobins que les jours où le Corps législatif ne s’assemble pas le soir. Non* allons noms rendre dans ce moment chez M. Pétion, et au rendez-vous de la députation, ce cpii ne nous permet pas de vous entretenir île* pièces qui nous sont encore nécessaire».

Signe : Barbaroux et Lots.

Marseille, le 24 février 1792.

Messieurs *,

La privation de vos lettres depuis le 4, jour de votre départ , jusqu’au 22 où non» avons reçu celle que vous nous avez écrite le li et le 13, nous avait causé quelque inquiétude , mais elle a été dissipée par la nouvelle de votre arrivée et de vos premières dcinar-

< I>a n* le Hautement des lettrés de Barbaroux et de la municipalité, nous avons rapproché les lettres dans Tordre de leur réception et non dans Tordre chronologique. Celle du 24 février suit ici celle du 13 et du 11 , parce qu elle renferme la réponse qui leur est faite, et la lettre de Barbaroux du 21 février a été placée apres celle adressée par la municipalité le 24, parce qu’elle n*a été reçue qu’aprièsque cette dernière avait été écrite.

ches. Vous avez emporté la confiance du conseil général de la commune, et nous sommes assurés des efforts que vous ferez pour réussir dans la mission délicate dont vous êtes chargés.

Le renvoi au pouvoir exécutif de la plainte formée par la ville de Lyon contre le directoire «le son département , ue serait-elle pas une présomption défavorable au succès de notre demande? Et au contraire notre dénonciation, ou celles qu’on nous assure avoir été portées à l’Assemblée nationale contre plusieurs départements , ne pourraient-elles pas faire revenir l’Assemblée d’un jugement que les doléances d’une seule ville avait ainsi déterminé? Vos lettres ultérieures, que nous attendons avec impatience, assoiront nos opinions, et vous êtes, Messieurs, bien plus à portée que nous de juger des dispositions des législateurs. Vous imaginerez facilement le peu de satisfaction qu’un renvoi semblable nous ferait éprouver, parce que vous avez comme nous bien des raisons de croire que le pouvoir exécutif ne fera pas triompher notre cause ; c’est à vous, messieurs r d’employer tous vos moyens pour éluder les intrigues ministérielles.

La société des Amis fie la Constitution a reçu votre lettre et l’a communiquée à la municipalité. Marseille est tranquille, et nous n’avons en cela aucune mauvaise nouvelle à vous apprendre.

Vous recevrez l'autorisation demandée, relativement à l’achat des fusils, avec notre légalisation et le vu du directoire du district, lorsque la délibération en aura été prise au premier conseil général. Nous nous empresserons également de vous taire parvenir les différentes pièces qui pourront vous être nécessaires.

Non» adressons à MM. Granct et Rlauc-Gilli un paquet pour le comité militaire de l'Assemblée nationale, et uu pour le ministre de la guerre , relativement à une nouvelle contrariété que nous éprouvons de la part du sieur Çoinci ; celte expédition sc trouve à cachet volant, vous pourrez en prendre connaissance et vous joindre à ces deux estimables députés pour faire en sorte d’obtenir le succès de notre juste demande.

Le directoire du département, par un de ces abus d’autorité qui lui sont ordinaires, vient encore de se mêler d'une affaire qui n’est |>oint de sa compétence, et, sans égard pour les principes constitutionnels, qui interdisent aux corps administratifs de se mêler du pouvoir judiciaire, il a cassé par un arrêté la nomination du greffier du tribunal de commerce de Marseille. Nous pensons que c’est au ministre de la justice à statua* sur ces sortes d’objets, mais nous aimerions mieux que l'Assemblée nationale eRe-mémc fut instruite de ce fait, qui oc fera qu’ajouter à la validité de nos plaintes contre le département.

Nous vous prions, Messieurs, (l’examiner dans le n* 47 de la Gazette universelle un article qui est relatif à Marseille et dont vous reconnaîtrez la fausseté et la malignité ; il s'agirait de requérir le rédacteur de déclarer le nom de la personne qui lui donne de semblables nouvelles , et d’agir en conséquence pour rappeler ces méchants au devoir.

Nous vous saluons. Messieurs, bien cordialement1.

Paris, 21 février 1792.

Messieurs ,

Enfin les affaires dont le conseil général de la commune nous a chargés sont en mouvement, et nous pouvons vous entretenir de nos opérations sans nuire à notre travail, qui pendant huit jours a demandé toute notre attention. La conférence avec les députés du département des Bouches-du-Rhône eut lieu le jour que nous vous avions indiqué. Nous en Rîmes fort bien reçus. Le résultat de la conférence fut, 1° que nous ne paraîtrions à l'Assemblée nationale qu’après avoir instruit les Jacobins de la situation du département des Bouches-du-Rhône et des principes contre-révolutionnaires de son directoire ; 2° que nous ne lirions pas à l'Assemblée nationale la longue dénonciation du conseil général de la commune , d’abord parce que l’Assemblée nationale ne permet pas qu'.on l’entretienne longtemps à la barre, et ensuite parce que, dans cette dénonciation, nous insistons beaucoup trop sur les intérêts de Marseille et trop peu sur l’état général du département, menacé d'une invasion et d’une guerre civile ; 3° que nous ne lirions en conséquence à la barre que le précis de la dénonciation, mais que nous la déposerions toujours sur le bureau avec les autres pièces justificatives; 4* enfin que nous ferions imprimer un mémoire pour mieux éclairer l'Assemblée nationale sur les complots que nous dénoncions. Nous avions la parole mercredi aux Jacobins, mais les députés présents ayant été appelés pour se rendre à une séance extraordinaire de l'Assemblée nationale occasionnée par des troubles survenus au faubourg Saint-Marceau au sujet des accaparements , on renvoya notre affaire à vendredi ; vendredi , il y eut encore séance extraordinaire, et nous fumes remis à dimanche. Cependant on nous instrui-

1 Tonies les lettres de la municipalité que nom reproduisons sont publiées sur les originaux mis à notre disposition. Elles portent toutes les signatures du maire et des officiers municipaux. Nous avons remarqué les noms qui suivent :

Mourraille, maire; Corail, Robert, Gaillard, Vcrnet , Bernard, Bonsonvard, Barthélémy Benoit, Lauglade, Guiraud, Xitard, Auguste Mossy, Boyer, Lirataad, Bertrand, Pourcelli (?) , Pétri (?), etc. Larguier, substitut, etc.

sit que le rapport des troubles d'Arles avait été mis à l’ordre de la séance du samedi soir. Nous fumes l'entendre ; il était vrai dans les détails, mais les conséquences étaient celles d’un modéré, c’està-dire celles d’un homme qui voit deux partis la où il u’existe réellement qu'une faction ennemie de la liberté. Le projet de décret était encore plus faible ; il tendait à tout accommoder, à tout pardonner, et à laisser par conséquent dans Arles le patriotisme opprimé. Nous crûmes que rien ne pouvait mieux faire ressortir ce rapport que la dénonciation de Marseille; en conséquence nous nous rendîmes dimanche à l'Assemblée pour paraître à la barre , mais M. Condorcet nous fit dire que la cause de Marseille était trop intéressante pour être confondue avec toutes les pétitions du dimanche , et fit rendre un décret pour que nous fussions entendus lundi. Dimanche au soir, nous lûmes aux Jacobins, savoir M. Loys, un discours sur l’état du département , et notamment sur la ville d’Arles, et M. Barbaroux, un mémoire à l’appui de la dénonciation de Marseille. L’un et l’autre firent beaucoup de sensation et furent plusieurs fois interrompus par des applaudissements. Nous avons paru hier lundi à l'Assemblée nationale; les journaux vous instruiront de ce que nous avons dit , et vous en trouverez une esquisse dans la feuille du soir que nous vous envoyons. Nous disons une esquisse, parce que cette feuille ne rappelle pas les chefs de dénonciation contre le département, que nous avons cependant formellement énoncés.

Il faut que nous ayons fait quelque impression , puisque tout le coté noir s’est déchaîné à l’instant contre les municipalités et contre les sociétés populaires. M. Guadet, député de Bordeaux, un des premiers orateurs de l’Assemblée, a détendu la cause des municipalités et l’a fait triompher, si c’est un triomphe que d’avoir obtenu le renvoi de la pétition du conseil général de la commune au comité des pétitions, et l'ordre au ministre de rendre compte des départements du Midi.

Nous avons demandé douze mille fusil» et non six mille fusils et six mille piques, par cette considération que nous ont fait faire les députés patriotes, que la loi ne reconnaissait que des gardes nationaux et non des piqueurs.

Les piques répandues à Paris au nombre de trente mille n’ont pas été fabriquées en vertu d’un décret , c’est le patriotisme qui les a mises dans les mains du peuple.

Messieurs, si vous voulez être libres, faites des souscriptions pour avoir des piques, armez le peuple de piques, car nous pouvons vous assurer que le moment n’est pas loin où les grands coups vont se porter, qui décideront de la liberté publique ou d’une éter-

neJle servitude. Jamam on ne non* parle ici tpie des impositions; nous vus en conjurons, veillez sur ce travail.

üne lettre qui nous a été écrite par l' accusateur public du département du Gard nous apprend que le bruit s’est répandu qu'on faisait marcher six mille hommes de troupe vers Marseille ; teneznous sur les avis, afin que nous puissions défendre notre patrie. Si nous vous avons peu écrit jusqu'à présent, c’est pour agir, c’est pour nous occuper entièrement île votre cause.

M. Pétion, avec lequel nous avons ea «ne conférence d'une heure, nous a promis de nous réunir avec les membres du comité des pétitions, et de donner à la cause de Marseille toute l'impulsion qui dépend de lui. .Çigrwe : k. et Ji*

Paris, le 3 mars 1792.

Messieurs,

Les ouvrages que nous vous adressons seront notre excase aujirès de vous du long silence que nous avons gardé.

