V. S . Nous écrirons de suite a M. Pétion
Paris, le 24 avril 1792, l'an 1V« de la tibene
Messieurs,
Nous étions à dîner hier, MM. Granet, Blanc Gilly, Moyse Bayle, Pierre Bayle et moi, chez le brave Granet, lorsque nous reçûmes votre lettre à la députation du 17 avril, avec deux plis a cachet volant, l'un pour le comité «1e surveillance, l'autre pour le président de l’Assemblée nationale. Nous nous empressâmes de prendre lecture de l'adresse qu'ils renfermaient. Nous fumes révoltés des vexations ministérielles auxquelles vous êtes encore en bulle. Mais une phrase échappée à une rédaction rapide nous affligea, parce qu'elie pourrait prêter des armes contre vous. Vous y dites qu'une pallie des canons vons appartient par droit de comquéte. Ce droit n’en est pas un. La nation ne peut pas le reconnaître dans de* particuliers, lorsqu'elle y a renoncé collectivement i ainsi, quoiqu’il soit tres-vrai qu’une partie de ces canons vous appartienne parce que vous les avez pris à votre corps défendant.
comme les Parisiens du faubourg Saint-Antoine ont pris et gardé ceux de la Bastille, il était très-peu politique de se servir du mot conquête , et vous ne trouverez pas mauvais que noire petit comité de patriotes ait décidé d'effocer adroitement cette phrase, dont la suppression ne dérange aucune des phrases suivantes.
Nous résolûmes ensuite d'aller chez le ministre Uoland, autant pour lui reprocher sa conduite a votre égard, que pour savoir l'état des choses dans notre departement. D'abonl il se plaignit à nous de la conduite de l'administration du département, vacillante dans ses arrêtés et de mauvaise foi dans sa correspondance ; ce furent des expressions qui furent appuyées de ce lait , que cette administration a toujours écrit comme si elle ue savait pas qu'il y ait une armée nationale à Arles et des commissaires, tandis que dans 1 envoi de plusieurs pièces faites par cette administration, il est prouvé qu'elle correspondait arec les commissaires. Ce ministre se plaignit encore qu’on ne lui avait pas même accusé réception du décret sur Avignon. Nous excusâmes de notre mieux ce corps administratif, parce que nous sentions quel avantage donnerait à la cause du directoire une dénonciation de l'administration du département.
Nous lui dîmes quels étaient ses embarras, et combien peu d’administrateurs s’étaient, rendus a leurs postes. Il se propose d'agir contre ceux-ci. Ainsi, Messieurs, veuillez bien leur dire que ce n'est pas quand la chose publique est en péril qu'ou labandonuc, et qu'ils s'exposent à la plus rigoureuse responsabilité.
Il hit ensuite question de quelques excès commis dans les villages ; M. Granet prouva au ministre qu'une armée ne marchait jamais sans quelques maraudeurs, mais qu’on ne pouvait pas accuser l'armée de cet attentat lorsqu'elle les faisait punir, et là-dessus nous citâmes des attestations honorables pour les Marseillais, et la capture d'une très-grande quantité de ces maraudeurs. Je rais hure mettre ces attestations dans les papiers publics. Le ministre nous parla encore d'une dénonciation du département du Gard sur la violation de son territoire par les Marseillais. Ce qu’il y a de plus fâcheux, c'est que cette même dénonciation du département du Gard sur la violation de son territoire a été lue hier au soir a l'Assemblée nationale, et que M. Delpierre, le très-méchant rapporteur de l'affaire d’Arles, a pris occasion de là pour faire mettre son rapport à l'ordre de ce soir. Nous nous attendons à ce qu'il soit entièrement favorable au parti aristocratique, même au directoire du département ; mais soyez persuadés que tous les moyens humains pour le foire échouer seront mis en usage ; croyez. Messieurs, que j'y travaille vigoureusement. Nous parlâmes ensuite île l'objet de la dénonciation. Comme je savais l'histoire de ce misérable Pi-
card d’Avignon, je la racontai, et je fi* sentir comment le* ennemis de Marseille s’attachaient même à ses actions les plus louables, et à ce propos je citai encore la calomnie de la directrice des postes.
Enfin nous en vînmes à la dénonciation de M. Roland ; il nous observa que ni dans le fait du sieur Samanon, ni dans celui de l’artille rie, il n’avait pris de parti définitif, mais qu’il avait seulement demandé des informations.
Nous lui fîmes voir les termes de sa lettre; il nous répondit qu’il l’avait écrite en arrivant au ministère pour le département de la justice, qui n’était pas le sien, et par les commis du ci-devant ministre. M. Granet lui observa fort bien qu’on l’avait fait parler en chiffoniste.
La dernière conclusion de cette conférence fut que le ministre ne prendrait aucune détermination quelconque sur Marseille et le département, sans avoir auparavant consulté MM. Granet et Blanc Gilly, ses députés extraordinaires de l’administration du département, et votre député.
Au sortir de chez le ministre, nous eûmes ensemble un entretien , et le résultat unanime de nos réflexions fut que dénoncer en ce moment le ministre Roland, c’était vouloir mettre contre nous: 1* toute la capitale qui le chérit; 2* tous les patriotes de l’Assemblée ; «3° tous les royalistes ennemis de Marseille ; 4* tout le ministère, et que ce n’était pas au moment où notre ville était tant calomniée, où des procès-verbaux pleuvaient de toutes paris contre nous, que nous pouvions nous porter avec avantage dénonciateurs d’un ministre qui, pour servir Marseille, s’est exposé à des décrets d'accusation.
Cependant, Messieurs, pour m’acquitter de l’obligation que vous m’avez imposée, je me suis déterminé à diviser votre adresse en quatre parties que je ferai successivement parvenir au comité de surveillance, à mesure que les circonstances l’exigeront. Vous êtes loin de l’Assemblée nationale, vous ne nous voyez pas entourés de factions et d’intrigues, menaces, etc.; rien ne m’ébranlera. Depuis trois jours nous avons des comités avec MM. Bayle, les députés des Moncdiers, MM. Rovère et Duprat, qui se prolongent jusqu'à une heure après minuit.
Évitez les fautes de l’armée, nous vous en conjurons, évitez encore les foutes qui se commettent dans le journal de M. Ricord, devenu l’arme la plus dangereuse de nos ennemis.
M. Ricord a des talents; cngagez-le à corriger par un peu d’adresse les foutes inévitables des discussions et délibérations populaires, et offrez-lui pour modèle le Journal des Débats de la
société des Jacobins. Je vous donnerai demain d'autres details pour faire une sommation par écrit au rapporteur de la ville d'Arles, de ■lire la venté et de citer dans son rapport les attestations en faveur des Marseillais. Signé : B.
S. — C’est le brave Esincnard, qui n’est pas l’Esmenard que vous avez connu à Marseille, mais le député des patriotes inonediers, qui a écrit cette lettre sous ma dictée.
Paris, le '26 avril 1792, l’an IV* de la liberté.
Messieurs ,
Je ne puis vous adresser par ce courrier les détails que je vous avais promis dans ma dernière et longue lettre; un travail plus important m’attache tout entier. C’est le tableau analytique tics attentats des contre-révolutionnaires arlésiens, des membres du directoire du département et fies commandants militaires ; il sera tel qu'un arbre généalogique ou une carte de géographie \ de telle toile qu’on ven'a d'un coup d’œil les crimes de chacun -et les preuves indicatives de chaque crime.
Ce travail, pour lequel il me fallait encore au moins huit jours , doit être forcément achevé demain au soir, le comité étant convoqué pour en prendre connaissance.
J’ai parlé ce soir pendant deux heures à ce comité, et demain je dois être mis au confronté avec Dcbourges, et successivement Estingen, Guibert, Jaubert et Villardi, et généralement avec tous les dénoncés; voilà bien des coquins à combattre et l’on peut dire des coquins très-adroits, et qui sont soutenus par le rapporteur Delpierre.
Quoi qu’il en soit, j’ai l’espoir de triompher, parce que je défends la bonne cause, parce que je serai soutenu par les députés de l’administration du département et ceux des Monediers d’Arles, parce que j'ai d’excellentes pièces dans les mains , parce qu’enfin je suis animé par l’intérêt que m'inspirent les malheurs des patriotes arlésiens , et l’idée toujours flatteuse à mon cœur de la confiance que vous me témoignez.
Les nouvelles du jour sont la mort du duc de Brunswick, gouverneur des Pays-Bas, tué d’un coup de fusil au moment de la parade.
On annonce encore que tout est en fou à Turin et à Stockholm.
Je vous fais passer, Messieurs, copie d’un cartel qui m’a été envoyé par la petite poste, et de ma réponse.
Nous vivons au milieu de scélérats, mais je jure l’honneur et la conscience qu’ils ne feront jamais foire un pas en arrière à votre député.
J’ai reçu, avec votre lettre du 20, les excellente» note* qui l'accompagnent , ainsi que les titre»; j’en remercie et la municipalité et M. Esmieu.
Veuillez bien. Messieurs, continuer successivement ces envoi».
Je join* ici le premier exemplaire de mon ouvrage sur les mensonges du commissaire Debourges. Signé : B.
Paris, le 27 avril 1792, l'an IV9 de la liberté.
Messieurs,
Je viens vous rendre compte très à la hâte de la séance du comité de» pétition» et surveillance réunis qui a eu lieu hier au soir. J’y ai parlé plu» de quatre heures, et j’ose croire que ce ne sera pa» inutilement pour la bonne cause.
De notre côté se trouvaient le» deux MM. Bayle, les députés de la commune d’Arles, ceux de» patriotes monedier», les administratetir»ÿ patriote», et comme témoin» et défenseurs, MM. Granet, Archier, Gasparin et Duperret.
Du côté adverse était Jaubert, le commissaire civil, Jaubert. le procureur général syndic, Verdet, Payan de la Coste, Archier cadet, Gontard et Perrin.
Les administrateurs de la ville d’Arles firent défaut, ainsi que M. Estrangin, procureur de la commune.
Le comité me demanda le tableau analytique que j’avais promis; je le déployai sur la table, et après avoir indiqué les divisions générales , je commençai U lecture par les attentats des commissaires civils, au nombre de dix, a côté de chacun desquels était l'indication des preuves qui le constatait. D’abord le commissaire Jaubert osa élever la prétention de faire sortir MM. Gianet et Archier comme parties intéressées, il fut vigoureusement relancé. Charpie réponse qu'il faisait aux attentats que je lui reprochais était a l’instant réfutée par moi avec décence, mais avec fermeté , et tel fut, je puis vous le dire, l'effet «le cette discussion, que les membres du comité lie purent s’empêcher de manifester hautement leur opinion contre les commissaires; je les crois accrochés.
De la je passai aux attentats de la municipalité. Le» emprisonnement» arbitraires ne furent pas contestés par M. Dolpierre, rapporteur; il voulut nier d’autres faits, il soutint u’avoir pas vu quelques pièces; j’eus l’inconcevable bonheur de les trouver a l’instant sou» ma main, dans les cartons qui furent apportés, et l’on en tira cette conséquence que je n’avais rien dit que d'exart, et que M. le rapporteur n’avait pas tout lu. Il y avait surtout cette
pièce excellente du contrat d’achat des canons par le comité extraordinaire d'Arles, que M. le rapporteur soutenait absolument n être pas dans les papiers. Il osait même regarder comme malhonnête la recherche que je voulais en faire; je persistai poliment, je persistai encore, je cherchai et je trouvai la pièce, et M. le rapporteur fut confondu.
Je vins aux attentais de Loys ; le président me dit qoe l’opinion était faite sur son compte, et m’invita à passer à un autre article.
Je tombai sur Estrangin. procureur de la commune; on prétendit que ce n’était pas a lui que compétaii le droit de dénoncer les emprisonnements arbitraires , mais au commissaire du Roi près le tribnnal du district. Je prouvai que la loi les en avait chargés l’un et l’autre, et que M. Estrangin était coupable de tous les attentats commis dans Arles, dès lors qu'il n’avait pas requis le procureur syndic de requérir les secours des gardes nationales voisines.
Il fut ensuite question du directoire du district d’Arles ; je crois que le procureur syndic (M. Guibert) n’ échappera pas, car il a écrit au directoire du département que tout était à la constitution à Arles, à l’époque des premiers jours de février.
U était onze henres lorsque la discussion m'amena contre le directoire du département. J’eus pour contradicteur Jaubert, Vcrdet et Gontard.
