SON PROJET D^ECRIRE UNE HISTOIRE DU MONDE
depuis sa création jusqu'à présent et dans toutes ses diverses parties. »
Ce qu'il y a de bouÇbn dans ce beau projet, est que j'étois alors aussi capable de son exécution que je le suis encore à rheure qu'il est, du gouvernement de l'empire du Mogol. Cependant on verra ci-après ce qui en advint avec le temps, et comment il ne faut désespérer de rien. Surtout on verra comment la sagesse de Dieu, mille fois plus grande encore que toutes nos folies, sait tirer de ces folies mêmes des sources de trésors pour notre subvention et le soulagement de nos plus grands besoins^ puisqu'il est constant que, malgré l'acharnement dont les hommes ont tâché de traverser les bénédictions que Dieu dans ses miséricordes me destinoit, cet ouvrage, dont je viens de parler avec tant de mépris par rapport à son commencement, a été poussé si loin^par la bonne conduite du Seigneur, qu'humainement parlant, il m'a mis en état d'entretenir depuis plus de trente ans une famille nombreuse, dont la dépense monte à près de 2,000 liv. par an. Depuis l'enlèvement qui me fut fait de mes planches en 1675, et par lequel je me regardois comme un homme ruiné sans ressource (1), j'ai jusqu'à présent dépensé près de 80,000 liv., et me trouve encore revêtu d'une charge qui, si Dieu me laisse désormais seulement dix ou douze ans sur la terre (ce qui n'est nullement impossible^ vu la vigoureuse santé dont je jouis par sa grâce), il s'en trouvera plus de cent. Sur quoi je ne cesse encore de m'écrier tous les jours :
0 Seigneur Dieu, que tes œuvres divers Sont merveilleux par tout cet univers ! Ob! que tu as tout fait par grand'sagesse ! Bref, tout mon bien n'est que de ta largesse.
(1) On lit on marge du manuscrit ces quelques mots latins, qui ont peut-être ^t^ «'rrits par le fils de l'auteur : Son placet. Dele omnind,
Rou mourut dix-buit mois après avoir commencé ses Mémoires, et en écrivant 1»' j»ara^Taphe qui a donné lieu à cette note marginale, il ne se doutait probable- Tucni pas qu'il était si près du tf^rme de sa carrière; c'est peut-être ce qui lui a wijrgéié, ou ti son fils, l'idée de supprimer ce passage.
99 IL f irr tm ettms mc mmmt a faib.
Mais il ùaA pour cette betire en demeurer là, pmsqiie ce seroit une trop grande anticipation sor ce qui me reste à dire sur ce sajet, to tootes les autres choses qui se passèrent entre deux. Je poursuis donc remploi de mon temps et la nature de mes occupations.]
Entiron six mois après mon retour de Saumur, mon onde me ramena à Paris, lieu de ma naissance, où je ne m*étoîs point TU depuis plus de quatre ans. J'y arrivai en féTrier 1658, et au bout de six mois je commençai mes études de droit, sous la direction d*nn célèbre souffleur, qui étoit cet avocat Bicheteau dont j*ai parlé ci-devant, et qui, comme je Tai aussi dit au même lieu, me rejoignit avec M. Le Coq. Cette troisième sorte d'étude me fit une troisième fois reconnaître rétroite borne de mes talents, on qn*en tout cas tontes professions ne m*étoicnt pas propres. J'ai parlé de mes chagrins en ce qui regardoit les épines , tant de mes premières humanités que de toute ma philosophie ; j'en conçus de nouveaux en ce qui regardoit la jurisprudence. Ces Sempronius, Mxvius et Titius^ sous le personnage desquels on me faisoit jouer tant de rôles tirés des divers paragraphes du Digeste et du Code, sans parler des Novell es et des Pandectes, me boule versoient tellement la cervelle, que j étois bien éloigné d'y reconnaître ces aménités si merveilleuses dont SIénage nous a fait un si curieux recueil, et dont quelques années après le temps dont je parle, je fis aussi enfin mes délices, mais pas assez néanmoins pour me fixer à Id profession que j'avois embrassée, comme je dirai bientôt.
Mes études de droit étant achevées, j'allai prendre mes licences à Orléans; j'endossai là la vénérable robe de Cujas (car c'est ainsi qu'on appelle une vieille souqueuille qui, depuis plus de six vingts ans, traîne dans la poussière d'une salle où l'on examine les réponses des divers candidats qui se présentent à toute heure) ; le point principal est sans doute de savoir s'ils ont sur eux les vingt écus dont ils doivent payer leurs licences. Ce fut très certainement 9 en ce qui me regarde, 1a ré-