ILUS VÉRITABLEMENT DU SIEUR MÉNAGE
Questa Bellu d'amor nemica; questa A nuocermi si presta; la mia tenera lote. .iUe prime parole
Clie damor niuovo, torce fiera il guardo, . E lieve piU die pardo Fugge : ne udire i miei mesti lametUi^ Ne veder vuole i gravi miei tormenti.
Dura più che le selve^ Cruda più che le belve, Del tuo fido Pastore S'udir non nuoi l'amore, (. Ihi dolorosa sorte) yediy vedi la morte,
La vérité de tout ce petit jeu étoit que le madrigal de M. de Rinc; est le vrai original de celui que M. Ménage voolmt faire passer sous le nom du Tasse, quoiqu'il ne fût que de loi seul, qui ayant été charmé delà mignardise de cette petite pièce du Rincy, se fit un plaisir de la tourner en italien, et causa on terrible embarras à Tautcur lorsqu'il lui fit le compte de la prétendue découverte faite par lui dans la bibliothèque de M. de Thou; car Rinoy, dans la {)C'ur (juc Ménage ne le regardai comme un plagiaire, lui fit mille serments (ju il iiavoit jainab >u, uon-seuicmeiit ce madrigal du Tasse, mais pas même le rc cueil de ses rimes diverses, où M. Ménage le disoit inséré. Ce fut donc de ce naïf embarras duRincy que Ménage forma le dessein de pousser plus loin sa petite tromperie, et d'y enlacer 31. Chapelain même; car voyant que lUncy, Costard, et taul d'autres grands maîtres avoient donné dans le piège qu'il leur avoit tendu, il ne douta nullement que 31. Chapelain n'eu usât de même, comme en effet, mademoiselle de Scudéri, à laconuai?sance de qui tout ce débat des plus beau\ esprits sur la prcféreuce entre les trois pièces étoit parvenu dès Tabord, lui en fit un grand plat, et cela avec d'autant plus d'empressement, que cette illustre et savante muse française , ne se montraut
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pas si dupe que tous les autres , étoit entrée , par sa sagacité toute singulière, dans de très grands soupçons de la vérité, se doutant bien que tout cela n' étoit rien qu'une machine jouée exprès par Ménage, de qui aussi elle en exigea Tayeu à la première visite qu'il lui rendit en ce temps-là, et qui, en effet, par la plus grande considération qn'il avoit pour cette admirable personne, ne lui en voulut pas faire de mystère. M. Chapelain à qui mademoiselle de Scudéri n*avoit conté l'affaire qu'historiquement, parce qu'elle u' avoit pas alors les madrigaux auprès d^elle, ne manqua pas d'aller au plus vite chez M. Ménage pour s'instruire de toute l'affaire plus à fond. M. Ménage, pour mieux couvrir son jeu, dit à M. Chapelain qu'il y avoit une considérable gageure entre le chevalier de Méré et lui, sur la préférence entre les deux madrigaux du Tasse et du Rincy, Tun d'eux soutenant que l'italien étoit bien plus beau que le français, et l'autre, au contraire, que le français étoit préférable à l'italien; et que, puisqu'il se trouvoit là si à propos, il le prenoit volontiers pour juge du différend. M. Chapelain , après avoir relu les deux pièces : » A quoi songe, s'écria-t-il, le che- « valier de Méré, et qu'a-t-il fait de sa délicatesse, pour balan- •« cer un moment là-dessus? Je n'ai garde, coutmua-t-il, de « prendre ainsi le change, voilà le Tasse tout pur, et par consé- « quenty c'est déjà un grand préjugé contre M. de Rincy; tous " les deux madrigaux, à la vérité, se soutiennent avec grâce « depuis le commencement jusqu'à la lin ; et tout ce qu'on « pourroit dire en faveur du français, c'est que le madrigal du
• Tasse étant en style bucolique, et celui du Bincy en style « galant, il semble que ce dernier devroit être préféré à l'autre,
• le style galant ayant toujours quelque chose de plus élevé
• que le style pastoral. Mais, quoi qu'il en soit, il faut né- « cessairement convenir que le madrigal du Tasse a pour lui
• toute la gloire de l'invention et qu'il est un véritable ori-
• ginal. »
On peut juger du plaisir que M. Ménage sentoit en son c<Bur
116 KUU EbT CHARGÉ DE SIKVËILLER l'iMPRESSIUN
de \oir aiusi son ancien adversaire lui donner de lui-même on si entier gain de cause ; et il faut aussi admirer en même temps à quelles faiblesses les plus grands hommes sont sujets, et reconnaître combien chacun se doit tenir sur ses gardes pour éviter les jugements trop téméraires, n'y ayant rien de plus vrai que la réputation fait dans le monde la principale partie du mérite« et qu'en matière de louanges et de préférence, on donne bicB plus aux noms qu'aux faits. M. Chapelain, au reste, lorsque an bout de quelque temps il vint à savoir la pièce que M. Ménage lui avoit jouée, n'en conçut pas de petits chagrins, et il ne fidlut pas moins que des années entières pour les rapprocher l'uu de l'autre après de considérables éloignements.