L’attentat que j’avais reproché à ce corps administratif, de n’avoir pris aucune information sur Arles, fut réfuté par une lettre écrite au district d’Arles le lfi janvier, c'est-à-dire quatre jours apres le départ des commissaires, mais les autres attentats lui eut irréfutables; la lettre du 4 janvier pour avoir tout le régiment d’Ernest à Aix, est une pièce excellente, et je le fis vigoureusement sentir. Jaubert se permit des sorties indécentes contre Marseille; je le rappelai à l’ordre. MM. Bayle et autres ajoutèrent quelques fortes observations. Il était près de minuit, et le comité se sépara au milieu des cris de M. Gontard, qui cherchait à se justifier d’avoir abandonné son poste.
Aujourd’hui, Messieurs, je rédige une lettre au comité, qui peutêtre sera imprimée; je la rédige contre le directoire du département pour rappeler les faits que l'heure tardive ne nous a pas permis d’exposer hier au soir, et pour traiter quelques questions de droit public , au moyen desquels M. le rapporteur espère embarrasser la décision du comité.
Je vous envoie la copie du cartel que j’avais oubliée hier, et vous salue bien fraternellement.
Le député extraordinaire de Marseille,
Marseille, le 9 mai 1792, l'an IV* de la liberté.
Monsieur et très-cher ami ,
Le rapport de MM. les commissaires du departement, dans l'expédition vers Arles , vous aura mis à même de justifier les Marseillais auprès de l'Assemblée nationale et des ministres. Vous devez avoir reçu maintenant plusieurs pièces essentielles que nous vous avons envovées relativement aux affaires dont vous êtes chargé pour la commune, et plusieurs autres relatives aux derniers événements d'Aix et de Marseille. Le temps nous manque pour vous parler plus en détail sur tous ces objets, mais votre zèle suppléera à notre laconisme.
Vous recevrez sous ce pli deux pétitions, dont l'une est une copie de celle adressée à l'Assemblée nationale relativement au sieur Lunel, et l'autre est un extrait de la délibération du conseil général de la commune qui fixe des appointements au procureur de la commune et à son substitut.
Nous prévoyons que le sieur Martin, ex-maire, a intrigué auprès du ministre pour surprendre sa religion en faveur du sieur Lunel. U est instant que vous éclairiez l'Assemblée sur ce point, et nous ne pouvons pas vous dissimuler que dans le cas où elle ratifierait les dispositions du ministre, les trois derniers juges, qui sont les seuls patriotes , donneraient leur démission.
La délibération du conseil général de la commune avait obtenu un avis favorable de l'administration du district, mais le département a déclaré qu’il n'nvnit pas le droit d’autoriser la fixation d'appointements dont s’agit. Il s’en faut de beaucoup que nous soyons persuadés qu’il ait raison , mais vous voyez qu’il est nécessaire que l’Assemblée nationale lui ordonne de foire droit à cette délibération, ou qu'elle statue elle-même sur la fixation des appointements d'uu procureur de la commune et d'un substitut dont le travail devient tous les jours plus conséquent et leur foit employer tout leur temps.
Nous nous reposons entièrement sur vous quant à l'affaire de Gênes.
Veuillez consulter le ministre de la marine, et obtenir de lui des instructions précises sur ce que nous devons foire relativement à deux vaisseaux impériaux qui sont dans notre port , et à ceux qui pourraient se présenter. Mettez sous les yeux de ce ministre la nécessité de protéger notre commerce du Levant et de l'Italie. Dites-lui que les primes d’assurance deviennent tous les jours plus hautes , que les chargeurs préfèrent se servir du pavÜlon étranger, que plusieurs navires à moitié chargés ont été forcés de suspendre, et que cette stagnation est meurtrière pour Marseille.
Nous avons reçu toutes vos lettres ; dans toutes nous reconnaissons votre civisme et votre activité; tous les avis que vous nous donnez sont précieux pour nous.
Quant aux nouvelles des frontières, vous nous obligerez infiniment de nous les transmettre , lorsque surtout vous en aurez de fraîches et de sûres.
Nous ferons part à la société des Amis de la Constitution des passages de vos lettres que vous désirez devoir leur être communiqués.
L'Assemblée nationale ne peut pas avoir une preuve plu» sûre de l'approbation que le département a donnée aux opérations de MM. Rebecqui et Bertin vers Arles, que par leur nouvelle nomination à l’exécution de la loi sur Avignon.
Nous vous saluons, Monsieur et très-cher ami, avec les sentiments de la plus tendre fraternité.
Marseille, 21 mai 1792, l'an IV* de la liberté.
1 Je reçois, mon cher, dans ce moment, votre lettre du 15. J’y ferai la plus grande attention , et je prendrai tous les moyens qui sont en mon pouvoir pour faire réussir vos vues. Je suis en f*arde comine vous contre les questions et les questionneurs , mais il faut nécessairement se confier à quelqu’un.
Je vous ai écrit diverses lettres , et dans celles que j’ai reçues de votre part et auxquelles j’ai constamment répondu, vous ne me parlez pas des miennes ; seraient-elles interceptées ? Le 18 et le 19, je vous ai écrit pour Rebecqui ; mais ces lettres ne peuvent point encore vous être parvenues. Rebecqui est ici depuis hier; il se défendra comme un lion. Il semble que la Providence nous ait ménagé cette occasion pour écraser enfin ces infâmes , ces traîtres soudoyés par la liste civile ; nous les connaissons tous , c'est ici le moment ou jamais de les démasquer et de les poursuivre comme on poursuit des bêtes féroces et acharnées.
La fameuse Navarre, directrice de nos postes, a comblé la mesure de ses prévarications et de ses perfidies ; elle fait répandre avec profusion des libelles infâmes; délivrez-nous de ce monstre.
Hier, je me portai à la citadelle Saint-Nicolas avec M. Saint- Rémi. Frappé de l’évidence, il entra parfaitement dans notre pensée, il en rendra compte à scs supérieurs. Il nous a dit bien des choses qui ne laisseraient aucun doute sur son civisme, si nous n’étions pas dans la ferme résolution de ne juger les hommes que d’après leurs actions. Il nous laissera toute l’artillerie et les muni-
(ions dont nous sommes pourvus; nous lui avons promis seulement ce qui serait superflu. Je me rends à la maison commune. Adieu, i Moran aille.
A Marseille, le 25 mai 1192, l'an IV* de 1a liberté.
J’en suis, mon très-cher, à votre lettre du 18. Je ne puis jamais vous écrire qu’à la hâte, et ne vous faire part que rapidement de mes idées. Vous connaissez parfaitement tous les vices de notre Constitution actuelle. Un peuple qui a la force en main et qui veut sérieusement être libre, le peut, et s’il veut l'être constamment, il faut que les lois qu'il s’impose ne renferment rien qui favorise le retour à la servitude ; il faut que ces mêmes lois s’assurent des moyens infaillibles de se faire respecter et de se conserver en vigueur; mais pour cela, quelles connaissances, quelles vues profondes, quel désintéressement ne doit-il point avoir, le législateur qui les dicte! Douze cents opinants n’y parviendront jamais; les plus savants seront ceux qu’on tâchera de corrompre, les médiocres se laisseront entraîner, et le bon de l’ouvrage sera toujours contredit et balancé par la malice du mauvais. C’est ce que nous avons vu. Je suppose maintenant que la nation détrompée revienne sur ses pas et détruise les causes perverses. Dans ce moment décisif, une fermentation générale l’agite; tous veulent la liberté, le bonheur et la paix , car quel est le méchant qui ne désire pas d’être heureux ! Mais quel sera l’objet qui présentera et fera ce bonheur? Il faut que cet objet soit unique, et qu’il n'ait qu’une face, sans quoi la diversité des moyens pour obtenir les différents bonheurs se croiseront toujours et en ruineront les succès. Fixons donc d’abord l’objet du vrai bonheur; qu’il soit tel qu'il enchaîne l'opinion générale et nous donne des moeurs. Voilà, mon cher, ce qu’il nous reste a faire. Le temps, le travail, les lumières, la persuasion, la fermeté et l’opiniâtre persévérance peuvent seuls couronner cet ouvrage. Sinon, nous n'aurons fait qu’un beau rêve.
La souscription pour nos moyens de défense, qui avait commencé froidement, prend aujourd'hui un peu de chaleur au moyeu de la liste des souscripteurs qu’on affiche tous les trois jours. La crainte du blâme et de la honte fera peut-être sur l’âme de nos richards plus d’effet que leur patriotisme et leur propre intérêt.
Les batteries de terre aux différentes avenues de 1a ville seront indispensables si l’ennemi pénètre jusqu'à nous; mais, sans négliger ces sages précautions, nous tâcherons de lui donner bien des affaires plus loin. M. Puget-Barbancenne nous a écrit demièremeut pour
se concerter avec nous. Nous allons faire fondre, selon ses vues, ootre artillerie de rebut pour en faire des pièces de campagne. U désire que nous tenions prêts au besoin plusieurs bataillons de volontaires. Nous avons invité les patriotes à s’inscrire, et nous prenons des moyens pour assurer la subsistance de leurs familles.
L'intact Rebecqui a été bien malheureux d’étre associé à Bertin. Celui-ci est grièvement impliqué avec son ami Camoin dans la procédure du pillage de Vclaux. II est vrai que Rebecqui ne l’a ]>as même soupçonné; mais cela donne un très-vilain vernis à la commission. U faudra pourtant en faire ressortir l’incorruptibilité et la bonne conduite de Rebecqui, qui malgré la perversité de son collègue a su le forcer à bien faire dans les principaux objets de la commission.
Adieu, mon cher, je suis accablé d’affaires, de soins et de soucis ; il faut que je me rende promptement à la maison commune. Je remets avec sécurité la défense de Rebecqui et de la patrie en vos mains. Mourraille.
J'oubliais de vous dire que je vis avant-hier Pierre Bayle; il m’a dit bien des choses. Notre projet est manqué, le département a nommé deux commissaires.
Mari cille, le 9 juin 1792, l’an IV* de la liberic.
Monsieur et très-cher ami ,
Par votre lettre du irr de ce mois, vous nous instruisez des démarches que vous êtes disposé à faire pour obtenir le remboursement des dépenses faites par la commuue de Marseille pendant le séjour des troupes en 1789.
Les états vérifiés par uous et visés par M. le commissaire des guerres de la 8* division à Marseille, nous ont été renvoyés il y a peu de jours par MM. les administrateurs du département avec la copie en forme d une lettre a ce sujet écrite par M. Clavicre. Celle lettre nous annonce que le pouvoir exécutif regarde cette dépense comme devant être supportée par la seule ville de Marseille., sauf recours à l’Assemblée nationale pour demander un décret qui déclare cette dette nationale. Ainsi après un an d’attente et au milieu des besoins les plus pressants, nous sommes encore aussi peu avancés que nous l'étions le premier jour «le nos réclamations sur cet objet. Cette circonstance nous a déterminés à écrire à l'Assemblée nationale et à lui adresser les états dont s’agit. Nous vous faisons passer le tout à cachet volant en vous priant d’en prendre
connaissance et de faire les plus promptes dispositions pour obtenir le decret ci-dessus énonce, car d’après la lettre de M. Clavière, dont également nous vous adressons copie, vous jugerez vousméme que ce ministre ne pense pas être en droit de prononcer en notre faveur.
Vous trouverez encore ci-joint quelques expéditions relatives au recouvrement des contributions publiques à Marseille. En conséquence de tout ce que vous nous dites à cet égard, il nous importe infiniment que l'Assemblée nationale et les ministres connaissent notre position. Nous n'insisterons pas sur ce qu’il sera nécessaire que vous fassiez vous-même contre les calomnies de nos ennemis sur le retard inévitable de l’assiette de notre impôt. Nous connaissons trop voire zèle, et nous sommes sûrs que vous remplirez parfaitement nos vues après avoir examiné nos expéditions. Nous sommes même persuadés que vous aurez déjà fait part au ministre du travail forcé de nos bureaux, et quoique vous ne nous le disiez pas dans votre lettre, nous sommes sûrs que cela n’aura pas échappé à vos soins, avec d’autant plus de raisons que nous avons lieu d'être satisfaits des dispositions que vous nous annoncez de la part de M. Clavière pour nous accorder le délai d’un mois.
