SON OPINION
(« temps, et que vous me voulussiez continuer l'honneur que tous » me faites, je vous pourrois chercher quelque autre chose, soit n devise j soit emblème. 3Iais, supposé qu'il n'y ait plus de ny « mède, je tous dirai, sur les trois mots pour âme que vous « m'avez envoyés, que le dernier, Objidemservatamy ne répond » pas assez sensiblement au corps, que, pour ainsi dire, il doit « animer; et que, pour les deux autres, ni le premier, ni le « second, ne sont ni bout ou portion de vers, ni mot connu » d'ancien auteur célèbre, deux caractères qui se doivent trou- « ver l'un ou l'autre, sinon tous les deux ensemble, dans une « parfaite devise, et, qu'à l'égard de ce premier mot en partin culier, le sens est trop complet ; en sorte, que je voudrois, « en tout cas, ôter le commutavit et retenir seulement le cum u immutahili; car c'est, selon un grand maître, un des secrets « de la belle devise, que les paroles, pour être fort justes, doi- « vent avoir un sens suspendu et laisser quelque chose à devi- « ner, comme par exemple Si tangar sous un pistolet bandé, oo « Potius mori sous une hermine^ qui se laisse plutôt tuer que de '« se sauver dans un bourbier qui est tout proche d'elle. Car. " qui doute (\\x'occidam^ par exemple, ajouté au premier, et • qxiam fœdari au second, no fussent Tun et Tautre un supervo- « caneitm fort languissant, et qui émousseroit toute la pointe d<* « cet esprit qui vous saisit si agréablement à la simple ouFe ou ' vue des seuls mots si tangar et potius mori ? Rien ne plaît « tant à l'esprit de Thoramc que de trouver quelque chose de « lui-même dans les objets qu'on lui présente; et, au coutrain', « rien ne le choque» davantage que de lui donner sujet de « croire qu'on se défie do sa capacité et de sa pénétration en < lui montrant tout.
' Un autre charme qu'on doit faire entrer dans les deviîie>. - autant qu'il se peut, c'est le jeu de mots, non-seulement dan> « les syllabes, mats aussi dans le sens; car le jeu de mots, cpii ' est puéril et rejetable dans toute autre sorte de pièces, e^l « une beauté réelle dans les inscriptions et dans les devises;
srn LA NATURE DBS DEVISES. 215
« tels sont le fameux cominus et eminut du porc-épic de Louis XI , « et le dolet et silet du poisson percé d'une flèche, qu*un amant « fit graver un jour sur son cachet, pour marquer à sa mai- « tresse quelle étoit la discrétion qui accompagnoit sa flamme. « Je suis, etc.
M. Rumpf n'eut pas plus tôt reçu cette lettre qu'il m'en écrivit une autre pour rcmercîment, accompagnée d'une nouvelle prière, et le tout étoit conçu en ces termes :
Deuxième lettre de }f. Rumpf à moi,
« Monsieur,
« Je vous rends très humbles grAces de la promptitude avec « laquelle vous avez satisfait à la prière que j'ai pris la liberté " de vous faire au sujet du revers qu'on a eu dessein de don- « ner à la médaille de la défunte reine d'Angleterre qu'on doit « faire ici. Tous ceux qui ont vu votre lettre ont si bien goûté « le raisonnement que vous faites , tant sur le corps que sur « Tâme de l'emblème que je vous avois envoyé, qu'ils ont jugé « unanimement qu*ou dcvoit profiter de l'obligeante offre que « vous nous faites de nous envoyer quelque bel emblème « ou devise de votre façon ; d'autant plus que le revers n'est « pas encore commencé. Vous l'apprendrez par la lettre ci- « jointe de M. Cavalier.
