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monien (et quel personnage, je vous prie!) avoil d'ordinaire son àne pour auditeur de ses discours sur la sagesse (0*
Mais aux heures de loisir, Mamurra s'appliquoit à ce qui regarde la ne panisitique, d'où lui vint le surnom de Pédant-Parasite, qui lui est coistamment demeuré jusqu'à la mort; et c'est pour cela qu'il fréquentoit arec grand soin les maisons des grands hommes qui, vivant splendidemeni, tioh nent toujours table ouverte ; entre lesquels se distinguoienl principalemeK les Séguier, les De Mesmes, les Le Bailleul, les De Valence, évèque de Chartres, les Despesses, les De Berni, les De Morangis, les De BarÔkm et les Bonneau. Aussi, ne manquoit-il guère à se trouver chez tous ceui qii, préférant l'étude des richesses à celle des belles-lettres, ne faisoieni, pov ainsi dire, qu'un carnaval de toute l'année, comme sont, i>ar exemple, Saint-Martin et Montauron. Mais préférablement à tous, il s'altacboit i M. de Mesmes, grand homme, ou plutôt très grand homme et dont la naissance et les dignités sont ce qu'il y a en lui de moins considérable, tant U j a d'autres grandes choses à considérer; mais homme, surtout, si amnev des sciences, que s'il souffre des parasites à sa table, au moins n'y en sollfir^ t-il point d'ignorants; car il arrive rarement qu'on mange chez lai sansqie quelque savante dispute soit mise sur le tapis, et les gens qu'il appelle oi qu'il reçoit à ces sortes de régals, n'y trouvent pas de moindres délices pov leur esprit que pour leur goût et pour leur palais. De là vient qu'ils doûett ordinairement à sa table le nom de Musée, et à ses conviés cdul de Tintpesorlietores (savants de table). Et comme Mamurra étoit d'une mémoire si heureuse, qu'il pouvoit, sur-le-champ, rapporter tout ce qu'il avoft jaBi^ vu dans les livres, l'illustre De Mesmes ne pouvoit haïr un homme de si bonne mémoire, et il lui donnoit à sa table la même place que Platon et Xênophon donnoient à Aristophane et à Philippe dans leurs festins. Mais Baril* Ion, qui, parmi ses éminentes (lualités et talents d'esprit avoit principaifnient celui déjuger des hommes en perfection, étoit néanmoins (par je ne sais quelle fatalité) tellement dispose à l'égard de Mamurra, qu'il souflfroit plutôt sa présence qu'il ne la désiroit. Mais je leur ai ouï dire à eux-même> qu'il a\oit souvent apporté à leurs tables plusieurs de>ises et bons luob tant ceux-là se trompent qui lui ont voulu reprocher que jamais on ne lo' avoit vu payer son écot.
Au reste, comme il étoit, en ce temps-là, logé au haut de la montagne de Sainte-Geneviève, et cela pour pouvoir plus commodément, de ces lieux élevés, juger, par les diffén^les fumées des cuisines, qui lui senoieBî comme d'augures, quelles étoienl les meilleures tables, et qu'aine cr^ grands hôtels étoient un peu trop éloignés de son hôpital ; afin de s'y renJrr de meilleure heure, il résolut de se donner un cheval, qui, à cause q«t^ l'écurie qu'il lui destina se trouvoil dans le collège de Bon<ourt, que Rub sard appeluit d'ordinaire le Parnasse de Paris, fut appelé Pégase [Binftus
(1) Suidn^in .Kfifxovixvoi,
I)K V^AHUILIUS MAHL'RHA. iko
in y'ita Ronsardi) ; sur quoi D'Espesses a fait le poëme que cliacun sail. Ce Pégase ou cette haridelle de Mamurra n'avoit jamais fait perdre à son maître le moindre diner ou souper, comme le parasite Libanius en avoit souvent perdu par la faute du sien. D'ailleurs, c'étoit le plus modeste de tous les bidets de son âge, de sorte qu'il avoit toujours les yeux fichés en terre. Il étoit aussi des plus sobres qu'on ait jamais vu et n'avaloit guère que les mes et le pavé ; il fut de même très endurci au travail et n'avoit presque pofait de repos, car, depuis qu'il fut au service de notre homme, on ne \e vit presque jamais sans avoir son maître sur le dos et le frein aux dents. Mais enfin, comme dans ce monde
Tout pasëc ci tout s en va^ ricti ferme ne demeuic^
il mourut, comme on dit, du mal de ventre, c*est-à*4ire de faim. Gargilius alors, à l'exemple d'Alexandre, d'Auguste et d'Adrien, témoigna l'extrême regret qu'il avoit de sa digne monture, par des obsèques dont il honora son tombeau. Nous aussi avons composé sur sa mort cette parodie de Catulle (I).
Pleurez, pleurez, Séguier, vous aussi, les De Mesme,
Faye, Bailleul, montrez tous un teint bWme;
Bernis, Bonneau, Btirillon, Morangis,
Et tout ce que la viUe a de gens plus polL<.