Je viens à ce qui ne regarde que 31. Ménage seul, mais par rapport aux relations que je continuai d'avoir avec lui ; dies furent bientôt renouvelées après ma transplantation en ces bienheureuses provinces, par un petit service que je pris occasion de rendre à M. Ménage, sans pourtant lui en rien dire, mais qu'il apprit bientôt d'ailleurs, ce qui Tobligea à m'écrire le premier pour m'en faire son remcrcîment. Voici quelle fut l'occasion et la nature de ce petit office :
M. Ménage se voyant indignement traité par les outrageantes attaques du sieur liaillet, qu'il ne connaissoit cependant ni de nom ni de vue, et avec qui il n' avoit jamais rien eu à démêler, se crut obligé de repousser les injures de ce malhonnête adversaire, que par bonheur pour son dessein il trouvoit lui donner mille matières de terribles critiques sur ses perpétuelles marques d'ignorance. 31ais comme cet antagoniste avoit la faveur de 31. l'avocat général Lamoignon, dont il était bibliothécaire, cl de plus précepteur de son lils, M. Jlénaso non-seulement trouva de grands obstacles à ^impre^sioIl tl»
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son livre, mais se vit enfin réduit à se contenter d*une édition en pays étranger; et comme il avoit quelque commerce avec feu M. Basnagc de Beauval, passé depuis peu en Hollande, il lui envoya son manuscrit, dont il lui rccommandoit fort la correction; mais comme ce confident, sur les soins de qui il se reposoit, ne put pas, à cause de ses occupations particulières, donner à l'acquit de cette commission toute Texactitude à quoi M. Ménage s'attendoit , je fus sondé par ledit sieur de Beauval pour savoir si je voudrois bien le soulager dans son embarras, et je m*y offris assez aisément sans en rien commu* niquer à M. Ménage, à qui j'étois bien aise de trouver occasion de faire plaisir ; et comme il fut bientôt informé de mon obligeante offre, il me fit Thonneur de m'écrire le premier pour m'en faire ses remerclments, et voici deux extraits de ce que je reçus de lui sur ce sujet, auxquels je me bornerai parce que tout le reste de ce que contenoient ces deux premières lettres ne pourroient être que hors d'œuvre par rapport à la satisfaction des lecteurs.
Extrait de la première lettre de M. Ménage au sieur /f...
« Monsieur,
« Ayant appris de M. Basnage la peine que vous voulez bien prendre de corriger les épreuves de mon Anti-Bailhl^ je prends la liberté de vous écrire pour vous en témoigner mon extrême reconnaissance, pour vous en faire mes très humbles remerclments, et pour vous dire que, de mon côté, je vous en rendrai dans toutes les occasions tout le service dont je serai capable Il ne me reste. Monsieur, qu'à vous demander votre amitié, en vous protestant que j'ai pour vous tonte l'estime et toute la considération que vous méritez, et qae je serai toute ma vie et de toute ma passion, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
« Mékage.
« A Paris, le 18 juillet 1688. »