‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 135 sur 178 · MATHURIN · texte numérisé non relu

MATHURIN

soit, j'accordui ce qu'on me demandoit, c'est-à-dire que j'envoyai mes observations, avec cet article au bas, pour toute réponse à Fauteur, au lieu d'une plus en forme à son obligeante lettre, pour des raisons qu'on me permettra de ne dire point.

« Si l'auteur de cet écrit est surpris de la quantité des re- « marques qu*on y a faites à sa prière, qu'il ne croie pas pour t cela que l'ouvrage en soit moins estimé de celui-là môme à <« qui il a fait cet honneur; ce ne sont pas, pour la plupart, de « grandes fautes; ce ne sont, tout au plus, que de petites né- « gligences qui ne préjudicient point au fond de la matière « dont la tractation est excellente ; il y a du savoir, du génie, « un beau feu, un grand ordre, et en général un fonds de piété « et une onction si édifiante qu'il ne m'est pas arrivé depuis « longtemps de tomber sur une plus agréable lecture. On en <« peut juger par Texactitude de mon examen, car je n'ai pas « ainsi du temps de reste, pour faire aisément de pareilles « anatomies; cependant j'ai fait ceci avec un plaisir indicible ; « et si l'auteur ne désapprouve pas les petites remarques qu'il << trouvera ici, et qu'il veuille bien me confier l'édition de son « livre, je m'offre d'y contribuer tout ce qui dépendra de mes « soins, une pièce aussi bonne et aussi utile que me parait « celle-là, ne pouvant voir le jour trop tôt ; je réponds, si je « rose dire, du succès qui ne peut manquer d'être glorieux à « Fauteur, et d'une grande édification à l'Eglise de Dieu.

« A la Haye, ce 12 septembre 1686. »

L'ouvrage dont il est parlé dans tout ce que dessus me fut renvoyé au bout de quelque temps, mais remis entièrement au net par l'auteur qui eut la déférence de suivre mot à mot toutes les remarques que je lui avois dressées, et lesquelles, en conservant tout l'excellent fonds de la matière, ne rouloient que sur quelque plus grande exactitude et netteté de style ; et le même auteur me pria de le donner moi-même à Timprimeur et

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de TOuloir bien Teiller à la correction des épreuTes; ainsi je le donnai au public sous le titre de Feuilles de figuier, à canse de la vanité des excuses dont les déserteurs de la vérité contre qui cet ouvrage étoit écrit, tâchaient de pallier leur énorme faute.

Le renvoi au reste qui me fut fait de cet ouvrage étoit accompagné d'une seconde lettre de Tautcur à moi, en laquelle sa modestie, sa piété et son zèle lui font un si grand honneur, que je ne crois pas pouvoir sans ingratitude me dispenser de la mettre ici.

A Monsieur Rou^ etc.

• Le 16 novembre 4686.

» En m'adressant à vous, Monsieur, je croyois m'adrcsser à ( une personne d'une habileté plus étendue que la vôtre, et • moins sujette à Terreur et aux méprises. Vous donnez votre « jugement sur l'ouvrier et sur l'ouvrage. Je vous assure. Mon- « sieur, que vous vous êtes trompé sur le premier, et que vous « faites de l'auteur un éloge dont il se reconnaît indigne. Yons « me faites l'honneur de me dire que vous me voudriez con- « naître ; mais qu*il est avantageux pour moi de vous être in- « connu! et comme Torgueil est notre péché originel, je me . sens, à mon avis, par un de ses mouvements, porté à demeu- « rer dans Tobscurité, puisqu'elle m*est plus avantaçreuse que « la lumière. Si cette découverte pouvoit faire quelque hon- " neur à votre mérite, et si par là je vous donnois des témoi- ' ji^nages plus sensibles de mon respect, je sacrifierois volon- « tiers mon intérêt à votre gloire et à mon devoir ; mais comme H cela seroit inutile, et que j'ai une répugnance invincible à me ' faire connaître pour auteur, agréez, s'il vous plaît. Monsieur, « que je reste dans ma caverne et sous le voile.

« Si vous vous êtes trompé sur mon sujet, j'avoue qu'à ïi- " gard de l'ouvrage votre connaissance ne pouvoit pas faire pa* « raltre plus de discernement, plus de pénétration, ni plus de

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« finesse. Je n'ai jamais vu une critique si solide, si délicate et •< si débarrassée; et quoique vous cribliez mes termes, mes « phrases, mes raisons, et que vous y trouviez bien de la paiUc « et de la poussière, je ne saurois me plaindre de la rudesse du « crible ; son agitation est douce, ses mouvements plaisent, et « je vous assure, Monsieur, que dans toutes ces secousses, je • n'ai fait autre chose qu'admirer vos talents; et je me sais bon « gré de ce que Famour-propre a été en cette rencontre sans » force et sans vigueur; car je me sers de toutes vos remarques, » et je suis convaincu qu'elles sont solides.

<^ Un de nos illustres (M. Jurieu) consulté, à ma prière, par - un de mes amis, sur F impression à laquelle vous m'cxhor- « tiez, embrassa le même parti. Ainsi, Monsieur, ayant son avis » et le vôtre, c'est-à-dire l'approbation de deux grands hom- « mes, j'abandonne cet enfant, mais non pas sans vous le re~ « commander; car que devicndroit-il sans vos soins?

" Je vous demande pardon, Monsieur, si je me sers si facile- « ment de la liberté que vous m'avez donnée ; le service que « vous dites que je rendrai à mes pauvres frères me rend hardi;

• cl que ne doit-on pas entreprendre en faveur de gens qui '« sont la victime de la fureur, et Dieu veuille qu'ils ne le soient « pas de l'erreur. Quoique à cet égard vos soins et vos travaux « soient" récompensés du ciel, puisque vous travaillerez pour « ses intérêts, je ne laisserai pas de vous en être éternellement « obligé ; croyez. Monsieur, s'il vous plaît, que j'ai de toutes vos « honnêtetés toute la reconnaissance que je dois, et que votre

* habileté, votre zèle, votre générosité et votre mérite produin sent en moi des sentiments d'estime, d'amitié, de respect et « d*admiration, et qu'en tout temps et en tout lieu vous aurez « en moi une personne qui sera entièrement à vous. •>

Avant que de passer à deux mots que j*ai encore à dire de H. Maturin, qui est l'excellent homme à qui tout ce chapitre est destiné , je m'imagine que le lecteur ayant tant ouï parler

200 remahquk; critiqpes dr rou

ci-dessus des remarques critiques que j'accordai aux pressantes instances de cet illustre serviteur de Dieu, trouveroit à redire que je ne lui donnasse pas quelque échantillon de ces sortes de pièces où il y a plus d'instruction à espérer que dans toutes les lettres dont peut-être s'est-il vu plus fatigué qu'il n'en a été diverti. Dans cette pensée, je mettrai ici quelques-unes des plus distinguées de ces remarques et qui sont les plus séparées do lieu commun, d'entre tant d'observations qu'on a faites jusqu'ici sur la langue française. Mais je n'en prendrai qu'environ une quarantaine de près de deux cents dont elles ont été tirées et choisies, afin de ne pas fatiguer le lecteur.

Remarques eritiques sur la langue frauyaiae»

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