Il est mort, le bidet de mon cher camarade^
Ce bidet qiii jamais ne lui fit d*escapadc.
Qu'il chérissoit bien plus que les meilleurs écrits
Do tous les plus fameux d'entre nos beaux esprits.
Car il étoit, ce cher, plus fVugal que Qéante,
En tout l'an ne mangeoit ni foin, ni grain, ni plante;
Content, heureux d'avoir une paille, un chardon.
Ou tout au plus, parfois, un picotin de son ;
Bénin, d^ailleurs, clément, et qui savoit connaître
Aussitôt son patron, que connaissoit son malUrc
(iVlexandre le Grand) ce fameux Bucéphal
Que n'égala Jamais aucun autre cheval;
Car son homme jamais il ne mit hors de i>elie.
Mais en rôdant tout doux de ruelle en ruelle.
Il le portoit, cherchant parmi les embarras
Un doux et tendre appel à quelque grand repas.
Mais maintenant, ô sort ! par une route obscure.
Il s'en va dans ces lieux d'où ne revient monture.
Je ne le verrai plus, le matin ni le soir.
Mordre, ronger son frein, dans son triste manoir.
Que maudits soyez-vous, cruels soupirs de pancc.
Qui de mon cher Pégase avez privé la France.
(1) Litgele, ô Vcnero', etc. Epigr. lll.
li-G VIE
Pleurez^ pleurez, Séguier; pleurez, vous, les I^emis, IjCS Paye, les Bonneau, Barillon, Morangis, jyEspesses, Valence, Saiut-Martin et De Mesnte, Et sur ce triste sort montrez tous un teint blémc ; I.e bouffon Mamurra, qui fut votre jouet, Ce fameux affamé, privé de son bidet.
Comme il faisoit jadis, ne vous fera plus riro, Et vos plats désormais le trouveront à dire ; 0 triste et rude sort ! o trop tôt mort bidet ; Mon ami |)ar ta perte est réduit au filet (1).
Comme il se voulut pourvoir d'un nouveau cheval, et que le maquigoooà qui il s'adressa lui en vantoit un qui, disoit-il, mangeoit et buvoit comof deux autres (car ceux qui trafiquent de cette marchandise font toujours ces sortes de promesses t( UlpianuSy lib. XI , § 4. l>. de action, empt^ek^ vend.), il refusa, quant à lui, de l'acheter, en demandant au contraire ■ fort sobre, et se moquant de tous ceux qtï disent que l'avoine sert d'èpcfw au cheval, et il en usoit ainsi à l'exemple des Sarmates que Pline (Hb. fin, cap, ii) témoigne préparer leurs montures par la diète lorsqu'ils ont à ùin quelques longs voyages, et ne leur donner de même que fort peu à boire. quoique d'uneseule traite ils fassent dessus des 450 milles de chemin sav débrider.
Mais comme les travaux sont enchaînés ensemble, à It mort du malbei* reux Pégase fut jointe une grande calamité, savoir que
A sa table jamais aucun Dieu ne l'admit.
Ni la moindre déesse à Thonueur de son lit. {Virg, Egl.y IV, 63.)
Car un sévère obsenateur des lois du banquet le chassa honteusement df son dîner pour je ne sais quelle insolence ; malheur, comme on sait, le plos grand qui puisse jamais arriver à un parasite. Denis, à la vérité, cracha un jour au nez d'Aristippe, et voulut quMl ne s'assit que le dernier k sa table; sais enfin 11 le fit asseoira sa table, et Arislippe, quoi qu*il en soit, ne fut pis comme Mamurra, chassé de la table de Denis.
Mais tous SCS affronts tournèrent fi sa gloire, tant il U^ endura avec co^ slance, car, comme dit fort bien le comique,
LVstimt' est i>our celui, par préciput à tous, Qui sait mieux supporter les affrr»nts et les coups.
{}feiiander,)
(l) Allusion au Trùti Dmmcœnio de Martial, V, 79, 1. (i) Nous croyons devoir omottrp ici nn alinéa quo nous restituon.»us iUîîs ' feuillo buppléni'.ntairc, comme celui ci-dessus, t. 1, p. 190.
