‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 127 sur 178 · G VIE · texte numérisé non relu

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don; que ceux qui interprètent les songes par ta voie des anagrammes sont et ont toujours été tenus pour les plus excellents et les plus sûrs interprètes des songes; et cela par Texemplede celui qui répondit à l'empereur CcnstaU (Ù\sd*Héraclius) qui lui faisoit le récit d'un songe par lequel il luiavoit semblé qu'il entroit triomphant dans Tbessalonique, et qui le consulta là-dessus pour savoir ce qu'il en devoit juger : Âh ! plût à Dieu^ Seigneur y lui répondit le devin, que vous n'eussiez ni dormi, ni songé; car Thessalonique ne signîie autre chose que : Laisse lavictoire à un autre (6&$ odXu vUrtif^poneinaiio rictariam); réponse dont Tévénement ne justifia que trop la vérité, puisque 4 fort peu de temps de là le même Constant fut vaincu en Lydie par les Sarra* sins dans un combat naval.

XY . Il a écrit aussi Y Histoire des Parasites en beau style de THe-Um , mais sans sa patavinité. Or, il n*y a rien de plus agréable que ces sortes de livres pour tous ceux qui aiment la connaissance des hommes illustres. Ces livres commencent par une préface fort étudiée, touchant le nom de Parasite, l'origine de cette profession qu'il fait remonter jusqu'à Jupiter, ei ei un mot sa dignité qui la met au-dessus de tous les autres arts. EosuUe il traite savamment des dieux Imputons et des Parasites de Jupiter et (fjpol- Ion. Enfin il prouve par de savantes re(;herches que Nestor, Idoménée^ Patrocle, Eschine le Socratique, Àristippe le Cyrénien, Platon, Euripide et Aristote étoient eux-mêmes des Parasites {Lucianus in Parasito). Mais entre tous ces grands hommes il donne les principales louanges à 71thytnallus, qui, non content de manger en ville aux dépens d'autrui, se faisoit encore payer grassement de la peine qu'il avoit prise à bien boire et bien manger [Juvénal, Sat, V, v. 2).

XVI. Trois livres en langue vulgaire sur les cuisines et sur les bonnes tables de Paris, à chacune desquelles il donne la palme qu'elle mérite ; et il dit que celle de De Mesmes est la plus savante, celle d'Hennequin la pluscurieusement servie ; que celle de Bonneau remporloit pour la chair el relit* de Saint-Martin pour le poisson.

XVH. Il lit aussi un traité des mets et de tous les morceaux de ragoût, dans lequel il comprend toutes les plus exquises manières d'apprêter délicieusement chaque viande, et où il marque les endroits distingués, d'où il les faut faire venir. Voici ce que notre mémoire a pu retenir de tout ce que nous avons appris sur ce sujet : Les langues tant de bœuf que de porr de la province iV Anjou, les jambons de Mayence, la moutarde de Dijon, les andouilles de Troyes, le fromage de y^o^i/e/or/, les chapons et poulardes du Mans, les poires, les prunes, les melons de Tours,

WIII. Il mil en latin le dialogue de Lucien, du Parasite^ el tout ce qui regarde le parasilique. Il lit la même chose de la Jj)uange de la Monclie du même auteur, le tout exactement conféré avec les plus curieux m;inuscrits qui sont consenés dans la bibliothèque du roi.

XIX. Il montre dan:-» un autre ouvrage que les livres qu'on a d'Vpiiius louehant ce qui rejrarde la cuisine sont véritablement de cet auteur ; et il

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les a illustrés de diverses remarques, aussi bien que le Banquet de Platon et de Xénophon et le traité de Platine touchant V art cuisinier.

XX. Il traduisit en français les livres des Deipno-sophistes d Athénée et les redressa en plusieurs endroits, correction qui étant bien considérée, on ne s'avisera guère de souhaiter des commentaires de Casaubon.

Outre cela il avoit recherché de toutes parts, et avec beaucoup de diligence, plusieurs manuscrits d'anciens ouvrages qui n*avoient point encore été mis au jour, tout cela dans le dessein de les donner au public, ce qu'il n'eût sans doute jamais fait sans les enrichir de commentaires ou de notes très dignes de son esprit et de sa doctrine, comme par exemple : Nicon, de la Polyphagie,

Les Compagnons de Table, de Sophocle.

La GrenouÙleriey de Praxille de Sicyon ou Praxille la Sicyonicnne.

