‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 153 sur 178 · LA PAPESSE · texte numérisé non relu

LA PAPESSE

parfaitcmcut eu manuscrits, c'est qu'il étoit garant de Tantiquité, et si on ose le dire, de F authenticité de celui-ci.

Pour ce qui regarde M. du Vivier, voici ce que c'est. Cet excellent serviteur de Dieu se trouvant à Paris en Tanuée 1685 (un peu avant la révocation de TEdit de Nantes) avoit été, par sa curiosité de savant, porté jusqu'à la fameuse bibliothèque de Saint-Victor ; il y vit, entre plusieurs rares manuscrits, un fort curieux et très ancien d'Anastase le bibliothécaire, dan5 lequel il trouva en très bonne forme toute Thistoire de la papesse; comme il étoit accompagné d'un autre curieux de ses amis, ils raisonnèrent tous deux assez longtemps en se parlant baS; mais d'une manière qui montroit beaucoup d'application, et cela fut remarqué du père bibliothécaire, qui retira de leurs mains l'exemplaire assez promptement.

A quelques jours de là, M. du Vivier s'étaut rencontré avec M. de la Placette, si connu par ses excellents traités de morale, qui à parler sans exagération, ne sont que son propre portrait au naturel ; il lui conta ce qu'il avoit vu à l'abbaye de Saùit- Victor ; M. de la Placette lui proposa d'y retourner ensemble, afin de se pouvoir dire aussi lui-même témoin oculaire. Etant onlrés, ils demandèrent à voir Anastasc; ou leur en présenta un exemplaire, mais qui étoit imprimé; ils prièrent qu'on leur montrât le manuscrit; mais le père, qui sans doute reconnut M. du Vivier pour cet examinateur si attentif de la visite pré cédente^ leur dit qu'on ne le montroit plus, parce que tint d'inspections et de JcuiUcttemcnl» ne faisoieut que le gâter. Voici maintenant le récit historique du fait de la papesse^ Ici

qu'il se trouve dans les véritables Anastasc

X. 15. sur ce que je viens d'inférer daus ces trois dernière» lignes que voici comme on doit emisager la chose. Jeanne étoit sans doute Jean VIII, puisque le Jean antérieur, plus prochain.

(I) P.iis^^f»'' r»Mivoyé à la l^uilk Mipplcmonlair»' o»mnic ceux ci-ii'^ssiff. u I I». 190 ♦'! \. II. p. 9j et l'H"..

JKANNK. 239

étoil constamment Jean VIL Suivant cela, le pape qu*on dit Jean Vfll étoit de même Jean IX y et il eu fut de même deâ subséquents papes qui ont porté le nom de Jean. En un mot, il est constant, par Texamen qu'où peut faire de la différente manièrede compter des historiens ecclésiastiques, selon qu'ils admettent ou qu'ils rejettent la papesse, que depuis le temps où on la place, de tous les auteurs, Fun dit, sur un même pape, Jean YIII, pendant qu'un autre dit Jean IX, et ainsi de tous les autres, jusqu'aux Jean XXI, XXII et XXIII, quisontles derniers de ce nom-là; or, d'où cela peut-il venir que de rinconvénient delà papesse contestée? car de dire que cela vient de ce qu'il y a eu deux Jean de non comptés, savoir le XVI et le XVII, la défaite est prise d'un cas trop postérieur pour être valable ; puisque la diversité de calcul n'a pas commencé aux Jean XVI et XV[[ seulement, mais plasde cent ans avant cela, savoir, dès Jean VIII ^ que la plupart des historiens du temps ont nommé Jean IX. Ajoutez à cela que la raison qu'on allègue de la suppression de Jean XIV, de Jeun XVI et de Jean XVII est si frivole qu'un juge sincère ne peut s'empêcher de la regarder comme un pur effet de l'embarras où se sont trouvés ceux qui ont voulu cacher la honte du véritable Jean Vllt qui est la papesse. On a même eu la ruse, pour embrouiller davantage la matière, de faire exprès, sans autre nécessité, deux et trois suppressions an lieu d'une, parce que s'il n'y en eût eu qu'une scole, la fourberie eût trop sauté aux yeux ; au lieu qu'en en faisant paraître plusieui*s on fait si bien que les quêteurs perdent la piste parmi tant de broussailles.