DE GARGILIUS MAkIURHA. iVI
t i;K)urquoi les Lacédémoniens, peuples sans doute les plus sages qui imais été, demandoient à Dieu par des prières publiques de pouvoir ir les injures. Or, c'est le propre de Tart parasitique dont noire homme une sérieuse profession, non-seulement de recevoir les affronts d*un 1, mais de digérer même avec une noblesse de cœur toute spartaine, lux soufQets et aux coups de bâton (oc^uitvOai owwBt); car, comme dit {in Capt. 2iCi. I, se. i, 4),
Sans se plaindre, sans dire mot, Un parasite doit soufMr les rebuffades,
Les uasardes, les bastonnades, Kt parfois quelques coups d'une cuiller à pot
»mme Gargilius avoit une envie démesurée de connaître à fond toute nerveilleuse discipline, et qu'il faut nécessairement ou que Tâme soit lée ou que du moins elle se fatigue extraordinairement par l'application leurs choses qui ont des fins toutes différentes auxquelles ni l'esprit !orps ni même le jour ne suffisent pas, laissant là la charge de proir en grec, il se tourna entièrement à celle de parasite, int donc été prié de l'enseigner, il ouvrit son école dans cette fameuse fui a tiré son nom de toutes ces boutiques de rôtisseurs qu'on y voit ; »itôt il eut plusieurs disciples qui de son nom furent nommés maiensy comme autrefois d'autres avoient été nommés gnaihoniciens du le Gnaihon, dont il tiroitson origine de par sa mère (TerenHus^ Eu- .}. On dit que Zeuxis, après que les Crotoniates eurent fait prix avec lui leur faire un portrait d'Hélène, qui fut d'une beauté parfaite, il jeta sux sur une quantité déjeunes filles toutes nues, dont il choisit tout ce hacune avoit de plus beau pour le mettre en peinture, car il n'estimoit ue tout ce qu'il demandoit pour une beauté achevée se pût rencontrer on seul corps {Cicero^ 2 de Invent, PUn.^ lib. XXXV, c. 9). Ainsi notre 06 voulant établir une secte considéra diligemment les dogmes détones sectes, et choisit de chacune d'elles ceux qui lui plaisolent le qui est ce qu'on dit qu'avoit fait autrefois un certain Poianum xûidrie, dont la secte, à cause de cela, fut appelée éclectique (LaerL in em).
\ voici presque toutes les choses que notre sage prit de chacune des prines sectes.
18 Epicuriens (in Epicuro) : Que la volupté est le souverain bien. » Cyrénaïques {in Jristippo) : Qu'en tout temps, en tout lieu, et à rd de toutes personnes, 11 faut être esclave. Que c'est pour l'intérêt faut se chercher un ami, et que cet ami peut vivre et somptueusement en, c'est-à-dire dans toutes les règles de la plus sévère morale. tira des Cyniques l'impudence dont il fit toute sa vie profession, et it qu'il falloit mépriser les beaux-arts. » SMdens {In Zenone Citixo) : Qu'il falloit vivre conformément à la
nature ; ne souffrir ni la faim, ni la soif, ni le froid. Que le sage pouvoU cfuelquefois boire un peu largement, sans pour cela passer pour ivrogne {Cic, Ep.^ lib. IX, Episl. 22). Que la liberté de parler sans ménageoieot aucun, et celle de blesser Touïe etTodorat d'une compagnie par toute sorte de vents malhonnêtes, n'étolent point défendues; d'où il conjecturoit ipie l'empereur Claude étoit un franc stoïcien (SueUm. in Claudio^ c. 3t), lui de qui on dit qu'il avoit médité un édit par lequel il donnoit permission, lors- (fu'on étoit à table, de chasser tous les vents dont on se sentoit chargé. Ai reste, à l'égard des possibilités, il en jugeoit selon Diodare et non pas s^ Ion Chrysippe {f'id, Cic, lib, IX, Epist. i) : car, disoit-il, si vous devei venir souper, il est d'une nécessité absolue que vous veniez; si au contraire vous n'avez pas à venir, assurément votre venue est impossible. Pour ce qui est des pyrrhoniens il n'en prit rien que je sache, par la raison i^ue cei gens doutoient de tout, au lieu que quant à lui, qui, sans contredit, étoit ie plus savant de tous les hommes, jamais il ne douta d'aucune chose, si a n'étoit de son père. Il y a pourtant quelqu'un qui a dit que Mamurra tcMit des pyrrhoniens Vincompréhensibilité {àxuLvaXn^Uiv). Mais quoi qu'il en soft» il n'a rien emprunté de Pythagore qu'il haîssoit d'une haine mamarrieae {vatinienne veux-je dire), parce qu'il avoit défendu qu'on rompit le pM (Laert. in Pythag.)^ et qu'il vouloit que les traces d'une marmite nepamsent point dans la cendre, mais principalement à cause qu'il avoit eqiotet le silence et la séparation d'avec les vivants ( ixtffj^ia» x«a râv t/aftix^y to- -/V/^. Car cet homme qui à table étoit d'un courage extraordinaire, et fi avoit plusieurs fois fait un débris de plats inconcevable, ne se plaisoitlldi^ ment aux repas non sanglants, et parce qu'il avoit ouï dire que le siteve avoit autrefois causé la perte des Amycléens, il s'abandonna volontiers ib démangeaison naturelle qu'il avoil de causer (1); d'où vient, comme j'estime, (ju'il ne se servolt jamais de cette figure de rhétorique que les Grecs app^ loient aposiopése et les I^atins réticence.
Quant à la parasiiique, il la déllnissoit a>ec l^ucien : un art qui roule sor tout se qui se boit et qui se mange, et qui sert à l'acquisition de toutes kf choses dont la volupté est la tin principale (i) ; et il soutenoit qu'il n'y aroii que cet arl-là qui dût proprement être appelé libéral, tant parce qu'il étoit le plus digne d'un homme libre , que parce qu'il no pouvoit subsister sns Bacchus, lequel, comme on sait, portoit ce nom-là (^arcAti^ et Uberw^oai qu'un).