La Satire, de Yarron, sur le boire et le manger.

Le Saturiony de Plante.

Le Parasite paresseux, du même auteur.

Le Banquet , d*Epicure.

3f. Antoine, sur t Ivrognerie,

Les Lois Sîjmposiaques, d'Aristote et de Xénocrate.

La Science du ventre, de Terpsion et de Cléostrate de Ténédos.

Archestrate, de la Magirique ou science cuisinière.

I<a Gastronomie, du même.

Harpocrate de Mende, touchant les Galettes.

Lyncée et Callimaque, de la f^ie voluptueuse.

Géarque, de la Science de bien apprêter un souper.

Les FriandiseSy d'Héraclide et de Glaucus.

Tbéophraste, sur la Flatterie.

Les Flatteurs, d'Eupolide.

Jristippe (ou bien A celui qui est attaché aux verres) sur tout v^ qui regarde les verres et les pots.

Le même, contre ceux qui le blAmoient de ce qu'il avoit provision de vin vieux et entretenoit des mignonnes.

U même, contre ceux qui le blàmoient de ce qu1l se traitolt magniflquement.

11 y a des gens qui croient qu'il laissa des lieux communs sur Tart adulatoire ; mais cela n'est pas, car ce personnage, qui ne se regardoit pas comme un homme vulgaire, n'eut jamais rien de commun avec le reste des humains, pas même le sens.

Il n'eut, ni comme Platon, trois valets; ni comme Zenon, aucun ; mais, à l'exemple d'Homère, il en eut un tout seul (Senec, Consol. ad Jlelviam) ; c'est, sans doute, qu'il avoit connaissance du proverbe usité chez les Turcs : Que celui-là n'est pas pauvre qui du moins a un valet ( Busbecq. in fjpist.). Ils vécurent tous deux dans une admirable concorde, se donnant le pas tour à tour par une charité réciproque; que, si quelquefois il rencon-

iroit dans les rues d'autres valets que le sieu s'amusant ou à jouer avec leurs semblables, au lieu d'aller quérir à la taverne le vin pour lequel leurs maîtres les avoient envoyés, ou à regarder les enseignes des boutiques, aussitôt, à l'exemple du fameux Panurge de Rabelais, il les révelUoit et les hâtoit d'aller avec deux ou trois coups de fouet ou de canne; et soutenoit, (contre yénuUiuSy que, par le droit romain , il les falloit rendre à celui de qui on les avoit achetés (L. 65, /?., de /EdU. Edicto).

Certainement, il fut fort peu maitre de sa colère. On dit qu'un Jour, discourant de l'art de cuisine, il s'échauffa si fort contre quelqu'un de ses auditeurs, qui avoit bâillé avec un peu trop de bruit, à cause, disoit-U, que cela étoit une marque d'un esprit distrait et qui pense ailleurs, qu'il Jeta me cruche à la tête d'un marmiton qui faisoit de la farce, et poursuivit jusque dans le marché le cuisinier lui-même avec une broche pleine de rôti tout famant ; car c'est ainsi que ce redoutable critique avoit accoutumé de polDtUler (oUXii^iw) les méchants cuisiniers, ses plus grands adversaires.

Ce fut en toute sa vie un homme fort obligeant, à tous hommes et à toutes heures; et, ce qui passe toute croyance, que chacun trouvoit partout, à tout moment et en même temps : dans les palais, dans les cabinets, dans les académies, dans les rues, à la cour, au barreau, à la comédie, au marché, dass les cercles, dans les places, d'où vient que plusieurs l'appeloient VUbiqoitaire, et que d*autres, non-seulement disoient, mais soutenoient foftOBeit (lu'il y avoit plusieurs Mamurras à Paris, où c'étoit même une merveille de ce qu'il s'y en trouvoit seulement un. Mais, par-dessus toutes choses, fl étoit fort officieux; de sorte, que souvent il se présentoit volontiers de taimême, sans en être prié ; aussi, ne doutai-je pas que ce ne fût pour cette raison que le maréchal de Brezé, tout galant homme qu'il étoit et faneux pour son habileté aux affaires, tant de guerre que de paix, ne lui revenoit point du tout; seulement, parce qu'il avoit fait mettre au-dessus de soo liùlel : Hors d'ici qui n'y est appelé.