L’heure du départ du courrier, qui nous presse, ne nous permet pas de vous entretenir plus longtemps. Nous fermons le paquet et nous nous rendons de suite à l’Assemblée nationale, où l’on traite l’affaire d’Avignon. Nous n’avons rien négligé pour la faire réussir, parce que notre cause est liée à celle-là. La liberté est toujours menacée par ses ennemis. Les ministres sont des traîtres , ils préparent quelque explosion funeste tin .côté du Midi.

Veillez avec votre sagesse ordinaire sur Marseille, conseille/, alimentez l’énergie du peuple, c’est le peuple seul qui nous sauvera.

Signé : L. et B.

A drus heures.

En ce moment on vient de décréter que le district de Vaucluse est réuni au département des Bouches-du-Rhône , et celui de Carpentras, sous le nom de à la Drôme. On traite la

question du rappel des troupes allemandes. Je crois que nous l’emporterons.

Marseille, G mars 1792 , l’an IV* de la liberir.

Messieurs,

Votre lettre du 21 février dernier, numérotée 2, nous est parvenue ces jours derniers; et uous avons lu dans les papiers publics ce qui y est dit relativement à vos premières démarches sur

lu mission dont vout êies charges. Vous devez avoir reçu vou&metues actuellement notre lettre du 24 février dernier, par laquelle nous vous accusons la réception de la votre des 11 et 13 du même mois; et MM. les députés membre* de 1a députation du départe* nient, eu général, ainsi que MM. Gratuit et Bbmc-Gilly, eu particulier, vous auront communiqué sans doute, suivant notre rucom-* uiandation , ce que nous leur avons écrit relativement aux dernières affaire* essentielles qui nous ont occupé*. Marseille est toujours tranquille , et il ne s'agit eu ce moment que de voir les déterminations de l'Assemblée nationale sur cet objet. Il est inutile que uou* cappellions à votre zèle l'intérêt que vous devez, y prendre; nous le connaissons ; vous avez notre confiance, et nous sommes sûr* qu'il ne dépendra pas de vous que les législateurs connaissent enfin la nécessité d'assurer la tranquillité dans les départements du Midi.

Vos observations sur la manière de présenter à l'Assemblée la dénonciation de la commune sont justes et conformes a notre vœu, et nous avons vu avec satisfaction que M. Condorcet, président, ait témoigné, comme il l a fait, son attachement pour Marseille. M. Pétion nous a répondu d'une manière bien agréable à la lettre que vous lui avez remise de notre part, et nous ne pouvons trop vous recommander de lui faire connaître combien nous y avons été sensibles.

Le conseil général de lu commune n'a point encore été assemblé depuis votre première lettre, et nous n’avons pas cru devoir le convoquer pour le seul objet de l'autorisation relative à la demande des fusils. Ce que vous nous dites d’ailleurs touchant la quantité Lien plus considérable d'armes que vous avez demander vousmêmes semblerait devoir changer quelque chose aux formalités «le cet objet. Vous voudrez bien nous jndiquor s'il vous est nécessaire d’être autorisés par la commune pour terminer un objet aussi important; car nous sentons, comme vous, qu’il est plus instant que jamais «l’aruier le* bras «les citoyens' «jui veulent être libres , si nous voulons conserver la liberté. Il a été fait des souscription* pour fabriquer des piques, et «>u s'est montré assez généreux depuis les derniers événements d’Aix.

L’objet dus impositions dans notre communs va aussi bien que nous pouvons l'espérer dans les circonstances. Notre travail à cet egard ua point de relâche, et le versement s'en fait au district d'une uiauièro très-satisfaisante. N 'oubliez pas d'en fairu pai l à l'Assemblée nationale si vous eu trouvez U occasion.

Nous u'avous pas entendu parler de la marche des troupes de ligne que M. l'accusateur public du département du Gard vous a annoncé avoir été destinée* pour Marseille ; mais nous ne serions

pas surpris que le pouvoir executif voulut essayer d’en faire marcher. Quanta nous, nous serons bien vigilants à vous en donner connaissance; soyez actifs pour prendre sur cela des informations sûres dans les bureaux des ministres, si vous pouvez y pénétrer.

Nous concevons l'importance de vos occupations, et nous ne sommes pas surpris que vous n'ayez pas trop le temps de nous écrire ; veuillez cependant profiter de tous les moments que vous aurez de reste pour satisfaire notre juste empressement , ainsi que celui de tous les citoyens qui vous ont donné leur confiance et qui nous demandent continuellement le résultat de nos opérations.

M. Fournier nous a communiqué l’article qui, dans le billet que vous lui avez écrit , est relatif à la démarche qu’on disait devoir être faite par le Roi à l'Assemblée nationale pour demander la destruction «les clubs ; il aura peut-être fait , ou on lui aura fait faire quelques réflexions plus mûres qui l’auront déterminé à n’en rien faire, car il parait certain «pie cette destruction n’est pas une chose facile.

Nous vous prions de vouloir bien communiquer à MM. les députés du département l’article suivant , relativement aux derniers événements à Aix.

Nous sommes assurés que lt*s peuples des différentes communes du département qui ont contribué au désarmement du régiment d’Ernest ont été indignés «le la dernière prestation de serment «le fidélité au Roi et au ci-devant comte d’Artois par ces militaires, sous prétexte que ce serment conventionnel avec leurs cantons n’avait pas été encore supprimé par l’Assemblée nationale, «pioit|ue le sieur d’Affry ait remplacé le sieur d’Artois.

Quant aux personnes de Marseille qui se sont transportées à Aix en cette occasion , ell«*s peuvent avoir été entraînées par la mauvaise humeur à laquelle aura donné lieu l’espèce «l’impunité où l'on a laissé ce régiment après les événements du mois d’octobre.

Nous craignons «pie la désorganisation du directoire «lu département n’apporte «piehpie retard à l’autorisation «pu* nous avons demandée pour l’emploi des neuf cent mille livres accordées à Marseille par l’Assemblée nationale, cependant il est de toute nécessité que nous n’éprouvions plus «l’obstacles pour payer des «l«*ttes aussi légitimes «pie celles «le la commune. Nous demandons avec la plus grande instance que le directoire du district soit provisoirement autorisé lui-même à approuver cet emploi , ou «pie nous puissions payer les objets les plus pressants sans autre autorisation , sauf à produire les comptes et quittances justificatives comme de raison.

Un objet non moins important nous occupe, c’est celui du semestre échu pour les intérêts de l’emprunt à Gênes. MM. Ver«l«*

AVEC LA MrmCIPALITE DE MARSEILLE.

et Straprcllo nous écrivent que les préteurs en exigent le payement, et nous ne sommes en aucune manière à même de l'effectuer. Il est très-essentiel que vous obteniez de l'Assemblée nationale une prompte décision bien finale , tant pour les intérêts dont il s'agit , que pour le capital dont le payement en avait été affecté par un décret à la caisse de l'extraordinaire.

Nous vous saluons, Messieurs, bien cordialement.

Paris, 7 mars 1792.

Messieurs,

Dès que les nouvelles officielles du départ des Marseillais pour Ai\ furent parvenues à la députation du département des Bouchesdu-Rhône, elle s’assembla et nous fit appeler à sa délibération. Il y fut arrêté que nous attendrions de plus amples détails, et que le lendemain, 4 mars, nous nous porterions chez le ministre de l’intérieur pour savoir s’il avait reçu quelque couiner pendant la nuit. Nous applaudîmes tous à la marche que la municipalité avait suivie; elle était dictée par la sagesse, et elle n'avait pas étouffé un élan de patriotisme que la triste position de notre département et de la France entière rendait bien nécessaire.

Le soir vers quatre heures, le 4 mars, le sieur Espariat reçut de sou correspondant à Aix les détails les plus intéressants sur le désarmement du régiment suisse d’Ernest ; il nous les communiqua le 5; à l'instant, la députation reçut un billet du ministre de l’intérieur qui engageait les députés à se porter chez lui. Nous y fumes; le ministre nous dit qu’il n'avait reçu aucune lettre officielle. Il entendit avec un étonnement sans doute supposé la lecture de celle que M. Espariat avait reçue; il nous demanda quelles étaient les causes de ce mouvement, nous lui dîmes que c’était l'oppression exercée par la direction «lu département, sa haine contre Marseille évidemment manifestée par sa lettre au ministre de la guerre, du 4 janvier, et l’état de contre-révolution des villes d’Arles et d’Avignon, dont les patriotes marseillais avaient voulu prévenir l’explosion dangereuse. Le ministre observa alors que le directoire lui avait caché cet état de choses, et qu’il fallait qu’il fût composé d'administrateurs scélérats, si ce que nous lui disions était vrai. C’est le mot, lui dit M. Archier; et il fit l’exposé des attentats du directoire; chaque député .ajoutait successivement desftiits que nous appuyions de pièces justificatives. Le récit des outrages faits aux prisonniers d’Avignon parut le frapper; il nous montra une lettre confidentielle de M. Bcauregard, l’un des commissaires civils d'Avi-

gnon, duquel, dit-il, il répondait. Enfin il finit par nous dire cet | «miles remarquables, mais qu'il a trop facilement oubliées : • Le ministre de l'intérieur ne peut pas approuver la in irchi des Marseillais; mais si l'état de contre-révolution est tel dans Avignon et dans Arles que vous venez de inc l'énoncur, alors, comme citovon, je dois dire fvtix cutfia, c’est une faute heureuse. • U fui enfin convenu que le ministre rendrait compte au Roi de ces événements, et que la députation, de son côte, en instruirait l'Assemblée nationale. Le soir du même jour, M. Barbaroux raconta aux Jacobins les nouvelles de M arscille ; il eut un mouvement de sensibilité qui produisit sou effet, car il avait à peine achevé, que toute l'assemblée, toutes les tribunes étaient debout, manifestant leur enthousiasme pour les Marseillais; tous jurèrent (le les défendre jusqu'à ta mort et d'intéresser à leur cause toutes les sociétés de l'Empire. M. Robespierre fut sublime; il déclara que celui-là serait un traître, mi infime, qui dans le sein de l'Assemblée nationale parlerait contre Marseille, il prouva que pour sauver la loi il fallait se mettre audessus do la loi, dans ces circonstances orageuses où le salut de la liberté est compromis. Jamais séance plus intéressante. Nous vous ferons passer le Èoy ola ckyijrtA phe des Jacobins, et la vous lire* tout eu qui a été dit sur le» Marseillais.