Or, il établissoit deux parties de celte science, l'une qu'il appeloit h cuisinière (o|o:roii|Ti/r.y) , l'autre Padulatoire (xoia/îyTur.y). Il définissoit cell»*ci, avec Platon, Vart qui concilie la bienveillance ou les douceurs; rip%* ir.o'jvTixTtv (Plalo in Thœœtete); celle-là, avec Jules Scaliger, la *n>>icerfiï 901»-'
(I) Voyoz l»; PnrifjUiuin Vénerie, de (Vitulle, v. yi.
li} IlacfariTi//; eyri riyyti Tzoxiw* zal /îswTwv , t.xk tôv oti ra.irît tuxi<d* \ rl^»C»* oc i Tf, i T9 /.cw, {Lurintiu'^ in Ptiravif^.)
BE GARGILIVS MAMURRA. 1(^9
ff autrui. Il enseignoit tadulatoire le matin et la cuisinière le soir; mais tant Tune que l'autre dans une monstrueuse marmite qui égaloit la hauteur des chaires d'auditoire.
Mais, aux discours qu'il faisoitsur Tart adulatoire, il n'admettoit, non plus qu'Aristote à ses leçons acroamatiques (ad auditionem pertinentes. Voyez Plutarque, en la Vie d'Alexandre, p. m. 444, lig. 2), que les seuls auditeurs, de sa science la plus subtile, c'est-à-dire ceux qui s'étoient entièrement dévoués à lui. C'est à ces disciples-là que, discourant de l'utilité de la flatterie, il disoit qu'il n'y avoit rien de plus puissant qu'elle pour gagner le cœur des grands et s'en rendre absolument maître ; c'est pourquoi il Tappeloit, avec Diogène, un rets (lacet) de miel. Car, comme la principale partie de la sagesse est de se connaître soi-même, le flatteur, par ses cajoleries (choses dont les hommes se laissent aisément infatuer), fait si bien, qu'il les empêche de se connaître eux-mêmes. Il avertissoit donc, avec un grand soin, ses auditeurs d'user d'hyperboles autant qu'ils pourroient, et de remplir leurs entretiens avec un chacun de tous ces termes doucereux, qui assaisonnent la conversation si fort au gré des esprits vains, comme Votre Révérence, Votre Grandeur, Votre Excellence, Votre Sérénité^ Votre Altesse et autres semblables, et de s'écrier sur chaque mot, quelque commun qu'il pût être, mais qui sortoit de la bouche de quelque homme un pea distingué, et principalement sur ces actions d'apparat que ces premières tétes-là ont quelquefois à réciter en public; s'écrier, dis-Je : Courage! Fort bien! Sagement dit! Bon cela! Il ne se peut rien de mieux! Ah ! le JoH mot! Ah! la belle pensée ! en un mot, applaudir à tout et célébrer, par les éloges de la plus grande admiration, leur prudence, quelque modique ou aADe nulle qu'elle puisse être; mais, principalement, de ne disputer jamais de inroles avec aucun de ces sortes de gens, quelque chose qu'ils pussent aflrmer; et tout de même, s'ils nioient ensuite cette même chose, la nier aussi ; pleurer avec eux, rire avec eux, se couvrir d'une robe fourrée au cœur de l'été si, d*avcnturc, ils avoient froid; suer en hiver s'ils avoient diaud ; enfin, leur complaire en tout et partout ; et, quand les premières complaisances n'auroient pas réussi, ne s'en pas abstenir néanmoins ; car, disolt-ll, elles ont cela de naturel, qu'elles plaisent lors même qu'on les re- Jette, et, souvent après que les premières out été rebutées, les secondes sont reçues. Mais, entre tous ceux qui ont le mieux réussi dans la flatterie, il doDDolt le prix à Gynéthus, ce grand flatteur du fameux Démétrius Poliorcète, qui, après avoir épuisé toutes les manières de flatter les plus outrées^ en vint jusqu'au point de louer Démétrius, affligé d'un cruel rhume, de ce qu'il crachoit avec beaucoup de grAce et toussoit mélodieusement.
il permit à chacun, ainsi qu'Aristote le faisoit aux étrangers, d'assister aux discours qu'il prononçoit sur l'art de cuisine (ou cuisinier). Or, il se irouvoit là tous les jours, non-seulement tous les maîtres et chefs des plus grandes cuisines de Paris, mais aussi tous les traiteurs, pâtissiers et autres gens de cette sorte, de faç^n que cet homme, qui fort peu auparavant avoit
à peine un ou deux auditeurs, en avoit bien alors quelquefois mille, plus ou moins. Ainsi avons-nous appris que Diogène, voyant que lorsqu'il discoQroit des vertus et des vices, personne ne Técoutoit, montrant enfin un poisson bien dessalé (apprêté, assaisonné. 7(?ren^,.ïdW/7A., ni,iii, 26,ouseioi Madame Dacier,sc. rv,v. 47), ramena tous les assistants vers lai.Et»eoefrt, il ne doit pas paraître étonnant à personne si ce docteur en soupe salée a ei une si grande foule d'auditeurs, lui dont toutes les paroles et les actions étoient assaisonnées de poivre et de gingembre (ou bien de sel et de pohrre, Petron.y p. m. 2,]jg.2).
