DISSERTATION CRITIQUE
lui-même (XXVI, 75, 35)^ ne se souvenant plus de ce qu'il avoit avancé dans son premier livre à Tendroit que nous examinons, parle là d'une toute autre manière, séparant absolument ces deux caps et en faisant deux différeols promontoires ; mais, cela supposé, il fait une autre faute dans ce dernier passage, quand il continue de dire que Boïador est à 28 degrés, puisque c'est la place du Non\ car en ce cas il falloit dire 26, qui est effectivement la véritable situation de Boïador.
$ 1. Sur le promontoire Cromen (1,77, 4, etc.) — Mariana parlant d'an soulèvement des Carthaginois contre les Gaditains, dit de ces premiers : « Que ne s'étant pas assez tenus sur leurs gardes, plusieurs d'entre eux ff furent tués sans résistance, et que les autres s'enfuirent dans une place <t qu'ils avoient fait fortifier à l'extrémité de Tile, et vis-à-vis du promoi- " toire Cbonien. »
Ce n'est point ici proprement une décision que je fais; c'est seulement on doute que je propose, comme je l'obsenai dans toutes les autres matières géographiques, suivant un avis du judicieux M. Bayle, qui paraîtra dans une lettre que je produirai de lui à la fin de cette dissertation, et qui fut écrite à son sujet immédiatement après que je la lui eus communiquée. Poor ei venir présentement à ma remarque, je ne sais où l'auteur prend ce pronontoirc Cronien; je ne le trouve ni dans les lexicons, ni dans toutes les caries qui ont passé par mes mains en assez grand nombre. M. Bochart n'en fà aucune mention dans son Phaleg , et Mérula, qui a donné dans un chapitre fait exprès le catalogue de tous les promontoires d'Espagne, ne dit pas ■ mot de celui-ci. J'ai consulté un grand nombre de savants, qui ne m'ont pas donné plus d'instruction sur cet article, et ce promontoire leur a été aussi bien qu'à moi une espèce de cap Non, s'il est permis en passant de se divertir de ce petit mot. Je trouve bien vis-ù-vis de Carthagène un promootoirc de Salume qui pourroit être appelé Oonien, puisque Saturne est appelé Ghroiios et Cbronios ; mais outre qu on ne voit point d'exemples, que je sache, que ce nom de Cronios qui a été donné à une mer. et peut-être encore à une montagne, ait été donné de même à un promontoire, c'est qu'en tout cas ce promontoire n'est pas vis-à vis de Cadix, et c'est ccquTl faudroit en celte occasion ; ainsi j'aurois assez de penchant à croire qu'il s'agit ici du promontoire Cunien [PromontoriumCuneum)yatU}onTé'\in\ Cabo de Santa Maria , (lui est précisément dans une situation convenable à cet endroit, de sorte que l'auteur pourroit bien avoir fait sur ce terme une espèce de quiproquo, et mis Cronium pour Cuneum ; mais encore une fois je ne donne ceci que comme une conjecture sur laquelle même je ne veux pas insister.
§ 3. Sur les ./phrodises , et sur la Junonia. (1, 68, 30, etc.) — Voici en propres termes le texte de Mariana sur cet article. « Le reste do leurs " compagnons alla en Espagne et à Tartesse, où ces gens s'étant h;ibitQe> " du temps d'Arganton, on dit qu'ils embellirent de plusieurs beaux édifices " à la fjrccque, certaines îles situées vis-à-vis de TartessCy et nommées
si'K l'histoire d'Espagne de mariana. 49
" iphrodises (Ij, ce qui fit que ces lieux qu'on négligeoit auparavant, de- « vinrent les délices des peuples ; mais aujourd'hui nous n'en avons aucune " connaissance, presque toutes ayant péri par le temps excepté une qu'on « nommait /tt/tonia. »
On ne sauroit ici disconvenir de trois choses. Premièrement, que Mariana ne parle de plusieurs iles renfermées toutes sous un même nom, qui est celui ù'Jphrodises, en sorte qu'il eût été d'elles, à cet égard, à peu près comme des Cyclades^ des Orcades, des Maldives, des AntilleSy des Canaries^ etc.; en un mot, on ne peut douter que VAphrodisias espagnol de Mariana, tout grec qu'il est d'origine, ne fasse en cet endroit^ à peu près l'effet d'un accusatif pluriel latin ( comme par exemple : substantias qui répond au nominatif pluriel substantise) et non pas celui d'un nominatif singalier grec, comme JliaSy Chiliasy Myrias, etc., ce qui est justifié par son latin même, où ayant tourné s^on expression par le nominatif pluriel, il dit JphrodisUjp, au lieu que s'il eût eu l'idée grecque dans l'esprit, il eût fallu dire Jphrodisiades et non pas Aphrodisix. Secondement , que Jtinonia ne soit une de ces Iles, mais une île distincte de VÀphrodise particulière, supposé même que, comme l'auteur l'eût pu fort raisonnablement faire, il tfût entendu laisser ce nom, par excellence, à Tune d'entre elles préférablement à toutes les autres, comme on en a quelques exemples, savoir : dans les Canaries, dans les Maldives, etc. En troisième lieu, enfin, que cette Junonia ne soit une ile qui subsiste encore aujourd'hui au lieu que les au> très ont été entièrement absorbées, ou au moins réunies à la terre ferme. Ces trois suppositions, qui résultent nécessairement des paroles de Mariana. se détruisent par les considérations suivantes :
Tartesse, Godes et Erythie étoient autrefois trois iles, dont la dernière a porté toute seule quatre noms différents, ^r^MJa,y/jpArodi52a5, Astarté Hinsula Jvnonis. De deux choses l'une, ou Mariana a mal à propos donnée ces trois premières iles le nom général ù*Aphrodises qui ne convient qu'à ta dernière seule, ou bien il a fait quatre iles différentes d'une seule de ces trois qui a eu les quatre noms différents que Je viens de marquer. Sur cela, je dis CD premier lieu qu' Aphrodisias est un nominatif singulier grec, qui fait le nom d'une ville ainsi appelée, soit qu'elle eût été dédiée à f^énus, soit pour quelque autre raison (|ue ce puisse être ; que cette Ile étoit unique de ce nom, et qu'il n'y en avoit point plusieurs aux environs de Godes qui portassent ce nom-là en commun , ainsi que font les Canaries, les MoltUves, et toutes ces autres îles en peloton que nous avons nommées ci-devant; et enfin, que ce qui a pu tromper Mariana, est que cette île, outre son principal nom^' Aphrodisias, en a eu divers autres, comme celui d'^rythia, celui ^* Astarté, et celui qui regarde Junon, dont il est fort croyable qoe Mariana a fait autant d'îles différentes, comme le montre sa supposition de la Junonio, subsistante encore selon lui, au lieu que les autres, dit il.