Hier, t> du courant, à onze heures du matin, comme nous nous occupions à vous écrire, nous sommes instruits que le ministre de l'intérieur allait se rendre à Y Assemblée nationale; nous nous y transportâmes aussitôt. M. le président venait de recevoir un pli renfermant divers verbaux dressés par la municqialitë d'Aix, le directoire du district et l'administration du département. On en Ht la lecture ; nous vîmes avec douleur que des réquisitions avaient été laites à ces corps administratifs par les chefs de la troupe marseillaise, (pii u'auraient jamais du donner leur signature. Mais notre étonnement, notre douleur furent extrêmes lorsque nous apprit nés leur retour, parce que rien ne pouvait justiHer leur départ, que leur marche vers Arles, ville évidemment révolutionnaire. M. Kspariat devait prendre la parole, mais dans ce moment il se trouvait auprès du ministre de l’intérieur. Ce Hit M. A cellier qui parut a la tribune; vous connaisse/, ses bonnes intentions, mais avant la voix très-faible, il ne pouvait être entendu, et sur U motion d’un membre qui l'interrompit, on suspendit la discussion jusqu apres le ra|>port du ministre. Immédiatement après, le ministre de l'intérieur et celui de la guerre parurent dans l’Assemblée. Quelle Hit noire surprise d'entendre le rapport du ministre de l'intérieur. Il n'y fut plus question des villes d’Arles et d’ Avignon contre-révolutionnaires, mais des Marseillais rebelles. Il jeta les soupçons les plus noirs sur

le patriotisme donL on le disait animé. Il lut une tort longue lettre qu il avait écrite dans la nuit aux directoires des départements de la Drôme, du Vnr, des Rouclics-du-Rliône et du Gard, dans laquelle, tout en recommandant la douceur, la modération, il provoejnait des mesures hostiles. Le ministre de la guerre annonça ensuite qu’il avait donné ordre pour qu’au réunît vingt-huit bataillons dans le département des Bouches-du-Rhône, dont quatorze de gardes nationales et deux régiments de hussards, lesquelles troupes seraient au commandement de Messieurs du Mui et Feinsac. Au reste, rien n'annonce dans son discours que ces troupes eussent l'ordre de se rendre à Marseille, mais seulement de couvrir Arles et Avignon. Personne ne prit la parulc, parce que le miuistrr de la guerre avant annoncé qu’il avait à entretenir l’Assemblée des objets les plus intéressants pour l’armée, on décréta de l’entendre. Celte affaire sera pourtant reprise , mais on veut voir, avant tout, quel sera le sort d’Arles et d’Avignon, et en attendant tous les députés patriotes suspendent leur détermination.

Une chose doit frapper dans toutes les intrigues ministérielles, c’est que depuis six mois le ministre de la gneiTe n’a pas trouvé un seul régiment pour dompter les contre-révolutionnaires artésiens, attendu, disait-on, l'état des frontières, et qu’aujourd'hui on trouve en quelques heures vingt-huit bataillons et deux régiments d’hussards pour les envoyer contre les patriotes.

Nous prononcerons fortement toutes les vérités, dès que le» esprits seront un peu moins frappés de la violation de la loi. Nous voulions paraître à la barre, mais les meilleurs députés nous ont tait observer que nou» ne serions pas entendus; et, en -effet, pendant que M. Arcbier parlait, il s'élevait des voix dans la salle qui, disait-Ü, vent excuser une violation à la loi. Il faut. Messieurs, vous pénétrer de cette idée que l’Assemblée nationale e.st aux deux tiers mauvaise, très-mauvaise, plus mauvaise que l’ancien côté du clergé et de la noblesse, et que le petit nombre de patriotes qu’elle renferme, excellents par leurs principes, même par leurs talents, manquent de tactique et ne s’entendent pas entre eux, d’où il résulte que les succès du patriotisme ici ne sont pas obtenus , mais arrachés avec toute la difficulté possible. Notre seule espérance est dans le décret sur Arles. Si nous l’emportons à cet égard, tout ira bien, sinon, non; et voilà pourquoi, Messieurs, vous ne devez, pas cesser un moment d’entretenir le courage et le patriotisme dn peuple ; encore une fois, nous vous disons que le peuple seul nou» sauvegarde.

Pour nous, Messieurs, réfléchissant sur l’état de Marseille et les événements inévitables qui naîtront de l'impulsion des choses, nous

voulions partir à l’instant pour nous rendre a notre poste. Après bien des discussions il a été arrête que M. Barbaroux attendrait à Paris vos ordres, et que M. Lova se rendrait en diligence à Marseille ; il serait parti dimanche môme, s’il n’avait pas ôte arrêté par une fievre continue des plus violentes qui a duré trois jours, et tpii heureusement s'est calmée; il partira demain jeudi.

Nous étions sans ressources à Paris; il nous (allait paver les mémoires que nous avions fait imprimer, nous pensâmes pouvoir nous adressera MM. Rilliet et Cie, banquiers de la commune. M. Dominique Audibert, à (pii nous (hues part de nos projets, nous offrit obligeamment sa garantie, attendu que nous n'avions aucune lettre de créance sur M. Rilliet; et, en effet, il nous expédia un mandat de 1,500 livres sur M. Rilliet, dont nous lui fîmes notre reconnaissance , qui vous sera présentée. Siyné , L. et B.

Marseille, le 16 mars 1102, l’an IV* de la liberté.

Monsieur et cher ami.

Nous avons lu avec bien de la sensibilité votre dernière lettre du 7 mars courant, laquelle avait été précédée peu de jours auparavant par l’envoi de vos imprimés relatifs à votre mission. La municipalité a vivement applaudi à la manière dont votre estimable collègue s’est énoncé, et à celle que vous avez employée vous même pour présenter à l'Assemblée nationale la situation critique où se trouvent les départements du Midi, et particulièrement la ville de Marseille. Certes, si les législateurs ne sont pas sensibles à l’exposé que vous leur avez fait, il ne nous reste plus que de tristes réflexions à faire, mais ils le seront sans doute, et la cause de la liberté triomphera. Occupons-nous tous avec courage des moyens propres a la maintenir, et soyons surs que si les intrigues des malveillants sont effrayantes, les efïbits et l'indignation des patriotes doivent être bien plus effrayants encore pour ceux qui s’opposent à l'affermissement d’une constitution que le génie de la France protège, et dont le renversement n’est plus une chose possible.

Restez, Monsieur et cher ami, restez à votre poste ; la municipalité vous en charge expressément jusqu'à ce que les objets importants que vous avez a traiter soient terminés. N’en négligez aucun, ou pour mieux dire traitez-les tous également avec votre zèle ordinaire ; nous vous le demandons avec instance, parce que tous ces objets sont également indispensables à la tranquillité de Marseille, et quoique les uns semblent plus frappants pour le patriotisme, il est certain que les autres sont aussi essentiels. Nous nous reposons

Jonc #n r vous , et nous vous prions de nous écrire le plus régulièrement qu'il vous sera possible. Vous sentez combien nous sommes intéresses à connaître successivement le résultat de vos opérations, et quoique notre confiance dans vos soins soit entière , il est des déterminations qui peuvent dépendre d'un avis tôt ou tard arrivé. IndépendainraenUde ce motif qui est majeur, vous connaissez l’ardeur des Marseillais, et vous ne pouvez pas assez nous écrire pour nous mettre à même de répondre à la multitude des questions qu’on nous fait, avec la prudence que nos fonctions et notre amour pour nos concitovens exigent. Nous nous en rapportons aussi à votre sagesse sur la teneur des lettres que vous écrirez à nos frères les amis de la constitution ; rien ne doit leur être caché sans doute, et nous pensons comme vous epie c’est le peuple seul qui doit nous sauver toutes les Ibis que la dernière extrémité arrive ; mais jusque-là nous croyons que par intérêt pour le peuple ce doit être à ses premiers magistrats que les avis de confiance doivent être donnés. Vous pouvez donc nous écrire tout ce que votre coeur cl les circonstances vous dicteront ; le conseil municipal mettra toujours dans ses déterminations une fermeté calme , et si contre tout notre espoir nous en sommes réduits à employer la force pour nous défendre, celte force sera bien plus avantageuse et mieux dirigée en la combinant avec cette tranquillité que l'àge, l’importance de nos fonctions et un nombre point trop considérable d'opinants doivent nous promettre. Nous n’avons au surplus qu’à nous louer du patriotisme du peuple, et vous avez bien raison de croire que les Marseillais seront toujours un obstacle invincible aux succès des ennemis de la révolution.

Trois officiers municipaux furent députés à Aix aussitôt que nous eûmes connaissance des dépêches adressées par le ministre aux administrateurs du département ; ils conférèrent avec eux, et a leur retour nous fûmes satisfaits du résultat de leur conférence. Nous attendons celui des opérations ultérieures du département, et nous croyons que les expressions du ministre et la religion des membres qui le composent produiront une détermination bien capable a dissiper toutes les sollicitudes que vous nous témoignez dans votre lettre ^à l’égarJ de tout ce qui nous avoisine. Nous attendons avecla tranquillité d’hommes libres l'effet des réclamations que la France entière porte aujourd'hui à l’Assemblée législative, et nous finissons par dire : La constitution, la liberté, la révolution ou la mort.

On assure a Marseille la mort subite de l’empereur Léopold ; elle paraît même être certaine ; vos lettres nous instruiront de ce qui en a été dit à Paris, et de l’effet qu’une circonstance aussi intéressante qu’imprévue aura produit dans la capitale , si toutefois elle est vraie.