Et il ne faut pas qu'aucun, trompé par le nom, méprise la science cuisinière, comme quelque cbose de bas et d'abject. Il y a véritablement bici des praticiens de cuisine, c'est-à-dire qui savent préparer les viandes; mis il se trouve très peu de véritables cuisiniers ; en effet, tel qid saura soûler le feu, cuire, assaisonner, orner et découper une pièce de viande, ne poum pas pour cela être dit cuisinier; et, comme porte le proverbe : Tont howv qui a une cuiller et un couteau n'est pas pour cela cuisinier. Di8<ms li chose comme elle est : il faut que le cuisinier considère le lieu^ le iemfi^ les personnes^ celui qui est convié et celui qui convie ; ainsi, il doit avoir connaissance de presque toutes les disciplines: de Vimpératcire^ delanédecine, de Vtutrologiey de V architecture, de la peinture, de YariîkwMque; et de quelles ne parlerons-nous pas? Il doit savoir Vimpéraiofre^ aii de pouvoir placer toutes choses dans les lieux convenables ; car, en eiet, c'est à une même personne, comme disoit Paul-Émile (Piutarekus i» j€milio), qu'il appartient ^arranger à propos une bataille et de bk» ordonner un banquet. Il faut aussi que le cuisinier sache la médecine; car, des viandes, les unes chargent, les autres se digèrent mal, et il faut remédier à tous ces inconvénients. Il no faut pas non plus qu'il ignore rasln«lo gie, car toutes les viandes ont en elles des délices d'une grande diversité, selon les diverses constellations et selon que tourne la machine de Tuoivers. Mais le cuisinier surtout doit aussi être expert en architecture, afin dr bien construire et disposer la cuisine ; en arithmétique, tout de même, pour savoir faire le calcul des conviés ; enfin , il ne doit pas ignorer la peinture, aÂo de pouvoir dessiner et représenter diverses tigures sur ses tartes, ses pâtés « ses gâteaux. Il faut aussi qu'il connaisse les mœurs des hommes; cirle principal secret de la science cuisinière est de bien connaître le goiit d« gens, tant est vnii ce qu'a dit Cratinus :
Qu'à tous nos\ iXLS donné <lo l)i«^n Ihir»» un»^ sauo-?.
Or, comme il faut qu'un parasite, outre l'art cuisinier, sache plusieursautre> choses, il est certain que rien n'est plus difficile à trouver qu'un parfait parasite. Cependant, quelques gale-métiers, quoique ignorants de la plupart d<* ff< choses, se sont impudemment attribué le nom et la profession de parasita, et ce sont ces sortes de gens qui ont entièrement corrompu la gluirr ôt ce bel art.
DE GARGILIUS BIAUURRA. 151
La mort prévint Mamurra lors qu'il méditoit le rétablissement de cette illustre profession en sa première splendeur; mais, avant que de rien dire des particularités de cette mort, il ne sera pas bors de propos d'exposer sommairement ce qui regarde son air, ses manières, ses occupations, son esprit et ses mœurs ; car, enfln, cen*est pas par quelque petit seing ou bouton sur le visage, ou sur la main, mais par tout le corps, par tout l'esprit, en un mot par la vie tout entière qu'un si grand bomme doit être connu.
Il étoit de baule taille, avoit les épaules larges, le visage comme celui d'un barbet, le front ridé, la tête dure, la bouche en courcaillet (torse), le nez crochu sans être pourtant aquilin, la langue double, les sourcils hérissés et fort élevés, le cou long et tel que Philoxène s'en souhaitoit un. Sa voix étoit comme de fer, ses oreilles flasques, ses mains crochues; la peau, les dents, les yeux, les cheveux et la barbe de couleur noire ; enfln, il n'y avoit rien en lui qui sentit la candeur. II avoit coutume de marcher débraillé et couvert d'un mante^iu à peu près comme celui dont les comédiens habillent leofs parasites sur le théâtre ; son chapeau étoit si grand et si large, qu'il le falsoit paroltre un champignon, tant cette platine le couvroit tout entier.
Cet bomme en son enfance, en son adolescence, en sa jeunesse, fut toujours, comme nous avons dit, doué d'une mémoire fort heureuse, et il n'oublioit ordinairement rien , si ce n'étoit les injures. Et il ne faut pas s'en étonner, car ce qu'il avoit une fois appris le matin, il le répétoit mille fois le Jour; c'est ce qui flt qu'il savoit tant de langues : le gascon^ Vauvergnat, le poitevin , le périgonrdin^ le breton^ le normand^ le manceau et Vangevim. Mais parce qu'il avoit la mémoire si heureuse, les gens malins et médisants publloient qu'il ne disoit jamais rien qui fût proprement de lui, mais tirolt tout des autres ; et ils lui reprochoient de vérifier le proverbe :
Rien ne se dit présentement Que l'on n'ait dit dès ci-devant.
