‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 57 sur 61 · SI · texte numérisé non relu

SI

notre connaissance pour vous mettre toujours plus à même de servir la chose publique.

Nous vous adressons en conséquence la copie en forme d’une lettre que ces commissaires et officiers municipaux nous ont écrite le 4 de ce mois, «avec celle d’une note qui y était jointe relative à des armes et munitions de guerre trouvées dans Arles et expédiées légalement pour Marseille.

Messieurs les commissaires civils à Avignon , et autres commis* saires de divers départements réunis, écrivirent à M. d’ Hilaire, commandant général des légions marseillaises, lorsqu’il était en marche pour se rendre à Arles. L’objet de leur lettre, èn termes fort dithis et ambigus, était pourtant de lui laisser entrevoir qu’ils don* taient de la légalité de ses opérations, et sans s’expliquer d'une manière précise , on prévoyait clans leurs expressions la crainte que leur inspirait le patriotisme énergique de Marseille.

La t'épouse du commandant général est celle d’un vrai citoyen soldat ; nous vous la transcrivons ici parce qu elle est digne d’être lue à l’Assemblée nationale.

» Je marche. Messieurs, au nom delà loi et en vertu de réquisi- » lions qui me sont laites par des autorités constituées. Je suis fâché

* de ne pouvoir pas vous donner de plus amples éclaircissements » sur les demandes que vous me faites dans la lettre que vous

• avez pris la peine de m’écrire.

•* Signé : le commandant général, etc. >•

C'est avec peine que nous avons vu, dans les papiers publics, l’espèce d’adresse que les susdits commissaires de divers départe* inouïs réunis ont envoyée aux législateurs, relativement au décret d’amnistie sur les crimes cpie la révolution a occasionnés à Avignon, mais nous pensons que ces sortes de déclarations ne servent qu'à faire connaître les différents degrés de patriotisme, et qu’elles ne fixent pas autrement l’attention de l’ Assemblée nationale.

M. Caliyer de Gcrville, ex-ministre, a ajouté aux diverses injustices qu’il a exercées contre Marseille, celle d’en calomnier la municipalité auprès de Messieurs les administrateurs du département des Bouches-du-Rhône sur une prétendue vexation laite à la directrice des postes aux lettres, en arrêtant arbitrairement le cours de ses expéditions. Il nous est facile d’éclairer le ministre actuel sur la régularité de nos opérations à ce relatives, mais n’avant pa» le temps aujourd’hui de foire transe» «re dans nos bureaux les pièces nécessaires, nous vous prions de vouloir bien prévenir cet agent du pouvoir exécutif que nous lui démontrerons sans peine, que la municipalité de Marseille ne connaît que l’obéissance aux decrets de

I Assemblée nationale dans tous les objets quelconques de son administration.

Nous vous saluons. Messieurs, bien cordialement.

Paris, le 8 avril 1792, Pau IV* delà liberté.

Messieurs,

M. André1 de Marseille, que j'ai trouvé hier elles le brave Grand, m’ayant offert obligeamment de se charger de toutes mes commissions , je lui remets une liasse de mes anciens et nouveaux mémoires que je consacre aux officiers municipaux et aux membres du conseil général de la commune. Toub mes vieux tendent à la réussite de toutes les affaires dont vous avez bien voulu me charger, et après celle-là je n'en forme pas d'autres que de mériter toujours votre confiance. • Siyne : B.

Paria, le 10 avril 1798, l'an IV* de la liberté.

J'allais vous écrire lorsque j’ai reçu par le courrier votre lettre du 4 avril et les pièces y jointes , formant un paquet qui m'a coûté 4 liv. 14 s., parce qu'il n'avait pas été mis de seconde enveloppe à l'adresse des députés. Je m’empresse. Messieurs, de répondre à cette lettre.

Je ne puis avoir qu’une opinion avec vous sur le compte des ministres. C’est de laisser au temps et à leurs actions le soin d'éclairer ce qu’ils valent, et de ne pas trop se confier à eux, tout jacobins qu’ils sont. La première fois que je vis le sieur Cahyer de Gerville, je me dis : c’est un honnête homme; et lendemain je fus forcé de dire précisément le contraire. Cette première école m’a mis en garde contre tout mouvement de mon Ame. Je n’applaudirai les ministres que lorsqu’ils auront bieu servi la cause de la liberté.

Mais j’ai dû vous raconter en historien ce qui s'était passé entre M. de Grave, ministre de la guerre, et les députations réunies de Marseille, d'Avignon et d’Arles ; depuis, nous n'avons pas eu lieu de compter sur la bonne opinion qu’d nous avait donnée. Hier nous l’avons encore vu, MM. Moyse Bayle, ltovcre, Iluprat et moi ; il nous a dit qu’il venait d’expédier l’ordfe de rétablir M. de Barbantane, en arrêtant la convocation du jury. Nous lui Unies lire la le tire (le M. Coincy à la municipalité d’Arles. 11 nous répondit qu'il allait le rappeler de Toulon, mais qu’il allait encore lui donner sa retraite, pour qu’il ne commandât jamais plus. Il ajouta que tous les

ordres perfides dont se plaignaient les patriotes du département, avaient tous été donnés avant son entrée dans le ministère, qu'il les révoquait à mesure qu’il en avait connaissance, que toute son attention se bornait à donner de bons généraux aux départements du Midi, qu’il avait fait retirer de Lyon le régiment de Steiner suisse, et <}iie la grâce qu'il nous demandait était de vous écrire sans cesse pour prévenir toute expédition non légale qui le perdrait lui-même, puisqu'on pourrait alors l'accuser d'avoir dégarni à dessein cette partie du royaume des troupes de ligne.

