‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 15 sur 178 · IL EST REÇU AVOCAT · texte numérisé non relu

IL EST REÇU AVOCAT

ponse snr laquelle j'étois le mieux préparé, et sur la justesse de laquelle je fus principalement reçu. Si je montrai encore mon foible en cette occasion, j'y sauvai, au moins, tout de même mon honneur, à la faveur de mes petites facultés oratoires; car je fis une harangue à mes auditeurs, lesquels cependant n'étoient que deux, en sorte que peu s'en falloit que je ne pusse dire, comme il. Ménage le faisoit faire si joliment à son parasite Monmor dans le distique grec que j'ai ainsi traduit :

Bonjour de Mamurra tous les sept écoutans Quatre murailles el trois bancs !

Je fis, dis-je, un discours à ces messieurs, dont, sans en embarrasser ici ceux qui me liront, le principal endroit rouloit sur une apparition » que je feignis avoir eue un matin dans mon lit| environ cette heure où les songes semblent un peu plus qu'à toutes les autres tenir de la vision et du style prophétique; le tout dans un temps où j'étois encore en irrésolution sur le choix de la profession que je devois embrasser ; je feignis, dis-je, que la Théologie, la Jurisprudence et la Médecine, sous la figure de trois majestueuses déesses, s'étoient présentées à moi pour me déterminer ; mais chacune tâchant de me fixer uniquement à elle. Et là-dessus je leur mettois en la bouche trois strophes latines, qui rouk&ent sur les principaux avantages de ces trois professions, que je caractérisois en une trentaine de vers^ où tous ces grands avantages étoient étalés, et dont je ne saurois mieux donner Tidée que par ce morceau touchant la théologie, que j'ai depuis trouvé dans un de nos poètes modernes, et que je mettrai ici, parce que, à quelque noblesse près qu'il y a de plus que ce que portoient mes strophes latines, il revient si fort au sens que mes vers renfermoient, qu'on diroit que ce n'en est qu'une traduction. Yoici donc cette strophe de la Théologie :

IL EST W^'X ATiiJCAT.

De rttrt ^ it uwt Hrt, Je faççreâdrû Li ^nadev, D ^ te ferai c«>«ailre So« inDK>fteDe spiendevr.

Jfi T.'>ci te fen eoafcmdre Qui n»|M€t OB loi d>>ît mdre, Oœlle est soo immeiisité; Et àaa& ta (>rte mémoire ilm|»nmerai de sa gloire L'importaBie Tërilé.

le^ deux strophes de la Jorispnideiice et de la étoîent de la même sorte marquées des principanx caractères qui étoient les plus capables de distinguer ces professions; et après cela je passai à la déclaration do choix aoqoel je m*étois enlin déterminé. Mais le trait faTori dont je me fis la plus grande affiûre, fnt que m' adressant d*nne façon pins particnlière Ters la célèbre couronne de mes anditeors, réduite pourtant toujours, comme j*ai dit, au numéro </ira/i\ je leur dis que la plus forte raison qui aroit fixé mon balancement étoit cette célèbre réputation qu'ils s*étoient acquise par toute la France; que je m'étois senti aiguillonné du pressant désir d'une glorieuse imitation de leurs rcrtus ; et que je ne désespérois pas, étant aidé de si grands exemples, de surmonter enfin et les foiblesses de mon génie et la médiocrité de mes talents ; et que , par on sincère esprit de reconnaissance pour la grAce qu'ils m'avoicnt faite, vu mon indignité, je ne discontinuerois jamais mes vœilx au ciel pour la prospérité de leurs vénérables personnes y et pour la continuation du succès de lemrs utiles travaux (1).