Nous vous prions instamment de vous rappeler que le terme pour l'établissement de notre entrepôt du commerce a été fixé au lrr juillet, et que nous avons annoncé au ministre notre détermination provisoire pour le local de la citadelle Saint-Nicolas. Il serait instant que l’Assemblée nationale prononçât définitivement quant à ce.
L’objet de votre nomination en qualité de député extraordinaire de la ville d’Arles est d’une matière trop délicate pour que nous puissions vous transmettre le sentiment de la municipalité sans avoir délibéré. Nous le ferons aujourd'hui, et nous ne négligerons pas de vous faire connaître nos déterminations ultérieures; en attendant, nous avons vu avec plaisir que vous jouissiez de la confiance des Artésiens patriotes; vous la méritez sans doute, mais nous devons examiner s’il est réellement de l’intérêt de Marseille que vous soyez chargé des affaires de plusieurs communes.
Nous vous saluons, Monsieur et très-cher ami, bien fraternellement : Le maire et les officiers municipaux.
Marseille, le 13 juin 1792, l'an IV* de la liberté. Monsieur et très-cher ami,
En conformité du décret sur Arles, quarante caisses contenant environ quinze cents fusils qui étaient en cette ville furent transpor-
tées à Marseille. La partie nationale marseillaise, qui n’est point armée comme elle devrait l'être, a souvent désiré qu’on lui fît la distribution de ces armes, mais sur l'observation que nous avons laite que l’Assemblée nationale pouvait seule en disposer par un décret, le dépôt de ces fusils a été constamment respecté.
Malgté l’entière soumission des habitants de Marseille aux ordres des législateurs et des ministres, nous ne sommes pas quelquefois sans inquiétudes , parce que le peuple , facile à être trompé , pourrait en quelque sorte envisager l’enlèvement de quelques fusils comme une preuve de patriotisme, attendu que dans l'ardeur de son zèle, il ne calculerait que le besoin de s’armer pour la défense de la patrie. Tout autre dépôt que celui qui renfermerait des armes n’exciterait d’aucune manière nos sollicitudes , mais des hommes qui ne demandent que des subsistances et du fer pour défendre avec leur liberté celle de tous les Français, des hommes qui n’ont que leur courage et point d’armes, des hommes enfin qui ont été invités par M. Montesquieu, commandant de l’armée du Midi, à se tenir prêts à marcher sous ses ordres, ne peuvent pas voir avec indifférence des fusils nationaux qui font l’objet le plus cher de leurs désirs.
U est donc instant, Monsieur et cher ami, que vous sollicitiez le plus promptement possible la distribution des quinze cents fusils dont il s’agit pour l’armée marseillaise. L’Assemblée nationale et les ministres ne pourront jamais rien faire de plus agréable pour Marseille que de procurer des armes à ses habitants pour la défense de la Constitution. Cette ville fidèle a quelque droit à leur bienveillance; elle regardera cette distribution comme un acte de justice, et l’emploi qu’elle en fera sera toujours redoutable aux ennemis de la liberté constitutionnelle.
Donnez-nous, Monsieur et très-cher ami, les nouvelles les plus promptes sur le succès qu'auront eu vos démarches en faveur du patriote Rebecqui, et recevez la toujours bien certaine assurance de la cordiale fraternité des maire et officiers municipaux de la commune de Marseille.
Marseille, le 22 juin 1792, l’an IV* de la liberté.
Monsieur et cher ami,
Les administrateurs de la ci-devant chambre de commerce dépêchent à l'instant un courrier extraordinaire pour Paris ; nous ne voulons pas le laisser partir sans vous écrire à la hâte quelques lignes pour vous prévenir que le conseil général de la commune
s’assemble demain pour délibérer le mode d’expédition d’un détachement d’environ trois cents patriotes vers la capitale pour remplir le vœu des représentants de la nation. Les circonstances critiques où se trouve la chose publique et notre grand éloignement de Pari» nous ont déterminés à prendre ces mesures, de crainte que la loi portant levée de notre détachement ne nous parvint pas assez tôt pour qu’il arrivât le jour de la fédération. Les Marseillais ne seront pas les seuls à prendre cette détermination ; des villes importantes telles que Montpellier T Toulon, etc., ont pris le même parti, et elles ont envoyé des députés à la société de» amis de la constitution à Marseille pour le leur annoncer. Il est à présumer que ces exemples généreux seront imités par l’imiversalité des Français, et que l'Assemblée nationale, qui ne comptait que sur uu secours de vingt mille hommes, en aura bientôt à sa disposition un nombre infiniment supérieur. Tout ce qui se passe actuellement dans la capitale nécessite ccs moyens de prudence, et nous ne pouvons qu’en augurer un heureux succès.
Le motif du départ du courrier qu'expédient les administrateurs de la ci-devant chambre de commerce est d’aviser le minitdre de la crainte où est le consul de France à Alger, d’une rupture entre la France et cette régence. Nous vous en donnous avis pour que vous puissiez savoir si le pouvoir exécutif donnera connaissance a l’Assemblée nationale de cet événement.
Nous vous saluons bien cordial ement.
Marseille, le 28 juin 1192, l'an IV* de la liberté.
Monsieur et très-cher ami,
D’après les expressions obligeantes de M. Morveau, député à l’Assemblée nationale, nous lui adressâmes il y a déjà longtemps une lettre par laquelle nous le prévenions que M. Bernard, ancien officier municipal de notre ville, lui faisait parvenir diverses montres de savon pour être par lui soumises à des expériences chimiques et à l'examen de sa méthode pour épurer le savon blanc fraudé.
N’ayant reçu aucune réponse de M. Morveau, et le temps qui s’est écoulé depuis l’envoi dont s’ayit étant plus que suffisant pour avoir procédé à ces expériences , nous vous prions de vouloir bien voir M. Morveau, et de nous faire part du résultat de ses opérations, dans le cas où ce député n'aurait pas le temps de nous l’écrire lui-méme.
Nous sommes persuadés que les chimistes qui à la prière de
M. Morveau sc seront chargés de faire ces expériences, voudront bien noua instruire de leurs opérations.
Vous sentirez combien nous sommes intéressés à connaître qneile est finalement la meilleure manière de procéder à l’examen des savon» blancs qu’on ne cesse de frauder.
Noos comptons sur votre zèle pour avoir la plus prompte réponse. Nous vous saluons. Monsieur et très-cher ami, bien cordialement
Marseille, le 29 juin I “9*2, l’an IV* de la Liberté.
Monsieur et très-cher ami ,
yous recevrez ci-joint un paquet très-important que vous êtes chargé de remettre à M. le président de l'Assemblée nationale, et d’en solliciter la lecture aux législateurs le plus tôt possible.
Nous avons reçu votre excellente lettre du 21 , à sept heures du soir. Nous l’avons lue avec d’autant plus de satisfaction , que nous avions prévenu presque tous vos désirs par les dispositions que nous avions déjà faites. Vos réflexions sont justes et précieuses pour nous, elles peuvent aussi nous être infiniment utiles, et soyez persuadé qu’elles aideront à celles que nous ferons nous-mêmes dans les circonstances critiques où se trouve la patrie.
Dimanche ou lundi prochain, cinq ccuts Marseillais bien pourvus de patriotisme, d’ ai mes, de bagages, de munitions, de taille et de courage, se mettront en marche pour la capitale ; les instructions que vous nous avez transmises feront partie de celles qu’ils recevront de nous. Nous avons tout lieu de croire que ce rayon de liberté émané du foyer du Midi embrasera l’air inflammable des contrées qu’il parcourra, et nous verrons avec quelle matière on pourra parvenir à éteindre le feu sacré de la liberté dont la lumière offusque tant les yeux des lâches partisans du despotisme.
Il y a quelque temps que nous avons entendu parler d’un décret pour la réunion dans une seule maison, relativement aux. ci-devant religieuses. Instruiscz-nous s'il a été sauctionné, et dans ce cas faites en sorte qu’il soit envoyé officiellement ; nous pourrions bien sans cela regarder le vélo comme une vétille.
Nous vous saluons loto corde
Marseille, le 1” juillet 1792, l’an IV1 de la liberté.
Voici, mon cher, le dernier de lues efforts pour vaincre par les armes de la raison. Je crois ces armes trop faibles pour réduire des lâches qui l'ont sacrifiée à leur intérêt corrupteur. Ils l’ont connue, cette raison , ils en ont senti tout le poids , elle pèse encore sur eux, elle les importune, elle les presse , mais le ressort inflexible de leur âme vendue l'arrête et la repousse. Leur essence morale ne peut être ébranlée et soumise que par des armes qui agissent sans intermédiaire sur leur essence physique, et c’est bien là notre dernière ressource. Nous verrons, vous verrez de plus près encore. Adieu, mon cher. Signé : Mocrhxille.
Marseille, le 13 juillet 1792, l'an IV* lie la liberté.
Monsieur et très-cher ami,
Les détails renfermés dans votre lettre du 5 de ce mois nous ont paru très-fondés et analogues aux circonstances actuelles ; vos conférences relatives à l’entrepôt du commerce et vos observations sur les forts font un conflit de votre patriotisme avec l'aristocratie et la mauvaise foi.
Nous trouvons comme vous qu’il est indispensable de former le plus tôt possible l'établissement provisoire de l’entrepôt dans les casemates de la ci-devant citadelle Saint-Nicolas. C’est par cette raison que nous y avons fait déjà faire quelques ouvrages convenables, lesquels ne sont pas assez conséquents pour que les malveillants puissent nous taxer de favoriser la destruction d’un fort qui depuis trop longtemps subsiste contre le vœu des amis de la liberté. Cet entrepôt pourra être établi vers la fin de ce mois ou an commencement de l’autre, et quand même on rencontrerait des obstacles dans la démolition de ce fort, les grands mouvements d’une nation qui désormais doit vouloir être libre ne laisseront aucune trace de ces monuments établis et érigés par le despotisme le plus tyrannique. Ces grands mouvements fixent aujourd'hui l’attention de tous les vrais patriotes, et s'ils ont lieu, comme nous n’en douions pas, il sera difficile que l’intrigue parvienne à les arrêter. Nous ne pouvons qu’applaudir, au surplus, aux vérités que vous avez développées dans votre conférence du i de ce mois.
Nous avons adressé en dernier lieu quelques détails importants au directoire du district pour les faire parvenir appuyés de l'avis favorable de ses administrateurs à l’administration supérieure, le
tout relatif à l'établissement (les maisons d'arrêt et de correction dans le même emplacement de la ci-devant citadelle Saint-Nicolas. Nous espérons que le directoire du département trouvera à propos d'appuyer lui-même notre proposition , et dans tous les cas nous ferons passer le plus têt possible copie en forme de notre lettre au directoire du district, parce que nous supposons qu’elle pourra servir au succès de celte affaire. Nous agirons en conséquence de ce que vous nous dites relativement à M. Poullion, et nous allons écrire de la manière la plus empressée à MM. Montesquieu et Darbantane.
Votre lettre du 6 nous annonce vos déterminations en suite du décret de l'Assemblée nationale qui défend aux municipalités d’entretenir et d’envoyer des députés extraordinaires à Paris.
La municipalité, satisfaite autant qu'il est possible de la manière distinguée avec laquelle vous avez rempli la mission qui vous a été confiée, s’en rapporte entièrement à votre sagesse sur l'époque de votre retour ; elle vous prie cependant de ne la fixer qu’après que l’affaire de M. Rebecqui aura été terminée, et que votre travail concernant nos propres affaires de Marseille sera disposé, en sorte que vous puissiez le suivre lorsque nous aurons la satisfaction de vous avoir parmi nous.
Rien ne nous étonne de tout ce que vous nous dites des sentiments inciviques de la plupart des députés extraordinaires qui se trouvent à Paris ; tout ce qui arrive depuis quelques mois nous a fait pressentir les intrigues qui agitent la capitale. Peut-être le moment est- il arrivé où la franchise et la volonté nationale en imposeront aux factieux et aux intrigants ; nous attendons ce moment avec cette impatience qui caractérise l’ardeur et le patriotisme des Marseillais.
Nous avons reçu une réponse très-honnête de la part de M. Durantlion, ex-ministre de la justice. Nous vous prions de proposer au nouveau ministre de faire remplir la place de commissaire du Roi auprès du tribunal du district, jadis occupée par M. Jourdan, par M. le Clerc votre associé. Ce citoyen a bien mérité de la Société des amis de la constitution de cette ville, lesquels vous écriront sans doute en sa faveur. Nous croyons qu'il possède les talents et le civisme nécessaires aux fonctions de cette place, et vous voudrez bien communiquer cet article de notre lettre au sieur Dcjoly.