Voilà son discours ; je vous le transmets fidèlement et sans commentaires. Il faut que je me sois mal expliqué, Messieurs, dans la lettre où je vous parlais d’un commandant militaire qui devait se rendre à Marseille avec M. Dubois de Crancé. Il n’a jamais été question d’envoyer dans notre ville des troupes (excepté sous le ministre Narbonne), et lorsque M. de Grave nous a parlé d’un commandant pour Marseille, nous avons toujours pensé que c’était un commandant pour toute la division militaire , mais pour être plus sûr de ce point, je vais écrire à l'instant au ministre de la guerre. Je vous transmettrai ma lettre par le courrier de demain, et ensuite la réponse sur le tout ; soyez bien tranquilles. Le patriotisme n’a plus à lutter contre la perfidie, et vous obtiendrez la justice qui vous est due.

Je sens toute l’excellence de vos raisons sur ce qui concerne le parc d’artillerie et les batteries, et, me rangeant absolument de votre avis, je traiterai cette afiaire conformément à votre désir. Je cherche, Messieurs, des lumières dans ma correspondance avec vous; peut-être trouverez-vous que je me trompe souvent dans mes opinions, mais jamais vous ne douterez de ma volonté. Elle est tout entière dirigée vers le bien public. Non, Messieurs, je ne quitterai point Paris que toutes vos affaires et surtout celles de la citadelle ne soient terminées. Je ne le quitterai que sur un ordre exprès de votre part. Et quoique mes affaires personnelles puissent souffrir de cette longue absence, je ne sais point mettre en balance ce petit sacrifice avec l'abandon qu’exige de moi l’honorable confiance que vous me témoignez. Siync : B.

Paris, le 10 avril 1792, fan IV* de la liberté.

Messieurs,

Je viens de quitter M. Loustalot (?), votre rapporteur dans l'affaire de Gênes. Vous obtiendrez votre demande en entier, et même quelque chose de plus, car le comité de liquidation sera chargé

expressément, par un des articles du decret, de s'occuper de la liquidation entière de votre dette, et même des indemnités qui peuvent vous être dues, à raison de l'abolition des dîmes dontvous n’avez nullement profité, puisque cet impôt avait été racheté par Marseille, qui avait donné pour cet effet de très-beaux domaines aux décimateurs , lesquels ont passé dans les mains de la nation Tel est du moins l'avis de M. le rapporteur, à qui j’ai transmis toutes les connaissances que j'avais de vos affaires. Son rapport sera à l'ordre du jour à la fin de la semaine. Vous sentirez combien il importe que vous me fassiez passer successivement tous les titres de vos créances ou copie d’iceux en due forme, ainsi que les pièces relatives aux offices achetés par la commune. M. Esmicu doit être sur ce point mon guide et mon maître. Vous lui recommanderez, Messieurs, d’être clair et méthodique dans ses notes, auxquelles je donnerai la forme et l’ornement qui seront nécessaires. Il fera le tableau et je ferai le cadre. Mais surtout, Messieurs, veuillez me faire passer tout ce qui a été écrit, tant par M. Esmicu que par M. Syuetti, pour prouver que Marseille est ou était pays d’Etat. M. de Synetti avait encore fait d’excellentes observations sur l’objet des dîmes. Elles vous avaient été envoyées. Veuillez me les procurer et faire compulser votre correspondance à l’époque des derniers mois de l’Assemblée constituante ; vous y trouverez beaucoup de choses dont M. Esmicu, de (pii elles sont principalement émanées, pourrait tirer parti.

Mon travail sur l’objet de vos dettes commencera dès demain , et journellement je vous ferai part de mes observations.

Le brave M. Granet a remis vos lettres à MM. les ministres de l’intérieur et de la guerre. La première relative au remboursement des avances faites aux hôpitaux, et la seconde à celui des avances faites aux troupes de ligne. Je vais remettre ces lettres aujourd’hui, et je donnerai toute mon attention aux affaires qu'elles concernent.

Nous partons en ce moment avec MM. Rovère, Dnprat et Moyse Bayle, pour nous rendre chez le mini*trc de la guerre pour y dénoncer M. de Coiney, dont M. Bayle présentera la dénonciation plus expresse à l'Assemblée nationale. Siyne : B.

Paris, le 14 avril 171)2, 1 au IV" de la liberté.

Messieurs,

Après trcnte-ct-une heures d’un travail forcé et qui n’a été interrompu que par une course d'une heure que nous avons faite avec MM. les députés extraordinaires du département, pour voir M. Mon-

tesqiikra , commandant général de l'année, du Midi, je viens, avant de prendre aucun repos, vous rendre compte rapidement de mes opération».

