PARTICULARITES
)I. de Marolles, une particularité, qu*0D m'a assuré d*ailleurs, lorsque j'en faisois le récit, se trouver dans ses MénuHres (}), savoir qu'étant en voyage vers Lyon, si ma mémoire ne me trompe, avec une princesse fort dévote, et cette princesse ayant su qu'à quelques lieues de son passage il y avoil un endroit femeux par un grand nombre de diverses reliques, eUe ne voulut pas manquer Toccasion de les voir. Comme aprâ avoir rendu ses hommages à un prétendu chef de saint Jean- Baptiste, elle remarqua avec étonnement que M. de Mandies^ non-seulement ne s'approchoit point, mais que même il n'avoit pu s'abstenir de quelque souris dédaigneux : « Eh! quoi, » Monsieur Fabbé, lui dit-«^llc, est-ce que vous manquez ou de " foi, ou du moins de quelque soumission respectueuse? — Ah! « Madame, rien moins que cela, dit-il à la princesse, j'y sois « au contraire tout accoutumé, et en ai toujours donné de « bonnes marques aux occasions; car voici le troisième pré- " tendu chef de saint Jean qu'en divers lieux j'ai eu rhonnenr « de baiser en ma vie. — Oh ! monsieur, lui dit aussiti^t le «•• '< cristain, je sais bien qu'en tels et tels lieux (qu'il nomm) « on prétend avoir le chef de saint Jean-Baptiste, mais celui-ci « est le véritable et incontestable, et en >oici une preuve a " quoi il n'y a point de réplique ; car prenez bien garde a ce « côté du front : vous y voyez encore la marque de la foiir- « chctte dont se servit la fille d'Hérodias (I; pour tourner cette
(Ij V. l^ Dirtiouiwirn dr M, liaf/lfy dans raiticl*» «le Siri<^ i»Mnar«iiK" '\»n^ i' r.ipporUî h*s propros p.irol<*a <l«*s Mémoires' de M. de Mamlie.f ; mais il mx^^\ar •ju»' c(rï sp p;issa :\ \miens et Uon p:is v»»i*s Lyo«, coiiiiiio mon jun? [v cniyail: h priiici'.sso dont il est \iHrW ôtail Marie de Gonznfjue, M. Haylo fait rncoir iiwilKW <!«' cott»^ fiistoire dans f.i»s Sot*veiies de la Répubii<fue de.< lettres^ s«pU'iiil»iT l«»tt. p. UH8. I/oiulr(»it {[i's Mri/Kiirrs dr M. de MaroUes (piil cit-', rsl. s«'loiâ Iiii.tl'' U p. VHy ad ariu. IRU. NoU'z ipu.* M. d«' Marolles dit ii c'tt*? prina'ss»» qiu» c"»uit icriiupiiciiK* ou sixiémiM't non pas If troisi<>me chef d<» À'fliW-Jrm*-/^rj/rfi'^^ «;u'«mi lui avait montri'. Il dit quo les autres ♦'•laicnt à Siint-Jraii do Lyon, à Saint-J<vi de Maurionncà Saint-Joan d'Anp'ly en Saintonprc, à Kome, on Espagiu?. eu All«?ma^:no ot en plusieurs autres lieux. \^otc du fiis de V auteur.]
(2) Cette tille d'Hérodias ôtuit né«» de son premier mahaxre avec Phiiif»}**, roi<?i tctranju»' iVIf'iree. . Sofr de Vautour, j
SUR l'abbb de IUROLLES. 95
« tète dans le plat en la présentant à sa mère. »
Après un si grand détail de tant de particularités de la vie de
M. de Marelles, peut- il être hors de propos de dire quelque
5ho8c de la manière dont il envisageoil cette vie en elle-même,
3t jusqu'à quel Age il Ta prolongée? A quelque degré d'éloge
|ue le célèbre M. de Montmor, maître des requêtes, ait porté
a piété et la Ycrtu de ce grand homme dans le beau distique
atin qu'il fit un jour pour être mis au bas de son portrait :
NobiliiaSy virtus, pieltzs^ doctritia Maroill Debiierant sacra cingere fronde comam.