{\)Le i>ére Chareutoii donne à ceb iles le nom A'Aphivdysics,
50 nBlURQL'ËS CRlTlQlEâ
ofUpéri entièrement, Je dis en second lieu, que la Junonia, que notre auteur eût pu avec plus de justesse nommer Junonis Insula avec tous les anciens et les modernes, n'étoll pas une Ile différente de celle qui portoit le nom û'JphrodisîaSy ou plutôt &Jstarté : nom également commun à rénys elkJunon, à cause, comme le savant M. Bochart Ta justifié, que les habitants du lieu, voyant que les Phéniciens avoient employé ce nom ù\4$tarU dans la vue îi' Aphrodite ou FénuSy le donnèrent à Junon, trompés par l'alternative de cette usurpation équivoque (4). Troisièmement, et enfln, que des trois tles susnommées : Tariesse, Gades et Erijihie, il n'y en a plus qu'une qui subsiste, savoir , celle de Gades, aujourd'hui Ctuiiz ; encore n'est-elle plus Ile, puisqu'elle se trouve jointe à la terre ferme: les deux autres ne sont plus; Erythie a été absorbée par la mer, et des deux embouchures du Guadalquivir, Tune ayant été couverte de terre, Tarieue a été par cette obstruction réunie au continent. Cela étant ainsi, la prétendue /« uonia qui n'étoit pas une autre ile q\x\ïphroditias, ou Astartéy ou Erj^thUy ne subsiste plus, puisque cette Erythie a été absorbée ; cependant Ma* riana insinue le contraire. N. B, que ma prétention de l'unité û'Aphrodise contre la pluralité prétendue par notre auteur, est fondée sur le témoignage de Pline, de Strabon, ù' Etienne de Byzance^ des notes de Pinédo et dtt fameux M. Bochart.
â 4. Sur la confusion d'Oléron avecSaint-Bertrand-de-Cominges(XlV,66, 4 2}. —Voici le texte de Mariana : « Ces rois convinrent d'une entrevue daas R la ville d'Oléron, appelée anciennement Lugdunum sur les frontières de t France, dans le pays des Coquènes. Cette ville est aujourd'hui dans la « principauté de Béarri au pied des Pyrénées, et c'est celle qui a été appelée « lUuro par l'empereur Antonin. »
Il y a bien de l'obscurité dans cet endroit : les Coquànes ne se trouvent aujourd'hui ni dans les cartes ni dans les lexicons; mais je n'insiste pas làdessus : je me cont( nierai de dire, qu7/Mro ou Illuro est autre chose que Lugdunum, au lieu que i\lariaiia visiblement n'en fait qu une seule et mêiue ville. Uuro (car c'est ainsi (ju'il faut lire, alin d'éviter l'équivoque avec .Vfltaro, en Catalogne), //wro, dis-je, est Oléron à six lieues sud -ouest de Pau en Béarn, et Lugdunum est Saint-Bertrand- de-ComingeSy dans le comté de ce nom, évéché suffragant iWluch.
^ 5. Sur l'ile Prochiie (XIV, 2'j, 4;. — Mariana, dans son quatorziènae livre, chapitre VI, parlant de Jean Prochiie au sujet des Vêpres siciliennes, dit que ce gentilhomme était seigneur de [de Prochite, qui est, dit-il, proche de la Sicile, etc. ; ce qui est parler fort improprement, puisque cette cxpressionn'est juste qu'eu tant que Naples et la Sicile n'ont quelquefob fait qu'un seul et même royaume, ce (fui n'a pas de lieu ici, puisque alors on ne disoit pas roi ou royaume de Sicile, mais roi et royaume de Captes ;
(1) Cela se rapporte à la preiuicro '^i «l'^uxicmc ligne do c**n^ pap?- :Sote dt Fauteur,]
SUR l'iUSTOIHE d'eSPAGNE de MARIANA. 51
car dans lu foiid , et par rapport à la Sicile seule, Prochite en esl éloignée de près de quatre-vingt lieues; c'est ce qui m'a porté dans ma traduction à dire que cette île est sur les côtes de Naples, N. B. que l'auteur dans cet endroit a pu parler à la manière de ceux qui, divisant le royaume de Sicile en deux, donnent à la Fouille le nom de Sicile au deçà du Far; mais cette division de la Sicile en deçà et en delà du Far, a été inconnue aux Romains ei aux empereurs de Constanlinople, et aux Sarrasins, et aux Normands, qui tous ne connaissoient point d'autre Sicile que celle que la mer renferme dans Tîle de ce nom, sans y avoir compris les provinces qui sont dans l'Italie.
$ 6. Sur Mc^ne pour Le Mans,^ Mariana (XVIII, 94, 25), parlant de la vengeance que le roi Charles VI voulut prendre de l'assassinat commis en la personne du connétable Olivier de Clisson, dit que ceprince, pour se mettre en état d'y travailler^ se rendit au yfaine {\); sur quoi, de deux fautes l'une: car ou l'auteur a confondu un nom de province avec un nom de ville, ou bien il a pris la ville de Mayenne-la-Juhel pour celle du Mans. Quo i qu'il en soU, le texte espagnol est fautif en cet endroit, et le latin est beau* coup plus juste, qui mettant Urhs Cenomanorum, s'accommode entièrement avec nos histoires, qui disent toutes Le Mans et non pas Mayenne. L'auteur a donc raison dans le latin, mais il a erré dans l'espagnol, et l'espagnol est le dernier de ses deux ouvrages.
$ 7. Sur les deux Alelles (XXVI, 46, 7). — Les ennemis^ dit Mariana, se jetèrent dans Mette, nommée autrement Averse, capitale de ta principauié de Met fi. Il y a ici une bévue toute visible dans la confusion que Mariana fail de deux villes du nom &Jtelte, l'une dans la Basilicate, autrefols Lucaniey qui est VAteUe de la principauté de Melfi; l'autre dans la Terre-de-Labour, autrefois Campanie^ qui est tAtelle d'Averse, parce qoL'Atelle lui a succédé dans l'évêché, et a été bâtie des ruines de cette dernière Atelle, qui est éloignée de l'autre de plus de vingt-cinq lieues. La bé* vue consiste en ce qu'il est bien vrai qu* Averse peut (!ure appelée Atelle ; mais il ne s'ensuit pas que d'autre côté toute Atelle puisse cire appelée Averse, ce qu'il faudroit qui fùt^our la justiflcation de ce que Mariana •Yiiice Ici: car sa narration roule sur la Basilicate, et ce qu'il dit ne convient qu'à la Terre-de- Labour. £n un mot, ï\y 3l Averse et Atelle ûàm deux différentes provinces du royaume de .\aples, savoir : Averse entre tapies et Capoue, et Atelle entre Melfi et Muro dans la Dasiticate, Averse peut être appelée Atelle, mais Atelle ne peut pas être appelée Averse, et c'est re que fait notre auteur.