Depuis l'arrivée des officiers municipaux et administrateurs du district d'Arles patriotes, je me suis occupé de prendre connaissance des nombreuses pièces qu’ils avaient apportées ; j’ai tracé un plan d'attaque qui embrasse tous les contre-révolutionnaires, savoir: les trois commissaires civils d’Arles, le directoire du département «les Bouc lu**-du - Rhône , le directoire du district d’Arles, la mtini- «‘ipalité de rette ville, tous les commandants militaire» Corney, Ptimuy, Witçenstein, Fezensac, de Folney, Caïubeau, capitaine des dragons, et les chefs de la Chiffonne. Chacun s’est chargé d'un rôle, et de cette manière, sans ennuyer l'assemblée générale par la longueur des détails, nous lui fêtons tout connaît re, uou» lui montrerons les coupables a découvert, et nous avons l cspérance, Messieurs, qu'ils seront envoyés à Orléans.

Le travail pour M. Lagrange, membre du directoire du district d’Arles, et MM. Pascal, Dame et Rourjeaud, officiers municipaux, est achevé; c'est lui qui m’a terni si longtemps en activité; puisset-il faire impression!

Je reçus hier deM. Montesquiou un billet par lequel il ine d «'mandait une conférence avec MM. les députés extraordinaires du «léparterneut, pour recevoir de nous «l<»s instructions sur les localités et nous faire paît de son plan. J’ai cru qu’il était honnête de lui donner le rendez-vous chez lui-même. Nous y tûmes, les deux MM. Bayle et moi. La conversation roula d’abord sur l’état de la ville d’Arles et des pays «pii l’avoisinent. M. Montesquieu nous dit aussi que les Marseillais ne lui avaient rien laissé à faire, «|ue des troupes étaient inutiles dans ce pays, et qu’il irait seul se présenter a T administration «lu «lépartement et à la municipalité de Marseille pour leur dire qu’il était à leurs ordres.

Nous ne lui cacherons pas «{u'unc juste méfiance le précéderait dans le département, parce que tous les commandants militaires s'y étaient si mal conduits, «pie cotte race d'hommes v était presque devenue odieuse ; il en convint, et promit qu’il agirait autrement et dans l«»s vrais principes de la liberté. C’est à vous, Messieurs, «le le surveiller.

Ce qui doit vous faire «pielque plaisir, c’est qu'il m’a donné sa parole qu’il ne se mêlerait en rien de ce qui regarde les forts de Marseille et son artillerie, objet qui ne sera traité qu’entre le ministre et moi, toujours avec l’assistance des deux MM. Bayle, dont je ne puis trop louer le civisme.

Nous avons encore obtenu de M. Montesquiou que les bataillon*

des volontaires nationaux ne auraient paa envoyés de la ci-devant Provence dans le ci-devant Languedoc, mais qu’il» resteraient dans leur terre natale.

La fifde pour le» Suisse» de Château-Vieux que j'ai été voir un moment, tout fanatique que je »ui», était vraiment populaire. Il n'y est pas arrivé le moindre accident, parce que le peuple est essentiellement hou, et que le» voiture» de» noble» ne l’ont pa» écrasé.

Sitftir : B.

Marseille, leÜO avril 1792, l’an IV* de la liberté.

Monsieur et cher compatriote,

D après votre lettre du 10 du courant, relative à notre dette communale, M. Bsmieu a rédigé a la hâte et de mémoire quelque» observation» succinctes dont vous tirerez le meilleur parti que vous pourrez pour prouver que Marseille ayant toujours été regardé comme un pays d’Etat, la nation doit se charger de sa dette communale comme elle l’a fait pour celle des pays d'Etat. Nou» vous huons successivement parvenir le» pièce» qui viennent a l’appui de notre système ; en attendant, vous recevrez sous ce pli un titre de l’an 1074, concernant la dîme ecclésiastique. M. Esmieu n’a point en son pouvoir le discours manuscrit que M. Synetti nous avait adressé dan» le temps, et cette pièce doit être parmi vo» papier». Pressés par le courrier, non» ne pouvons vous entretenir plu» longtemps. Nous vous saluons bien cordialement.

P. S. — Vous trouverez encore ci-joint des lettre» patentes de François \n de l’an 1543, qui prouvent que Marseille est ville à part et séparée du reste de la Provence.

Paris , le 12 avril 1792, l a» IV* de la liberté.

Messieurs,

Je pense que dans le» circonstances favorable» qui «’ offrent elles même» pour la conclusion de vos affaires, une réunion avec MM. le» député» extraordinaires du départ ornent de» Bouches-du-Rhdne contribuerait à eu accélérer la marche. Je la leur ai proposée, ils l'ont acceptée, et pour premier coup d'essai nous avons écrit ce matin cinq à six lettres à M. de Grave, ministre de la guerre, sur divers objets mentionné» dan» votre dernière lettre. J’aurai soin de vous en envoyer incessamment la copie; le temps uic manque à présent pour les transcrire.

M. cie Barbant. inc est définitivement rétabli. Je puis presque vous garantir qu’il aura le commandement île Toulon.

M. Coiney sera rappelé , mais comme la loi ne permet pas de lui donner sa retraite, il sera cantonné à Tours, où il n’y a pas de troupes à commander. C’est un arrangement par lequel on espère le forcer à demander lui-niéme sa retraite, présumant avec raison que ce militaire de quatre-vingts ans aimera mieux se retirer du service que de se transportera Tours; au reste, ceci est sans préjudice de notre procès contre lui et des dénonciations ultérieures que les circonstances pourront exiger.

