‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 128 sur 178 · H) ME · texte numérisé non relu

H) ME

appointements ou salaires^ comme il les appelle, qu'il condamnoit commi* une faute grossière, vouloit qu'on lût vases salajariens, non qu'il ne soit assez constant, par la lecture d'une ancienne inscription {apud Grutemm, pag. 283, 4), qu'il y a eu autrefois un corps ou société de Saiajariens, c'est-à-dire de gens qui vendoient des viandes salées; mais, quoi qu'il en soit, il préféroit, quant à lui , les salaires annuels aux vases sak^riens.

Il aimoit fort et lisoit d'ordinaire les livres d'Athénée ; mais il faisoil moins de cas de Pindare, que cependant Horace trouvoit inimitable; el il disoit que lui, qui avoit si hautement prononcé que le commenceoieiii de tout ouvrage devoit être excellent, avoit lui-même fait une lourde faute dès les premières lignes du sien, ayant dit que teau étoit quelque chose de JM bon y pourquoi il le comparoit à ces pilotes malhabiles qui échouent dès la sortie du port, et sur quoi nous avons fait ce dystique :

Goi-gile a mis Pindare au plu5 bas du lyri(iuc Pour avoir traité Tcau de boisson angélique.

Ses discours les plus ordinaires étoient toujours assaisonnés de quelques vers remarquables, comme par exemple :

Gens de bien volontiers mangent chez gens de bien*

Et ces deux autres :

C'est un zéro ({ue ton plus grand savoir^ Si Ion voisin iguorc ce savoir.

Ces autres encore :

No io lie ;i la cour, Mais aux cuisines fais l'airiuar.

(lomme, encore, ce célèbre mot de l'empereur Claude : U moyen, je cous prie, de se passer dune bonne soupe ? (Sueton. in Claudio y cap 40). Toutes les fois qu'il refusoil de s'appliquer à quelque chose : Je ne ferai point ce/a, disoil-il, quand vous me présenteriez des faisans; et, lorsqu'il voaloit exprimer la grande promptitude d'une action : Kn moins de temps, disoit-il, qu'il n'en faut pour cuire une botte d'asperges {Sueton. in .lugusto. c, 87}.

De peur ({ue le Démon du Midi, dont les théologiens ont tant disputé, nt* fût entendu d'un parasite, il Texpliquoil cl le faisoit entendre de la /ai/n. Dans ses lettres, au lieu de portez-vous bien, il mettoit d'ordinaire mangez bien.

Ses plus remarquables paroles sont «ellcs-ci : Un jour, comme quelqu'un lui eut demandé quelle éloil la première chose dans les affaires de la vif» n- \ilc? L'awrfate.'répondit-il.Ouel étoit la seconde PLV/wrface.' continua-t-t)

DE GARGILIUS MAMIRRA. 161

et ainsi de la troisième, jusqu'à ce qu'on eût cessé de le questionner. A un autre, quiluidemandoit quel étoit le meilleur de tous les vins ? Celui qui ne me coûte rien, dit-il. Quel étoit le plus grand bonheur de la vie? De souper en ville. Il disoit aussi que les Romains s'étoient, avec bien plus de raison, servi du mot de conviviuniy que les Grecs de celui de (nj/ntôam ou de celui de oMciirvov (compotatiOj concenatio), parce que c'est proprement dans les festins et banquets que Ton vit en société, plutôt que dans les assemblées, où Ton ne fait que buvotter (potitare, pitissare); mais, en revanche, il toaoit extrêmement la sagesse des Grecs, qui avoient donné au diner le nom d'orifton, mot par lequel ils exprimoient ce quMl y a de meilleur dans les choses. Que, pareillement, la même nation avoit très à propos donné le nom û^acraiisme au déjeuner, parce que ceux qui sont encore à jeun ne doivent Jamais boire que du vin pur. Un jour, que quelqu'un alléguoit la maxime des médecins de Grèce, qui tenoient qu'il faut dîner légèrement, mais souper à ventre déboutonné ; que, selon les Arabes, au contraire, il faut souper médiocrement et diner à fond de cuve ; il arrêta aussitôt qu'il dlneroit désormais avec les Arabes et souperoit avec les Grecs. Lorsque le grand Richelieu, ayant reçu le chapeau rouge, commença à se vêtir d'écarlate : // a rougi {Terentius, Adelph.iy, v, 0), dit notre homme à quolibets; c*est bon <<^. Lorsque les frères de Lavalette furent mis à la tête de nos armées (1), il ne manqua pas de dire, en se jouant sur leur nom : Spes et Fortuna^ voleté (2). Après que ces deux grands ornements du barreau, Le Maître et Bataille, eurent plaidé pendant plusieurs séances, au sujet de la porte de l'église du Sépulcre, il leur appliqua cet endroit du Ps. Y, 9 : Leur gosier (est) un sépulcre ouvert. Il n'entendoit jamais parler du comte d'Alais, qu'il ne dit aussitôt : Jovis armiger aies; du comte de Torigny, qu'il ne lui appliquât le Torrens igneus (3), de Virgile; ni du premier président Mole, lequel exerce sa charge avec tant d'honneur, qu'il ne le régalât d'un iiac stot MOLE Themis, Comme il eut appris la mort d'un autre premier président, savoir Le Goust, qui étoit revêtu de cette dignité dans le parle- Beot de Dyon : 0 les plus malheureux de tous les hommes, s'écria-t-il, pauvres habitants de Dijon, d'avoir ainsi perdu le goust, chose du monde |a plus douce et la plus délicieuse. Parole dont il se fit honneur exclusivement à qui que ce fût, comme une chose qu'il approuvoit d'autant plus qu'outre l'allusion au nom, il se rencontroit là un trait de parasite. Comme quelqu'un lui repi^hoit le désert de son auditoire : Oh! disoit-il, plus de solitude^ moins d'inquiétude. Il disoit que Mécénas avoit tiré son nom de

(1) Henri, duc de Candalc et son IVèrc Louis, cardinal de la Valette^ coinmandoient conjointement Tannée du roi en Picardie, vers Tan 1C37. (Voy. la Vie du due tTEpernon, t III, p. 396.) [Note de routeur.]

(3) « Espérance et fortune, je me moque de vous. » Gc mot est de Périclès. [Note de Fauteur.]

(1) Voyez les Géorgiques, IV, 425 et 42C^ où il faut remarquer que Vigneus tic se rapporte pas à torrents, mais à sol. [Note de f auteur.]

Page 1