S 8. Sur Tarsis et Ophir (XXVI, 77, 9, <^). — Mariana dit en cet endroit que quelques-uns croient que Zofala est le Tarsis, ofi, comme le dit la sainte Ecriture (t Chron., IX, 21), comme aussi en XX, 36, et ew 4 Rois, X, t2, et IX, 28, Salomon envoyoit ses flottes par la mer Rouge lui
(l) On lit dans la traduction du père Charcutoii, (fuc Charles VI t'avança jus« qu*aa Mans.
chercher de l'or et mille autres richesses. Sur quoi je dis qu'où bien 31ariana n'a pas bien entendu ces quelques-uns dont il parle, ou que ces quelqueS'UnsA'k ont pris au pied de la lettre une expression figurée qui D*est qu'une manière de parler dont on se sert en fait de navigations éloignées. Je m'expliquerai plus clairement dans la suite. Quoi qu'il en soit, je tiens qu'il falloit plutôt dire Ophir que Tarsis, et en voici la raison : Tharm est un terme trop équivoque à cause de la diversité des lieux qu'on veut avoir porté ce nom, et sur lesquels les géographes ne s'accordent point. Mais Ophir étant constamment un lieu d'où la flotte de Salomon lui apportoit de l'or, jusqu'à la quantité de iSO talents (1 Rois, IX, 28], il est d'autant plus croyable que c'est lui qui est Zophala préférablenient à Tarsis, qu'il y a beaucoup moins de rapport du terme de Zophala à Tarsis, que du même mot à celui ù' Ophir, qui est appelé Zophira par les Septante, ressemblance si grande que cela ne fait presque qu'une même chose. Ajoutez à cela qu'on peut dire que la flotte de Tarsis qui ( I Rois, X, 11) ajyportoU de for, de l'argent, de Vivoire^ des singes et despaons^ n'est pas une autre flotte que c^lle û'Ophir même ; ce mot de Tarsis^ comme Ta fait voir le père Lobio dans la petite dissertation de ses Tables géographiques sacrées, signifiant toute sorte de pays d'outre-mer, et généralement les mers, de sorte qu'ai/fr en Tarsis est autant comme aller en navigation lointaine. Si cela est ainsi, il est assez vraisemblable de dire, ainsi que le prétend notre auteur, que puisque Zophala abondoit en or, ivoire, singes, etc.. et que la flotte de Salomon partoil d'Esiongéber, qui est sur la mer Rouge ; il est sans ditliculté que Zophala, sur les côtes d'Afrique, est un des plus proches lieox où on la put faire aller quérir des richesses si différentes, et qui ne se troovent guère toutes dans un seul et même lieu, comme à Zophala. En on mot, quand l'Ecriture, en plusieurs endroits, parle d'aller en Tarse, elle n'entend pas d'ordinaire aller dans une ville du num de Tarse, mais elle veut dire aller en quelque navigation éloignée. Une remarque, au reste, que j'ai faite ailleurs (savoir en XXVI, 79, 5) sur ce qui est dit des trois ans de celte flotte (! Rois, X, 22), ^voir qu'on n'est pas obligé parce texte d'entendre que le voyage duroit trois ans, mais qu'il suffit d'avouer que celte navigation se faisoit tous les trois ans une fois, cette remarque, dis-je, écarte absolument la nécessité d'aller chercher aussi loin qu'on fait d'ordinaire les lieux de Tarsis et ù'Ophir,
^ 9. Sur Diu confondu avec />iw/(XXVI, 78, Jj.— Mariana parlant de la situation de l'île û'Ormus, dit qu'elle est à vingt-six degrés de latitude septentrionale, et que presque à la même élévation se troupe file et la citadelle de Diu, etc.
Jous nos géographes disent Diul, car il ne faut pas confondre Diul et Diu. Diulj qui est la citadelle dont il s'agit ici, est à l'embouchure du fleure Inde; Diu est de quatre degrés plus méridional et près de einq plus oriental, faisant une esiHîce de cap proche le golfe de Cambaye,
5 10. Sur la ville de Sinigalle (XXVII, 3, 27;.— Mariana parlant de Sini-
srR l'histoire d Espagne de mariana. 53
gaile^ dit que cest une ville delà Marche ^ etc., <:e qui n*eslpas la véritable situation de ce lieu ; il falloit dire sur les frontières de la Marche; car Sinigalle est dans le duché û'Urbin.
S 44. Regge dit pour Corrége (XXX, 7, 16). — Mariana pariant de la mort du grand maître de France, Charles d'Jmbroise, seigneur de Chaumont, la fait arriver à Regge, en quoi il s'est trompé ; il falloit dire Corrége, qui est à trois ou quatre lieues de Regge, sur le chemin de Carpi, Celte faute, au reste, peut n'être pas regardée comme une faute de géographie, mais au moins en sera-ce une ^histoire.
Bévues contre la Chronologie.
S 4. Sur le règne des Géryoïis, etc. (I, 42, 22). — Voici mol à mol le texte de Mariana, tant selon le latin que selon l'espagnol : « Plusieurs conff Jecturcs me font croire que les Géryons parurent en Espagne et y régné « rent vers le quatrième ou le cinquième âge, depuis le déluge, et que Sicu- « lus fleurissoit plus de deux cents ans avant la guerre de Troie. »
Cet endroit est beaucoup plus difficile qu'il ne paraît d'abord ; car qu'entend notre auteur par son Edad espagnol et par son .-Etas latin P Est-ce siècle, ou est-ce ce que les Latins entendoient ordinairement par œvum, c'est-à-dire le temps que peut vivre un homme, comme par exemple quatrevingts ans? Si ce sont des siècles, il ne faut pas dire que les Géyrons otit paru au quatrième ou cinquième siècle, mais sur la fin du huitième, ce qui feroit un mécompte de trois ou quatre cents ans. Car y ayant douze siècles depuis le déluge jusqu'à la guerre de Troie, il s'ensuit que Siculus, selon le propre sentiment de Mariana, ayant fleuri seulement environ deux siècles avant cette fameuse guerre, et Germon n'ayant pu être tout au plus que deux autres siècles avant ce Siculus ( encore est-ce beaucoup pour le règne de six rois seulement, dont les uns sont morts jeunes et les autres n'ont commencé qu'en leur vieillesse, savoir : Géryon, son fils de même nom, Hispal, Hercule, IJespérus et Atlas), il s'ensuit, dis-je, que 6éryon ne pouvoit vivre qu'au huitième siècle après le déluge. Que si l'on veut expliquer la chose par Yxvum des anciens Romains, la difllcullé sera encore augmentée d'environ cent ans, chaque xvum ne faisant que quatre-vingts, au lieu que le siècle fait cent. Ainsi pour le quatrième ou cinquième siècle de Mariana, et pour le huitième que je |)Ose, il en faudroit compter dix qui étant de quatre-vingts ans chacun reviendroient toujours aux huit cents ans que Je demande. Que si Ton veut dire, en suivant cette idée de Vxvum, qu'il faut compter cet xmtm sur le pied de l'âge que les hommes vivoient dans les premiers siècles qui ont suivi le déluge, la difficulté résultera encore bien plus grande à un autre égard, puisque loscinq premières générations qui se trouvent après celle de Noé font plus de deux mille ans, au lieu que je n'en demande que huit cents. Je persiste «loiir à dire que cet endroit de Mariana n'est pas sans difficulté.
$ 2. Sur le jour de Noël et le commencement des années ( IX, d*! , 4 et 23}. «-Marîana, après avoir fait entrer le roi Ferdinand !«<', dit le Grande dans la ville de Léon, le premier jour de janvier 4075 (1), qui étoit, dit-il, tw <amediy parle ensuite de sa mort au bout de quelques jours, et il fait tomber œtte mort au troisième jour de Noël, fête de saint Jean TEvangéliste.