M. Moutcsquioii de l'Assemblée constituante, qui n’est pas le sieur Montesquieu Fezensac, est nommé commandant de la huitième division; ce qui doit vous rassurer sur son compte, c’est sa brou il 1 crie très-connue avec Monsieur, frère du Roi, dans la maison duquel il était ci-devant employé.

Les lieutenants généraux seront MM. du Châtelet, Barbantane, Chai tou et d’Albignac, mais ce dernier restera à Nîmes, et l'on placera auprès de lui un militaire qui a toute sa confiance, et le dirigera dans la bonne roule.

Tout ce qui est relatif à votre artillerie est suspendu jusqu’à des explications ultérieures. M. Saint-Rémi, confident de M. Grave, m’eu a donné l'assurance. Je présume aussi que le commandant militaire pour Marseille, qui vous avait justement donné des alarmes, ne signifiera rien. — Voilà, Messieurs, ce qui concerne le ministre de la guerre. Je vous donne ces détails sans commentaires, parce que le temps me manque. Je ne dois pas vous dissimuler pourtant ce que M. Moysc Bayle a déjà exprimé au département, c'est que toute démarche illégale de la part de la garde nationale envoyée à Arles exposerait M. de Grave à un décret d’accusation, et compromettrait le succès de toutes nos opérations.

Les membres de la municipalité et du directoire du district d’Arles, qui sont du bon parti et qui ont éprouvé tant de vexations de la part des Chiffonistes , sont arrivés et sont venus dîner avec moi. Avec quel plaisir j’ai embrassé ces braves citoyens, et avec quel plaisir encore je travaillerai à leur faire à chacun un petit discours simple, mais franc, mais énergique , et qui dévoile surtout la scélératesse des autrés administrateurs.

M. Bonnemant, ex-député de l’Assemblée constituante et président du district d’Arles, est encore arrivé muni des plus excellentes pièces; il est resté chez moi jusqu’à une heure après minuit; sa dénonciation creusera le tombeau des chefs de la rébellion d’Arles.

Je disposerai toutes choses de manière que nous nous présentions (officiers municipaux d’Arles, j’entends les bons députés de

l'administration de departement, commissaires de» Monediers et moi) à la barre de T Assemblée nationale, et que le résultat de nos discours et de nos démarches soit enfin les décrets d’autorisation que vous attendez.

Villardy s’est présenté ce soir avec le sieur Estringin à la barre; il leur a été répondu comme aux autres de se retirer. Nous les ferons surveiller ici par la police, afin qu’ils n'écbappent pas dans le cas d’un décret d’accusation.

Je vous réitère. Messieurs, l’assurance de ne partir de Paris que sur un ordre du conseil général de la commune. Je termine rapidement ma lettre pour m'occuper, dans la tranquillité de la nuit, d’un projet de décret sur l'affaire de Gènes. Ce travail, qui n’est pas brillant, est peut-être le plus difficile ; mais aussi avec un bon projet on peut emporter un bon décret. Signé : B.

Paris, le 16 avril 1*792, l’an IV* de la liberté.

Messieurs ,

Les discours prononcés par M. Lagrange, membre du directoire du district d'Arles, et MM. Pascal, Dame et Bourjeaud, officiers municipaux, ont très-bien réussi; non -seulement de nombreux applaudissements les ont interrompus , ce qui n’arrive jamais à l’égard des administrateurs mandés à la barre, mais un grand nombre des députés versaient des larmes d’attendrissement, et les tribunes témoignaient vivement les sensations dont elles étaient affectées. Lorsque M. Pascal, officier municipal, âgé de soixantesix ans, a dit : A l’âge de soixante-six ans, la seule jouissance qui me reste, c'est l’amour de la liberté, c’est aussi le seul patrimoine que je veux laisser à mes enfants, les applaudissements ont encore redoublé. Le nom des Marseillais , que j'avais répété plusieurs fois dans les discours, excitait l’enthousiasme. Ah! Messieurs, qu’il est doux de remplir une mission comme celle dont vous m'avez honoré!

Les discours de ces braves Arlésiens ont été envoyés tout de suite à l’impression, avec cette épigraphe qui est la réponse même de M. Gensonné, président en absence : «L'Assemblée nationale a entendu avec le plus vif intérêt le récit que vous lui avez fait des vexations que vous avez éprouvées; elle s'en fera rendre compte, et croyez, Messieurs, qu’elle distinguera les bons et les mauvais administrateurs. «

On ne pouvait pas accorder les honneurs de la séance à ces administrateur* ; mais si vous aviez vu avec quel intérêt M. le président leur dit qu’ils pouvaient se retirer, il y avait bien loin de

cette pli ra.se au ton avec lequel (tirent dit. s ces mot* : l'Assemblée nationale vous permet de vous retirer.

Tandis que M. Bayle va se rendre à la barre poiu' dénoncer les commandants militaires , je me rends chez le ministre de la guerre pour savoir définitivement à quoi .m'en tenir sur les commandants nouveaux. U y a un projet du parti royaliste de l'Assemblée de faire mettre M. de Grave eu état d'accusation, parce qu’il se déclare l’ami de Marseille.