Adieu, Monsieur et cher ami ; recevez la nouvelle assurance de nos sentiment» fraternels que nous vous donnons avec bien du plaisir, en attendant l’arrivée de notre cher collègue M. Lovs.

Paris, 9 mars 1792, l’an IV* de La liberté.

Messieurs ,

C’est à quatre heures du matin que le départ de M. Loys a eu lieu. Je puis von» répondre qu'il ne s’y est déterminé que d'après l'avis des personnes les plu» sages. M. Robespierre surtout a approuvé cette démarche, et a engagé M. Loys à passer par Nîmes, dans l’objet d’v relever le courage des patriotes et de voir par luiniciiic l'état de ce» pays où se prépare, d’après les nouvelle» que nous recevons tons les jours, la première explosion. Je reste seul à Paris, livré au chagrin de n’ôtre point à mon poste dans ces jours de péri! , mais animé par l’espérance de voir réussir la mission dont je suis dépositaire.

Il avait été convenu avec M. Bréard, notre rapporteur, que l'affaire de Marseille serait divisée en deux parties, la demande des fusils et la dénonciation du directoire du i lé parlement ; que la première s’était présentée d’abord après la conclusion de l'affaire d’Avignon, et M. B ré art pensait qu'elle ne souffrait aucune difficulté, et que la seconde ne sci ait traitée qu’apiés la coininnnicntiou que le comité avait exigée, se fondant sur ce qu'il fallait que ce directoire fût entendu.

Cette division subsistera toujours, mais les derniers événements apporteront d’un côté quelques obstacles, et de l’autre quelques succès. Les obstacles sont dans la défaveur du moment qui m* permet pas au rapporteur de présenter a l’Assemblée nationale la demande des fusils, et les succès dans la certitude que l’on a maintenant que le directoire est exécré. Si l'affaire d’Arles est bien jugée, je crois que le directoire n’échappera pas à la hante cour nationale.

Je dois paraître dimanche à la barre pour l’affaire des forts; M. Dupcnat a pensé que la défaveur du moment était encore trop grande, et qu’il fallait renvoyer apres l’entière discussion de l’affaire d’Arles. Je mets la dernière main à un mémoire complet sur les forts de Marseille.

Hier au soir, 8 mars, M. Narbonne, ministre de la guerre, vint annoncer à V Assemblée nationale que le Roi avait suspendu M. Barhantanc, commandant à Aix, pour n’avoir pas ordonné au régiment d’Ernest de faire fou sur les factieux marseillais. Il déclare que la conduite de ce général serait soumise ati jugement d’une cour mar-

tiale. M. Girar«lin parla au contraire avec éloge de M. Barbantane, et dit fort clairement qu’il n était persécute qne parce qu’il était jacobin.

Permette* que je vous engage à offrir à M. Barbantaim, qne les jacobins estiment !>oaticoup, tous les secours qui dépendront de vous, et la plume de votre secrétaire greffier adjoint, si vous pensez qu’elle puisse lui être utile.

Le ministre s’étant avisé de dire, dans son discours, qu'il s’adressait aux membres les plus distingués de l'Assemblée, fut complétera ont hué; les tribunes criaient : A l’abbaye! on allait le rappeler à l'ordre, mais an moyen de quelques explications qu'il donna, on décida mimstériellement qu’on passerait à l'ordre du jour. Ensuite parurent «les soldats du régiment de la Couronne qui l’accusèrent de les faire manquer de vêtements, et d’avoir fait une ordonnance militaire avilissante pour les soldats. Leur discours était simple, mais énergique. Le ministre qui les regardait pour leur en imposer, ne réussit pas, et dans cette séance il fut complètement Imttn. On dit qu'il vn donner sa démission. Cela ne suffit pas; l'Assemblée nationale, si elle avait de l'énergie, l’enverrait à Orléans pour l’avoir trompée en lui «lisant des douceurs.

Le bruit court encore que l'ordre de rassembler viii|;t-lmit bataillons dans notre département est révoqué.

Je vous demande en grâce, Messieurs, «fr n’être point aussi avares de vos lettres, et «le me tenir sur les avis, pour que je puisse servir utdeinent la chose publique.

Quel est le derni<?r état de l'affaire de Gênes? J’entends par dernier état les opérations faites ou a faire pour le payement des intérêts échus.

Il me semble que vous devriez profiter de la dispersion d’un Éroctoirc ennemi pour obtenir l'administration générale, les <lemande* rejetées par le directoire, l’approbation de la réparation «les chemins, et l'autorisation des pavements à faire à un créancier, sur les neuf cmt mille livres avancées par la trésorerie nationale, somme «pie vous «levriez faire en sorte de bientôt avoir cm entier à Marseille.

Je devais von» faire passer le logotnehygraphe des jacobins, mais je viens d’apprendre qne cette feuille est suspendue jusqu’au l«r avril, le nombre des abonnés n’étant pas complet. R,

Pari*, le 13 mars 1792, l’an tV# de la liberté.

Messieurs ,

L 'attitude que l’Assemblée nationale vient de prendre depuis

samedi dernier, et le concours des plus heureuses circonstances, ont sauvé la chose publique. Le ministre de Lcssart a été mis en état d’accusation. Nous étions dans les tribunes avec quelques jeunes jacobins, observant tous les mouvements de l'Assemblée, lorsque nous vîmes une quantité considérable de patriotes se déplacer du côté droit pour se placer au côté gauche, a l’effet d’en imposer aux ministériels. Nous nous persuadâmes que le sort du ministre serait décidé dans cette même séance, et comme nous vîmes sortir quelques-uns des amis de Dclcssart, nous présumâmes qu'ils allaient l'engager à partir, et plusieurs de nous Rirent en instruire M. Pétion, tandis que d’autres, renforcés de quelques citoyens, allèrent se poster aux avenues de sa maison particulière. Ces mesures eurent leur effet ; le ministre n’osa fuir, le décret d’accusation lui fut signifié, et dans la nuit même il partit pour Orléans.

Le même jour on apprit la mort de l'Empereur; elle a été confirmée, et cet événement, opéré par une providence éternelle, changeant tout à coup le système politique de l'Europe, garantit notre liberté, assure l’indépendance des Belges, qui ne manqueront pas de se soulever, et va nous faire prendre enfin le premier rang entre les puissances de l’Europe.

Dimanche le ministre Duport a été dénoncé, et c'est aujourd’hui que l'Assemblée nationale, après avoir entendu son comité «le législation, prononcera sur son sort.

Narbonne a été remercié; les avis sont partagés sur son compte, on le regarde comme victime «le la faction de la Reine et <lt*s Lanieth , «pii ont profité de ses dernières fautes pour l'expulser «lu ministère.

Le ministre de l’intérieur a dit «lans l’Assemblée que ses fonctions puhlûpies allaient bientôt cesser.

Hier T Assemblée nationale n'a pas été moins majestueuse; ce matin on adjoignit aux membres du comité dip!oinati(pic les six suppléants «|ui sont à peu près les membres les plus forts «le l'Assemblée. Cette motion avait été précédemment rejetée, et les ministériels avaient fait entrer dans ce comité six des leurs.

Le s«»ir, après avoir porté un décret d'accusation contre divers embaucheurs, on commença à discuter l'affaire d’Arles. Noi bonnes destinées firent arriver à la fois diverses lettres de Nîmes, «lu departement «le l’Ardèche, «|ui confirmèrent les nouvelles désastreuses qu’on avait reçues d'Arles, excitèrent davantage l’attention de l’Assemblée. Cette discussion dura jusqu’à dix heures. Elle est renvoyée à ce matin.

Je vais me rendre chez MM. Guadet et Vergniaud pour les entretenir d’Arles et du projet du décret que nous avons làbriqué

dans mon appartement, et à dîner avec MM. Grangcneuve, Archier et Chabot , et les député» d'Arles et d’Avignon; mon but est de saisir dan# le filet d’accusation le directoire du département des Botiches-du-Rlmne. Je ne puis vou# entretenir d’autres articles du projet, mais j’ai découvert dans la constitution (pie l’Assemblée nationale, exerçant la police constitutionnelle sur les corps administratifs , n’a point besoin de soumettre ses décrets à la sanction du Roi. C’est une des plus belles questions qui aient été traitées dans l’Assemblée nationale; elle enlève au Roi une initiative que la faiblesse de nos législateurs lui avait donnée, et non la loi. Elle fera cesser les éternels renvois au pouvoir exécutif, qui étaient un vrai déni de justice. Enfin elle assurera le triomphe de notre cause, sans crainte du veto, dans le cas où l’Assemblée, n’osant prononcer le décret d’accusation, ordonnerait seulement la dissolution de la municipalité d’Arles, de son district et du directoire du département, et se bornerait à les renvoyer au tribunal criminel séant à Aix.

Je vous réitère la prière instante de me tenir sur les avis. On dit que le département députe, que* la municipalité d’Aix a député, et j’ignore ce dont il s’agit et ce qu’il faut faire.

Dans trois jours les choses ont tellement changé, que je puis vous assurer à présent une prompte et bonne décision sur toutes vos affaires, parce que l'Assemblée nationale a de la force, et que les ministres ont péri. B.

Paris, le 13 mars 1*79:2, au soir, l’an IV* de la liberté.

Messieurs ,

Voici en aperçu le décret provisoire que l’Assemblée nationale a rendu ce matin au sujet de la ville d'Arles et du directoire du département des Bouches-du-Rhône :

1° Le directoire du département est suspendu et mandé à la barre, ainsi que le procureur général syndic, pour rendre compte de leur conduite ;

2® Le directoire du district d’Arles est suspendu et mandé à la barre avec le procureur de la commune ;

3° La municipalité d’Arles est suspendue et mandée à la barre avec le procureur de la commune ;

4° Les trois commissaires civils envoyés à Arles par le Roi sont mandés à la barre ;

5® Tous les corps administratifs et commissaires comparaîtront le l*r avril ;

6° Ils seront remplacés : le directoire du département par l'administration générale, qui choisira dans son sein un directoire provisoire, le directoire du district d'Arles par son administration, et sa municipalité par les notables ;

7° Tous les citoyens artésiens arbitrairement retenus, seront de suite mis en liberté ;

8* Enfin il sera formé dans le voisinage d’Arles un camp de troupes , principalement composé de gardes nationales , pour se porter dans tous les département» du Midi et y faire respecter la Constitution.