11 parait en tout ceci bien du malentendu. Premièrement à regard de la date de 4075. L'auteur se trompe ou sur le chiffre de soixante-quinze ou sur le jour de jeudi. Secondement, en ce qu'il ù\i jour de janvier zw lieu de dire jour de tan. A l'égard du premier, son latin est plus juste que son espagnol, puisqu'il porte 4065. Car cette année commençoit effectivement par un samedi, au lieu que 4075 commençoit par un jeudi. A Fégarddn second, il faut se souvenir que ce 4 «'janvier n'étoit pas le premier jour de Tannée, mais le huitième, puisque en ce temps-là les années commençolent dès Noël. H y a donc ici une nouvelle faute, et au lieu de dire que Ferdinand entra dans Léon le K^^jour de janvier y il falloit dire qu't/ fitlro a« 4«'r Jour de l'an, savoir à Xoel, époque du commencement des années d'alors, et c'est ainsi qu'on pourra entendre ce que Tauteur dità quelques Wf^nesôel^ôe^ Matines de Noël ex de h fèie de saint Jean VEvangéUsie^cu ces deux choses ne suivent pas le 4*' de janvier, elles le précédent. Il y a donc là, encore une fois, bien de la confusion, et qui ne sauroit être ôtéf qu'en adoptant la remarque que je fais ici. Cette manière de commencer les années à Noël est à la façon de l'Eglise romaine. Voyez £a^6e à l'an 4470 de son Chronologue français.
$ 3. Sur la dernière expédition de saint Louis (XIII, 83, 23). — Mariaoa, parlant de la dernière expédition du roi saint Louis, c'est-à^lire de son deuxième voyage dans la Terre-Sainte, dit qu't/ partit de Marseille et y mit à la voile le l" de mars 4270 (2), endroit que, pour remédier à une confusion qui se trouve dans roriginal, j ai un peu changé, non-seulement par le tour que j'ai donné dans le corps du texte , mais principalement par la note que j*ai mise en marge, savoir ijuc ce n'est pas le i*^ de mars, mais le 4«'' de juillet qu'il faut entendre ici. Mézeray, ei nos meilleurs cbronolo* gistes sont formels là-dessus. Mais voici comment on doit prendre la chose, si Ton veut accorder les deux opinions. 1^' départ de Paris se tit le h^^ de mars, et le roi fut iiuatre mois, tant par les chemins qu'aux environs d'.figues-Morfes, attendant que ses vaisseaux fussent prêts ; après quoi il s'embarqua à Marseille le 4«''^ dr juillet , c'est pourquoi j'ai ajouté au texte, peu de temps après. Au reste, ce moyen de conciliation que je prête à Mariana ne diminue rien de sa bévue, qui est toujours la même de sa part, puisqu'il a confondu, par le tour de sa narration, deux époques qui dévoient être soigneusement distinguées.
(l) Le roi Feniinruid arriv.'i h l.von un sinv^di i'i «lé«viii]»r. 1075. i Trnducti^-n •Ju p^re Charfntftn.) '4) Le père CKarcnli^n a coiwt^rvr dans .sa trndncfirm In «lato du i" d^ mars liTI».
5rR l'histoihi d'espagnf. DB MARIAPCA. 55
Bévues contre la Généalogie.
§ \. SnrPonthieu confondu avec Poitiers (XIII, 1, 25). — Voici précisément ce qui se trouve au coniniencement du treizième livre de Marlana, au sujet du mariage de Ferdinand III, dit le Saint, dixième roi de Castille.
« Le roi Ferdinand , de son côté, étoit occupé à Burgos aux affaires de « son nouveau mariage. La reine Bérangère qui, comme une mère pleine M de tendresse, appréhendoit que le roi son fils n'altérât la vigueur de son N bel âge, par des plaisirs déshonnêtcs, quoiqu'elle sût bien qu'il n*y avolt « personne dans le royaume en plus grande odeur de sainteté et de sagesse « que ce prince, ne se donna point de repos qu'elle n'eût fait arrêter ce ma- « riage. La princesse Jeanne, fille de Simon, comte de Poitiers(l}, et de sa « femme Adélaïde ou Alix, mais que les généalogistes appellent Marie,pe- » tite-fille de Louis, roi de France, et de la reine Isabelle, ou Constance, tille «' de l'empereur Alphonse, vint exprès de France pour être mariée au roi « Ferdinand. De ce mariage naquirent dam Fernand dit de Poitiers (2)y « Léonor^ et dom Louis, »
il y a dans la substance de ces six ou sept dernières lignes, trois fautes que l'on ne saurait défendre. Premièrement la confusion de Poitiers {3)y mis au lieu de Ponthieu^ qui sont deux lieux et deux maisons, les uns et les autres fort différents, comme chacun sait : Poitiers est une ville en Poitou y Ponthieu est un petit pays dans la Picardie , portant le titre de comté. La maison de Poitiers se considère ou du côté des comtes de Poitou et d'Aquitaine^ ou du côté des f'alentinois et des Saint- f^alier, visiblement distincts, tant les uns que les autres, du Ponthieu et de la Picardie^ et qui n'ont aucune relation avec ces derniers. La maison de Ponthieu des- '^id de Guillaume P^, qui vivoit dans le X*" siècle, et dont un petit-fils au ^uvième degré, qui fut Guillaume ly^ ayant épousé Alix, fille de Louis le Jeune, roi de France, et ù'Alix de Champagne, sa troisième femme, en eut une fille nommée J/ari«, laquelle fut comtesse et héritière de Ponthieu, et mère de Jeanne, comtesse aussi et héritière de la même terre, et femme du roi Ferdinand lil.
La seconde faute consiste en ce que Mariana fait descendre cette Jeanne de Ponthieu, dont je viens de parler, de la deuxième femme de Louis VU, au Heu qu'elle descendoit de la troisièmef i), faute qui vient de ce que, par une
(1) Voir la notp qui suit.
(î) J ai corrig^t' ces deux endroits dans la trailuction en fnetlanl Ponthieu au lieu da Poitiers des ori^rinaiiK. [Sute de Cauteur,]
(3) L'autour, dans son espagnol, dit Potifrs, et dans son latin, Jhctaviensis ; .linsi aucun lieu de doute.
Ponthieu, au contraire se tourne eu latin p;ir Pontus, Ponfîcum et Pontim'a. Le deuxième des trois est le plus usité. [Sofe de l'qjuteur.l
ik) Le p/Te Charenton relève dans un*» note l»»s d< ut pronijères inexactitudes
56 HEMARQUKS CRITIQUES
nouvelle erreur, qui est la troisième que je prétends, il a pris une .4Uœ^ fille -^^l^^^ en second lit de Louis YH (mais laquelle mourut jeune, et ne fut point mariée), ^^ ^ po^ur Jlix du troisième lit , fille du même Louis Vil et de sa troisième ïemme yilix de Champagne fi}, dont nous avons parlé. La petite obscurité^ qui pourra paraître ici, chose inévitable dans des discussions généalogi — ques, sera entièrement levée par Tinspeclion de la généalogie des Pan — Ihieu, qu'on trouvera à la (In de cet ouvrage (B).