Marseille , le 20 juillet 1102 , I an IV* de la liberlr Monsieur et cher ami.
Nous voyons par voire lettre du 13 sic ce mois, que nous recevons par le courrier de ce jour, que l’adresse du conseil général de la commune de Marseille, du 27 juin dernier, a été lue à ('Assemblée nationale, où elle a excité des sentiments divers. Nous sommes peu jaloux «le l'approbation des Martin et de ses pareils ; celle des amis de la liberté est la seule à laquelle nous aspirons, elle nous dédommage amplement «le l’improbation des noirs, dont nous nous honorons. D’après ce que vous nous marquez dans votre lettre, nous nous empressons «le vous adresser sous ce pli les verbaux «le toutes les sections «le Marseille, à l’exception de celle numéro 20, que nous n’avons pas trouvée dans le dossier. Vous verre* par la lecture de ces pièces que l’adhésion de la commune de Marseille à l’adresse dont il s’agit a été unanime. Vous en ferez l’usage «pie votre patriotisme, votif* prudence et vos lumières vous indiqueront. Elles prouveront a Messieurs du côté droit, à tous les ministériels et à leurs suppôts, «pie le vœu exprimé dans cette adresse n'est pas équivoque dans Marseille, et qu'elle n’est pas l’ouvrage de quelques factieux , comme certain personnage a osé l'avancer à la tribune nationale.
Nous pourrions joindre à l'adhésion de nos concitoyens celle d'un grand nombre de municipalités de l’Empire, auxtpielles nous avions fait parvenir notre adresse. Si vous jugez «pie ces pièces puissent vous être utiles, nous aurons soin de vous les faire tenir.
Nous vous saluons, Monsieur, bien cordialement.
Lettres du citoyen Barbaroux , député du département des Bouches-du-Iihône à la Convention nationale, aux membres de la municipalité de Marseille.
L'an II de ta République , à 3 heures du matin
Frères et amis.
Je vous adresse un exemplaire «le la loi concernant les blessés du 10 août, ainsi que les tableaux qui y sont relatifs, et la copie imprimée <l<* la lettre du ministre «le l'intérieur sur le même objet. Vous savez que j’ai coopéré «le «piebpie chose à ce «jue cette loi fut rendue, je désire par consé«pient «pi'ellc soit promptement exécutée, et c’est le motif pour lequel je vous renvoie les imprimés «pii, en attendant l’envoi officiel, vous mettront à même «le remplir le vœu
de la loi. Les braves fédérés du 10 août ont en vous des amis, et je sois certain que leur affaire sera bientôt expédiée.
Je joins à cet envoi la copie d'une lettre que j’ai écrite aux volontaires et officiers de la compagnie du 10*, qui est encore à Paris; vous v lirez que je ine plains amèrement des calomnies du citoyen t'eraud. Son amitié pour Danton dont il excuse les torts , et même le vol de quatre cent mille livres qu'il est accusé d’avoir fait à la nation, son amitié, dis-je, pour Danton l’aura déterminé à parler contre moi ; mon travail et mes actions lui répondront ainsi qu’à tous nos ennemis. Sùjtic : B*ns*aorx.
Pari», 19 novembre 179*2, an I*r île la République.
Frères et amis,
J’ai reçu hier soir à 7 heures votre lettre du 12, et je me suis à l'instant transporté chez le ministre Hulaud pour lui parler de vos subsistances.
Il m'a été impossible d'avoir audience.
Aujourd'hui à midi toute la députation sera assemblée et se portera chez lui.
Si votre première lettre sur cet objet avait renfermé les détads renfermés dans celle que je viens de recevoir., vous m’auriez évité beaucoup de divagations dans mes demandes.
Vous. nous laissez, frères et amis, dans une ignorance sur toutes les parties de votre administration qui désole vos députés, et particulièrement l'homme cjui vous est dévoué à tant de titres.
Consultez vos registres, vous trouverez que vous ne nous avez écrit que quatre lettres en deux mois, et elles ne renferment aucun détail sur les faits que nous avions le plus d'intérêt de connaître. Par exemple, hères et amis, dans l'objet dos subsistances, quel détail nous avez-vous douné? Noua avez-vous instruits des marchés passés entre vous et les négociants, ou de vos accords pour faire venir des blés ? Nous fvez-vous indiqué quelle quantité vous en aviez reçue? Nous avez-vous fait passer le tableau de leur prix et des pertes que vous éprouveriez dans fa revente ? Nous n'avons lieu su de tout cela, et meme votre lettre du 12 ne nous indique rien tic positif. Pensez-vous donc que le conseil exécutif puisse prononcer sur des demandes vagues, et connaissiez-vous bien la difficulté d'obtenir la parole dans la Convention nationale, pour des objets etrangers à la discussion du jour, et le dantjer d'un ortlre du jour qui ne permet plus de rapportera l'Assemblée l'objet écarté? Lorsqu'on lut votre lettre au mhiistrc et celle du département, un mouvement de surprise s'y manifesta: quinze cent mille livres d’un côté, un
million de l’autre ! Peut-on former, 5e disait-on, une demande aussi exorbitante? J’observai que Marseille depuis cinq ans de révolution n’avait obtenu aucun secours pour des grains ; mais Cambon exposa à l'Assemblée que les douze millions mis à la disposition du ministre n’étaient pas pour être distribués en assignats, mais en blés, que les blés étaient déjà achetés, que si Marseille avait des besoins, ce qui lui paraissait bien extraordinaire, ajouta-t il , à cause de son voisinage de la Barbarie, elle pouvait demander au ministre du blé, mais non de l’argent, et que par conséquent il fallait passer à l’ordre du jour. Je disais à un des membres du comité d’agriculture, à la tribune, mais sans oser l’assurer , parce que vous ne m’en aviez pas instruit, que les blés étaient achetés; il me répondit : Eh bien, vous direz au ministre de se mettre à notre lieu et place. C’est sous ce point de vue que jusqu'à présent j’ai traité cette affaire. Soyez justes, concevez mon embarras et ceux de mes collègues. Vous ne nous avez rien dit dans vos lettres, ni de la souscription que vous aviez ouverte, ni des commissions que vous aviez données, vous ne nous avez envoyé la copie d'aucune pièce à cet égard ; enfin, ce n’est que par votre lettre du 12 que nous recevons sur ces objets quelques légers renseignements. Demain je vous écrirai ce que la députation aura fait. Malgré nos occupations, croyez fermement que je ne néglige rien en ce qui me concerne. J’ai le moyen de suffire à tout, c’est de travailler les nuits entières, et de faire travailler à mes côtés deux secrétaires.
Commençons, je vous y invite, une correspondance qui soit continue, et dans laquelle vous nous marquerez la marche de toutes vos opérations administratives. C’est le moyen de nous tenir toujours instruits et prêts à vous défendre ou à demander ce qui sera nécessaire. Il faudrait engager le bureau piovisoire du commerce à nous écrire également sur l’objet du commerce et des manufactures.
Il est encore un objet sur lequel vous ne nous aviez rien marqué, et qui nous donne en ce moment quelques inquiétudes. L'administration du département a nommé le citoyen Martin, directeur des douanes nationales à Marseille. Nous avons su que le conseil exécutif avait cassé cette nomination, et que les régisseurs des douanes avaient, aux termes de la loi, nommé à cette place le citoyen Gautier, auparavant directeur des douanes dans la ville de Cette. Nous avons voulu nous informer des motifs du pouvoir exécutif, et nous avons su qu’en rendant justice au citoyen Martin, dont la recommandation du département établit le patriotisme, le conseil avait pensé qu’une place telle que celle de la direction des douanes à Marseille ne pouvait être remplie que par un homme également patriote et instruit des détails et opérations des douanes, sans quoi.
AVEC LA MUNICIPALITÉ DE MARSEILLE. 409 nous a-t-on dit, le citoyen le plus honnête pourrait, sans s’en apercevoir, porter un préjudice considérable à la nation dans la perception de ses droits. Il faut que vous sachiez que les régisseurs des douanes ont été cassés, et qu’on a mis à leur place trois hommes reconnus pour les plus instruits sur cet objet, et dont le patriotisme a été parfaitement prononcé dans la révolution. Il y a entre autres le citoyen Clialon, qui est un enragé républicain, le citoyen Colin, qui était régisseur et avait occupé à Dunkerque toutes les places compatibles avec ces fonctions-là, enfin, le citoyen Magnan, qui, dans les temps des assemblées constituante et législative, a constamment défendu dans les comités les intérêts et la liberté du commerce. Ces trois régisseurs ont, d'après la loi, écrit à tous les départements pour connaître les sujets inciviques dans la douane, elles ont réformés comme on les leur a indiqués. Poulias a doue été retiré de Marseille ; et sa place a été donnée au citoyen Gautier, directeur à Cette, qui a été président de son club, qui est patriote excellent, cl qui a vingt ans de travaux dans la partie des douanes. Voilà ce qu’on m’a dit, et ce que je vous transmets, pour que vous agissiez en conséquence. Vous aurez à considérer si Martin a des connaissances suffisantes pour la place importante à laquelle il a été appelé , et s’il ne conviendrait pas mieux de le placer dans l’enregistrement, oit le travail est moins délicat. Je vous confie, frères et amis, ces observations, parce que je crains aussi qu’on ne dise (pie nous violons les lois à Marseille, et parce que je crains que de tout côté il n’y ait des réclamations. Magnan me disait : il n’y a pas de justice, si des hommes ont travaillé vingt ans dans l'administration, s’ils sont aussi patriotes que vous, si les municipalités dans lesquelles ils sont placés leur donnent des certificats honorables, il n’y a pas de justice qu’on fasse passer sur leurs corps un citoyen bon patriote, 'mais (pii n’a jamais servi dans la partie.
Il faut que j’ajoute encore à cet égard, que j’ai une fois trouvé le ministre de la marine 1 dans le désespoir, au sujet de la nomination du maire de Toulon par les corps administratifs à la place d’ordonnateur général du port. U me disait : Paul, maire de Toulon, est un honnête homme, un respectable citoyen, nous lui donnerons la place qu’il voudra, mais celle d’ordonnateur, il ne peut la remplir. 11 sera volé sans s’en apercevoir; si l'on insiste pour qu’il soit ordonnateur, sa nomination coûtera vingt millions par année a l’État. Je ne sais ce que cette affaire est devenue.
Cela me rappelle votre affaire contre les inciviques Chirac et Flameng; tous les papiers sont au comité de marine, dont Granet est membre. Je lui ai déjà parlé de cet objet, et j’ai promis de me
1 Monge.
rendre ce soir à son comité pour faire nommer un rapporteur; nous emporterons cette affaire.
Celle de Gènes n'a pas encore été traitée au comité, parce «pi on s’est occupé sans relâche et des émigrés et des réductions dans les dépenses puldi<|ties. On parle de supprimer l'impôt mobilier et celui des patentes, mais de supprimer aussi les dépenses du culte. Vous devriez bien nous écrire vos opinions à ce sujet. Autrefois mon ami Fournier, à votre défaut, m’écrivait votre opinion sur divers objets, ce qui m'éclairait beaucoup, maintenant il m'oublie. Pour une dernière fois je vous demande de me juger avec justice, et de croire que Barbaroux ne pense qu’a vous écrire.
Vous avez encore deux affaires, le remboursement des avances faites aux troupes, la seconde, celui de votre dette en générai. Le premier objet est au comité des finances. Pierre Bayle se chargera de le poursuivre , le second est presque à l'ordre du jour ; car dans le tableau de la semaine il y a un rapport sur les dettes des communes, ce sera le moment de parler.
Notre comité de constitution marche à grands pas; nous restons assemblés les six heures de suite, après des séances de six ou sept heures dans la Convention.
Je vous salue bien fraternellement. Signé : Barbaroux.
Paris , le 22 décembre 1792, l'an l'r de la lU-puhliqitc.