Cette affaire eût été jugée au fond, les corps administratifs seraient déjà en état d’accusation , comme le portait mon projet de décret confié à des législateurs patriotes, sans une maladresse de M. Antonelle, ou sans sa modestie déplacée. Interpellé par un membre de l’Assemblée de prendre la parole pour l’éclairer sur les faits, lui qui en avait été témoin, lui que l’Assemblée nationale et le peuple désiraient voir enfin à la tribune, M. Antonelle a répondu qu’il avait composé un mémoire qui n'était pas encore entièrement imprimé, et il a demandé l'ajournement, qui a été décrété, et alors il a bien fallu en venir à des mesures provisoires. M. Guadet, que nous avons visité ce matin avec les députés arlésiens , les a proposées et a fait triompher notre cause.

Peut-être trouverez-vous , Messieurs , comine plusieurs membres de l'Assemblée, que l'administration du district d’Arles ne sera pas meilleure que son directoire, et que les notables ne vaudront pas mieux que les municipaux; je le crois aussi, mais ils sont retenus par l’exemple, par la présence des troupes patriotes, et dans tous les cas , l’administration générale du département remplissant les fonctions administratives, en vertu du décret d’aujourd’hui, pourra prononcer leur suspension, d’après la hiérarchie des pouvoirs et la loi constitutionnelle au titre de l'administration antérieure.

Il est important. Messieurs, que cette idée soit communiquée aux administrateurs, pour qu’ils sachent quels sont leurs |M>nvoirs, et qu’ils en usent, si le salut public l’exige. Peut-être trouverez-vous convenable de leur écrire à ce sujet. Dites-leur qu’enfin la ville d'Arles est à leur pouvoir, et que la Constitution à la main ils peuvent y commander le respect des lois et le retour de la liberté. Dites-leur que cette même Constitution les autorise à requérir la force publique, et qu’ils sont les maîtres de placer dans Arles, si les circonstances l'exigent, et les gardes nationales des villes voisines, et la troupe de ligne qui sera formée en camp, et les Marseillais. Dites-leur enfin qu’a la moindre résistance des Arlésiens thifonnistrs et des administrateurs qui remplaceront les corps admi-

nistratifc mandés à la barre, ils ont le droit d'envoyer à Arles des commissaires, et qu’ils ne doivent pas balancer à user de celte faculté. Jamais plus belle occasion ne s’est présentée pour remonter l’esprit public dans 110s départements. Dés que la force armée sera arrivée à Arles, et que les patriotes opprimés y seront revenus de leur exil , ou seront sortis de leurs prisons , il faut que toutes le* sociétés patriotiques des départements méridionaux députent dans cette ville pour y installer les monediers et y célébrer une (etc publique en l’honneur de la liberté. C’est par ces faits qu’on vivifie, qu’on entretient l’amour de l’égalité et de l’indépendance. J'aurai Je regret de n’y point assister, mais mon bonheur est dans le bonheur public, et je suis bien récompensé si vous pensez, Messieurs, que je n’ai point été inutile à la chose publique.

Le nouveau ministre de la guerre est M. de Grave. Il est jacobin , et quoi qu’il eût resté assez longtemps sans paraître à la société, on en dit du bien. Dans les commencements, les ministres se montrent bous, il faut profiter du moment; aussi sommes-nous convenus, avec le brave Granel , que j’irai voir le ministre pour l’engager à ne former le camp auprès d’Arles que de troupes patriotes, car il y aura quelques troupes, indépendamment des gardes nationales, et encore pour lui proposer la question sur nos forts, qu’il me sera bien plus facile de faire résoudre à l’Assemblée nationale si le ministre ne se met pas à la traverse. Je le verrai donc incessamment, et ce sera la seconde visite que j’aurai faite à des ministres, cette race d’hommes n’ayant rien d’agréable pour moi.

Votre lettre du 6 mars m’est parvenue ce matin, et j’avais précédemment reçu celle du 24.

M.\l. Granet et Blanc-Gilles m’avaient communiqué vos autres dépêches sur les derniers événements.

Tous les ordres que vous donnez , tous ceux que vous donnerez seront fidèlement exécutés jusqu’à mon départ , qui vraisemblablement est renvoyé au mois d’avril , car il fuit que j’attende la bande d’administrateurs mandés a la barre, et que je dispose ici toute chose pour les faire aller plus loin, jusqu’à Orléans, car plusieurs d’entre eux l’ont bien mérité. Je dois vous observer à cet égard que M. Archier. craignant mal à propos pour son frère, a failli nous faire manquer le décret contre le directoire du Gouvernement. 11 faut que son frère, il faut que M. Ragli paraissent comme les autres , et qu’ils disent hautement ce qu'ils savent de la conduite incivique des autres administrateurs. *

Je crois que l’objet des fusils marchera de lui -même, ainsi l’autorisation que je vous avais demandée est à peu près inutile. Si toutefois le conseil général s’assemble, vous pouvez faire ratifier la

demande faite par vos députes des douze mille fusils pour la garde nationale, et m’autoriser à poursuivre cette réclamation.

Je vous remercie de m’avoir instruit cjue les contributions sont en activité; M. Granet l'annonça hier à l’Assemblée, et de nombreux applaudissements lui témoignèrent la satisfaction générale. Sans le pavement des contributions publiques la machine du Gouvernement s’arrêterait, et j’étais bien certain. Messieurs, que votre zèle se porterait tout entier sur cet objet.

Les troupes de ligne destinées contre Marseille marchent contre Arles.

Vos réflexions sur le désarmement du régiment d’Ernest ne sauraient être plus sages. Ce régiment a mérité son sort; c’est une histoire de la révolution , et si les députés de la municipalité d’Aix se permettent ici quelque critique à cet égard , je suis 'prêt à les repousser.

J'avais travaillé à un mémoire sur l’affaire de Gênes; votre lettre me presse, et je vais le finir, pour remplir vos vœux et mettre un terme à vos sollicitudes.

Les droits de citoyen actif que je viens d’acquérir, par mon âge, depuis le cinq mars, m’imposent plus fortement l’obligation de me consacrer au service de la patrie; lorsque j’aurai l’honneur d’être parmi vous, je prêterai mon premier serment civique, et le ciel m’est témoin que j’v serai fidèle.

Le député extraordinaire de la commune de Marseille, R.

P. S. Je m'acquitterai avec soin des commissions qui me sont données par M. le maire et MM. Robert et Bernard.

Marseille, le 23 mars 1792, l’an IV* de la liberté.

Monsieur et très-cher ami.

S'il est toujours agréable pour les hommes dévoués à la Constitution d’apprendre les succès de ses défenseurs, il l’est encore bien davantage lorsque ces intéressantes nouvelles leur parviennent de la part d'un ami qu’ils estiment et qu'ils chérissent infiniment.

Votre lettre du 13 a fait sur nous l'effet que vous deviez en attendre, elle ne contient pas une seule expression qui ne nous ait confirmé dans l'idée que nous avions déjà de votre honnêteté et de votre patriotisme.

Connaissant votre attachement pour votre estimable mère, nous avons regardé comme une récompense à vos soins la commission que nous avons donnée à votre ami, M. Fournier, de lui exprimer

AVEC LA MUNICIPALITÉ DE MARSEILLE. Vît

au nom de la municipalité combien le conseil général de la commune a à se louer de vous avoir donne sa confiance.

Nous regardons comme vous votre présence nécessaire à Paris pour tout le temps qu’il conviendra d’employer à la confection des objets dont vous êtes chargé. Non-seulement vous pourrez contribuer à faire obtenir aux amis de la patrie une justice prompte et éclatante contre les perfides qui ont voulu la trahir, mais vous devez surtout vous occuper des affaires particulières à Marseille , telles que l’objet des forts, celui de l'arsenal et autres qu’il serait inutile de vous rappeler. Vos réflexions à cet égard sont bien justes, et tous les moments qui s’écoulent seraient irrévocablement perdus pour votre patrie, si vous étiez distrait de l’attention qu’ils exigent, et si vous ne mettiez pas tous les amis de Marseille à même d’éclairer les législateurs qui doivent prononcer son sort : travaillez donc, monsieur et très-cher ami, avec toute la chaleur qui vous est propre, et quels que soient les succès de vos travaux, soyez bien persuadé de la stabilité de nos sentiments.

L’administration du département remplit au sujet de la ville d’Arles toutes les vues que vous nous avez indiquées, et le patriotisme des deux commissaires qu’elle a nommés nous promet le plus heureux événement. Déjà deux mille Marseillais légalement requis sont en marche , et doivent se joindre aux gardes nationales des autres départements pour assurer le triomphe «le la loi dans la coupable ville d’Arles et dans tous les lieux qui seraient tentés «le suivre son criminel exemple. On nous assure que les chefs de complot tremblent aux avis «pi'ils reçoivent «le l’appareil imposant «pii se fait contre eux , et le peuple «jui toujours est bon , mais souvent égaré, reviendra facilement «le son erreur. Nous espérons vous donner bientôt de bonnes nouvelles sur la tranquillité menacée des départements du Midi, en même temps que nous avons lieu «l’attendre de vous des lettres satisfaisantes sur les fermes dispositions de la capitale et sur les déterminations «les législateurs.

Recevez de nouveau l’assurance «le l’estime et de l’amitié «les maire et officiers municipaux de la commune de Marseille.

(Suivent les signatures.)

P. S. L’un des objets qui intéresse le plus la municipalité est l'adoption par l'Assemblée nationale du plan remis à M. Martin , député , sur l'entrepôt des marchandises au fort Saint-Nicolas.