S 2. Sur Charles l^^, roi de Naples, confondu avec Charles, comte de Valois (XIV, 30, 43, U). — La deuxième bévue, en fait de généalogie, con siste en ce que Mariana confond Charles /«% roi d(^ Naples , et frère de sai Louis, avec Charles comte de raUns, petit-fils du même prince, faisa épouser Théritière de Constantinople au premier de ces deux Charles, a lieu que cela regarde l'autre (3}. Voici comme je justifie cette accusation.
Il est certain que l'auteur ayant quatorze lignes plus haut, savoir page t ligne 31, parié de Charles^ roi de Sicile^ et du pape Nicolas Illy la tition qu'il fait ici du nom de Charles sans queue, comme on dit, fait v(^ 5^* que c'est le môme Charles^ roi de Sicile, sur lequel, jusque-là, toute la m. ^^o tière a roulé; autrement, s'il en vouloit entendre un autre, comme, i^s^texemple, Charles, deuxième des (ils de Philippe /II, dit le Mardis roi de* France, alors il eût fallu dire Charles, comte de Taiois, pour éviter toi&Cc^ équivoque. Il est donc constant que c'est le même Charles I^, roi de Napiosi et de Sicile, puisque c'est un Charles régnant sous le pontificat de Nic€plas ni. Or, ce Charles eut bien deux femmes, mais dont aucune ne fut fille de Baudouin, empereur de Constantinople, lequel même n'avoit point de filles à donner en mariage, n'ayant jamais eu qu'un fils unique de son unique femme, Marie de Brienne , savoir Philippe /«% empereur titulaire de Constantinople ; car la première femme de Charles /«*' étoit Béatrix dLe Provence, et la deuxième étoit Marie de Bourgogne, Il est donc très certain que l'auteur a confondu Charles f'^^, roi de Xaples et de Sicile , aver Charles j comte de râlais, prro do Philippe II, roi de France, lequel Charles de / alois eut eflVctiveineni deux femmes, dont la dernière étoii héritière titulaire de Constantinople. Mais ce CharlesA^ n'a que faire i«*î, puisque l'endroit que nous examinons précède les / l'pres siciliennes, c'està-dire Tannée 1282, et (jne ce mariage ne fui fait qu'en 1300. Outre que le même Charles n'alla jamais en Sicile qu'en l'aunée 1301. Voyez la génêïilogie rapportée ci-après.
^ 3. Sur la irnisicme ei dcniière t'eninie de Charies le Hardi, dernier duc
signalées par Roii, et il rcnipi.u'o dans le» uwto letitr.» de comto de Poitiers i»ar reltii de comte de Ponthieu.
(i) Louis VII eut trois tUlos du nom iVAlix, [Soie de routeur. \
(2) Voir à la fin du livre.
(3) Le {M*r»^ Cliap'nton a iradiiit ici sans connnentaire le texte origrinal de Mariana,
JE DE CHARLES I'', ROI DE NAPLES, (TEC CHARLES, COMTE DE VALOIS (lIV. XIV, 30, 13 ET Ik),
[Mém. de J, Rou, t, II, p. 56.)
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De J} tarant.
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î^uR l'histoire i/espagne de mariana. 57
de Bourgogne, que l'auteur dit deuxième (XXYII,23, 19). — Une troisième bévue de notre auteur, en matière généalogique, est au sujet de la duchesse de Bourgogne, qui tint Charles-Quint sur les fonts en Tan 1500. Mariana, parlant de ce baptême, dit en propres termes ce qui suit : « Huit jours après » cette naissance, la princesse .Marguerite arriva à Gand, et elle le (Cbarles- » Quint] tint sur les fonts avec la ducbcsse Marguerite , deuxième femme " du duc Charles (4). »
Il y a là une erreur toute visible. U\ duchesse Marguerite n'étoit pas la deuxième femme du duc de Bourgogne, elle étoil sa troisième et dernière , et c'est ainsi que je l\ii corrigé dans la traduction ; car Charles le Hardi, dernier duc de Bourgogne, n'eut pas seulement deux femmes, il en eut trois; et, lors de la naissance de Cbarles-Ouint, il y avoit déjà trente-cinq ans que la deuxième femme étoit morte; et c'est de cette seconde (Isabelle de Bourbon) que Marie de Bourgogne, grand-mère de Charles-Quint , étoit née. La première des trois femmes étoit Catherine de France, tille de Cliarles VII. Le latin po5/en'ori, de Mariana. n'est guère meilleur ; car, en tout cas, il faudroit dire postrema.
a 4. Sur le grand-maitre de France, Charles d'Amboise , mal nommé Louis (XXIX, 67, 8). — Mariana parlant de l'entrée de Louis XII dans Milan, le premier de mai 1509, dit • que ce prince avoit pour général de ses troupes « et pour gouvenieiir de tout le Milanais Louis d'Amboise, etc. >»
L'auteur se trompe sur ce nom de Loris, car le nom du grand-maître étoit Charles (2). Le latin, en cela, est plus juste que l'espagnol, mais cela ne diminue point la faute , vu que l'espagnol est postérieur au latin, et qu'on peut le regarder comme une correction de celui-ci.
Bérues contre ^Histoire.
De cent exemples que je pourrois alléguer sur ce (piatrième article de bévues, aussi bien que je l'eusse pu faire sur les trois précédents, je me contenterai des cinq que voici :
S 1. Sur les antipapes d'environ l'an 1177 (XI, :')3, 23). — Le texte de Mariana porte ceci en propres termes : •' Celte année (1177) ne fut pas seu- « lement remarquable par cet événement, savoir* la prise de Cuenca, parles c infidèles, mais aussi par le bonheur dont la vertu du pape Alexandre fut • couronnée dans rexlim^tion du schisme qui ravageoit l'Eglise depuis si " longtemps , étant heureusement arrivé que l'antipape Innocent, succes- « seur de Victor, renonçii de lui-même au pontificat. ■
Ce fait est très mal exposé par l'auteur. Innocent, en tout cas, n'étoit pas successeur de rictor dans le schisme dont il est ici parlé, tlexandre «>ut proprement que trois (!ompétiteurs : Victor ir, nommé auparavant Octavien; Pascal lll, qui étoit Guy de Crème; et enfin Calixte ///, ci-
t\) Ici cnnuv 1p |mt«' CharenlMti n'a ripn chanjfr au toxto oriKinaJ. y) On lil dans la iriuhictiondu p<*Te CliarenWm. Chfirlf^ irAinhoi^f.
58 RESIAROIEri CRITIQUES
devant éréque de Frescati, sous le nom de Jean, On ne donne ordintia»^ ment que ces (rois compétiteurs à Alexandre, et ainsi notre Innocent wg) auroit même point de lieu ; mais quelques-uns ajoutent un quatrième anif. pape à ces trois, lequel fut Lando^ qu'on nomma Innocent JH, comme &i ce nombre de troli, pour le dire en passant, eût été fatal aux faux pontifa^ etiieureux, au contraire, aux papes lé(;itimes, puisqu'il y en eut sept eoisécutifs qui portèrent ce nom sous ce nombre de trois. Ce dernier antipipe est sans doute V Innocent que Mari'ana veut dire, mais il Ta très mal placé.