Frères et amis ,
L'adresse du conseil général delà commune de Marseille, relative à la caisse patriotique que la loi du 8 novembre dernier paralysait, ne m’est parvenue que le 17 décembre; aucune lettre d'envoi n’y était jointe, mais son contenu m’instruisait parfaitement de la réclamation du conseil général et de ses inolifs. Je me suis empressé de voir le rapporteur chargé par le comité des finances de l’examen de diverses réclamations faites par plusieurs communes. Le rapporteur avait senti combien il était urgent que l’Assemblée rendît un décret a ce sujet; il l’a été en effet dans la séance du 19 au matin, vous en aurez eu connaissance par les papiers publics, car j’ai eu à regretter de ne pouvoir vous en instruire, étant beaucoup occupé à écrire contre b horrible Famille des Bourbons, que les imbéciles Parisiens adulent et veulent conserver au milieu d’eux. Je vous adresse, frères et amis, une copie de ce décret, et vous prie de vouloir bien accompagner d’une lettre les pièces que vous serez dans le cas d’envoyer à la députation ou à moi, car vous ne «levez pas douter du plaisir qu elles nous font.
Je vous salue, frères et amis, bien fraternellement.
Frères et amis,
Parif , le 3 janvier 1793.
Le courrier extraordinaire qui devait partir hier a été arrêté par une mauvaise difficulté de quelques membres du conseil exécutif que cela ne regardait nullement. Tout était convenu avec le ministre de la justice; mais ayant parlé de cet objet au conseil, les membres lui objectèrent que Marseille ne pouvait être considérée pour son port comme pays étranger; tout cela tend, comme vous voyez, au projet d'attaquer notre franchise, projet qui ne réussira pas, car cette matière m'est aujourd'hui bien familière, et je vous défendrai au besoin avec succès. Quoi qu’il en soit, il a fallu faire expliquer la Convention, qui a autorisé de suite le ministre à faire l'opération mentionnée dans nos dernières lettres. Je m’empresse de vous eu préveuir, et vous salue bien fraternellement.
Süjné : Baubahoix.
P. S. — Demain nous nommons un ministre de la guerre sur le citoyen Gardair. (Gardier?)
Paris, le 8 janvier 1793, an II de la République.
Frères et amis,
Enfin la Convention nationale a fermé hier, sur ma motion, la discussion relative au ci-devant roi; vous savez déjà parles papiers publics quels efforts j’ai faits, il y a trois ou quatre jours, pour que la Convention nationale mît un terme à cette longue affaire ; alors Marat et Robespierre s’y opposèrent avec succès. Hier ils voulurent encore combattre ma proposition , mais j'avais contre eux un argument irrésistible, c’était le propre discours de Robespierre tenu à la tribune dimanche ; il nous y avait accusé de ne pas vouloir que la discussion fût fermée, et certes il eût été trop inconséquent de leur part de s’y opposer, lorsque je proposais cette clôture pour la seconde fois; aussi, après quelques mouvements ontils laissé rendre le décret, en obtenant néanmoins que les discours qui n’ont pas été prononcés seraient imprimés, et que l'appel nominal n'aurait lieu que lundi prochain.
J’ai reçu, frères et anus. L’excellente adresse du conseil général de la commune, et celle des sections de Marseille. Notre députation n’ayant pu s'assembler à cause des longueurs «les séances, j’ai été obligé de les faire passer de main eu main parmi les membres de cette députation, et dès le moment qu’elles me sont revenues, je
les ni remises an comité des députations, qui nous hait deux fois la semaine la lecture des adressés des communes. Elles seront lues jeudi. Hier Granet a profité d'un moment favorable dans la séance du soir, pour donner lecture à l'Assemblée d'une adresse du département «les Rouches-du-Rhdne, dont l’impression et l’envoi aux quatre-vingt-quatre départements ont été décrétés. On voulait ce matin faire rapporter ce décret, sur le fondement «pie l’adresse était injurieuse pour le Corps législatif. J’ai invo<jué et obtenu l’ordre du jour sur cette proposition, «juoique je me sois bien convaincu que l’adresse du département est bien inférieure en principes et en énergie à celles du conseil général.
Veuillez bien agréer l’hommage de quelques exemplaires de mon opinion contre Louis Capet.# Vous la jugerez incomplète, parce «juc j’étais loin de prévoir, lorsque je l’écrivis, que la discussion se prolongerait si longtemps ; mais, du moins, vous y trouverez tracée cette haine des rois qui m’a constamment animé. Je vous salue, frères et amis, bien fraternellement. Signé : Barbaroux.
Paris, le 13 janvier 1793, l'an II de la République.
Frères et amis.
J’ai reçu les lettres que vous m’avez adressées concernant le citoyen Gardier, et j’ai cru que je ne pouvais rien faire de mi«ku\ pour seconder vos vues «pic «l’envoyer une copie de votre lettre au ministre. Je ne doute pas «pi’il n'y donne toute son attention, mais tel est le désordre de ses bureaux que j’ai lieu de craindre que le citoyen Gardier n’éprouve des retards. Il y a cependant trois fois plus «le commis tlans les bureaux de la guerre «pi’il n’y en avait dans le temps «le Scrvan , mais ces commis sont tous ignorants et désorganisateurs.
Je vous salue fraternellement. Signé : Barbaroux.
Paris, le 23 janvier 1793, l’an II de la République.
Frères et amis ,
De toutes les lettres qui m’ont le plus douloureusement affecté , «lepuis qu’on se fait un plaisir de m’abreuver d’amertume, votre lettre du 14 janvier peut être comptée la première. Comment, magistrats du peuple, avez-vous pu soupçonner ma fidélité à remettre les adresses «pie vous m’avez envoyées? Ai-je donc, dans ma conduite particulière, lorsque j'étais auprès «le vous, annoncé
quelque perversité de cœur , et comment avez-vous pu soupçonner que je fusse devenu tout à coup coupable du plus gran«l excès ? Je gémis de cette incroyable facilité à saisir toutes les calomnies lancées contre un homme qui se conduisit toujours honnêtement! et j’en gémis d’autant plus que, d’après Mably, rien n annonce plus U ? bouleversement des républiques que ta facilité à condamner les hommes qui ont bien servi. Vous trouverez enjoint un certificat qui vous confirmera que vos différentes adresses ont été successivement déposées par moi au comité des pétitions à mesure que je les recevais, et après toutefois que j'avais fait de vains efforts pour les lire à la tribune de la Convention. Que ne puis-je , par exemple, vous envoyer des certificats de ces efforts ! Mais bien rarement on peut prendre la parole pour ces objets; et la loi nous soumet à faire passer toutes les adresses au comité des pétitions. Le temps qui me presse ne me permet pas d’entrer dans de plus longs détails, je les donnerai demain au citoyen maire , à qui je dois plus particulièrement compte.
Je vous annonce que le ministre Roland vient de donner sa démission.
Hier matin le décret qui excluait les députés à la Convention nationale de toutes les places pendant six ans a été rapporté : comme il n’y avait que deux cents membres dans l’Assemblée, c’est Thuriot qui en a fait la motion. Je regarde ce rapport du plus mémorable de nos décrets comme un acte liberticide; je me suis bien promis de ne faire aucune réflexion dans mes lettres, puisque j’ai le malheur de les voir si mal interprétées, mais, de grâce, pour la patrie , examinez les conséquences terribles du rapport de ce décret et cherchez-en les motifs.
Je vous salue. Siyné : Barbaiioux.
Paris, le 23 janvier 1793, l'an II de 1a République.
Frères et amis,
Dans ma première entrevue avec les citoyens Ricard et Mainvieille, députés extraordinaires du département des Boucbes-du- Rhônc , il a été principalement question «le l'objet «le leur mission. Je suis fondé à croire qu’ils en ont une particulière, car je ne puis penser que l'administration en ait envoyé pour des objets qui dès longtemps nous onf occupés, et qu’elle aurait bien pu traiter par lettres , pour tout ce qui peut être relatif aux localités ou aux événements particuliers. Quoi qu’il en soit, les citoyens Ricard et
m CORRESPONDANCE INÉDITE DE BARBAROUX
Mainvirllf «ont chargés de .solliciter la Convention nationale à soccuper de la réparation de nos chemins , de l'entretien de* hôpitaux et de nos subsistances ; ils demanderont encore une avance de douze cent mille livres pour être appliquées aux objets ci-des.su*.
Je vais vous exposer, citoyens, en cpiel état se trouvent ces diverses affaires , et de quelle maniéré je les ai présentées aux députés extraordinaires du département.
Les chemins publics, si prodigieusement délabrés dans la ci-devant Provence, ne le sont pas moins dans les autres département* ; de là résulte la nécessité d’une reconstruction générale, et de l’établissement d’un système unique pour leur entretien. Cet objet ne doit pas être à la charge des départements, car le notre, par exemple, serait singulièrement grevé d’une pareille loi, attendu la longueur et le nombre de ses chemins. Cette dépense doit être nationale , je le pense du moins ainsi ; déjà les comités d'agriculture et de commerce, surina motion, ont été chargés d'un travail sur la réparation des routes, le rapporteur nous a annoncé que ce travail était fait , et qu’il serait incessamment présenté à la Convention nationale. Mais quelque prochain que soit le rapport, on ne peut en dissimuler que l'exécution générale de la réfaction des routes sera nécessairement lente, et ce n’est pas ce qu'il faut à notre département. Telle est sa position à cet egard, que l'administration a cru devoir puiser dans les caisses nationales pour faire procéder aux premiers travaux. Il faut donc lui obtenir des fonds, c’est là le plus difficile. Je ferai tous mes efibrts pour y parvenir, et puissé-je combler tous xros voeux.
Les hôpitaux ont été abandonnés par les Assemblées constituante et législative, de manière qu'après s’être emparé de leurs biens, on les a laissés manquer de tout. Vous apprendrez avec satisfaction que cet objet est à l’ordre du jour.
Je ne négligerai rien pour «pie Marseille, qui avait «les hospices assez bien organisés, ne perde rien, mais qu’au contraire elle gagne à la nouvelle organisation; s’il faut provisoirement «les avances, nous tâcherons de les obtenir.
Je vous ai parlé dans une autre lettre des subsistances, cet objet «loit être maintenant rempli , conformément a vos vues ; soyez bien persuadés , frères et amis , que je n’ai pas d’autres «lésirs que celui d’être utile à mon pays.
Je vous salue. Signé : Barbahocx.
Pari*, le 30 janvier 1703 , l'an II <!«• la République.
Frères et ainis,
Je m’empresse de vous faire passer un exemplaire de l'opinion que j'ai prononcée ce matin dans la Convention nationale, sur l'organisation de la partie du ministère de la guerre qui concerne les fournitures des armées. J’ose espérer que vous y verrez tout à la fois , et le 'désir ardent que j’ai de faire cesser le brigandage scandaleux tpii s’exerce dans l'approvisionnement des troupes , et mon attachement au système conservateur de la République, qui tend à reporter dans toutes les parties de l'État les travaux qui se font exclusivement à Paris, au grand détriment de nos finances, car toutes les fournitures sont triplement chères dans cette ville. Je ne doute pas que ce nouveau travail n’offre à nos ennemis un nouveau moyen de me proclamer l'ennemi de Paris; je me consolerai de leurs persécutions en pensant que je suis l’ami de la République et en m'efforçant toujours de mériter votre confiance.
J'aurais voulu que le temps m'eût permis de lire dans la Convention nationale un mémoire que j’ai fait sur la Corse. Mon but était de faire sentir combien il importait de fortifier cette islc , d’où nos ennemis intercepteraient notre commerce, s’ils parvenaient à établir leur escadre dans quelqu’une de ses rades; ensuite je parlais de l’exploitation de ses bois si utiles pour notre marine, et de ses huiles qui pourraient si avantageusement remplacer celles que nous tirons a grands frais de l’Italie pour la fabrication de nos savons. Le premier objet a été rempli par Salicetti, député de Corse, avec lequel nous en avions préalablement conféré, et maintenant le comité des défenses s’occupe sérieusement de la Corse. J 'attentai le premier moment favorable pour parler du deuxième objet, après que j’aurai néanmoins reçu votre avis, à l’effet de quoi je vous ferai passer copie de mon mémoire par le premier courrier.
Vous avez su par les papiers publics que j’ai lait rendre il y a quelques jours un décret qui doit beaucoup plaire aux marins, en même temps qu’il satisfait les cœurs sensibles ; ce décret porte qoe les officiers de santé employés sur les vaisseaux de la République recevront au retour de la campagne, indépendamment de leur traitement, une gratification à raison du nombre d’hoinincs qu’ils ramèneront en santé dans nos ports. Cette loi existe déjà en Angleterre, elle honore celte nation, elle nous honorera, nous. Le comité est chargé de faire un rapport pour régler le tarif de ces {[ratifications.