Paris, le 17 mars 1 79‘2 , l’an IV* de la liberté.

Messieurs ,

Le patriotisme a encore remporté deux victoires. La première relative à Avignon, la seconde sur les ministres. Tous les articles qui avaient été proposés sur l'organisation des deux comtats, le rappel des commissaires civils, le changement de» garnisons, les secours de charité, ont été adoptés par l’Assemblée nationale. Il ne reste plus à traiter que l'objet des prisonnier». J’ai vu le moment où l'amnistie allait être adoptée en leur laveur, mais on éleva tnal a propos cette grande question de droit public, et l'affaire lut ajournée a lundi. Quant aux ministres, deux jacobins, MM. Dumoulin et Lacoste, occupent, l’un le ministère des affaire* étrangères , et l’autre celui de la marine.

L'Assemblée nationale ne tardera pas à décréter la fonte de toutes les cloches des paroisses et succursale», à l’exception d’une par église, conformément au vœu que vous lui avez manifesté. Déjà M. Rebnul a fait un rapport à ce sujet qui adopte cette mesure, et l'Assemblée en a décrété l'impression.

MM. Bayle, députés de l’administration du département , sont arrivés hier, domine l'affaire d'Arles se traite ce matin , je les ai engagés a se présenter a la barre , dussent-ils n’articuler que quelques faits sur Arles , et demander d’être entendus dans une autre séance; tout a été arrangé sur ce plan, et je sors pour aller le# conduire à l’Assemblée. Le projet de décret sur Arles qui doit être discuté ce matin est de ma façon. M. Grangencuve en est dépositaire ; vous ne trouverez pas mauvais que je mette tant «le zele à •ervir la cause des Artésiens patriotes : ils sont si malheureux et si intéressants ! M. Antonellc vient de faire paraître un superbe mémoire. Il vous l'enverra par le courrier. Signe : B.

Paris, le 18 mars 1792, l'an IVe de la liberté.

Messieurs,

Les députés extraordinaires de l'administration du département des Bouches-du-Rhonc ne purent être entendus samedi matin, ils le furent à la séance du soir. Leur discours , qui était court et pressant , fut beaucoup applaudi et vint renforcer à propos une dénonciation de l'accusateur public du département du Gard contre la ville d'Arles; un membre proposa de mander, séance tenante, les

commissaire» civils et de les entendre ; il sc fondait sur ce qu’il ne fallait pas leur donner le temps de se concerter avec les corps administratifs mandés pour le l,r avril. L’Assemblée nationale sentit combien cette observation était juste, et manda les commissaires civils pour aujourd’hui à midi.

Dans la même séance, M. Razire proposa de faire mention honorable de la conduite des Marseillais. Cette motion était prématuré* ou parut l’être, et l’Assemblée passa à l’ordre du jour.

Je sortis de l'Assemblée fortement préoccupé d’une idée. Je me disais que pour découvrir la vérité il fallait nécessairement interroger les commissaires civils, et je craignais que le président, peu instruit des affaires d’Arles, ne sût pas établir les questions. Je pouvais le voir, mais j'avais à craindre, ce qui est effectivement arrivé , que le président ne cédât le fauteuil ou au vieux président ou à l’ ex-président. Je me déterminai donc à faire imprimer une lettre dans laquelle je retracerais les principales interrogations a faire aux commissaires. M. Grangeneuve approuva mon idée. Je rentrai chez moi à minuit ; à fieux heures l’ouvrage fut fait, à sept heures du matin il était imprimé, à dix heures il était distribué aux députés, et l’opinion des commissaires était formée; je vous adresse, Messieurs, quelques exemplaires de cette lettre.

A une heure, les commissaires civils parurent à la barre; le plus grand silence régnait dans l'Assemblée : ils se plaignirent des calomnies qu'on répandait contre eux , et c'était ma lettre qu’ils désignaient ; ils lurent ensuite le mensonger rapport qu’ils avaient fait an Roi; quelques bourdonnements interrompirent le silence. M. Ar.tonelle s’écria : Ce rapport est faux, mais il faut l’entendre. On l’entendit donc. A peine les commissaires avaient-ils fini que M. Àntonelle fut à la tribune. Il parla peu, mais il parla avec une étonnante énergie. Il dit que le rapport des commissaires était profondément scélérat, et que M. de Bonrges était Ini-même un scélérat , et de nombreux applaudissements retentissaient dans les tribnnes. M. Lacroix fit la motion (pie le président exprimât aux commissaires que l’Assemblée examinerait leur conduite et qu’ils eussent à se retirer, et en effet ils furent congédiés. La séance du lundi au soir est encore consacrée à l’examen de cette affaire.

J’ai parlé sur l’affaire d'Avignon aux Jacobins; je crois avoir saisi le vrai point de la question sur l'amnistie , dn moins c’est ce que m’ont dit les députés qui se proposent de traiter la question sur les mêmes bases que j'ai données.

Veuillez bien, Messieurs, faire tenir à l’assemblée patriotique un exemplaire de ma lettre imprimée sur les commissaires civils. Pressé par les affaires, il m’est impossible d’écrire à cette société.

Mais je ne doute que vous ne lui transmettiez les nouvelles dont je vous tais part dès qu’elles intéressent la chose publique.

Signé : B.

Paris, le 19 mars 1792, l'an IV* dr la liberté.

Messieurs,

La journée du 19 mars sera célèbre dans l’histoire du patriotisme. Ce matin, l’Assemblée nationale a prononcé une amnistie w générale pour tous les crimes et délits commis dans Avignon et le comtat Venaissin jusqu'à l’époque du 8 novembre, qui esl celle de la réunion de ces Etats à la France. Ce soir, l’Assemblée nationale a décrété sur la ville d'Arles les articles suivants :

L’Assemblée nationale déclare que la ville d’Arles est en état de rébellion ; en conséquence elle décrète ce qui suit : 1® Tous les citoyens d’Arles seront tenus dans les vingt-quatre heures de la publication du présent décret de déposer à la maison commune leurs armes qui resteront sous la surveillance de l'administration du département des Bouches-du-Rhône; 2° les canons, fusils des remparts et munitions de guerre , ainsi que les quinze cents fusils arrêtés sur le Rhône par les Arlésiens, seront transportés dans l’arsenal le plus voisin aussitôt la publication du présent décret ; 3* les fortifications et cuivrages élevés autour de la ville d’Arles seront démolis aux frais de la commune, sauf sou recours contre ceux qui ont ordonné ou autorisé cette construction. Demain, les autres articles du projet seront décrétés, et je ne crois pas que les commissaires civils échapperont à Orléans. Ces nouvelles. Messieurs, vont pénétrer de joie les bons citoyens. Pour moi , je n'ai jamais passé de journée plus agréable, je n’ai jamais éprouvé une plus douce satisfaction. Il m’est surtout agréable d’avoir inspiré, en quelque chose, les deux décisions de l’Assemblée sur Avignon et sur Arles, puisqu'on a suivi , pour l’une et pour l'autre , les bases que j’avais indiquées; excusez-moi de me citer, mais si j’ai pu faire quelque bien, pourquoi ne le dirais-je pas à ceux qui m'ont envoyé à Paris avec la mission de faire aux Aviguonnais et aux Arlésiens tout le bien qui dépendrait de moi?

La victoire est donc aux patriotes: ils doivent en user avec grandeur et justifier ce que nous avons avancé dans le sein de l'Assemblée nationale sur leur caractère et leur vertu. Sans doute il leur est du de grandes indemnités, des dommages considérables, mais ils ne doivent les recevoir que de la loi , et déjà nous avons préparé, avec les députés des patriotes arlésiens, les moyens de les leur assurer.

Des vengeances illégales déshonoreraient le peuple. Permcttezmoi de vous demander de propager cette idée ; elle n’est pas seulement de moi, elle est de tous nos frères les patriotes, elle est aussi dans votre cœur, et par l'influence de votre civisme il vous appartient de la faire germer.

Annoncez surtout, je vous en conjure, aux patriotes si longtemps opprimés que leur défenseur devant le tribunal de Marseille sera votre secrétaire greffier adjoint, et que c’est vous-méme qui me donnez à eux et me chargez de cette honorable mission.

Je renvoie au courrier de demain qtiehpies réflexions sur les opérations à faire pour notre commune, qui doit profiter de la disposition du directoire du département pour faire réparer ses injustices.

Veuillez bien transmettre ces nouvelles à l'assemblée patriotique.

Signé : B.

Pari*, le 20 mars 1792, l'an IV* de la liberté.

Messieurs,

Je vous ai annoncé par ma lettre du jour d’hier quelques observations sur les moyens à prendre pour faire réparer par l’administration générale du département les injustices du directoire, permettez que je les consigne ici.

Le premier objet qui se présente à mon esprit, c’est la révocation ou le déboutement en feint prononcé par le département sur la demande d’acheter des fusils. Un déboutement en f état est toujours conditionnel ; il cesse si l’on remplit les conditions ou si l’on démontre qu’il y a impossibilité a les exécuter, c’est précisément notre cas. Le directoire établit son refus, autant je me rappelle, car la pièce n’est pas sous mes yeux , ayant été remise au comité des pétitions, sur ce cjue le conseil général a indiqué les fonds pour cet achat sur la caisse des contributions publiques, sur ce que Marseille a affecté ses domaines au remboursement des neuf cent mille livres qui lui ont été avancées par le Gouvernement , sur ce qu’elle a gardé les six mille fusils destinés à tout le département , et sur ce qu’elle n’est pas en règle sur l’objet des contributions.