Je vous annoucc , Messieurs, que je vais traduire par-devant la police correctionnelle l'auteur du journal intitulé f Ami du liai, à raison de ses calomnies contre les Marseillais ; si cela réussit, j'attaquerai successivement Mallet du Pan, la Gazelle universelle, le Journal de Paris . Il est temps de mettre un terme a l'insolence de ces journalistes. Siync : B.

Paris, le *20 avril 1792, t an IV* de la liberté.

Messieurs,

Nous avons enfin obtenu dans la séance de mercredi au soir qu'il n’y aurait aucun rassemblement de troupes dans notre département. Les ordres, comme vous l'aviez bien prévu, avaient été donnés par M. Narbonne pour taire avancer vingt-huit bataillons, et le nouveau ministre pouvait d'autant moins eoutreinander cette marche, que le premier décret du 13 mars sur la vdlc d Arles ordonnait en effet un rassemblement de troupes pour réduire cette ville. Il fallait donc un nouveau décret avec un mauvais ministre; nous ne l'aurions pas obtenu avec M. de Grave, nous l'avons enlevé malgré les cris du côté ci-devant ministériel et les clameurA du sieur Esparriat, ci-devant maire d’Aix, qui voulait que tout fut à feu et à sang dans le département des Bouches-du- Rhône, et qui ne s’est fait orateur que pour parler contre Marseille.

Le même soir parut le sieur Lescèuc-dcs-Maisous, l’un «les commissaires civils d’Avignon.

En homme politique, il avait, dans une précédente séance, beaucoup parlé de la rébellion de la ville d’Arles et des projets contre-révolutionnaires de celles d'Avignon et de Carpcntras, et il s'était concilié quelque faveur.

Dans celle-ci, il présenta les Marseillais comme des hommes dangereux et capables des plus grands excès ; il ne fut pas à beaucoup prés aussi favorablement accueilli, mais il ne fut pas réfuté, cl malgré la bonne volonté «le MM. Bayle et la mienne, il ne le

sera pas, parce que nous ne recevons , ni des commis étires d'Arles, ni de l'administration du département, aucun procès-verbal , aucune pièce authentique , et pas même des lettres officielles pour détruire le système des calomnies des ci-devant ministériels et du sieur Espaniat.

Des lettres particulières ont bien appris au brave M. Rovère que des approvisionnements de blés avaient été trouvés à Arles dans des magasins murés, ou plutôt entre deux murailles, qu’une trèsgrande quantité de gibernes et charpie y était dûment arrivée, que le décret sur Avignon, envoyé depuis le 30 mars, n’était pas encore exécuté le 13 avril; mais, encore une fois, ce ne sont que des lettres particulières, encore ne sont elles pas signées.

Si nous avions eu quelques renseignements officiels, j’aurais exécuté contre le sieur Leseène-des-Maisons un plan qui ne pouvait être plus adroit. Je paraissais à la banc de l’Assemblée nationale, et je (lisais qu’il ne m'appartenait pas de me plaindre des opinions des membres de l’Assemblée, que je devais respecter “leur inviolabilité, mais que très-certainement le pétitionnaire qui se présentait à la barre ou les agents du pouvoir exécutif n’étaient pas inviolables, et que je venais tout uniment demander à l'Assemblée la permission de poursuivre comme calomniateur M. Leseène-des- Maisons par-devant le juge de paix de la section des Tuileries. Mais tout cela n-’a pu avoir lieu; nous n’avons même pu rien entreprendre contre les journalistes, parce que nous ignorons s’ils disent vrai ou faux. Messieurs, je vous en conjure, que vos lettres ne soient pas aussi rares. Croyez-moi, surtout des détails; le moment de vous servir est arrivé et ne saurait être plus favorable. Ne le laissons pas échapper.

Je vous écris bien rapidement, parce que je vais me rendre à l'Assemblée nationale, où le Roi doit venir proposer la guerre. Je n’ajouterai qu'un mot.

Engagez l'administration du département des Bouclies-du-Rhflne à prendre une attitude patriotique, ou le ministre de l’intérieur la dénonce. Tontes ses lettres sont dilatoires ; elle semble ignorer que les Marseillais sont à Arles, elle ne parle jamais de leurs opérations, elle contrecarre ses propres commissaires. M. Roland nous a dit hier que si elle ne se rangeait pas à son devoir, si elle ne sacrifiait pas à l’intérêt public ces petites et ridicules contestations qui sc sont élevées entre elles et les commissaires, si elle ne faisait pas exécuter la loi sur Avignon ,• elle serait dénoncée et poursuivie. Nous n’avons suspendu le coup que parce que nous avons craint cpie le directoire ne tirât avantage de cette dénonciation de l'administration entière.

Tous les membres tic ce directoire, à l’exception de M. Bayle, sont nies ennemis jures. MM. Archier, Payan, de laCostc, Gonsard, que j'ai menais autant qu’il dépendait de moi, sont peut-être les plus acharnés. Les Artésiens chiflbniste* ont amené leurs femmes pour les faire intriguer. Le rapporteur, M. Delpierrc, est lui-même un chifthnistc ; malgré tout cela, Messieurs, soyez bien tranquilles; la vérité triomphera du mensonge, et je mourrai plutôt a mon poste que de faire un pas en arrière. Sitjnc : B.