Voici les propres paroles de Ciaconim sur le pape Jean XXI , qui fut élu en 1276 et ainsi compté XX ly ce qui ne put se faire, ft moins que d'avoir présupposé comme certain le pontificat de la personne qu'on tient avoir porté le nom de lean VIIÎ. Jean XX (dit Ciaconius) a été appelé XXI par ceux qni ont imaginé nne femme an nombre des papes. Voilà donc un pape, et même un pape qui a passé pour uu pape des plus ha-

bOcs, qui suppose qu'il y q eu un Jean VIII, car il voulat InJmême ôtrc appelé Jean XXI, et il le fut eu effet (voycs Lcn feut, page 95). Aussi ce pape, qui siégeoit en !276, D'esl-îl appelé par Bellormia que Jean XX. Sur quoi ce cardinal, qui n'a -pas 'voulu reconnaître la papesse, fait cette réflexion : // at Furprenant, dit-il, qvc ce pape ait toutn être appelé Jeas XXI, puisqu'il n'y a point eu de Jea> X\ avant lui. A quoi l'on peut répondre qu'il est encore plus surprenant que BcIIarmiii luimême prétende savoir mieux le nombre des papes qui ontportile nom de Jean, que ui toute l'Eglise qui appela Jeaa XXt le pape dont il s'agit, ni que ce pape-là lui-même, qui. com on l'a dit, voulut cire appelé ainsi.

■ur les deux Dettl*»

'*HJ0?AC1TB ET LB FIRISIEK (1).

ÎAh de J.-C. 91.] — Saint Denis l'Aréopagitc, pi évêque d'Athènes, est martjristi cette année, selon le plus tw semblable calcul, quoique Baronius diffère cette mort jusqu'en 119, ce que lui cl les autres auteurs de sa communion ont ilc obligés de controuver, pour aoutenir, comme ils font, que les écrits qui portent le nom de Denis l'Aréopagîte sont TéritililBment de lui, parce qn'il y est nommément parlé du nur^rre de saint Ignace, qui n'arriva qae vers la 12* année de TVigmi, c'est-à-dire la 108' on la 109' de J.-G., de sorte que, seit» lev présapposition, il font de nécessité que saint Denis ait lit» qadque temps depuis cela.

[^R de J.-C. 250.] — ■ Saint Denis, premier évëqae de Vans, arrive en France, suivant le témoignage de Gr^ire de Toan (1. 1", ch. XXVni) , lequel s'appnie lui-même de oeloi de rastor de la Passioti de saint Saturnin, ce qui est authentique et Mfragable contre ceux qui veulent à tonte force que le saint

(IjVoii-T. I,p, lOTet lOS.

L'aRÉuPAOIIE Kr le P.UllâlEN. 241

Dciiis, c\èquc de Paris, soit rAréopagitc saint Dcuis que nous uTons dit ci-dessus, et allons encore invinciblement prouver ci-après être mort, tout au plus tard, en Tan 91. Cette fable n'a été imaginée que dans la yne de faire plus d'honneur à TEglise de Paris. Le premier qui a eu cette pensée et qui, dans la vue que nous disons, a confondu tout exprès les deux Denis, a été Hilduin, abbé de Saint-Denis, lequel ne vivoit que plus de 600 ans depuis le temps où nous nous trouvons ici, et c'està-dire dans Tobscurité des siècles d'ignorance ; car je ne compte point Paschase Ratbert, parce qu'outre qu'il ne vivoit que dans ces mêmes temps ténébreux, il n'a fait, en tout cas, que suivre Hilduin, et n'est que sou copiste. Ainsi c'est un témoignage bien faible que celui d'Hilduin. £t contre cette fragile auto* rite, on a, outre l'alléguée de Grégoire de Tours, la décision des plus illustres et des plus sincères docteurs de la communion romaine même, comme Laurent Valle, Erasme^ le cardinal Caïc^ tany \t jésuite Sirniond, Monn^ prêtre de l'Oratoire, M. Hubert , évéque de Vabrcs, et M. de Lannoy, docteur de Sorbonne^ dont la plupart vont jusqu'à prouver par les vieux martyre^ loges de Paris (lesquels distinguent deux Denis, fêtant Denis le Parisien au T jour doctobre, et l' Aréopagite au 9^ du même mois) que les deux Denis ne doivent pas être confondus en un. En un mot, c'est une chose qui a été tenue pour constante, depuis la fin du premier siècle jusqu'au milieu du neuvième (car Hilduin étoit abbé vers 842), que Denis l'Aréopagite a été martyrisé sous Domitien. Nous ne mettons sa mort qu'à la dixième année de cet empereur, mais il y a des auteurs qui la mettent dès la deuxième, c'est-à-dire en l'an 83. Qu'on voie pour preuve les Actes de saint Bufin dans Ratbert.

Sàpuo, illustre fille native de HITYLÈ^Ë, en l'Ile de Lesbos, surnommée la 10'' Mus£, à cause de ses inimitables versadmi- II «16

réstlc toute l'antiquité. Mais ayant que d'aller plus loin, il est bon d'avertir que quand on parle de Sapho, on ne sait pas proprement de qui 00 parle ; car on prétend qu'il y eu a eu deui, également beaux esprits, également grandes friponnes, tonte* deui d'un même temps, toutes deu\ d'un mémo pays, et qui ont laissé également des ouvrages d'une grande rOpulatJon. Ainsi l'on ne peut guère déterminer ai le peu de pièces qui nous sont restée» sous ce uom de Sapho, sont4*unc seule et même Sapho, ou si chacune des dcus y a seulement quelque portion qui lui soit particulière; et en ce cas, on ne sauroit dire s'il ne seroit point d'elles comme des Heures que le célèbre ACAKTHG a si galamment décrites, et dont le discernement est si malaisé à t'uire que bien souvent

i-l pense appekr Ortéïic, u'on lui rëpoEid : Je suis )1arii>.