Lorsqu'il fut plus avancé en âge, il n'eut plus tant de mémoire; mais, en réeompense, il eut beaucoup plus d'effronterie.
Ses envieux, ses ennemis, les jaloux de sa gloire ont voulu dire qu'il n'a- TOlt pis grand jugement; mais ce qui les réfute de reste, c'est qu'il attaqua Bnsbéquius dès qu'il le vit mort, et lorsqu'il n'étoit plus en état de lui répondre.
Etant encore jeune, il fut piqué par cette espèce de vipère qui engendre la soif, blessure qui le rendit altéré pour toute sa vie. Il fut aussi mordu d*iin chien enragé, par où il conçut une telle aversion pour toute sorte d'eau, que jamais il ne put seulement goûter de celle d'Uélicon.
Qu'il ait eu peu de santé pendant qu'il demeura chez les jésuites, c'est ce qu'eux-mêmes témoignent; mais depuis qu'il fut sorti de là, il se porta toqjours assez bien, et, pour dire la vérité, jamais il ne sortit de table sans appétit ; ce que les médecins recommandent avec tant de soin.
Quelquefois néanmoins, il étoit travaillé de ce mal que les Latins nom-
ment domicèney aussi bien que de Vanargyrie et de la Caim canine, mais parliculièrement du domicène , auquel il ne trouvoit point de remède, parce que le temps, qui en sert à la plupart des autres maux, ne fait qu'aggraver celui-là. Il remédioit à Vanargyrie par le débit de quantité d'emblèmes, d'anagrammes, d'inscriptions et de devises ; à la faim canine par les fréqoeites visites qu'il avoit soin de rendre à une copieuse marmite remplie de toute sorte de franches lippées ; et il usoit toujours du vin le plus pur, à h façon des chameaux, il se gorgeoit pour le jour et pour le lendemain ^pom le présent et pour V avenir; car il savoit qu'un tel plastron sur le coew,
comme l'a écrit le divin Hippocraie {Aphor.y sect. 2), emportoit absolomem ce mal.
S'il n'eût point été travaillé de cette malheureuse faim canine, il aoroit composé sans doute une bien plus grande quantité de livres qu'il ne noii en a laissés ; car, dès que quelqu'un est attaqué de ce mal, il faut qu'il s'abitienne de tout travail, conune ce fameux vieillard de Cos l'a dit dans ses Apborismes (Hippocr., Àphor,,sect, II, 16). Or, entre ceux qui ont été ois en lumière, et sur lesquels il y a de très savantes et très curieuses notes de Marc DenUm, il en a écrit un grand nombre d'autres qui, si le del le permet, seront quelque jour publiés par les soins et le zèle du plus dier de ses disciples, Q. Popinius Lurcon.
Mais, cependant, je n'estUne pas tout à fait hors de propos de donner id par avance les titres de tous ces ouvrages, avec l'analyse de ce qui y est traité.
I. Notes curieuses sur les titres De edendo des Pandectes et da Code. Dans cet ouvrage, il avoue bien en passant que le mot eetere, chex les anteurs qui traitent du droit, toutes les fois qu'il s'agit d'actions privées ri de comptes particuliers, est souvent employé fort à propos ; mais il avertit qu'il est bon d'examiner si le jurisconsulte Paulus (t), dans le V« livre de ses Sentences (Tit. XV, ? 1 4) , a écrit edere crimina dans le même sens que le> sacrificateurs d'Israël sont dits manger les péchés du peuple {Osée,\\\%)y chez les interprètes des livres sacrés. 11 nie, au reste, que personne jusqu'ici ail senti la véritable énergie de cette expression : edere instrwnenta, qu'on a toujours tournée parcelle-ci : produire des pièces en justice coùin quelqu'un, jusqu'à la véritable explication qu'il eu donna lui-même un jour par son exemple , lorsque étant poursuivi par un de ses créanciers , et lui disant qu'il produisît sa cédule, sous prétexte de lui compter de bonne foi la somme due , il ne l'eut pas plutôt entre les mains qu'il l'avala d'une touchée, et l'acquitta de cette manière.
II. Dissertation sur la yovelle de l'empereur fJon: Çnti ne doitptnnt entrer de sang dans le manger. Dans celle pièce, il ohsene que c'est prin-
(l) Juliiis Paiihis, vivant dans le ilcuxiènio siècl»». Il fut iMa<ill«'r «i'Eui a\' ri|>ien cl Pnpiiiici), sous IVmpirc *l^ Pescp/tnius i<ig*'r.
DK GARGILIL'S MAMURRA. 153
cipalement à cause de celte constitution que les Novelles de Léon ne sont d'aucune autorité dans le droit.