Je renvoie à vous entretenir dans une autre lettre de ce qui con-
cerne notre guerre avec l'Angleterre, que vous pouvez regarder connue déclarée, ainsi que les détails de ce qui s’est passé ce matin à la Convention relativement au bataillon de nos fédérés.
Recevez, frères et amis, l’assurance de mes sentiments, qui sont tels que dans les premiers jours de 1789, et tels que vous les avez connus pendant deux années du travail le plus assidu auprès de vous*. Je vous salue bien fraternellement. Signé : lUniunovx.
Pari* , le 30 janvier 1793, l’an 11 de la République.
Frères et amis ,
Je vous ai entretenus dans ma lettre du jour d’hier, n° 10, de l’organisation de la partie du ministère de la guerre qui concerne les fournitures de l’armée , d’un travail sur la Corse, et d’un décret que j’ai fait rendre concernant les marins. Je viens maintenant vous parler de la guerre contre l’Angleterre, parce que c’est aux magistrats du peuple à lui donner cette impulsion nécessaire pour opérer de grandes choses et assurer le triomphe de nos armes dans ce nouveau combat de la liberté contre le despotisme.
Le ministre des affaires étrangères nous a rendu compte ce matin que le citoyen Cliauvelin , notre ambassadeur à Londres , avait reçu ordre de se retirer, et qu’il était en effet revenu en France. Il nous a dit qu’il n’y avait plus d’espérance pour la paix ; il faut donc nous préparer à la guerre, et c’est surtout dans le port de Marseille que doit se déployer ce zèle actif qui assure la victoire. La Convention nationale a décrété qu’il serait donné des lettres de marque pour la course. C’est le seid moyen de faire tourner à notre avantage les chances de la guerre*; car pour les hommes qui calculent les événements, il est incontestable que si l’Espagne et la Hollande se réunissent à l’Angleterre, ainsi que nous avons lieu de le craindre, puisque Pachc a fait manquer le superbe plan de Dumouriez, il est incontestable, dis-je, que nos flottes ne seront pas assez nombreuses pour tenir la mer devant celles de nos ennemis. Faisons donc la course! Faisons-la avec tout l'acharnement que doit nous inspirer la vengeance nationale! Sans doute, c’est un grand malheur d’étre réduit à attaquer les propriétés particulières, lorsqu’on ne devrait s’attacher qu'à celles du gouvernement, mais la représaille est un droit naturel , et nous avons l’espérance que l’Angleterre, qui ne se soutient que par son commerce, en le voyant détruit par nous, se soulèvera contre un roi qui la trahit, et deviendra digne enfin de fraterniser avec la France.
Nous sommes positivement instruits qu’il y a dans la Méditerra-
née environ quatre cents vaisseaux anglais; nous sommes maîtres de cette mer par l’escadre qui s’y trouve, il est impossible que l’Angleterre puisse y avoir une flotte avant trois mois ; ses quatre cents vaisseaux marchands paraissent devoir devenir notre proie. Ne laissons pas échapper une occasion si belle et qui produira tant d'avantages à nos marins. Magistrats du peuple, parlez-lui le langage saint de la liberté ; dites à nos marins , et leurs devoirs et ce que la patrie attend d’eux. Provoquez des armements en course, engagez nos commerçants à demander des lettres de marque : je me charge ici de leurs intérêts avec mon collègue Rebecqui. Je me charge de poursuivre le ministre qui a laissé le Midi sans défense, et de faire augmenter le nombre «le troupes destinées contre le roi sanie et celui d’Espagne, parce que de tous côtés nous serions à couvert. S’il est un moment où nous devions réunir tous nos efforts, c’est certainement celui-ci; agissez, je vous en conjure, les yeux sur ma conduite; lisez mes opinions, et vous direz ensuite si j’ai servi la patrie.
J’ai promis de vous donner les détails de ce qui s’est passé à la séance de ce matin , relativement aux fédérés de Marseille , il faut pour cela que je prenne les choses de plus loin.
Vous avez su de quelle manière notre bataillon avait été reçu , et les longues souffrances qu’il a éprouvées ; c’est le bataillon luimême qui vous a attesté ces faits. Vous savez encore les efforts que le ministre Pache a faits pour se débarrasser de ce bataillon et les tentatives de notre comité militaire; le procès-verbal de la Convention nationale vous a instruits, dans le temps, de l’inutilité de ces tentatives. Nous soutînmes, conformément à vos lettres, «pie le bataillon marseillais était destiné pour Paris, et <juoi<pic plusieurs de nos collègues votassent pour leur départ, nous obtînmes ce que vous désiriez , et le bataillon resta dans Paris.
Alors le ministre Pache changea de système et voulut gagner par la flatterie et la séduction des militaires «pi’il avait d’abord maltraités, et auquel il avait refusé, pendant plus d’un mois, deux pièces de canon, malgré un décret formel de la Convention nationale, et malgré qu’il y eût à sa disposition vingt-deux pièces de canon à la fonderie de Perrier ; vous savez qu’il s'était formé une société de fédérés dans la caserne des Marseillais. On a dit que c’était mon ouvrage. J’atteste que je n’y ai jamais mis le pied que quinze jours après sa fondation, et que je fus enchanté de l’ordre et du bon esprit qui y régnaient ; vous en aurez jugé de même par les lettres qu’il vous a écrites et les adresses qu’il vous a transmises; bientôt une foule de patriotes se réunirent à cette société, qui pr«înait ainsi des accroissements rapides. Les tentatives de séduction
se firent dans la société même. Je crois vous avoir raconté dans le temps que nous avions trouvé dans une de ses séances la veuve Pache , la tante Paclic, la demoiselle Pachc, H assemblas Meunier, Audoin le maire ' et plusieurs autres commis de la guerre , qui dans un moment où les besoins de l’armée les demandaient dans leurs bureaux, à sept heures du soir, travaillaient nos Marseillais; ceux-ci ne Rirent pas dupes de ces manœuvres, et c’est alors qu'on imagina d’autres moyens. Je n'en sais pas tous les détails ni ne veux savoir des choses qui me font frémir; ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y eut beaucoup «le «Hners donnés à nos canonniers, c’est «pie le commandant même eut la faiblesse de se prêter à ces séductions, lui qui connaissait pourtant la trame ourdie par les ennemis de la chose publique, puisqu'on lui avait proposé de tomber sur la Convention nationale. Le résultat de ces fêtes fot que nos Marseillais se trouvaient liés avec tous ceux qui les avaient maltraités. Je dis nos Marseillais, quoiqu’il y ait beaucoup d’exceptions à faire; en même temps arrivèrent à Marseille cette foule de lettres qui me calomniaient et à Paris les adresses «pii m'accusaient. Je courus «les dangers, je n en parle pas; mais jugez quel a dû être au milieu de toutes ces agitations l’état du bataillon.
Les compagnies se sont assemblées ces jours dernier» et ont délibéré de retourner à Marseille ; lorsqu'on nous a fait part de cette délibération, nous avons répondu que le bataillon aurait dû vous écrire avant de délibérer, et, puistpi'il avait été envoyé par la commune de Marseille, attendre les ordres de la commune.
Les observations de Rebeccpii et de moi ont été très-inutile*; la volonté du bataillon a été plus fortement prononcée, et les chefs ont été accusés «le vouloir rester parce qu’on leur avait promis des places.
En conséquence de cette détermination, une députation du bataillon s’est présentée ce matin à la barre; elle a demandé que les fédérés marseillais fussent autorisés à retourner dans leurs foyers, attendu que plusieurs d’entre eux sont marins ou charcutiers, et qu'ils y seraient plus utiles dans la marine. Aussitôt cette partie des membres «pii tiennent à la députation de Paris s'ébranle et demande que ce bataillon soit mis entre les mains du ministre de la guerre pour être envoyé où il lui plaira. Je n’étais pas d’avis que ce bataillon partit, mais pouvais-je voir ainsi trahir votre vœu et permettre qu’on transformât des gardes nationaux venus volontairement à Paris en bataillon de volontaires? J’ai attendu vainement que des députés du département des Bouches -<iu- Rhône se levaa-
‘ Lemaire.
sent. Je dois le dire, parce que c'est la vérité : Grand était sorti connue les fédérés entraient , Moyse Rayle et Pierre Bayle avaient été se cacher à l’extrémité des banquettes, et Gasparin , qui avait changé de place, riait de mon embarras. Il fallait cependant défendre notre bataillon et vos droits. J’ai pris la parole, j'ai dit que je n’examinerais pas si le départ des Marseillais était convenable ou non , que mon avis particulier était qu’ils ne partissent pas, mais que lorsqu'on voulait les transformer en bataillon volontaire, je devais m’y opposer fortement, parce que telle n'était pas l'intention de la commune de Marseille, qui avait déjà fourni à la République bien au delà de son continrent d’hommes ; alors j’ai examiné comment ce bataillon s’est formé , dans quelle vue il était venu à Paris , et j’ai rapporté vos lettres et vos adresses comme une preuve cpie le bataillon était seulement destiné pour Paris. J’ai repassé ensuite les décrets de l'Assemblée qui avaient reconnu que les fédérés n’étaient pas des bataillons de volontaires et (pii avaient empêché que le ministre Pache les fît partir, lorsqu’il avait perfidement supposé que Custine eu avait besoin , malgré qu’il y eut alors vingt-cinq mille hommes entre Paris et la frontière presque oubliés jwr le ministre. Mon discours a été combattu par Bréard (?) , Cboudieu et les députés qui se trouvent à l’extrême gauche ; il a été soutenu par Bu/.ot , Grangencuve et Chambon ; les fédérés présents à la séance étaient désespérés. J’ai de nouveau parlé , et je 1 ai fait avec force. J’ai surtout invoqué, et la mission que le bataillon avait reçue de vous , et vos lettres de la députation du département des Bouchesdu-Rhône. J’ai désigné et interpellé ceux de mes collègues qui étaient au coin de la salle; j’ai dit enfin qu’on avait en vue de désorganiser ce bataillon , de le pousser à la désobéissance , puisqu’on voulait le faire servir sans engagement et contre le vœu de Marseille. J’ai parlé une troisième fois, j’ai interpellé les députés des Bouches-du-Rhône, Granét, Gasparin, Moyse Bayle, Pierre Bayle, d’attester quelle avait été votre intention en envoyant le bataillon à Paris. Ces citoyens n’ont rien voulu répondre; les fédérés sont encore revenus a la barre, et enfin, malgré tous nos efforts, la Convention a renvoyé au ministre Pache la pétition des Marseillais , et l’a autorisé à disposer de leur bataillon ainsi que Je bien de l'Etat l’exigerait. Ainsi voila notre bataillon à la disposition du ministre. J’en ai été si profondément indigné que j’ai demandé à l’instant que Marseille fut remboursée, 1° des soixante mille livres avancées par elle pour la marche du bataillon de Marseille à Paris ; 2° de la valeur des fusils donnés au bataillon. J'ai également demandé que les volontaires du bataillon reçussent , conformément à la loi , cinquante francs chacun pour leur équipement . Ces demandes ont
été renvoyée» au comité militaire; voilà ce qu'ont fait ceux qui »c disaient le» bon» ami» de» Marseillais. Je supprime toute réflexion, et me borne à vous rendre compte de» fait» et de ma conduite.
Recevez, frères et ami», l’assurance de mon dévouement à la chose publique. Signé : Barbaroux.
* Paris, 31 janvier 1793, Tan II delà République.
Frères et amis.
Je m’empresse de vous annoncer la réunion du ci-devant comte de Nice à la France prononcé par décret de ce matin ; la discussion à cet égard a été très-courte , et si je n’ai point parlé , c’est que vous ne m’avez transmis aucun renseignement sur une question neuve pour moi, et qui cependant vous intéressait sous le rapport de votre commune.
Dans la même séance , on a fait une loi sur les lettres de marque à accorder aux corsaires, vous la trouverez rapportée dans le Journal des Débats. Il avait été proposé de défendre les rançons qu’on exige ordinairement des vaisseaux qu’on ne peut amener dans les ports. J’ai combattu ce système, parce que la course est une opération mercantile , qu'il faut abandonner à la volonté des armateurs et à l’ascendant des circonstances. D’ailleurs je savais que les navires de Dunkerque et autres ports ne font pas autrement la course dans la partie du Nord où ils rencontrent des petites flottilles qu’ils rançonnent , parce qu’ils ne peuvent pas le» remorquer. Le décret a passé conformément à cette opinion.