Or, en exposant à l'administration du département , 1° que l’erreur «le la première délibération , au sujet des fonds pour l’achat des fusils, a été effacée par une délibération subséquente dont le directoire a eu connaissance sans y avoir égard ; 2° que le remboursement des neuf cent mille francs est indiqué sur le produit du sixième dans le bénéfice de la revente «les domaines nationaux , et que quand même il serait indiqué sur tous les domaines nationaux

en general «le la commune, ces domaines sont d'une valeur bien suffisante pour fournir, et à ce remboursement, et à l'achat des fusils , et a la dette de la commune , dont la majeure partie sera inévitablement à la charge de l'Etat, en vertu de la loi d’aoét, parce qu'elle a été contractée par l'État; 3* que Marseille n’a point gardé les six mille fusils destinés a tout le département , puisqti'au contraire le ministre ne lui a jamais envoyé la portion qu'il lui compte dans la distribution générale, et puis qu’encore on ne peut faire entrer en compte les fusils enlevés des forts dans les premiers jours de la révolution; 4° enfin, que sur l’objet des contributions les retards n’ont été occasionnés que par la difficulté dn travail dans une ville qui n’avait pas de cadastre, et qu’au demeurant cet objet est maintenant en activité. En exposant, dis-je, toutes ces considérations à l’administration du département par l'intermédiaire du directoire du district , vous obtiendrez facilement le rapport de l'arrêté que vous déboutez et l'autorisation de la délibération du conseil général. Cette marche est plus sûre que celle de l’Assemblée nationale , toujours nécessairement lente.

Un second objet qui n’est pas à oublier, c’est l’autorisation des dépenses faites pour les réparations indispensables des chemins de la Bourdonnière depuis que le directoire du Gouvernement a refusé de les admettre, quoiqu’elles fussent autorisées par le conseil général. Enfin, Messieurs, vous devez saisir cette occasion pour la réforme de toutes les injustices , le redressement de tous les toits et la réparation de tous les oublis.

En jetant maintenant un coup d'œil sur ma mission , je vois que •les affaires d'Arles et d’Avignon sont terminées, que le directoire du département est mandé, qu’il est à peu près convenu que la fonte «les cloches des paroisses, hors une seule par église, aura lieu, et qu’il ne me reste pins par conséquent que trois opérations à conduire : la punition «les membres «lu directoire du département qui ont trahi leurs devoirs , la réclamation relative aux sept millions de Gênes , et la démolition de In citadelle ; je ne parle pas «l’une foule de petits objets «pie j'ai ou préparés ou tenninés pour réussir dans le premier article. Je publierai la veille «lu jour où les membres du directoire paraîtront à la barre un écrit qui leur fera tomber le masque.

J’ai travaillé pour le seront!, et vos lettres à MM. Tarbé «*t Amelot , qui m’ont été remises par l’ami Granet, n’ont fait que me confirmer dans la néc«‘8«ité de presser une dérision , ne m’attribuez pas le retard que cette affaire a éprouvé. Le ministère change ; peutêtre que demain ou après M. Tarbé ne sera plus ministre. On désigne pour le remplacer le jacobin Clavière ; si c’était lui , «pic de

facilités n’atirai.s-je pas! Je désire qu’il soit nommé, et je suspends encore pendant trois jours toute démarche, bien déterminé à me mettre en état, si dans cet intervalle il ne s’effectue aucun changement. Enfin, pour la démolition de la citadelle, je suis prêt à livrer mon mémoire à l’impression , mais les députés du département soutiennent toujours que la circonstance est intempestive.

MM. Danton et Collot-d’Herbois sont fortement portés, le premier pour le département de l’intérieur; s’ils sont nommé?, ainsi que M. Clavière au département des contributions publiques, les six ministres seront jacobins.

Je vous, etc. B.

Paris, le 24 mars 1792, l'an IV* de la liberté.

Messieurs,

Les patriotes de Marseille ayant un intérêt commun avec ceux d’Arles et d’Avignon, les trois députations se sont réunies, et nous travaillons conjointement depuis quelques jours à accélérer l’exécution des mesures décrétées par l'Assemblée nationale pour ramener à la révolution les rebelles des départements du Midi.

Nous avons visité ce matin le nouveau ministre de l’intérieur, qui est M. Roland de la Platière, ci-devant officier municipal à Lyon. Ce ministre, n’étant entré en exercice qu’anjourd’hui , était assisté de M. Cahyer de Gçrville, son prédécesseur, qui nous a rendu compte de ce qu’il avait fait pour l’exécution des décrets de l’Assemblée nationale au sujet de la ville d’Arles. U en résulte que le ministre, pour sauveV l’honneur de cette ville, et peut-être pour faire sonner son obéissance lorsque les décrets l’ont déclarée rebelle, a écrit au nom du Roi aux Arlésiens, et leur a commandé de déposer leurs armes à la maison commune et d’abattre leurs fortifications. Permettcz-nous, Messieurs, de vous prévenir d’avance contre cette mesure ; il ne faut pas que les administrations se fient à ces actes extérieurs d’une feinte obéissance, et elles doivent suivre le plan que leur tracent les décrets de l’Assemblée nationale pour la démolition des fortifications , le transport des canons et des munitions, et le retour des patriotes, qui doit être un retour triomphant, car c’est par «les fêtes qu’on monte l’esprit du peuple et qu’on le conduit à la liberté, dont il ne sent pas assez les avantages.

Nous avons ensuite vu M. de Grave, ministre de la guerre, nous vous le citons comme un ministre patriote. U nous a parlé avec franchise, il a accueilli toutes nos observations sur les commandants militaires. C’est M. de Hesse qui commandera à Marseille,

M. de Hesse dont l'aide-major général est M. Dubois de G rance, <|iie vous pouvez regarder comme un franc jacobin.

M. d’Albignac commandera à Arles et M. Ducliâtel à Avignon; les troupes suisses et allemandes seront retirées, enfin nous obtiendrons tout ce que vous pouvez désirer, car le ministre nous a fortement déclaré qu’il connaissait l’état de contre-révolution d’Arles et d’Avignon, et qu’il voulait le faire cesser en n’appelant à la tête «les troupes que des commandants patriotes.

U nous a ensuite présenté une lettre écrite par M. Revol, commandant de l'artillerie à Toulon, qui se plaint de la visite faite par la municipalité de Marseille dans le parc de l’artillerie au champ Major, et de ce que les batteries sont gardées par îles hommes à votre solde. M. Barbaroux, qui sait tous les soins que vous avez (tris pour la conservation des batteries, a prouvé au ministre que sur ce dernier objet il ne vous était dû que des éloges. Il a observé, sur le premier, que M. Coiney ayant calomnié la municipalité sur une prétendue visite de l'arsenal, rien ne constatait encore que M. Hevol fut plus vrai que ce commandant, mais que sur le tout les ^ précautions ou les craintes de la municipalité étaient légitimées par la position du département et l’état bien constaté de contre-révolution dans les villes d’Arles et d’Avignon. M. de Grave avait senti tout cela, aussi n'avait-il pas voulu lire cette lettre à l’Assemblée nationale, ni même au conseil du Roi ; il nous a dit qu’il ferait cesser toutes vos sollicitudes par la nomination des commandants les plus patriotes, qu’il espérait alors que la loi ne trouverait aucun obstacle dans son exécution. Nous lui en avons fait la promesse, parce que nous connaissons les sentiments qui nous animent ; ainsi s’arrangeront toutes les affaires, lorsque les ministres seront patriotes et justes.

Nous ne cesserons, Messieurs, de veiller aux intérêts communs des trois villes et de tout le département, heureux si nous pouvons être utiles à notre pays et nous rendre clignes de votre confiance.

Siyné : les députés extraordinaires réunis des villes de Marseille, d’Avignon et d’Arles.

Paris, le 26 mars 1792, l'an IV* de la liberté.

Messieurs,

M. Clavière est ministre des contributions publiques, et j’ose me promettre de terminer dans toute la semaine l'affaire si importante de l'emprunt de Gênes.

Je vous ai écrit, sous la date du 24, avec MM. les députés des patriotes avignonnais et arlésiens, pour vous rendre compte de nos

démarches auprès des ministres, tendant à leur foire accélérer l’exécution «les décrets rendus par l'Assemblée nationale contre la ville d’Arles. J’ajouterai quelques observations particulières sur or qui concerne l'artillerie et les prétendues infractions aux lois dont les officiers artilleurs accusent la municipalité de Marseille.

D'abord, je parlerai des batteries. Ce que vous avez fait jusqu’à présent pour leur conservation, leur sûreté, leur réparation, était indiqué par des raisons d’intérêt public trop pressantes pour qu’on puisse se permettre aucune critique à cet égard.

Ceux qui dans les jours orageux de la Révolution, et lorsque nos côtes étaient menacées, les ont mises à leurs frais et par des soins infatigables dans un état respectable de défense, ceux-là ont des droits à la reconnaissance publique.

Je n’ai point oublié que l'estimable M. Pascal a succombé sous ce travail ; je suis prêt à répondre à tous vos détracteurs.

Mais il reste toujours une question à examiner. Vous convient-il de salarier toujours les gardiens des batteries , lorsque cette dépense est de sa nature à la charge du Gouvernement?

La loi vous autorise-t-< lie à nommer les gardiens?

Sur la première question , je dis que non-seulement vous ne devez pas salarier les gardiens des batteries, mais que vous êtes en droit de répéter tous les salaires que vous avez payés , les réparations d’affûts , transport de canons et autres dépenses faites pour l’armement des batteries; ainsi, Messieurs, je vous engage à m’en foire passer le compte, qui n’est peut-être pas à dédaigner, car sous M. Pascal on avait beaucoup travaillé aux batteries , et je ferai nies efforts pour vous en obtenir le remboursement du ministre.

Quant a la seconde question, je crois que les gardions des batteries sont des places civiles à la nomination des municipalités. Il fout en effet distinguer les artilleurs des gardiens : les uns sont pour la défense contre les ennemis, les autres pour la sûreté contre les malveillants.

Veuillez me dire ce que vous pensez à cet égard ; suivant votre réponse je traiterai la question avec plus de soin.

Une autre idée vient me frapper. J’ai lu quelque part que les batteries étaient autrefois défendues par des canons aux armes de Marseille. On dit que le Gouvernement les a changés, mais cet échange n'influe en rien sur le droit de propriété, et si le fait est exact, ce que je vous prie de foire vérifier dans vos archives, vous êtes trèscertainement propriétaires des canons placés aux batteries de la côte, lesquels sont la représentation de ceux qui vous ont été enlevés.