$ t. Sur les titres de François I«% avant qu'il fùtroi. — Mariana (ÛlX* 40, 12), parlant du mariage arrêté entre François I^^ alors duc de r«Mi, ou, pour parler plus juste, encore comte dAngoulême^ et madame Cknée de France^ fllle du roi Louis \II^ donne à ce prince les titres de ducd.tkgouléme et de dauphin de France, deux fautes qui marquent une grande ignorance des particularités de notre histoire. Car, pour commencer par ta dernière, jamais François l^^ n'auroit pu être dauphin que par son avéne ment à la couronne, et on n'appelle pas cela être dauphin, cette qualité de dauphin étant absorbée par celle de roi; en tout cas, il ne Tétoit polit alors. £n un mot, Mariana parait visiblement supposer que la qualité de dauphin est attachée à celle d'héritier prcsotnpttf de la couronne ea^ néral, et cela est faux. Il n*y a suivant la stipulation passée entre PhUiffe de f'alois et le dernier dauphin Ilumbert, que les flls aînés de France qui soient capables de ce titre. L'autre faute des deux dont Je parie, est que Mariana donne aussi à François I^^ le titre de duc d^Angouléme, u lieu qu'il devoit dire, ou bien comte d\4ngouléme^ ou bien ducdeFetiM; < ar avant que Louis XII donnât la terre de yalois à ce prince, son tkrr étoil d(* comte et non pas de duc dJngouléme^ et quand le même prince fut fait (lur^ ce fut sous le nom de falols, qui, pour cet offtM, (ienuMinà l(ms ses deseendanls f Voyez aussi XXX, îG. 17).
i 3. Sur le eartel que iMariana (XIV, 3."», 4 et 6) attribue à Chartes, r.« <le Naples, et (|u*ii fait postérieur à la levée du siège de Messine. — LVrreur qu'il peut y avoir i'i est moins un etft l rrignorance, qu'un intérêt nalional et de parti. Ouoi qu'il en puisse être, ceei demeurera pour constant. (|ue non-seulement selon les historiens français, mais sur de très bonnes |>reuves qu'on eu pourroil produire, le si»';ge de Messine ne fut levé qu'aprts le carlti (|ue Mariana attribue à Charles de Naples, ee qui, en effet, a bien plus d'apparence. Ce cartel aussi fut de 1' iragonais, cl non du Français. Voiei le tin de toute cette affaire. Charles, brave de sa personne, et irrilf des / vpres siciiienîies, avoii assiéjjé Messine ; il avoil de belles troupi'^, rt il lui arrivoil ineessamnieiit de nouveaux secours ; D. Pédre apprébeodoit donc le succès du siéj;e. Pour ( et effet, il s'avisa de la ruse du carteL ^^ floutani bien qui' la bravoure IVanç^dse ne pernieltroil jamaisàCAarilfj Je î^ refuser ; et ({uant à lui, il ne couroit aucun risque, sachant bien de qoelïT nianière il se tireioit d*atraire. Charles, plus courageux que ^rudcut, duO» ihins le pic^e qui lui étoil tendu; iî leva le siège de Messine, requc* i'Uj-
SIR l'histoirk d'esfagne de maruna. 59
gooais demandûit ; après quoi, celui-ci manque au rendez-vou8, ne se présentant que lorsque le péril fut passé, et ainsi il fut le plus lin et le ph>6 habile des deux princes, mais aussi le moins brave et le plus fourbe.
S 4. Sur le titre du comte de Charolais (XXIH, 54, 8). — Cet exemple ei le suivant sont de la même espèce que le deuxième que nous avons déjà vu au sujet des dauphins de France. Marlana, parlant de la guerre civile que Je roi Louis XI avoit avec les ducs de Berri et de Bourgogne, donne au dernier le nom de Charles, qu'il fait, par œ moyen, duc de Bourgogne, ce qui n'est pas. Charles n'étoit alors que comte de Charolais, car son père, Philippe le Bon, \ÏYOii encore lors de cette guerre, dite du Bien public, et môme lors du traité de paix, qui fut celui de Conflansy passé le 5 octobre 4465. Or, Philippe le Bon ne mourut que le 5 juin ii67. Donc, lors de la fin de la guerre civile dont est question, Charles le Hardi n'étoit point encore duc de Bourgogne, mais seulement comte de Cliarolais.
S 5. Sur le litre de prince de kiane (XXIV, 46, 40). — Notre auteur, parlant de Gaston, père de François Phœbus, qui fut roi de Navarre, lui donne la qualité de comte de Foix, mais mal, puisque ce prince ne la porta Jamais, étant mort avant son père; mais son titre étoit de prince de Fiane, à cause de sa mère Eléonore de Navarre, S11 eût été comte de Foix, il ne faudroit pas dire Gaston (tout court), comte de Foix, mais Gaston y, comte, etc. Or, on n'a jamais dit Gaston l\ mais Gaston (tout court), prince r//» fiane.
Bévues de blason.
De deux ou trois exemples dont il me reste une idée confuse, je ne me souviens présentement que de celui-ci.
Mariana (XI, 8, 34) donne pour armes aux comtes de Barcelone, dor à quatre bandes de gueules-, et dans (XI, 4 6, 47) parlant de D. Sanche le Sage, roi de Navarre, il dit que ce prince prit pour armes, de gueules A UNK bande d*or arec deux lions qui de part et d autre la dépeçoiem à f envi, se servant dans tous ces deux endroits des termes de fascia latin et de faxa ou vanda espagnol, qui constamment veulent dire une BASKDB et non pas un pal, quoique cependant le pal filt la principale pièce de l'un et de Tautre de ces deux écussons. Sur cela je dis que soit que du lem|)s de Mariana les termes latins du blason ne fussent pas encore bien filés ou qu'il les ignorât, il parait, quoi qu'il en soit, ici ou ailleurs, qu'il les roofond ; et ce qui me fait pencher du cuté de l'ignorance, c'est qu'il les confond aussi bien en espagnol qu'en latin; car fascia latin tifaxa ou vanda espagnol ne veulent pas dire un pa/, ils veulent dire une bande, et même /aida en latin signitle proprement une^acceen matière de blason. Pour distinguer ces termes il falloit, ù l'égard de pal, dire palus ou êuWca, comme pour bande il fallait dire ttenia. Il est vrai que notre auteur s'est en quelque sorte explique* en ajoutant ad perpendiculum;
60 ' REMARQIES CRITIQUES
mais c'est un détour qu'il eût pu éviter en oniployant tout d'uu coup le terme propre. Je dis à l'égard du second endroit, que j'explique encore sou Jascîa latin et son vanda espagnol d'un pal plutôt que d'une bandCy comme effectivement il a appelé les qxialre pals de gueules des armes de Barcelone dans Tendroit qu'on vient de voir, vaxdas roxas et vxscias rubras; car outre cette raison, comment entendre ici ce qu'il dit de ces deux lions de chaque coté qui se disputent cette pièce, si cette pièce étoît coocbée comme une rande ? Assurément il est plus vraisemblable d'enten<lre cette pièce d'un pal que d'une rande, puisqu'un pal étant droit et perpendiculaire, il est plus propre et convient beaucoup mieux à deux lions qui sont élevés sur leurs pattes de derrière, qu'une randb qui ne les pourroit faire supposer que couchés et renversés, et même celui de dessous, la t(He en bas et les pieds en haut.
