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plus. Il m* en écmit une grande lettre, par laquelle il me faisoit rhonneur de m'en demander mon avis, me disant même obligeamment qu'il ne se détermineroit que sur ma réponse. La lettre dont je parle demeura, je ne sais comment, en France lors de mon départ pour ici, parmi plus de cinquante autres que je gardois de lui fort précieusement; de sorte, que je ne la saurois rapporter en ce lieu, ni par conséquent la réponse que j'y fis, laquelle tendoit à le détourner de ce dessein, comme avoit déjà fait aussi M. le duc de NaTailles, son beaufrère, ainsi que je l'appris bientôt par lui-même.
Le marquis de Langey se rendit, non pas sans doute aux raisons à lui représentées par ma lettre, mais bien plutôt, comme il le faut croire, aux dissuasions de H. le duc de Navailles ; et, après avoir resté quelque temps auprès de sa famille, il revint à Paris, où il fit toujours, pendant dix ou douze années, plusieurs voyages pour ses procès, et dont j'étois toujours averti, avec ordre de lui chercher logement en mon quartier, parce qu'il ne serroit tout son argent que chez moi^ où il venoit tous les jours en prendre dans mon armoire, ce qu'il loi en falloit pour ses besoins ; et, enfin^ le terme de mon ▼oyage pour Hollande étant expiré dans le temps qu'il se trouvoit en province, tantôt en l'une, tantôt en l'autre de ses terres, je partis sans lui en avoir pu donner avis, à cause que je ne savois où le prendre ; mais, comme ma femme, à mon défaut, s'étoit acquittée de ce devoir incontinent après mon départ, voici ce qu'il me fit l'honneur de m'en écrire le premier par deux différentes lettres que voici :
« De Mimbré, ce 46 juillet 4684.
«( Encore qu'il me semble que voilà bien du temps passé « sans avoir de vos nouvelles, je n'aurois pu. Monsieur, vous « témoigner tout ce que je pense là-dessus, sans un de mes « parents et un de mes bons amis, nommé M. de Thouars, qui « a un régiment en Hollande, lequel ma dit que je n'avois qu à u »
« TOUS adresser mes lettres à la Haye, tout comme si j'écri- « vois & Paris. G*est donc ce bon ami qui me donne lien de « vous demander comment vous ayez pu être si longtemps sans « me mander comment vous tous trouvez de votre changement « d^Etat, ce que vous feites, ce que vous dites et ce que vous tt ferez. Pour moi, Monsieur, je n'ai jamais pu savoir de (1) <t [vos nouvelles, et je vous croyois en Dauphiné, pour lequd « voyage vous m'aviez mandé, il y a déjà du temps, que vous « partiriez dans quinze jours ; il est vrai que vous m*écrivief « que vous ne me disiez pas encore le grand adieu ; mais^iiprès <' tous les empressements de madame la marquise de *^, je « n*aurois jamais cru qu'elle eût marchandé Fhonneur et la » vertu de son fils, et qu'elle se fût fait une affaire de loi don- « ner un gouverneur tel que vous. Monsieur, qui n'avez point « de prix] . Je n'ai donc eu aucune de vos nouvelles depuis qne « vous me mandâtes, mais longtemps après, que vous vous en « alliez par Sedan, où vous pourriez recevoir de mes lettres « encore une fois ; mais je reçus votre lettre trop tard poor « vous y pouvoir écrire, et notre commerce a fini Ift, à mon « grand regret. Je n'ai pas même ouï parler de votre Charles h " Sage (2), que vous nous laissiez corarae en dépôt; il est vrai " que je n'ai pas vu le duc, entre les mains de qui vous Tavcz " laissé. Et, quaud vous saurez que M. et madame la duchesse " de ]Vavaillcs se sont déchaînés pour la religion contre nous, « vous ne vous étonnerez pas que nous nous soyons tenus clos « et couverts tant que nous avons pu. Néanmoins, comme les « affaires obligent toujours d'aller à Paris, et qu'il a fallu que « madame la marquise de Langcy y soit allée, et rju'elle n'a pu
(1) Ces 11 lignos [entre crochetsj soûl d'une lettre précédente, savoir, du ICjuin 1680, qui étoit trop lori^'ue «t remplie de trop de parlioularit*^ «pii n'ont qu*^ f.tu" ici, de sorte que je n'en ai conservé ici que cet extrait que j*ai incorporé 1 il présente pour plus grande brièveté. [ Sole de fauteur. ]
(2) C'est une histoire qu<^ le duc de Mont.iusiiT ni'.ivoit dit de dri^ss»»r moi-uî-^nv pour l'usage de Mousei)?ueur le dauphin; elle demeura imparfait»» i>ar mon i\é\ui\ pour Hollande, et y\ n'en ai proprement mis au net (|uc ce qui regarde la rt^rena» de ce prince; elle est ici parmi mes autres manuscrits. [Sote de fauteur.'.