Je sais bien ({lie la loi veut que tout poste militaire soit sous la main du Gouvernement, mais une loi plus sacrée, la déclaration

des droits de l'homme, veut aussi que nul ne puisse être privé de sa propriété sans une juste et préalable indemnité.

Il faut donc qu’on vous paye préalablement vos canons , ou que du moins on ne chicane pas tant sur ceux que vous avez enlevés des forts dans les premiers jours de la Révolution ; ceux -la, comme les armes que vous y avez prises, sont la conquête de la liberté, aucune puissance n'a le droit de vous les enlever.

Reste a examiner le fait relatif à la visite du parc ; les circonstances où se trouvait le département justifient cette visite. Le ministre l’a senti, et ou ne reviendra pas, je pense, sur cet objet; mais n’y a-t-il pas une question plus importante à examiner? n’avez-vous aucun droit sur ce parc d’artillerie et sur les objets qu’il renferme? Vous avez trente-deux bataillons dans la ville ou dans le territoire; au terme de la loi, chaque bataillon doit avoir deux canons : en avezvous a Marseille soixante-quatre pièces? Je ne le crois pas ; il est donc juste que le Gouvernement vous en fournisse, et c'est dans le parc d'artillerie que vous devez être autorisés a les prendre. Je sais aussi que vous en avez acheté quelques pièces, et dans le système que je viens d’exposer, vous devez être remboursés de cette dépense.

Voila bien des objets sur lesquels j’ai besoin que vous me donniez les plus exactes et les plus détaillées instructions; je les ferai valoir de mon mieux , mais surtout obli{;ez-moi de me les renvoyer sans retard, car la marche de vos affaires principales est dans ce moment très-rapide , et dès qu’elles seront terminées, je vole à mon poste, où m’appelle le devoir et le besoin de mou cœur.

J’avais oublié de vous marquer que sur le désarmement du régiment d’Ernest et sur son rappel par les cantons helvétiques, l'Assemblée nationale a passé a l’ordre du jour, ce qui est une nouvelle victoire. Je vous salue, Messieurs.

P . S. Je joins ici la copie de la lettre écrite à M. Roland, ministre de l'intérieur. Sijné : B.

(Cette copie manque , aussi bien que celle dont il est parte plus bas.)

Paris, le 31 mars 1792, L an IV* de la liberté.

Messieurs,

Je m’empresse de vous adresser une méchante copie de la pétition que j’ai lue à la barre de l’Assemblée nationale, sur l’affaire de Gênes. M. Lemontey, qui présidait, m’a dit que toutes les demandes des Marseillais, qui avaient si bien servi la révolution, ne pouvaient être entendues qu’avec intérêt.

On a renvoyé au comité de liquidation. Députés, ministres, tous s’intéresseront à faire réussir cette affaire. Pardonne/, mon griffonnage. C’est la seconde nuit que je passe au travail pour faire partir, demain dimanche, un mémoire sur les attentats des commissaires civils, municipalité d’Arles; c’est le coup de mort que je leur porte. Il est temps que ces contre-révolutionnaires soient punis.

Je vous salue. Siyné : R.

Paris, le 2 avril 1792, l’an IV* de la liberté.

Messieurs,

Hier dimanche, l,r avril, MM. Arehier, Perrin, Payan, de la* Coste et Bayle, membres du directoire du département des Bouchesdu-Rhône, parurent a la barre. Us prononcèrent chacun a leur tour et dans le même ordre où je viens d’écrire leurs noms, une justification plus ou moins faible, à l'exception de M. Bayle, qui. parla en homme sans reproche, et ils rejetèrent sur Vi Hardy, sur Imbert et sur les autres membres du directoire, les attentats reprochés a cette administration. M. Lemontey, président, leur répondit en ces termes : l'Assemblée nationale pèsera dans sa sagesse votre conduite, elle vous permet de vous retirer.

Villardy, Jaubcrt, Yerdct et les autres membres du directoire du département ont fait défaut, et aucun administrateur d’Arles n’a comparu; Verdet est cependant à Paris. Mais on dit publiquement que son esprit a chancelé, et l’on cite des faits qui le confirment. Hier il était dans les couloirs de l’Assemblée nationale en uniforme avec deux épaulettes, et traversé d’un énorme sabre de hussard. Il y a peu de jours qu’il se présenta à la messe du Roi; il for^a la sentinelle en disant qu’il était le second fonctionnaire public du royaume, et qu'il pouvait bien entrer dans les lieux où se trouvait le premier fonctionnaire. Je plains cet homme, parce que le malheur, lors même qu’il est mérité, afflige toujours une âme sensible ; mais je ne puis cependant me défendre de regarder avec mépris ces administrateurs si forts pour faire le mal , et qui n’ont même pas la force de supporter l’idée de la peine qu’ils ont encourue. Les attestations que les amis de la constitution ont délivrées aux membres du directoire qui ont comparu hier à la barre m'ont mis dans un singulier embarras. Poursuivrai-je toujours collectivement les membres du directoire du département? — Ne poursuivrai-je que ceux qui semblent abandonnés à la justice de l'Assemblée nationale ?

Ma détermination a été de poursuivre toujours collectivement le

directoire, parce que la commune de Marseille ne doit pas connaître dans cette administration tel ou tel membre, mais seulement ses actes. Cependant, pour concilier avec mon devoir ce que je devais à une attestation délivrée sans doute après une mure délibération, je me suis déterminé a jeter une note dans mon mémoire, que le premier courrier m’apportera. '

Les dernières lettres que j’ai reçues de Marseille m’ont appris la conduite de M. Lovs, et j'en ai été douloureusement affecté, parce que, je vous l’avoue, je ne le croyais pas capable, après avoir dénoncé son frère à l'Assemblée nationale, d’aller jouer le rôle de protéger sa fuite lorsque la loi le frappait. Ce n’est pas le collègue de M. Loys qui doit ajoutera l’opinion qui, sans doute, pèse sur lui, et permettez-moi, en le plaignant d’avoir eu tort, de ne l’attribuer qu’à une organisation trop susceptible.

J'avais fait à M. Loys les fonds nécessaires pour son voyage, que j’aurais pu regarder comme utile s’il s’était borné à se rendre à Nîmes dans un moment où les circonstances étaient alarmantes ; il en est résulté un déficit qui m’a obligé de recourir encore à MM. Rilliet. Mais n’imaginez pas, Messieurs, que j’ai dépensé tout ce que j’ai reçu. J’ai trouvé dans ce pays les braves, les intéressants députés des patriotes monediers d’Arles, abandonnés de leurs commettants, que l’horrible maire d’Arles avait fait jeter dans des cachots, et l’amitié a cru devoir venir à leur secours.

Ces sommes me seront remboursées, et quoique par les quinze mille 1 livres que MM. Rilliet m’ont encore remises sur un mandat de M. Dominique Audibert, apparaisse que notre députation a déjà compté à la commune quatre mille deux cents livres, il n’en est rien, et je me flatte que vous serez satisfaits du compte de mes dépenses lorsque je vous le présenterai.

Les expressions honorables de vos lettres sont l’encouragement de mes travaux.

Agréez ma sensible reconnaissance pour l’attention que vous avez bien voulu avoir pour ma mère; c’était parler à mon cœur, et ce cœur, Messieurs, vous est entièrement dévoué.

Permettez-inoi de vous prier de communiquer les nouvelles de ma lettre aux amis de la constitution ; depuis quelque temps je ne leur écris pas, entraîné par le cours des affaires, et ces bons amis peuvent se plaindre de mon silence. Siyné : B.

P. S. Les papiers que M. Bernard réclame sont dans mes mains. J’en ferai usage.

1 Mille, sans doute par erreur du copiste, au lieu de cents.

Paris, le 3 avril 1792, l'an IV* de la liberté.

Messieurs ,

Le sieur Jaubert , procureur général syndic, s’est présente à la barre hier au soir. Son discours ne signifiait rien ; il rejetait la tante sur les fonctionnaires civils. J’aurai soin de prouver que c’est aussi la sienne. La réponse du président fut encore : t Assemblée nationale examinera votre conduite , elle vous permet de vous retirer. Je me rendis de suite au Comité de liquidation, et je parvins à faire nommer pour rapporteur de l’affaire de cènes M. Laustalot, très-bon jacobin et mon ami. Vous pouvez compter sur la plus prompte expédition.

Je vous adresse un exemplaire de quelques pièces relatives à l’affaire d’Arles, qu’Antonelle a lait imprimer et qu'on distribue aujourd’hui pour préparer les esprits a la secousse que j’ai -envie de leur donner. Je m’occupe sans retard de ce qui est relatif à la dette de notre ville et à l’entrepôt du commerce. Signé : R.

Pari* , lr 7 avril 1792, l'an IV* de la liberté.

Messieurs,

Nous vous adressons quelques exemplaires de deux écrits composés dans les mêmes intentions; s’ils sont utiles au complément de la cause que vous avez si généreusement défendue et gagnée, nous n’aurons pas à regretter de les avoir publiés.

Nous sommes. Signé : IIahharoi x f.t Axtoselle1.

Marseille, le 7 avril 1792, l’an IV* de la liberté.

Messieurs,

Le zèle et le patriotisme que Messieurs les commissaires de l’administration du département des Bouches-du-Rhône , et Messieurs les officiers municipaux de Marseille, députés dans l’expédition vers Arles, ont témoignés pour assurer le triomphe de la loi, ne nous laissent aucun doute sur leur exactitude à vous instruire régulièrement du résultat de leurs démarches ; mais nous croyons les seconder en vous communiquant de notre côté tout ce qui parvient à

1 Cet Antouelle, dont il est souvent question , est celui qui, juré mu Tribunal révolutionnaire, envoya à la mort les vingt-deux Girondins.

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