Bévues sur les nous propres.
Mariana déguise tellement la plupart des noms propres, soit d'hommes, soit de villes, etc., qu'on ne sait le plus souvent de quoi il veut parler, et qu'il semble qu'on soit ou parmi une bande do masques ou dans quelqu'une des terres inconnues. Je me contenterai d'indiquer (fuelques exemples qui feront juger de tout le reste.
* r. Sur la ville de Provins appelée Pervin (XIII, 51, 49). — MarîRM parlant de la mort de Marguerite, mère de Thibaud, roi de Navarre^ dit qu'elle arriva à Pervino, travestissant ainsi le nom de la ville de Provins^ que je suis fort persuadé que bien dos gens ne reconnaitroient pas sous ce déguisement; d'autant plus que le latin qui devroit éclaircir toute (*etle obscurité, la laisse dans son entier, l'auteur ne se servant pas du véritable terme latin de celte ville qui est ou Provînt ou Prucint, mais conservant l'idée du Pervîno qui se trouve dans l'espagnol. V. B. que ees terminaisons en ini du nom lalin de cotte ville, soit Provini soit Pntrinij qui constamment sont plurielles, conservent leur analogie dans le franv^^iî^ Prorins, S faisant pluriel en français, comme / le fait en latin ; analogie qui ne se trouve pas dans Pervino dont VO au contraire nianiuo un singulier.
?: î. Sur Miiian en lioiœrgue (\, 5i, :>}. — Mariana parlant iHc Gillffrl comte de Provence, au commencement du chapitre de la guerre de >Iajorque, lui ajoute la seigneurie d' tymittan (|u'il appelle en latin . iimiltia' num^ au lieu (|ue le véritable mot est ou bien .Imilhanum ou JmiUanum^ ( hangenient (|ui, (|uoique en apparence assez léger, ne laisse pas d'étrï* assez considérable, pour empêcher (|u'on ne reconnaisse lu la ville de Millau en Houergne dont il est (pioslion rn cet endroit. Il est inutile d'alU' guer pour excuse, ni le prétexte de chercher des terminaisons analogiques- ;« la lan^'ue (!ans la(|uelle on écrit, ni l'exemple de .M. de Thou qui de b« plu[>arl des noms propres qu'on Ironve «lans son histoire, a fait autant df métamorphoses; si l'on eherelie dun côté à contenter l'oreille, il tant dai!-
SUR l/llISTOlRE u'esPAGNK 1>K MARIANA. 61
leurs dédommager l'esprit par quelques adminicules (|ui le remeltent sur les voies que l'inlérèt de celle délicatesse lui avoit fait perdre; et c'est ce qu'on a été oblige de faire pour M. de Thou^ lorsqu'on a eu le soin d'avertir par un Index mis à part(l), que son Inieramnas veut dire Entragués, et que son Quadrigarius se doit entendre d' tlain-Chartier,
î? 3. Sur le lieu de la naissance de la Pucelle d'Orléans (XX, 84, 7). — Mariana appelle Saint-Remi le village où étoit née la Pucelle qui délivra la France sous le règne de Charles VU, au lieu qu'il devoit dire Dam- Hétni; et c'est une faute visible de cet auteur qui n'a pas bien su une liarticularité que je tâcherai de mettre ici dans tout son jour. Il faut savoir sur ce sujet qu'autrefois on disoit en France Dam au masculin, comme ou dit encore Dame au féminin, pour dire Dominus et Domina (Monsieur et Madame). Ce Dam s'écrivoit Damp par quelques ignorants en orthographe, d'où vient qu'on dit encore Damp-martin ; quelquefois aussi on disoit i)om et Doriy d'où viennent Domfront et Doncheri; et ces Dom, Don, Dam et Damp, dont les deux premiers sont encore usités en Espagne, vouloient dire 4** seigneur, et ensuite chevalier, après quoi le Dom passa Jusqu'aux religieux, comme encore aujourd'hui les ChartreuxXt retiennent eD France, où avec les Feuillants et les Bénédictins, ils sont les seuls du royaume, chez qui il soit en usage. Il ne faut pas s'arrêter sur ce qu'en laliu Dam-Iiemy s'appelle Damnum Remigii, car cela ne s*est dit que par corruption pour Dominium Remigii; d'où vient que quelques-uns disent Dom-rémi et non pas Dam-rémi.
$ 4. Sur la ville de Tauris, en Perse. — Mariana parlant de la ville de Tauris en Perse, l'appelle en espagnol Tarvisio, (;e qui (par rapport ù sa coutume de suivre souvent les dénominations latines en espagnolisanl les noms propres des lieux étrangers dont il traite) fait une trop grande équivoque, ou avec la ville de Trévigio, capitale de la Marche-Trévisane en Halle, puisque cette ville s'appelle en latin Tarvisium; ou avec Tarvis capitale de Moldavie, vu la grande ressemblance de ces deux noms; au lieu «pe le nom latin de Tauris étant Taurésium, il devoit dire Taurésio.
$5. Sur les noms propres d'hommes et de femmes (XVII, 44, 48, iO et i6; et XX, 84, 8). Voyez aussi XVIIÏ, 4 8, 4, 5 et 44. — Pour ne pas et>ndulre tout ceci à une plus grande longueur, les noms de Glahin pour dire le connétable du Guesclin; de Labrit pour dire le Seigneur d*Jlbret, et de Durci pour dire la pucelle Jeanne d' ire; des Biamontais et Âgramumi(Us pour les Beaumont et les Grammont; sans parler de Carbolayo pour Hugues de Caurelée; sont des déguisements si incommodes, que je suis par surpris qu'un des traducteurs dont j'ai parlé au commencement
0) Cet Index est de M. du Puy, prieur de Saint-Sauveiir ; cl il fut imprimé m)us ^•5 ooin de Pierre Bessin, qui étoit un valet de chambre du président de Th^tu, ^^ote de r auteur. \
62 REMARQUES CRIIIQIKS
de celle dissertation, eût fait, à tous ces égards, d'aussi grandes bévues que celles dont j'ai connaissant'.
Je pourrois faire un grand article des contradictions de Mariani; mais cximme cela me mèneruit trop loin, je me contenterai dVn donner cet eien- | i pie entre plusieurs autres. Au XVili" livre, page 25, ligne 13, l'espagnol ^ le latin ne s'accordent point sur le lieu d'une seconde revue qui se ttl en l'année 4382. L'espagnol dit que ce fut à Simancas, qui S4'lon l'indice d'évaluation publié par notre auteur est le latin Septimancx et non pas Sentica. Le latin cependant dit Sentica^ qui selon le même indice est Zamora^ et non pas Simanctis. Je tiens pour l'espagnol Simancas à cause de la doui)le analogie qui s'y trouve, savoir la syllabe^nian qui est com» mune a 5ep/{MANc.« et à .VîMANcas, et des terminaisons ce et cas qui sont également deux pluriels, les x latins se tournant d'ordinaire par as en espagnol, comme Domin.v., DuenkHi Olg.Ky las //uelgMi\ Fossm Martan^E, Jguks MuertAs, et ainsi Septimancx.^ Sifnancxs. La même contradiction avoit déjà paru à la page 23, ligne 28. Mais il suffira de voir la chose dans Tendroit niènie sans s'en embarrasser davanta^^e ici.