III . Autre Dissertation sur la 69<^ loi du Digeste, Pro socio. Là il retient opiniâtrement, et sans en démordre, Tancienne leçon epulas contre le grand Saumaise (nde Salmas. ad Fopisc. et Herald, Observ.y cap, 13), qui, au lieu de ce root epulas, substitue en c^t endroit celui ù^emptUas, et il confirme cette leçon i)ar l'autorité des livres Basiliques, où les interprèles grecs ont expriroé cet endroit par le mot twx^van-y mais par occasion, il exalte fort une autre conjecture du même Saumaise (Lib, de Usuris, tiPrxfat.y lib. de modousur.)^ qui lit dansPétrone que c^ux qu'on élèvede la sorte sont aussi peu capables de parvenir à la délicatesse du goût qu'il est possible de sentir bon en fréquentant les tanneries {i ); tannerie, dit-il , et non pas cuisine , ainsi qu'on lisoit autrefois, mais sans fondement et sans raison ; car il prouve si bien que ceux qui demeurent dans une cuisine ne peuvent sentir mauvais, ({ue si Heinsius est d'un autre sentiment, il faut dire que Heinsius n'a en tout aucun sentiment.
IV. Des Agapes des anciens chrétiens. Là, il ramasse de saint AugusllD plusieurs belles choses et très dignes d'être lues, contre les manichéens et autres ennemis des agapes; et il soutient que les pères du concile de Gangres (3) ne firent alors rien de plus sage que de lancer contre eux les foudres de leurs anathèmes (ce fut dans le onzième canon).
V. Du surnom de M, Galère Martial. Là, il retient savamment la leçon vulgaire de Lampridius, qui attribue à Martial le très honorable titre de cfUsifiier , comme la véritable et la plus naturelle ; et cela sur l'autorité des plus anciens manuscrits du poète même, des gloses antiques, et de Jean de Salisbury; et il soutient qu'il mérita d'être ainsi surnommé pour avoir toujours mené une vie de parasite, et parce que ses épigrammes se lisoient çà et là parmi la viande et les pots. II confirme aussi, en passant, l'opinion du Jurisconsulte Gdius (L. 48, § 4, D, e?e yEdil. Edicto), par laquelle il a estimé que le vendeur qui aura dit que tel esclave qu'il livre est ("xccUent cuisinier, ne doit effectivement en livrer qu'un très bon. Mais il soutient aussi, que le même GaTus s'est fort trompé, lorsqu'il a décidé que celui qui aura simplement dit qu'un tel étoit cuisinier tout court, semble faire assez encore qu'il ne livre qu'un cuisinier médiocre, parce que, dib-il,
Alix cuisiniers^ aux poetos de miso^ \jL rnédiocritu ne fut jamais permis! >.
t'I comme dit Horace (,/r/ poétique, v. 37 i) :
... Mediocribiis cssepoptis Son homiïiPft^ non 1)1, non rnncpsxern cobimnfv.
(I) Pélron., p. m. 2, lij(. 4. Sapere on btiii a deux sif^niAcatiuns, sentir oi avoir U tjQùt fin. P<''trone, dans ce passiige, fait allusion h lune et à Tautre. (i) Ce concile fut tenu vers 37U.
Hommes ni dieux^ auvent^ ni pilier de boutique. Telle chose jamais ne mirent en pratique .
VI. Diatribe (ou dispute) sur la Menséité et la Cyathéité, Dans cette controverse, il loue extrêmement le dire de Platon, qui, disputant on Jour au sujet des idées, comme il eut plusieurs fois employé les termes de Tahléité et de Tasséiié, et que Diogène le Cynique lui eut dit qu'à la Tértté il voyoit bien une table et une tasse, mais quil ne voyoit nulle part ni une tabléité ni une tasséité .* Ohl répondit Platon, cela n'est pas fort étonoant; car pour voir une table et une tasse, vous avez des yeux; mais pour voir la tabléité et la tasséité, qui sont des choses spirituelles, vous n'avei pas le moindre grain d'esprit.
Vil. Apologie pour les charlatans, 11 enseigne là, contre les médediii de Paris, que les coureurs çà et là sont les véritables disciples d'Hippocnte, comme gens qui, selon qu'il l'ordonne, se promenant par les villes, se montrent médecins de discours et de pratique, et qu'aussi Modestin a été de (f sentiment, lorsque, dans le deuxième livre de ses Excuses (}j. 6, $ I, D, de Excusât, tutor,), il a répondu qu'à la vérité les médecins, non-seolemeac ceux qui vont et viennent, c'est-à-dire ceux qu'on appelle circulateursy soit exempts de tutelles et de curatelles, tout ainsi que des autres charges.