« Vous avez nîndu un grand service au public par la belle ' traduction de Mariana que vous venez d'achever (1). Je vous ' en félicite, mon cher Monsieur, et les curieux d'ici auxquels ■ j'en ai parlé, en font de même; particulièrement, M. le baron « de Heeckeren et mon père, qui m'ont chargé de vous assurer « de leurs services, souhaitant tous fortement que l'imprimeur
(1) M. Rumpf avoit appris cela par de nos amis communs d'ici qui lui en atoient ocrit de cette manière obligeante. [Sote de rautew.]
il6 OPINION PK ROI
^ se dépôche de douiier ce bel ouvrage au jour, afin de pou* « voir profiter des fruits de vos veilles. IVous voici dans une noa« '> velle année ; je vous la souhaite , Monsieur, et à toute votre '< famille, heureuse en toutes choses , vous priant de me con- « tinuer Fhonneur de vos bonnes grAces. Je suis, etc.,
' H.-W. RiMPF.
• A Stockholm, 14 janvier î)ft. »
Avant que de venir à la réponse que je fis à cette lettre, il est à propos de faire un extrait de celle du sieur Cavalier , dont elle parle, puisqu'elle donna lieu à une partie de la matière que cette réponse traite. Voici donc cet extrait, parce que l'original touche quantité de choses dont le détail n'a que faire ici.
Lettre du sieur Cavalier ^ médaillistc de Sa Majesté Britannique^
an sieur /?.
'< Monsieur,
< J'ai eu l'honneur de voir la lettre qu'il vous a plu d'écrire à M. Rumpf au sujet de la devise pour la médaille de la feue " auguste reiue 3Iario. Je suis, Monsieur, si peu entendu dani» t^ la connaissance des médailles, tant à l'égard du goût ancien « qu'à celui du moderne , excepté ce qui regarde la pratique " démon art, que je ne puis faire là-dessus aucun raisonne- « ment solide. Toutefois, votre discours m'a semblé si juste et • si conforme au goût des savants que j'ai entendus sur ce raènie - sujet, que je ne doute pas que vous ne m'accordiez un eni- •' blême qui réponde, autant qu'il se pourra faire, à un sujet >i « souverainement digne; >ous suppliant très humblement, '^ Monsieur, d'avoir la bonté de conférer sur cela a^ec tous « ceux que vous en trouverez les plus capables, afin que nou> « ue laissions à la postérité aucun sujet de reproche Je \ou»
*.rU LA NAïrUF. DES DKVISES. 217
« prie, Monsieur, de faire toute votre diligence pour m' cnvojer
-* la devise, etc. Je suis, etc.,
« Cavalier.
« A Stockholm, le l*'' (vieux style) de Tan 1696. »
Je viens présentement à ma deuxième lettre à M. Bumpf, et qui touche aussi quelque chose de ce que porte celle qu'on vient de voir du sieur Cavalier.
A Monsieur limnpf,
^'- Co \ fôvricr (n. st.; « Monsieur,
« Je suis ravi que mes petits soins sur la matière dont vous « m'entreteniez dans votre lettre précédente, ne vous aient pas « déplu , mais je ne sais si je serai aussi ]ieui*eu\ à Tégard de ce « que vous exigez présentement de moi.
tt Quoiqu'il ne s'agisse ici que d'une pensée et de deux ou " trois mots, l'un et l'autre demandent, en récompense, tant « de raffinement et de justesse , que je suis presque tenté de •« prendre le parti d'une rétractation. En tout cas, ne croyez «• point que je regarde la devise que je vousvaismettreicicommc? ^ quelque chose qui puisse être fort agréé ni de vous, ni de vos « illustres et savants amis, mais comme un acte de bienséance, '> afin de ne pas tomber dans l'incivilité d'un trop désobligeant « refus. Jeprendrois donc pour corps de la devise demandée, « nn Oiseau de Paradis (Àpus Indica] , et pour Ame îïata Polo.
« On trouve assez là, si je ne me trompe, tout ce qu'on cher- « che. Le corps est noble, il n'est d'ailleurs nullement usé. Je •< ne me souviens pas au moins de l'avoir jamais vu mis en œu- •i vre, en fait de devise; et, pour ce qui est de l'âme, elle con- « vient si bien, et au corps, considéré en lui-même, et à la « grande princesse qu'on a en vue, que je ne sais si Ton peut - souhaiter rien de plus noble et de plus juste. Si vous trou-