La guerre avec l'Angleterre est certaine. Demain le comité des défenses générales nous fera son rapport sur les insultes accumulées du gouvernement d’Angleterre, et comme il est impossible de les passer sous silence, la Convention déclarera la guerre. Je n'oublie pas que nous sommes les maîtres de la Méditerranée par l'escadre que nous y avons; aussi proposerai-je à cet égard des mesures qui, j'espère, obtiendront votre approbation.
Jusques à quand, frères et amis, serai-je donc persécuté? Ne se lassera-t-on pas de me détourner des travaux que me commandent l'intérêt de la République et le» vôtres? Je vous envoie l’original d’une lettre qui m’a été écrite par Granet, Gasparin, M. Bayle et Pierre Bayle, pour me demander l'usage que j’avais fait de trois adresses du conseil général de la commune ; j’y ai joint au bas une réponse. Il y a cinq jour» que le citoyen Ricard me demande par
écrit de lui rendre compte de ma conduite; je n'ilnagine pas fpic vous ave* envoyé ce citoyen avec une mission de cette espèce, et j'ai lieu de croire que dans fort peu de temps, lui-mémc sera soumis à vous répondre de ses actions, car je suis bien aise de vous annoncer qu’il n’a paru dans aucun comité, ni pour vos chemins, ni pour vos subsistances, ni pour vos hôpitaux , quoique ce fut là l’objet principal de sa mission. D'un autre côté, vous jugerez par une lettre dont je vous envoie l'original, et qui m'est parvenue par la petite poste, de l'espèce de sécurité dont jouissent les députés qui se montrent et tiennent tête à la faction d’Orléans. Je supprime toutes réfictions , pour vous indiquer seulement ces faits majeurs :
Itirou commande l’armée d'Italie, et Biron est l'homme de la maison d'Orléans;
Kellcrinann commande l’armée des Alpes, et Kcllermann est dévoué à cette même maison ;
Scrvan commande l'armée des Pyrénées, et s’il n’est pas dévoué à Philippe, du moins il est très-souvent conduit par Laclos, l'âme damnée de Philippe ;
La Touche commande une des escadres de la Méditerranée, et La Touche était chancelier du ci-devant duc «l’Orléans.
Je ne veux pas dire qu’il faille enlever toute confiance en ces généraux, mais seulement «ju’il finit les surveiller. Je n'ajoute plus qu'un mot qui me regarde.
Les lettres que j’ai écrites à la Société 1 courent maintenant dans Paris; c'est ainsi «pi’on abuse des confidences de l’amitié, et qu’on cherche à provoquer contre moi ceux sur le compte desquels je me suis fortement expliqué, parce que je les ai crus et je les crois encore dangereux; mais tout cela m'est pas ce qui m’afflige, une autre idée qui me désole, et certes, si elle n’est pas inspirée par la modestie, elle l'est du moins par la franchise. Marseille, depuis quatre ans de révolution, n’a pas eu parmi ses députés un seul défenseur. On mettrait dans une page tout ce «pii a été dit pendant les quatre années par les dix-huit députés qui s’y sont succédé dans les Assemblées constituante et législative : je suis venu ; un peu de courage, le désir de servir mon pays m’a fait réussir. J'ai pu vous être beaucoup utile, je le puis encore, et je suis abandonné, diffamé , persécuté... Cependant mes diffamateurs ne sont rien pour l’État ni pour vous ; peut-être un jour on rougira de cette conduite et l'on s’apercevra qu’avant de supposer un homme corrompu , il fallait au moins examiner un peu sa vie passée. Quoi ! la cour n'a pu me corrompre, ni m'intimider lorsque j'étais votre député extraordinaire, l'année dernière! Des places lucratives ne m'ont pas
1 La Société «le Marseille, aflilice à celle des Jacobins «le Paris.
seulement fait détourner la tête de la ligne que je suivais , et maintenant je serai» corrompu! Magistrats du peuple, vous uie devez justice des calomniateurs ! Pardonne/ ces mouvements d'indignation, ils sont naturels dans un cœur qui se sent digne de vous.
Je vous salue fraternellement. Signé : Rarrarocx.
Frères et amis,
(2 février 1793.)
Nous nous empressons de vous annoncer que la Convention nationale, au nom de la nation française , a déclare la guerre, dans la séance d'hier, au roi d’Angleterre et au statliouder de Hollande. Dumouricz, parti depuis trois jours, va se porter à l’instant sur les Provinces-Unies, malgré le dénûment de nos années. C’est une nouvelle carrière ouverte à la gloire de ce général, déjà si bien établie par la défense des gorges d’Argonne, à la tête de dix-sept mille hommes contre quatre-vingt mille, et par l'incroyable victoire de Jcmmapes.
Voilà, frères et amis, la seule partie de notre lettre qui puisse être publique dans le moment, ce que nous avons à vous dire maintenant tient à une opération de la plus haute importance, et dont le secret ne peut être confié qu'au corps municipal.
Le ministre de la justice, remplissant par intérim les fonctions du ministre de l’intérieur, vous envoie tics ordres pour acheter à l’instant et avec le plus de précaution possible tous les blés étrangers qui se trouvent maintenant à Marseille et qui sont dans le cas d’en sortir. Un courrier porte le même oiglrc clans les ports francs de Dunkerque et de Bayonne. C’est en vertu d’un décret de la Convention nationale, rendu sur la motion de Barbaroux, que se fait cette opération importante. Nous vous adressons copie du décret , et nous allons vous dire maintenant de quelle manière il a été rcudu , et quels en sont les motifs.
Hier, sur le rapport de Brissot que vous trouverez dans le Journal des Débats, la guerre a été déclarée à l’Angleterre et a la Hollande. Ducos fit ensuite la motion de faire imprimer toute la correspondance du ministre fi ançais avec le cabinet de Saint-James, pour servir de manifeste, ce qui fut adopté. Eusuite, Barbaroux, d’après ce que nous avions arrêté tous les deux.
Signé: Barbarocx.
Paris, le 2 février 1798, l'an II de la République.
Frères et amis,
Je vous ai fait passer par les courriers ordinaires d’avant-hier et d’hier une foule de détails qui vous seront agréables. Le temps ne me permet pas de les répéter ici au moment où le courrier extraordinaire va partir, et je me borne à vous envoyer deux exemplaires du Journal des Débats de la séance du 30 janvier, dans lesquels vous trouverez le discours que j'ai prononcé sur l’organisation de la partie du ministère de la guerre qui concerne les fournitures des armées.
Dans ce moment le conseil exécutif est assemblé pour délibérer sur l'attentat commis à Rome en la personne de notre chargé d’affaires. Il s’agit d’en tirer la vengeance la plus éclatante.
Je vous salue. Siyné : Barbaroix.
Paris le \ février 1703, l’an II de la République, à neuf heures du soir.
Frères et amis,
Vous m’aviez adressé le 24 décembre dernier un mémoire que le citoyen Gardair, ancien militaire , présentait au ministère de la guerre. Votre commission a été parfaitement remplie, mais elle n’a pas été couronnée de succès, ainsi que vous en jugerez par la réponse du ministre, que je vous envoie eu original pour que vous jugiez des motifs qui l’ont déterminée.
Il n'en a pas été de même de la réclamation du citoyen Caudicr auquel vous vous étiez intéressés l'année dernière, il a obtenu contre ses débiteurs de Gênes des lettres de représailles par décret du jour d’hier.
J’ai aidé ce citoyen autant qu’il a dépendu de moi par devoir, parce que sa cause était infiniment juste, et par égard pour votre recommandation .
J’ai eu encore ce soir une conférence au comité de liquidation pour voire affaire de Gênes; je vous ai annoncé dans une de mes dernières lettres que je ne t'abandonnerais plus qu’elle ne tut terminée. Je vous tiendrai parole.
La Convention nationale a nommé ce matin le ministre de la guerre : c’est le général Bournonvillc ; j’avais donné mon suffrage , ainsi que Rebecqui, à Achille de Châtelet.
Je tiens les yeux constamment ouverts sur toutes les opérations
du Conseil executif, dont je vous avoue ici que les lumières sont très-bornées. Je m'opposerai toujours de toutes mes forces à ce qu’on retire notre escadre de la Méditerranée, comme on l'a proposé, car il importe de conserver la liberté de nos communications. Je vous entretiendrai de cet objet plus en détail au premier jour. Veuillez, je vous en conjure, me soutenir dans mes immenses travaux.
Je vous salue bien fraternellement . Sùjnc : Rtassaocx.
Pari» , le 6 février 1193, Pau 11 de la République.
Frères et amis,
Nous écrivons, llcbecqui et moi, par le même courrier au bureau provisoire du commerce, pour lui foire pari des opérations du ministre des affaires étrangères, relativement à la porte ottomane. Semonville se trouve inculpé par les papiers trouvés dans la cachette du traître Louis; peut-être pourrait-il se justifier? Mais en l'étal il ne peut remplir les importantes fonctions d'ambassadeur à Constantinople. Le ministre des affaires étrangères y a envoyé, par la voie de terre , le citoyen Descorclies , ci-devant agent de la nation à Varsovie. C’est un homme intelligent, qui connaît le pays et qui est muni de notes et de pouvoirs tels rpie vous pouvez être certains que vos intérêts ne seront pas plus longtemps compromis à Constantinople. Notre lettre au bureau de commerce vous donnera de plus amples détails ; je vous dirai cependant encore que l'affaire des régisseurs de Constantinople et de Sinyrne est totalement étouffée par le bon effet qu'a produit la nouvelle de leur conduite, lorsqu'ils ont appris le décret d'accusation contre Choiseul-Gouffier ; ainsi que toutes vos craintes et celles du commerce soient calmées, nous avons totalement terminé cette affaire conformément à vos désirs.
La motion contre la franchise de notre port, faite par Bréard, a eu des suites. Cette s’est empressé de demander au comité de commerce un lazaret , et l'on y a agité hier soir la question des franchises. Il n'v a donc pas un moment à perdre pour me foire parvenir de nouveaux mémoires, si le bureau de commerce en a encore. J'ai profondément étudié cette question, mais je serai toujuurs plus fort aidé de vos lumières et des instructions de nos commerçants. Soyez persuadés que cette affaire, qui terminera, je l’espère, ma carrière dans la Convention nationale, sera traitée par moi avec toute l'attention et le zèle et tous les moyens dont je suis capable.
Un décret île la Convention nationale m’a accordé la parole pour samedi sur l'important travail de la réunion de la mer d'Allemagne
à la mer Mediterranée par de* canaux de communication. J’espère traiter cette belle question conformément à vos vœux et à l’importance du sujet.
J’ai concouru ce matin à faire décréter six millions de secours pour les départements. Je voulais que le secours lût porté à huit millions, dont quatre au moins fussent alfectés aux grandes routes. Il a été également décrété, le 3, quatre millions pour les hôpitaux. Vous trouverez dans le feuilleton que je vous envoie l’extrait de ce décret, auquel je vous engage de vous conformer promptement. Mon intention est de convoquer demain les deux députés extraordinaires du département, car si je ne réponds pas aux lettres particulières de Hicord qui me demande compte de ma conduite, je ne m’intéresse pas moins au succès de sa mission. Je mettrai sous les yeux de ces députés les décrets, je les conduirai chez le ministre de la justice remplissant par intérim le ministère de l'intérieur, et je tâcherai que vos vœux soient remplis.
Vous serez assez étonnés d'apprendre que le citoyen Yieilz nous a écrit à Rebecqui et à moi une lettre assez peu décente pour nous reprocher de n'avoir pas remis des papiers au comité de la marine. C’est donc un délire général de nous accuser inconsidérément ; je vous envoie copie d’un certificat du président et du secrétaire du comité de la marine, constatant que les pièces de Vieilz y ont été déposées le 16 novembre dernier, et que Granet en est le rapporteur depuis le 12 janvier. J'ai accusé dans le temps réception de ces pièces à la municipalité; je lui ai annoncé, ainsi qu’à Vieilz et à Georges Marcnt, leur remission au comité de la marine, j'en ai recommandé la poursuite à Granet, membre de ce comité. J’ai vu plusieurs fois pour le même objet le ministre de l’intérieur, et je vous le déclare, je l’ai trouvé une fois pleurant de l’obstination de Vieilz, qui voulait, «lisait-il, lui faire violer la loi du 12 octobre 1791, qui porte, article 18 : •» Les places d’administration seront données » moitié par ancienneté et moitié aux choix aux sous-chefs et sous- » contrôleurs qui auront au moins cinq ans de service dans leur » grade et âgés de trente ans accomplis. » Or, me disait le ministre, au lieu de cinq ans, Vieilz n’a que quatre mois de service en qualité de sous-chef. Je pressais, j’agissais, et Vieilz m’accuse avec amertume. Je suis donc responsable ici et des affaires dans lesquelles je me tromperai, et de celles que les comités traîneront en longueur, et de celles enfin dans lesquelles je ne réussirai pas. Cette position est vraiment trop cruelle.