Paris , le 20 avril 1792 , l’an IV* de la liberté.

Il ne m’a pas été possible de pénétrer dans les tribunes de l’ Assemblée nationale où le Roi va se rendre, ainsi que je vous l’ai marqué dans ma lettre de ce matin. Je suis revenu chez moi pour travailler, ce qui vaut encore mieux que d’entendre tic la bouche d’un roi d’insignifiantes protestations, d’inutiles serments (rétractés?) par sa propre conscience.

J’aurai soin de vous marquer demain quelle aura été la proposition du Roi et la délibération de l'Assemblée nationale.

On m’apporte en ce moment le premier exemplaire des discours des administrateurs patriotes de la ville d’Arles; je ne résiste pas au désir de vous le transmettre. Le discours de M. Pascal, qui est le second, vous intéressera. Siyné : B.

Marseille, le 21 avril 1792, l'an IV* de la liberté.

Monsieur et très-cher ami ,

Nous avons adressé hier «à MM. les députés du département des Boucbes-du-Bliône, avec prière de vous en faire part, la copie en forme du verbal de la municipalité relatif à l’incendie «lu navire la Marie-Sophie , arrivé dans la nuit du 16. Nous avons joint à cette dépêche quchpics exemplaires d’une délibération imprimée que les circonstances nous déterminèrent à prendre le 17, à 8 heures du matin.

Il nous importe que vous ayez plus particulièrement connaissance de la conduite qu’a tenue le brave Gassin , capitaine marin «le Marseille, que vous connaissez déjà par les preuves réitérées «ju’il a données «le son civisme. En conséquence , vous recevrez pour vous particulièrement le verbal exactement rédigé par lui, lequel lui avait été demandé par la municipalité. Cette pièce est accompagnée d'une

lettre de M. Milot à vous écrite, et le tout servira à vous faire connaître l'importance du service que ce digne citoyen a rendu à sa patrie dans la nuit du 16. Vous sentirez comme nous combien il est juste qu’une telle action trouve sa récompense. Abstraction faite de la justice qui l’exige, il est aussi d’une saine politique ({lie l’exemple en soit donné pour exciter les bons citoyens à imiter M. Gassin dans des événements aussi fâcheux que celui dont les suites ont été arrêtées sur le coup par l’activité, le courage et l'intelligence de ce marin.

Nous vous proposons donc de vous occuper des moyens propres à le faire récompenser par l’Assemblée nationale ou par le ministre de la marine , attendu que le service dont s’agit est réellement un service national , puisque toute la nation est intéressée a la conservation du port de Marseille. Peut-être pourrez-vous parvenir à lui faire accorder une place honorable dans la marine nationale, ce «pii conviendrait entièrement aux connaissances et au mérite de M. Gassin, «pii ne pourrait être qu’un serviteur utile à la patrie dans les circonstances, par la rareté surtout de sujets de son espèce.

Votre dernière lettre n’a rien ajouté, monsieur et très-cher ami, à notre estime cf à notre amitié pour vous, parce (pie vous possédez en entier ces ‘deux sentiments de la part de la municipalité. Vous savez que nous ne prodiguons pas les éloges, et celui que nous croyons le mieux vous convenir, c’est de vous croire digne de la confiance que la commune de Marseille vous a témoignée, et d’avoir l'opinion de vous que vos efforts seront constants pour la mériter sans cesse.

Votre mission aura été parfaitement remplie lorsque vous aurez obtenu l’objet de l’entrepôt du commerce, la démolition des forts et les autres objets dont vous êtes chargé.

On s’occupe dans nos archives du travail promis dans notre dernière adresse à l’égard des batteries et canons qui les concernent. Vous voudrez bien, lorsque vous le recevrez, en faire l’usage qui conviendra pour l’accomplissement de nos voeux.

Nous vous saluons, monsieur et très-cher ami, en hommes fibres et en frères.

Pari» , le 21 avril 1702, l’an IV* de la liberté.

Messieurs ,

La guerre est déclarée; ce fut hier matin à midi que le Roi vint on foire la proposition, elle a été délibérée le soir à 1 unanimité des voix par le Corps législatif. Jusqu'à présent il ne s agit que du roi

44fi CORRESPONDANCE INÉDITE DE BARBAROUX

dé Bohême et de lionne, mais il est très-certain que nous aurons à combattre le roi de Prime et quelques autres puissances egalement en délire. Je ne doute pas que l’ardeur «les Français, l'honneur. le patriotisme, les séductions très-légitimes qui seront employées pour ouvrir les veux aux soldats étrangers, l'inquiétude générale des peuples, le soulèvement inévitable des Brabançons et des Liégeois, ne soient pour nous tout autant de moyens de victoire sur la frontière ; mais nos ennemis de l’intérieur peuvent fomenter, se coaliser, saisir un moment avantageux pour se montrer en force. Il Faut donc essentiellement les surveiller et les mettre sous les yeux de la police, pour que leurs moindres actions soient connues, ou qu’ils ne puissent rien entreprendre contre la chose publique:

J’aurai soin. Messieurs , de vous faire part de toute* les mesures qui seront prises à cet égard , à Paris , par M . Pétion et le corps municipal, pour que, suivant les circonstances, vous puissiez en faire usage.