Fort peo après mon retoor d'Orléans ce fût le 29 juin 1639), je fos présenté à îlessieurs de la cour de Parlement par feu M. Jacques Gaillard, célèbre avocat, qui avoit toujours été

(I> L'aiitrur a écrit en m-irpe tlu manusnril : « 11 faudRât abKyt*r c»». long: article ân^mi la f«a;r»? pivc^^nu" jii>4{u*> Ters la fin de cellt^ri, el en relr»incher bien des ehfMes qui poiinx»i^nt être regardée coimiie irop puériles. Peul-^tre m^me «roitil Um d»r IVffaC'T tout entier. »

ff\ Nou^ \>oiL<fn^ que c'est le miHnc Gaillard qui plaidait aa parlement de Piiris,

IL PRÉTB SERMENT d' AVOCAT. 33

grand ami de notre maison, et cela principalement, ponr bien dire , par un esprit de reconnaissance envers la mémoire de mon père, qui Tavoit produit au palais, et lui avoit procuré ses premières causes; car s'il y a pour moi de la bienséance à mettre une telle vérité en étalage, mon père étoit des plus estimés de sa profession, comme j'en ai de bonnes preuves ( 1 ) . Ce fut donc en 1 659 que je prêtai serment et endossai le harnais ; mais je m'aperçus bientôt que la pratique n'étoit point du tout mon fait, et je ne me plaisois, en tout cas, de toutes les lectures qui regardoient ma profession, qu'à celle des plaidoyers du fameux M. le Maître (2), et de ceux de 3IM. d'Olive (3), d'Expilly (4)

]e 15 décembre 1667, pour madame la duchesse de Mazarin, afin d'obtenir une séparation de biens entre elle et son mari. M° Issali plaidait pour le duc. (Mss. Gonrart, à TArsenal, vol. X, in-^.)

(1) La note suivante se trouve ici en marge du manuscrit, sans renvoi qui indique à quel passage du texte il se rapporte : Factum selon les formes, page 3 de l'avortissement. Ce factum est contre M. Bayle au sujet de VAdi^is aux Réfugiez, Je crois qu^il est de la façon d'un avocat nommé M. de la Combe, n est imprimé, en 1692, sans nom d'auteur ni d*imprimeur ni du Heu. [Noie de routeur,]

(2) Antoine Lemaistre, avocat au Parlement de Paris, naquit dans cette ville en 1608. U était fils d'Isaac Lemaistre, maître des comptes, et de Catherine Arnauld^ sœur des illustres solitaires de Port-Royal. A Tâge de vingt et un ans, il commença à plaider et se fit une grande réputation par son éloquence vive et animée. Le chancelier Séguier, qui l'estimait beaucoup, le fit nommer conseiller d*Etat, et lui offrit la charge d*avocat général au parlement de Metz; mais lemaistre, qui avait formé depuis longtemps le projet d'abandonner le monde, refusa cette dignité. Après avoir renvoyé au chancelier ses lettres de conseiller d'Etat, il se retira à Port-Royal de Paris, où il passa plusieurs années dans les exercices d'une piété très austère, qu'il n'interrompait que par l'étude des livres saints et des Pères de l'Eglise, qui avait toujours fait ses délices. Antoine Lemaistre se retira plus tard à Port-Royal des Champs, où il mourut le 4 novembre 1658. Lorsque la mort le sur* prit il travaillait à une Vie des Saints, dont il avait déjà publié quelques fragments. [Biographie universelle,)

(3) Simon d'Olive du Mesnil, avocat du roi au Présidial de Toulouse, et depuis conseiller au parlement de la même ville, vivait au dix-septième siècle. Ses ou- Trages ont été imprimés plusieurs fois. Il est l'auteur d'un écrit intitulé : Questions de Droit et Actions forenses. ( Taisand, Vie des plus célèbres Jurisconmites,

H) M. d'Expilly devint par son mérite président au parlement de Grenoble; il mourut en 1636, âgé de soixante-quinze ans ; son nom de baptême étoit Claude, [S'fte de fauteur,]

Nous syouterons, d'après Taisand, Vie des plus célèbres Jurisconsultes, que Qaude d'Expilly naquit en Dauphiné, d'un père qui portait le même nom et qui ^ 3

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