;l en quelque vénération que me soit à moi-même encore auonrd'hui sa mémoire, je ne puis m' empêcher de le regarder M)inme trop prévenu et trop rempli des idées de la félicité tem- >orelle, et fort i)eu pénétré des uniquement souhaitables de la fie étemelle et céleste. Le bonhomme ne songeoit qu'à vivre ci-bas le plus longtemps qu'il pourroit; et il me l'avoua luinémc un jour le plus ingénument du monde, dans une visite Toccasion que sou intendant me força , pour ainsi dire, de lui •endrc à une heure des plus indues, savoir à quatre heures du natin, comme je passois devant sa porte, une veille de saint leao, si je ne me trompe, dans la vue d'aller traverser Teau, lu quai des Quatre-Nations à celui des galeries du Louvre, pour {uelques affaires qui m'appeloient en ce quartier-là. Je fus fort *tonué de trêuvcr cet illustre/ar/o/îi//i de M. de MaroUes, droit !oiiiine un cierge sur le pas de sa porte et dans le même ajustement m ilauroitpu être cinq où six heures après avoir quitté le lit. Commeje luitémoignois quelque chose de cet étonnement de ma [Mui : « Oh ! vraiment, Monsieur, me dit-il, c'est encore bien autre " chose à l'égard de M. l'abbé, qui, dès il y après d'une heure, > est encore plus tiré à quatre épingles que moi, comme vousle
(I) Nous renvoyons à la fouille supplémentaire les trois paragraphcf suivants, xr las mêmes raisons que nous avons exposées ci-dessus^ t. I^ p. 190«
ÎH) SE? llABIlIltKS
« verrez vous-même s'il vous plait démonter. — Jeu* ai garde de « le faire, lui dis-je, cette occasion n'étant nullement heure de • visite, et ne pouvant que lui être ù charge ; faites-moi seule- « ment la grAce de lui présenter mes respects. — >*on, Monsieur, « me dit l'intendant, je suis sur que vous ne lui sauriez faire « un plus grand plaisir, et je vous prie de monter. » Je le fis donc, ce fidèle domestique m'ouvrant de lui-même la chambre de son maître sans plus grand mystère d'avertissement. Mon étonnement témoigné à M. de Marolles avec mes plus humbles civilités, il me répondit que ce qui me paraissoitsi étrange, lui étoit tout familier. « Je fais tout ce que je puis, me dit-il, pour « allonger la vie et les jours , mais ilsmeparoissent également run « et l'autre s'enfuir comme une ombre. Je me lève le plus matin « qu'il m'est possible, et me couche le plus tard de même; a*- « pendant le temps me semble trop court, et l'assiduité de mes « occupations me le fait paraître comme un trait d'arbalète ou " un vol d'oiseau. »• Ce fut ce que me dit en propres termes le bon 31. de Marolles, que je quittai bientôt pour continuer ma course.
J'ai donné au petit début de cette narration, un air de *ic voluptueuse et purement charnelle, en ce qui re<;ardoit M. dt' Marolles, parce que, dans ce moment on il nie parloit de si'^ occupations les plus attachées, je >oyois bien devant lui un Si:rand volume d'estampes où il laisoit toujours de nouveaux arraniremcnts, et même quelques notes curieu.^es; mais il ne me paraissoit en aucun endroit de sa table, qui étoit fort longue, ni Bible ni bréviaire, ce qui ne me faisoit pas juger trop favorablement du véritiible point de vue dont il envisageoit cet uni ([ue nécessaire dont notre Seigneur louoit la prudente Jlaric, au préjudice de sa sœur, l'inquiète et trop affairée Marthe. Carquf dire là-dessus? et sera-ce une trop grande témérité que de !«e faire à soi-même cette demande sur le sujet et pour le compte do M. de Marolles? Ce jirand homme, veu\-je dire, ne tàchoil-il point d'éloigner de «^a pensée, le pins qu'il pcmvoit, le formi-