VIII. Indignation contre les cabaretiers qui mêlent de Feau dans k vin. Là, il observe que Xénophon doit être entendu comme parlant du via pur, lorsqu'il dit que le >1n éclaire Tesprit, et que le divin Homère, dans la neuvième Iliade, introduit de très bonne grâce et fort à propos AcfalUe, (commandant à Patrocle de donner du plus pur vin aux princes grecs Chrsse et Phénix qui avoient été dépéchés vers lui. Mais qu'Aristote se trompe ci irompeses lecteurs, lorsqu'il croit que le terme grec rwp^cpov est mis li, non pour du vin pur, mais pour un comparatif ou pour un adverbe signiliant hâte. Certainement, il montre par de très forts arguments que le m trempé rend l'esprit insipide et qu'il donne la lèpre, soit qu'on le preom* bientôt ou longtemps après la mixtion. Que la vérité, non plus, n'étoit pis cachée dans le fond d'un puits, ainsi que Démocrite l'estimoit sans raisoo, mais qu'elle se trouvoit dans le vin, comme Platon, Théocrite^ Horace H Pline l'ont doctement enseigné avec le commun peuple. C'est ainsi qu'il réfute puissamment le Traité de Cardan touchant l'eau et le Livret de Turnébe sur le vin. Mais le même auteur remarque aussi sur le cantique de Moïse (Deulér. XXXII, 14), que Dieu, entre les bienfaits dont il avoit gratifié le peuple d'Israël, iavoit établi sur une terre élevée, afin qu'il mangeât les fruits des champs et qu'il bût le pur sang de la grappe, quie^i le vin.
IX. Traité du rôti et du bouilli. Dans cet ouvrajxe 11 prouve contre S«»rvius que les héros avoient accoutumé de ne se nourrir pas moins des viandes bouillies que des rnlies.
X. Impromptu sur le pays de Cocagne, par lequel ouvrage il ens^iftiir
DE GARGILIUS MAMURRA. 155
qu'il y a un certain lieu dans TEtbiopie rempli de mets tout préparés, et qui pour cela est appelé la Table du Soleil; que là il est permis à un chacun de manger comme le cœur lui en dit, et que tout ce qui est servi là vient d*abord comme tombé du ciel, en sorte qu'il n'y a qu'à se baisser et en prendre. (Herodot. in Thalia» Mela^ lib, III, cap. 40. Hieron,, ep. 4 03. Solis memam.)
XI. Du raisonnable nombre des conviantSy des conviés, etc. Là il observe que par certaine loi des Athéniens il avoit bien été pourvu à ce que le nombre des conviés ne passât pas trente, et c'est là-dessus qu'il se jelte sans mesure sur les louanges du parasite Chxréphon, qui s'étant un jour, sans en être prié, rendu à une noce où il y avoit trente conviés, et étant à la dernière place, comme l'oflQcier dont la fonction étoit de veiller à l'observation de cette loi, lui eut fait signe de se retirer comme sumnmérsATe: Recomptez, je vous prie, lui répondit-il assez agréablement, et commencez par moi (Lynceus Samius in Àpophtegm.). Mais il.tient, selon la pensée de Varron, que pour le calcul des gens de table, il faut commencer parle nombre desgrâces ettlnir par celui des muses, c'est-à-dire selon l'interprétation de Gellius, qu'il faut partir du point de trois et s'arrêter à celui de neuf, en sorte que si Ton n'a à être à table qu*un petit nombre on ne soit pas moins de trois personnes, el lors qu'on a à être beaucoup on ne soit pas plus de neuf, d'où est à peu près venu le vieux quolibet : A sept, ébat; à neitf, débat.
Xn. Traité de la diversité des goûts. Dans lequel il prouve que les anciens s'entendoient beaucoup mieux et apportoient bien plus de soin à la recherche des poissons et des oiseaux qu'à celle des animaux à quatre pieds, et principalement encore à l'égard des poissons, d'où vient que les grammairiens pour dire de petits poissons se servoient du mot i^Apm, qui se prend Indifféremment pour obsonia, c'est-à-dire des mets par excellence.
XIII. Commentaire sur le cinquième Aphorisme de la première section d^Hippocrate. Là il discourt de plusieurs choses contre Erasistrate ei\^?> Diatritaires, qui de quelque cause que vînt une maladie ordonnoient constamment à leurs malades une abstinence de trois Jours ; comme aussi contre le Vénitien Cornaro et le jésuite Lessius, qui tous deux recommandoient si fort la sobriété et la diète ; car il estimoit avec Celsus (lib. I, cap. ^ ), qu'un ample repas ne nuisoit 'jamais, pourvu qu'on fit une bonne concocUon, et avec Sextus t Empirique (lib. I, Pyrrh. Hypoth. 6, 44), que même sans concoction le corps se purge souvent par les crudités.
XIY. De rantiquité et de ^excellence des anagrammes. Il remarque là que Lycophron et Cujcls ne se sont pas rendus si fameux, Tun par les vers, l'autre par la jurisprudence, que par la perfection où ils avoient porté la science des anagrammes, comme par exemple, ràiro/tavirofi et le tw iipcc que le premier de ces deux illustres agença tant sur le nom de Ptoloméeque sur celui d'Arsinoé; le Sinonvino tactus, le Sero in orbenatus et VAndius sine bono, que l'autre imagina en faveur d'Antoine Contius, ûeJean Robertet et de Jean Bodin (Oneiroc., lib. IV, cap. 25). Mais il soutient contre Artémi-