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y aller sans y mener quelques-uns de mes enfants, il est arrivé que jamais on n'a vu agir comme Hs ont £ait avec mon fils aîné ; et c'est un miracle comme il s'en est sauvé jusqu'à cette heure, et vous pouvez croire si je l'y laisserai plus longtemps. Cependant, il est en flge de £Edre quelque chose et d'être assujetti par quelque chose; si M. de Thouars eût été en état de s'en retourner bientôt, je l'aurois prié de se joindre avec vous pour lui trouver quelque femme où vous êtes ; mais il ne s'en ira de longtemps* Yoyez donc, vous seul, Monsieur, si vous ne nous trouveriez point une fille de naissance et qui ait bien du bien ; il est assez bien fait ; il a assez de cœur et d'esprit pour entrer dans l'emploi et pour y bien faire son devoir ; il a l'âge à pouvoir aller et venir partout où il voudra , qui est aujourd'hui une circonstance à mettre en ligne de compte. Enfin, Monsieur, vous ne sauriez obliger davantage le meilleur de vos amis, et qui vous souhaite plus de bonheur et de contentement que personne. Yous êtes dans une maison (celle de M. de Sommerdick) où l'on connaît le fort et le faible de tout le monde ; ainsi, rien ne vous sera in** connu. Je vous prie que je sache promptemeqt si vous aurez reçu cette lettre, et croyez. Monsieur, que vous n'en recevrez jamais de personne qui soit plus que moi votre très
humble et très obéissant serviteur.
« Largey. »
Voici ce que je répondis à cette lettre, sur la fin de juillet^ c*cst-à-dire fort peu après que je l'eus reçue :
A M. le marquis de Langey.
« A Spyck, proche Gorcum, le 25 juillet 4681 . « Monsieur,
« Je viens de recevoir votre lettre, et je n'ai qu'un moment
« pour y répondre, si je le veux faire dès ce voyage. Cela vient,
« Monsieur, de ce que nous sommes à la campagne, où les let-
« très ne nous arrivent que deux heures avant que la poste rc-
« parte. Je vous jure que je n*ai jamais guère eu plus de joie « que quand j*ai reconnu votre main à Vouverture de mon pa-
• quet, car tous ne diriez jamais combien j*étois en peine de <( vous; je croyois que \ous ne vous souciiez plus de moi, ne « comprenant point pourquoi vous ne répondiez pas à ce que « je vous avois écrit en partant de France. Je gronde fort la » petite femme de ce qu'elle n'a point satisfait à vos obligean- « tes enquêtes, si c'est à elle que vous vous êtes adressé, « comme la raison le veut; ce que j'ai pourtant de la peine à « croire, vu ce prétendu refus, qui n'est point du tout d'elle, « car elle ne me cède en aucun des égards qui vous sont dos. « Je prends part, au reste, Monsieur, à tous vos intérêts et à « tous vos chagrins. Je conçois bien que votre piété et votre « tendresse ont de grands combats à rendre dans des temps «< aussi difficiles que ceux auxquels la Providence nous expose; '< mais il est inutile de vous représenter que la couronne n'est " réservée qu'à celui qui soutiendra jusqu'au bout. Dieu, dont " l'esprit vous a inspiré des mouvements si saints, les bénin « en toutes leurs circonstances ; et je l'en supplie de tout mon " cœur. Cependant, je consens fort que, nous subordonnant à " la sagesse de sa conduite selon votre pensée, nous ne lais-
" sions pas de travailler nous-mêmes ; et, dans cette vue, je ' penserai fort sérieusement à ce que vous désirez de moi; ' mais il faut, pour cela, que je sois de retour à la Haye, car ' présentement nous sommes dans un désert, où Ton ne s eu- « (retient qu'avec des oiseaux et des arbres ; c'est là, 3[onsieur, " qu'on travailleroit à la continuation de Thistoire dont vous « >oiilez bien conser\'er le souvenir, si raccablement où Ton « est de voir plus de tempêtes que le siècle de Jran et de Char-
• 1rs n'en ont jamais produit, u'ùtoit le courage de penser a « d'autres maux qu'à ceux qu'on souffre soi-même ; je souhaite
• fort en particulier. Monsieur, la fin de tous les vôtres, et •* suis, etc.
DR LANGET. 181
L'autre lettre du marquis de Langey, répondant à celle qu*on \ient de voir, étoit telle :
<r De Mimbré, ce 21 août 4684.
« Je suis bien aise de savoir que MM. les E... aient soin des « frais de notre commerce ; j'avois du chagrin de voir qu'une « petite lettre, où on ne vous eût pas mandé la moitié de ce « qu'on pense, vous eût tant coûté. Gela me va, Monsieur, dona ner moyen de me bien récompenser du temps perdu. Mon « fils Tient de revenir de Paris, où il a bien soutenu des as- « sauts, quoiqu'il fût avec madame sa mère, qui y est encore. « Vous ne sauriez croire de quelles machines on s'est servi pour « me le corrompre ; mais. Dieu merci ! le voilà revenu, et je « vais bien travailler à le mettre encore en meilleur état qu'il « n'a jamais été. Vous savez qu'on ne peut prévoir toutes « choses; maison peut profiter de ce qui est arrivé. Cependant, « comme les biens, les charges et les mariages entrent dans les « arguments qu'on nous fait, et qu'on nous persuade plutôt « par la volonté que par l'entendement, je vous prie. Mon- « sieur, de penser à ce que je vous ai mandé, encore que M. de « Thouars dise que c'est la mode aux lieux où vous êtes, que « les filles demandent les cavaliers, et qu'il faut y aller avant « que de penser à se marier. Je voudrois bien que votre désert « ne retardât rien de ce côté-là et que vous y pussiez faire « quelque chose d'ailleurs. Je croyois que vous aviez achevé « votre Vie de Charles ; et néanmoins il semble, par votre let- « tre, que cela n'est pas : quoi qu'il en soit, ce seroit grand « dommage que vous la laissassiez imparfaite. Je regrette tous « les jours la perte que j'ai faite de vos Tables de l'Histoire mo- « deme, cela étant d'un secours admirable pour l'histoire, que • je voudrois que mes enfants sussent. Je leur ai mis la philou Sophie de Descartes dans une Table; j'y ai même mis queln chose plus au jour qu'il n'avoit fait ; et j'ai enchéri au-dessus