La Société, dans une de ses dernières lettres, ne me marquet-elle pas que j'ai protégé Gautier auprès du ministre des contributions, que je l'ai fait nommer directeur des douanes â Marseille,
pour en chasser Martin, et que des députes s’étant présentés au ministre Clavière pour solliciter en faveur de ce dernier, il leur a été répondu que Gautier était nommé, et qu’il resterait parce que je le protégeais. Je vous assure que je n'ai jamais parlé de Gautier à Clavière; ce sont les directeurs qui nous en ont écrit et parlé ; et nous nous sommes bornés à transmettre à la municipalité les observations des régisseurs des douanes. Nous n’avons jamais rien obtenu de Clavière, si ce n’est la nomination «le B art h e à la place de «lirecteur des monnaies, à la recommandation delà municipalité «le Marseille.
Cette vie est véritablement trop douloureuse, on m’a fait boire le calice jusqu'à la lie, et l’inquiétude et le travail ont tellement miné ma santé, qu’au moment où je vous écris, une ébullition de sang se manifeste par tout mon corps, je me sens dévoré par un feu qui parcourt toutes mes veines, et ma figure parait brûlée; je ne puis plus en cet état soutenir le fardeau que vous m’avez imposé et que j'aurais si heureusement, je puis presque «lire si glorieusement conduit au port, si vous m'aviez seulement relevé de la main. Ma démission est donc nécessaire, je ne la remettrai pourtant qu’après avoir présenté à la Convention «H terminé la grande cause des franchises. Je fais encore ce sacrifice à mon pays, dans lequel je ne veux plus être qu'un obscur citoyen, vivant médiocrement de mon travail, mais vivant loin des intrigants, «les calomniateurs et des faux patriotes.
Ce matin la commune de Paris est venue demander à la barre une avance de quatre millions, sous peine, nous a-t-elle dit, «le voir le peuple de cette ville en insurrection au t" mars, à cause des subsistances. On peut me pendre, mais si l’on accorde quatre millions à Paris, je veux «pi’on en accorde deux à Marseille, je veux qu’on lui paye «juatorze millions cpi’on lui doit. Comment n’être pas révolté de nous voir ainsi arracher «les millions sans jamais obtenir des comptes, tandis qu’on refuse tout aux départements? On dira que c’est là «In fédéralisme ! Comme s’il y avait quelque rapport entre ce système de gouvernement que personne n’a demandé, que tout le monde proscrit, et le* comptes de la commune de Paris depuis 1789. Je me trompe, il v a «le grands rapports dans tout cela, car en calomniant, en criant au fédéralisme, au royalisme et contre les plus ardents ennemis de la royauté, on parvient pourtant à ne rendre aucun compte et à voler impunément. O mes chers Marseillais, combien vous êtes aveugles et injustes! vous avez tout à coup arrêté «lans sa carrière rivifpie l’homme de votre pays qui s’y présentait du pas le plus assuré, vous m’enlevez tout à la fois mon bonheur, ma santé, et la gloire de faire quelque bien. Il faut
pourtant se résigner à son sort. Puisse «lu moins ma patrie être constamment heureuse !
Je vous salue, frères et amis, bien fraternellement.
Siync : BA*nxnorx.
Paris, le 19 février 1793, l'an U de U Uépublique.
Frères et amis,
J'ai enfin terminé le grand travail que je vous ai annoncé pour la jonction de la mer Méditerranée à la mer d'Allemagne. Les députations de plusieurs départements y prennent le plus grand intérêt, les ingénieurs les plus instruits l'approuvent ; l'inaction des manufactures que la {pierre maritime va bientôt occasionner nous en fera une nécessité ; ce sont enfin des propriétés nouvelles que nous allons créer à la nation. J'ai donc tout lieu d’espérer que ces projets si utiles à Marseille seront accueillis, et c’est demain que jp les présenterai à la Convention nationale.
J’ai bien négligé pendant ce travail ma correspondance avec vous, et j’ai une foule de choses à vous communiquer, surtout relativement à votre marine ; le temps ne me le permet pas aujourd'hui, et je me borne à vous adresser quelques pièces que je vous prie de faire passer à nos frères de la Société patriotique, qui m’ont accusé d’avoir négligé leurs affaires particulières, tandis que je puis attester qu’il n’est pas un seul objet auquel je n’aie donné mon attention. La première pièce constate que je me suis occupé avec soin de la demande de François de Yilliard, recommandée par la Société, et les deux autres que j’ai fidèlement remis les croix de Saint-Louis et les sommes qui m’ont été envoyées par la caisse des dons patriotes.
On a nommé hier le ministre de la marine, Monge a été renommé ; nous avons donné avec Rcbecqui notre voix nu citoyen Epiés, Marseillais. Nos motifs pour la refriser à Monge ont été surtout qu’il a négligé de faire partir un avis pour les Indes, à l’effet d’y annoncer que nous étions menacés de la guerre, et qu’au lieu de nommer pour capitaines de vaisseaux de la nation les marins estimables que vous lui aviez recommandés, il a élevé à ces importantes fonctions déjeunes lieutenants ci-devant nobles, qui n’ont pas fait quatre campagnes sur mer.
Le brave Gaspard Vence, auquel nous avons fait rendre justice par la Convention, est indigné de cette nomination; mais une certaine faction a voulu renommer Monge, et il a bien fallu lui céder, puisque dans notre ville on veut aussi que nous lui cédions.
Je vous salue.
Pari*, le 25 février 1793, Tan II de la République.
Frères et ainis,
Enfin- je vous ai obtenu l’avance tant désirée de deux millions deux cent mille livres, pour acheter des grains dans l'étranger.
Je vais vous raconter comment cela s’est fait :
U y a environ quinze jours qu’on nous travaille fortement pour les subsistances, non que la ville de Paris en manque, elle en est au contraire abondamment pourvue, ainsi que le constatent les états présentés ces jours derniers, et encore ce matin, par le ministre ; mais parce qu’il importe à certaines gens de fomenter une insurrection, et que surtout on veut et on parvient à nous arracher des millions. Si vous avez lu attentivement le» débats de la Convention , vous aurez remarqué que les administrations de Paris vinrent il y a quinze- jours nous annoncer que s'il ne leur était fait une avance de quatre millions, nous aurions une insurrection an 1" mars. En conséquence, on décréta les quatre millions sous la garantie des sols additionnels, et il fut de suite compté un million aux administrateurs, lequel fut à l’instant employé ou dévoré. Quelques jours après, les pétitions sur les subsistances se renouvelèrent ; vous savez que l’un des pétitionnaires, se disant chargé des pouvoirs des quatre-vingt-cinq départements, fut mis en état d'arrestation. Hier nous eûmes plusieurs députations de femmes ; les unes nous demandèrent la diminution du prix du savon , les autres nous parlèrent du pain, qui ne coûte pourtant ici que trois sols la livre de vingt onces; enfin, ce matin, on nous a annoncé qu’une insurrection éclatait, et le comité de sûreté générale est venu nous demander d’autoriser la municipalité à faire battre la générale, — décret qui l’autorise; — ensuite un autre rapporteur a demandé que les trois millions non encore livrés de l’avance de quatre millions fussent à l’instant remis à la commune de Paris, ainsi que quatre nouveaux millions d’une nouvelle avance. Décret qui accorde ces sept millions. Le ministre par intérim était à l’Assemblée, je l’ai interpellé de dire ce qu’il avait fait pour l'approvisionnement des département» du Midi, conformément au décret rendu il y a quelques jours sur ma motion. Le ministre n’a rien pu alléguer de positif, il a seulement annoncé qu’il avait pris des mesures pour que les vingt-cinq millions encore décrétés sur ma motion fussent employés à propos et sagement, à des achats de grains à l'étranger, mais du côté du Midi. J'ai saisi alors la circonstance que la décision me présentait. J’ai fait connaître vos besoins, l’exactitude que vous apportiez à
remplir vos devoirs et à rendre vos comptes, et après un discours dont vous trouverez ci-joint copie, j’ai arraché l'avance des deux millions deux cent mille livres que vous aviez si justement à cœur. Ce décret a un peu étonné ceux mêmes qui l'ont rendu ; mais j’avais si bien saisi à temps qu'il était impossible aux éternels défenseurs de la ville de Paris de rejeter ma demande, sans déceler la plus mauvaise foi. Puisse ce décret vous mettre à même «l’assurer les subsistances de Marseille et vous prouver combien scs intérêts me sont chers ! Je vous observerai seulement que j’ai proposé pour la garantie «le ces deux millions deux cent mille livres vos biens communaux, dans lesquels je comprends la dette de la nation envers vous, parce que tout ce qui tend à vous foire payer doit être saisi avec avidité. S’il vous plaisait «le changer cette garantie en augmentant un sol additionnel, nous sommes toujours à temps de foire retirer le décret dans ce sens, quand même vous auriez touché la somme.
Le «lécret qui accorde à Paris les sept millions n’a pas calmé l’etFervescpnce. On a enfoncé aujourd'hui les magasins de plusieurs épiciers, et vendu leur sucre, leur café et leur savon à un prix singulièrement au-dessous de leur valeur; ce soir la générale a battu, et dans ce moment (il est onze heures du soir) la clochette des sections passe pour les assembler. Je ne sais où tout ceci nous conduira, mais si vous considérez qu'avant-hicr on voulait décerner contre moi un mandat d’amener pour m’enfermer à l’Abbaye, et (jue tlepuis trois jours l’arrêté de la Société «le Marseille et des sections qui me déclarent traître à la patrie! traître à la patrie, moi! est affiché chaque jour au nombre «le quatre mille exemplaires sur tous les murs de Paris, vous serez convaincus que des trames horribles sont ourdies contre tous les amis vrais de la République. J’ignore quel sort on nous prépare ; une seule chose m’affecte, c’est l’opinion de mes concitoyens ; ils m’ont foit boire le calice de la douleur jusqu’à la lie.
Vous trouverez tlans le numéro du Républicain «pie je vous envoie le «liscours que j’ai prononcé dans ma propre affaire ; tel fut à la tribune mon sang-froid et la force de la vérité «pii sortait de ma bouche, que, malgré la cabale ourdie contre moi pour me perdre, la presque unanimité de la Convention se déclara pour moi. L’affaire fot renvoyée au comité de législation, où je la poursuis vivement, pour que les calomniateurs soient punis, ainsi que le commissaire de police qui a instruit sans pouvoir cette étrange procétlure(vous le dirai-je?) à l’instigation «le mes propres collègues.
Mon travail sur les canaux n’a pas été lu aujourd’hui, il le sera demain, vous en recevrez incessamment une copie. C’est une jouia-
sance pour moi cie vous l’offrir, et j’ose croire qu’il u>e conciliera votre estime, malgré les clameurs qui me poursuivent.
L’estimable Volney et votre lettre, dont il était porteur, ont un peu adouci le clia^p-in que j’éprouve de votre long silence. Il est convenu que Volney, L. Rebecqui et moi nous tonnons un petit comité pour traiter de toutes vos a flaires de commerce , et de tout ce qui peut accroître la prospérité de Marseille. Le comité de commerce a fait réimprimer le rapport de Maneron sur les porta francs présenté à l'Assemblée législative. Ainsi les intentions ne sont pas bonnes envers nous ; mais les députations de Dunkerque et de Rayonne se sont réunies à Rebecqui et à moi, et vous pouvez compter sur une défense également réfléchie, forte de preuves et étayée de l’énergie «pie donne le sentiment. «
Je vous adresse par le même courrier, en plusieurs paquets, un exemplaire in-4° du projet de constitution et plusieurs exemplaires in-8°, lisez surtout le titre VIII de la censure du peuple sur les actes de la Convention nationale. Lisez aussi l«*s divers modes d'élire aux places, et vous serez convaincus que cette constitution donne un exercice continuel à la souveraineté «lu peuple; aussi n’en veut-on pas ici. parce qu’on a la perfide volonté de dominer le peuple.
Je vous salue fraternellement. Signe : Barbaboix.