C’est M. Pétion de qui j’attends les plus (p'amls secours relativement a l’affaire des forts , parce que, ami intime des ministres, qui dînent très-souvent chez, lui tous ensemble, il m’abouchera avec eux tous, et sera antanf que moi l'avocat de Marseille. Je vous engage, je vous prie, de lui écrire une lettre particulière pour lui recommander cette affaire.

Celle de Gênes sera définitivement portée à l’Assemblée nationale lundi on mardi. N’avez-vous aucune inquiétude sur le commandant du château d’If? Quel est l’état de cette place? Marquezmoi votre opinion à cet égard, et ce que vous désirez, le ministre vous l’ accordera. Je crois , Messieurs, que vos canonniers ne savent servir que «les pièces d<* campagne ou «les pièces moins fortes que celles de nos batteries J’ai entendu «lire que le service de» unes et des autres était différent Et comme vous aurez certainement une escadre russe et espagnole dans la Méditerranée, il faut avoir des hommes qui sachent servir vos gros canons. Permettez-moi de vous faire observer qu’il convient de donner toute votre attention au corps «les canonniers nationaux , et de les mettre sur le meilleur pied, comme les canonniers «le Paris et de Strasbourg.

Pardonnez oes observations , vous savez quel motif me les dicte.

Signé : B.

Marseille, le 26 avril 17(12, l'an IV* de U liberté. Monsieur et1 très-cher ami,

Nous venons d’écrire à MM. les députés du département «les Bouches-du-Rhône pour solliciter leurs bons offices en faveur «Je

M. Jean-Baptiste Croze-Magnan , négociant de Marseille, député auprès de l'Assemblée nationale par MM. les majeurs des établissements de âeyde et d’Acrc , en Svrie , et chargé d’une mission importante.

La cause que ce député doit défendre intéresse essentiellement le commerce et plus particulièrement encore tous les ami» de la liberté. Il s’agit d’obtenir justice et satisfaction contre des actes de despotisme exercés par un pacha , gouverneur de la Syrie , envers des négociants français gérant les établissements de Seyde et d'Aere. Il s'agit de tirer une vindicte légale contre le sieur C boise uil-G ouffier, ambassadeur de France a Constantinople, et contre le sieur Renaudot, consul à Acre, lesquels chargés de l’honorable mission de veiller aux intérêts d’une nation libre, dans les contrées ottomanes , n’ont fait que servir le despotisme et ont trahi leurs compatriotes.

Vous êtes, Monsieur, l’ami du commerce, et vous l'êtes encore plus de la liberté; la défense de celte cause est donc bien digne de vos soins ; aussi nous ne doutons nullement de ceux que vous accorderez au député de MM. les majeurs des établissements de la Syrie pour le mettre à même de remplir sa mission auprès des législateurs.

Nous vous saluons, Monsieur et très-cher ami , en hommes libres ot en frères.

Marseille, le 27 avril 1782, l’an IV* dr la liberté Monsieur et très-cher ami ,

Nous étions intimement persuadés que l'administration du département des Bouches-du-Uhôue instruirait de la manière la plus précise les législateurs et les ministres de toutes les opérations de l'armée marseillaise pendant sa mission vers Arles. Cette assurance a contribué en quelque sorte à ce que nous ne l’ayons pas fait entièrement nous-mêmes, et ({ue nous nous soyons bornés à vous transmettre seulement ce qui avait concerné nos opérations particulières à ce sujet.

Par une fatalité qui nous afflige singulièrement, il s’est fait encore que dan* la multitude des aitaires qui occupent sans relâche nos bureaux, l’envoi ne vous a pas été fait d'un extrait en forme d’un rapport détaillé qui depuis longtemps aurait calmé vos inquiétudes et aurait pu servir a confondre les calomniateurs de Marseille. Mais dans tous les cas, Messieurs, les administrateurs du département ne sont pas pardonnables de n’avoir pas eux-mêmes transmis

ce rapport , et «l’avojr gardé un silence infiniment nuisible aux intérêts de nos concitoyens. Nous avons écrit hier à cette administration, en conséquence des expressions de votre lettre «lu 20 de ce mois; nous ne lui avons rien caché des dispositions du ministre a son égard ; nous espérons qu elle réparera ses torts.

Vous recevrez ci-joinet la copie en forme du rapport dont nous venons de vous parler, empressez-vous, Monsieur et très-cher ami, d on faire l'usage que les circonstances et votre civisme vous feront juger le plus convenable, et surtout rendez à la «léputation du département un compte exact de tout ce que cette pièce importante renferme.

Nous avons écrit aussi à MM. Rebecqui et Rertin, commissaires nouvellement nommés pour l'exécution de la loi sur Avignon. Nous les sollicitons autant qu’il est en nous de donner la plus grande authenticité à la conduite des Marseillais qui les ont secondés à Arles, cl de remplir bien exactement à l’avenir le pressant devoir d’instruire les législateurs et les ministres en même temps que leurs commettants «le la suite de leurs opérations.

Vous recevrez encore ci-joint un paquet pour M. Roland ; veuillez prendre connaissance de son contenu et en faire part a la députation a/ant de le remettre au ministre.

Marseille jouit d’une trampiillité profonde depuis les mesures prises à l’occasion des événements de la nuit du 16, et nous avons tout lieu d’espérer «pie l'ordre ne sera pas troublé par la promulgation «lu «lécret sur les Pénitens.