Il n'étoit point de ces gens qui arrêtent en chemin ceux qui sont priés à tliiier en ville, ces gens, dis-je, que les Grecs appeloient élégamment *«ii«^*o£(7rvou$, parce qu'ils sont en obstacle aux affaires de régal et de festin. Je me souviens, là-dessus, qu'il avoit accoutumé de nous dire, qu'un jour il avoit fait procès à un homme et l'avoit appelé en justice, pour l'avoir arrêté dam les rues comme il se hâtoit d'aller diner chez quelqu'un. Dans ces occasions-là, sa coutume étoit de mettre à sa montre une corde fort iKindée, <k peur d'arriver trop tard au rendez-vous. C'est là qu'il raontroii publiquement à chacun combien il avoit le palais délicat et raffiné; ciir il décenoit d'abord de quel coteau étoient tous les vins; et connaissoit, par la âDfs.<e (le son goût, de quelle province étoient les bécasses et les perdrix; et, comme dit Juvénal (Sat, ir, t\ 440) :

Des huîtres, il savoit reconnaître, à la dent, Si du côté d'aurore, ou bien si du couchant,

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Si du roc (1) Circécii^ ou si de l'eau Lucriac^ Sans fraude elles avoient passé dans sa cuisine. Sur quelle rive (î) enfin avoit été péché Le friand hérisson sur sa table couché.

Noos avons dit, ci devant, que par les diverses fumées des cheminées il presséntoit et jageoit quelles étoient les meilleures cuisines; mais il devinoit encore par le gobelet, aussi bien que le patriarche Joseph (Genésey \ur, 5.), mais un gobelet de la plus grande capacité, et qu'il appeloil,pour cela, tantôt son cache-front^ tantôt sa coupe d* Hercule.

Nous Tavons ouï plusieurs fois accuser la nature de ce que nous ne pouvions pas manger et boire tout à la fois; car il étoit homme qui mangeoitet buvoit beaucoup, ce qu'admiroient ceux qui avoient lu dans Hippocrate, le plus grand des médecins, qu'un même homme ne pouvoit pas être mangeur et buveur oOx(fîr)e(oy rs ôé/juc ?r9luS6pou« t( civaixai Koly/K^tvià {Lib » deoere^ oquis et lacis). Que, si quelqu'un Tavertissoit que le trop grand manger nuisoit aux forces, tant du corps que de l'esprit, il se moquoit de lui et le réfutoit aussitôt par l'exemple de l'archevêque de Bourges (Renaud de Beaune), qui, quoiqu'il fit sept repas par jour, et tous fort copieux, passa néanmoins rage de 80 ans sans que son esprit, qui étoit admir<d)le, s'en sentit le moins du monde (Thuanus ,lib, III, de vila sua; et Teissier, t. II, p. 379).

Il louoit incessamment la république de Lacédémone, par les lois de laquelle il étoit ordonné que la table de leurs rois seroit couverte et servie au double de toutes les autres (Hérodot,, lib. F/, cap. 67). Et tout de même les anciens Germains, qui ne traitoieut jamais des plus grandes affaires qu'à table et en faisant bonne chère; comme, par exemple, lorsqu'il s'agissoit de réconcilier ensemble des ennemis, de faire des alliances, de convoquer des assemblées de prince ; en un mot, de délibérer des affaires de la paix et de la guerre, comme l'esprit humain n'étant jamais, ainsi que dit Tacite, mieux ouvert pour les simples pensées ou plus animé pour les grandes que dans fin temps de régal et de banquet ; il disoit, là-dessus, que le seul Gallien aroH su ce que c'étoit que de régner, et qu'il étoit aussi le seul qui eût eu des soins véritablement dignes d'un prince, ayant accoutumé de s'enquérir de ses courtisans : Qu'avons-nous à dîner? Quel ragoût nous dormeralimfDe quoi souperons-nous ce soir? Car, dans certain passage de Trébelliss Polllon, il aimoit mieux lire cena avec les gens du commun que scena avec le docte Saumaise. Il regrettoit fort, au reste, de n'avoir pas été du temps d'Héliogabale, qui, comme dit, Lampridius, envoyoit aux parasites, par ses maîtres d'hôtel, des appointements annuels^ des vases, etc. ; car 0 njetoit entièrement la pensée de Joseph Scaliger, qui, en la place de ces

(1) Ou bien cap. Car Circé éioii un piomontoire de la campagne de Rome. Voy. Damier, T. VII, p. 837, et Baudrand au mol Circarius, (1) Ou bien

Saveit sur quelle côte avoit, etc.

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