.V. B. Remarquez sur le Glakin de ci -dessus, que depuis ceci écrit, j'ai trouvé dans le fila Pétri yErodii de M. 3fénage, page 118, ligne 47, qoe le nom du connétable du Guesclin se trouve écrit de quatorze manières différentes, entre lesquelles œlle de Glaquin ne se trouve pas, du moins, par rapport à l'orlbographe ; l'espagnol de Mariana dit Claquin^ son latin dit Clakinus, et ces deux seroient ainsi une quinzième manière dont M. Hénage ne se seroit pas souvenu dans sa curieuse énumération ; mais M. Ménage ne parloit que de ce qui se trouvoit en français, et ceci est espagnol et latin.
Remarquez pareillement au sujet du Labrit pour Albrei que ce mH pourroit être justifié par la considération qu'autrefois et dans les plus an* ciens autours qui parlent de cette illustre maison, le nom de iMÙritesL celui (|ue porloionl ces seigneurs ; mais on n'est pas pour cela moins droit de reprendre Mariana d'avoir employé une dénomination si dans les ténèbres de rantiquilé, puisque liiis(|u'il écrivoit, cette maison ui^ ^'apl)eloil plus ainsi, et que dès ce temps-là peu de gens avoient connaissance de cette distinction. Au reste, depuis (pareillement) ceci écrit, j'a i appris (le quelques Béarnais, que dans leur pays, en parlant de la terrer fï.ilbrety on prononce aussi communément le Ijebrit ou le Ijebret que Wiibret^ prononciation fondée sur ce que ce pays est ainsi nommé, comme qui diroit \ii pays des lièvres, parce qu'il abonde en ces sortes d'animaux, eC ([u'en patois du i^ays on les appelle des lébrés; mais cette seule raison qnr cela n'est usité quN'u patois, suffit pour condannuT Mariana qui n'a las de écrire en patois.
Au reste, si après toutes les difficultés que j'ai touchées ci-dessus,)' voulois pousser la critique jus<prà quelques autres accusations qu'un pou^ roit légitimement faire à Mariana, nonobstant les éloges par lesquels je loi il
sVR l'iiistoike d'ksi'agne de mahivna. 63
fait justice à d'autres é^j^ards, que n'aurois-je point ù dire sur l'excès de prévention qu'il y a lieu de lui reprocher en quelques endroits de son histoire, et dont il ne faut point chercher d'autres preuves que la manière insultante dont il traite les pauvres Vaudois (Xlf, 1, 2 et 3), contre le témoignage authentique de l'histoire universelle dans des sources qui sont à i'abri de tout soupçon ; et un pire outrage qu'il fait avec encore plus d'injustice, à la mémoire du célèbre M. de Thou {^) dont la vertu et le grand mérite que cet illustre historien s'est acquis auprès de tous les savants, !^ODt en bonne odeur par toute l'Europe? Mais je dois prendre garde à ne |Mi8 tomber dans le même défaut que je reproche à mon auteur; il ne faut point troubler le repos des morts, et le même tombeau qui conserve leurs cendres doit servir d*asile à leur réputation.
Comme depuis assez longtemps je me suis fait iiuc espèce de Im^â de ue rieu publier de mes écrits sans Tavoir soumis à Texancmc^n des plus habiles de mes amis, je ue manquai pas dès que j* «^ us dressé cette dissertation de la communiquer aux princip^&ux d'entre eux, qui, selon que je les eu avois instamment P^^iés, m'y firent quelques remarques dont deux ou trois ff^^^ ^yant convaincu de leur justesse, je lis quelques petits chan- S^^ments à ces sortes d'endroits, mais qui n'alloient pas à une '^&x:igtaine de mots par-ci par-là, et à quelques suppressions ^ articles qui étoient également et fort peu essentiels à ma matï^^re, et d'ailleurs en très petit nombre. Deux ou trois de ces "^Cîssieurs me firent leurs observations ou de bouche seule- ^'^Cînt et dans le téte-à-téte, ou sur de simples morceaux de papier volant, c'est-à-dire tout cela sans aucune réponse eu foi^me qui puisse être produite ici. Mais il y en eut deux qui "^^ lionorèrent de lettres assez amples, pour ne pouvoir pas çie dispenser d'en régaler les lecteurs, à cause du profit qu'ils en ?^tUTont tirer; de si judicieuses et si savantes critiques ue buvant jamais manquer de plaire aux personnes de bon sens ^ de bon goût. Feu M. de La Devèze fut le premier des deux illustres amis dont je parle à qui je communiquai ma disserta-
^ ^é (i) Sopplémflntj page lot^ ligne 13.
6^ KEMAUgi'KS
lion, et qui aussitôt iii\y lit la réponse qu'on va voir; 31. Bajle, pareillement dëfunt, fut le second, et m'envoya à divers ordinaires consécutifs les trois lettres qui suivront celle de M. de La Devcze. Voici donc celle de ce dernier :
. Paur M, n*\
« Je vous renvoie, Monsieur, la belle dissertation et les " doctes remarques que vous avez faites sur votre traduction « de ï Histoire d'Espagne, par Mariana. Votre ouvrage n'a pas » besoin de recommandation après cet heureux passeport que « vous mettrez sans doute à la tête ; on aime naturellement de « connaître d'abord le fort et le faible d'un auteur qu'on veut « lire, et c'est à quoi vous avez parfaitement pourvu par l'écrit « que vous m'avez mis en main. Je l'ai lu avec un plaisir ei- « trôme, car vous avez eu l'habileté d'unir ensemble deux « choses qui produisent cet effet, je veux dire le savoir et U « politesse, d'où naît ïutile et l'agréable.
« Je n'ai pas. Monsieur, fait de remarque qui mérite d'aller « jusqu'à vous, pour altérer tant soit peu la beauté de votre " ouvrage, et ce n'est qu(» pour m' éclaircir moi-même que je • vous propose ici mes doutes sur quelques expressions dont « vous vous servez dans cette espèce de préface.
' Vous y parlez de la traduction de 3fariana quun de vo> « amis avoit faite et qui n'a pas >u le jour ; vous dites qu'fik " éfoit fort dvfectuçusr. Il me semble que c'est en dire assez, el
< je ne voudrois pas enchérir encore, comme \ous faites par ' ces termes: Pour n ru parler pas plus dêsavantayeusement , L'a- « mitié a quelque chose de sacré dans le tombeau môme.
<> Dans la même page, parlant de l'histoire de Mariana, vous ^ faites dire aux Espagnols, sur le sujet de cet ouvrage, quil « n y a pas de salut hors r histoire de Mariana. Je les crois c*-
< |)ables de cette expression, et même d'autres plus outrêe>:
< mais je doute que noire langue l'admette en pareil cas : ce-