Poursuivez nos affaires avec votre zèle ordinaire ; vous avez déjà beaucoup lait , et votre conduite dans la mission qui vous a été confiée nous dédommage en grande partie «les sollicitmles «pie nous éprouvons continuellement à l’aspect du grand nombre «le faux patriotes «pii trahissent la confiance du peuple après l’avoir captée.

MM. d e Grave et Clavière s’annoncent «l’une manière à foire espérer qu’ils seront les défenseurs de la Constitution, et s’ils emploient constamment les grands moyens «pii sont en leurs mains pour déjouer los complots de nos ennemis, ils feront le bonheur «le la France, en remplissant les saints devoirs «l’un ministère qui n’est plus celui du despotisme.

Aux «livers envois «pic nous vous avons annoncés, nous annexons celui de la copie en forme «l’une lettre qui nous a été écrite par MM. Verde et Straforello le 16 de ce mois. Elle vous démontrera toujours plus combien il est instant que l’affaire de Gênes soit terminée.

Malgré les embarras infinis on nous jettent les affaires du jour et sans cesse renaissantes, grâces aux soins de nos calomniateurs.

nous ne perdons pas cependant de vue l'objet majeur de notre dette communale, qu’il nous importe de faire déclarer à la charge de la nation, sur le fondement que Marseille étant un véritable pays d’État avant la Révolution, elle doit être traitée comme telle. C’est dans cette vue que nous travaillons sans relâche à vous procnrer tous les titres, mémoires et documents qui peuvent venir à l’appui de notre système. En attendant l’envoi des pièces précédemment annoncées, vous trouverez sous ce pli : 1° le mémoire manuscrit de M. Synetti sur le pays d’État et sur la ville et pays de Marseille. N’ayant pas trouvé cet écrit dans nos archives, et devant être parmi vos papiers, nous nous sommes adressés à l’auteur, qui s’est fait un plaisir de nous le communiquer; 2° un second mémoire du même M. Synetti relatif à la dîme ecclésiastique et aux justes réclamations de Marseille à ce sujet, que ce député à l’Assemblée constituante nous a également transmis ; 3° une sentence de l’évêque de Marseille de l’an 1263 qui prouve qu’avant le xiv* siècle, c’està-dire avant la transaction de 1374 portant abonnement de notre dîme avec le clergé de Marseille, celui-ci exigeait le prétendu droit divin des habitants par tous les moyens qui étaient alors en son pouvoir et qu’il fondait sur l’ignorance de ces siècles barbares ; 4* enfin , un titre de l’an 1481 duquel il résulte que Marseille avait de toute ancienneté le droit d’établir elle-même ses iinpêts sur ses habitants , de les révoquer et de les remettre toutes les Ibis qu’elle le jugeait à propos , droit qui n’appartenait qu’aux pays d’État. I)u moment que les autres titres que l’on transcrit dans nos bureaux seront prêts, nous nous empresserons de vous les foire parvenir, afin qu’avec tous ces matériaux vous puissiez être à même d’établir d’une manière incontestable les droits de Marseille et ses justes réclamations envers la nation. Du nombre de ces titres est l’état des offices municipaux créés par le Gouvernement depuis environ un siècle, et dont notre ville lui a payé la finance, dont le montant s’élève à une somme très-importante. L’ouvrage que M. Esmicti avait foit dans le temps et que vous connaissez, présente encore une infinité d’autres objets de réclamations, tels que les avances de sommes très-considérables faites par Marseille dans les guerres qui ont eu lieu dans le cours de ce siècle et dont elle n'a jamais été remboursée ; la dépense de réfection et réparation des chemins publics qui ont profité à la nation entière doit pareillement faire partie de nos réclamations, et cet article, comme vous savez, est d’une somme de près de deux millions. Us sont consignés les uns et les autres dans le même ouvrage dont nous ferons foire des extraits que nous vous adresserons à fur et mesure qu’ils seront mis en règle. Nous nous reposons avec confiance sur votre zèle et

vos lumières pour faire l'usage qu'il conviendra de ce* divers titres, et obtenir de la justice nationale la satisfaction que Marseille a droit d’en attendre.

Nous venons de recevoir votre lettre tki 2t. l.a nouvelle de la déclaration de la guerre noos a causé cette espèce de plaisir qui doit être commune a tous les hommes qui brûlent de l'ardeur de combattre les ennemis de la liberté. Les avis que vous nous donnes sont précieux, nous en ferons usage, et vous ne tarderez pas à recevoir ceux qui concerneront les démarches qui en seront le résultat .

Les Marseillais pendant la paix se sont exercés militairement. Nous avons tout lieu d’attendre qu'üs doubleront leurs efforts pendant la guerre. Quant a nous, nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour les y engager.

Le château d'if tixe notre attention , nous y avons déjà quelques canon mers nationaux , mais nous serions charmés de le voir commander par quelque mditaire patriote , et par conséquent point par M. Duveyrier, qui déteste 1a Révolution.

Nous ne vous disons rieu de la satisfaction que vous nous butes éprouver par votre activité. Vous possédez, monsieur cl très-cher and , l' estime et l'amitié des maire et officiers municipaux de la commune de Marseille.

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