I Hais une tout autre chose emlwrrasse encore bien des u sujet de Sapho ; c'est tpie, et uncieus et modernes potuseaf rcnccOKOir au plus haut, quand ils parlcut des vers de SaptiO. // n'y eut Jamais rien- tien admirable, disent Denvs u'IIaucab- KASSK, Stuauo.n et l,o.M;rN, rjur ce iju'a fait <cllr uirrcriUriuf filU; en ud mot, ces grands maîtres n'avoient encore rinnmarqué dans tout le sexe qui méritAt d'être comparé i m éorits. M. LE FÉvBE, madame Daueb, sa Me, et H. de lÉth OBFIEBIB ont fait sonner bien haut ce qu'en sa faTenr on nft augmenté le nombre des muses, et que tout un genre d« paè- :de (les vers saphiques] avoit tiré son nom du sien. Cependnt, à moins qac le goût de beauté u'ait souBbrt de terribles changr ments, quantité de gens ont bien delà peine à remarqDeroi est ce si merveilleux beau des poésies de la 10' musb, et ils soil tentés de dire que c'est par un esprit de vanité et pour se doBner de grands airs qu'on se jette si à corps perdu dans leseiclamationsi car outre qu'à proprement parier, on n'a qw ém piieaf entières de oatte fomeuM fixeêque, «'Mt qM« «■■(

SAFHO. 243

on l*a fort bieo remarqué, ces deux pièces même ont trop souffert de r ignorance des copistes et du faux goût des critiques par les mains de qui elles ont passé, pour n'avoir pas reçu de là de très grandes altérations. Aussi dcmeure-t-on d* Accord qu'il n'est pas si facile de juger avantageusement de Sapho par les ouvrages que nous avons d'elle que par les glorieux témoignages que quelques illustres anciens lui ont rendus. D'ail^ leurs, Catullb, Ovidb et M. Dépréavx ont tant mis du leur dans ce qu'ils ont publié sous le nom de Sapho, que, encore ose fois, ce n'est plus Sapho que ce qui parait être Sapho. ICc trouvant donc pas lieu d'entrer en aucun raisonnement sur les talents et les écrits de cette personne si vantée, nous nods bornerons à ces deux ou trois caractères qui lui sont particuliers, outre ceux que nous avons déjà touchés, savoir, que sa diii* leete [sic] étoit éolique; qu'elle avoit pris Aichilocus pour le modèle de son style ; qu'elle avoit été mariée à un nommé Gkr- GOLA, riche citoyen de l'Ile d'Annaos, de qui elle eut une fille Dcmmée Cléis, et qu'elle étoit petite et laide. Si Ton veut qu'à h laveur de quelque enveloppe, nous expliquions un peu plus en qàci consistoit ce qu'il y avoit de si outré dans sa galanterie, e*ast que ne se bornant pas aux Praous, elle avoit transporté dans son sexe le même dérèglement qui fit autrefois changer qutre ou cinq villes en un lac de soufre et de bitume. Sapho ÊUt encore ced de singulier qu'elle ne put trouver d'autre reaède contre son terrible penchant à l'amour qu'en se précipltttrt du haut d'un rocher {Lmcade) .

AnACBéoii, poète lyrique, qui ne pouvant garder sans inqttiétode 9 ou 10,000 francs qu'il avoit reçus de Polycrate, ao^fgraltt de Sames, les rendit à ce prinee, ef mouttit d'un

pefinittniâiiifàïétnagia. Il étoit de Téio?, tille d lonic. Ge.^lie.iiont stchu de ce pointe si sdouué aux plaisirs ne roulis 9lA tm le TÎnet sur raaioar. Sapho et lui uvoieiit cela de coiun Mm tempft qu'ils ne songeoicnt qu'à sati^ain- . Tonte fa dJQerence est que Sapho d'cu avoil ^'^tti w lieu qa'Anaoéim en avoit dcu^i, et que bien plus il s^.^wadpliiunt tant entier; &i bien que selon uu assez boo eyjMme moderne (Longapierre], mois qui n'a fait que »ïùfTf liyjfrilwlyimdwm'W*» de tous les témoignages qui oiitja- Wril iti, wndna de lid,il n'y eu a presque pasuu où l'on n'ait JCVtBKItpiA cette étnnge pente qui l'cutraiBoit dans l'uiu: ou dMWKffdre des deux espàoes de débauche dout on vient de |HWiQr;..&icorB âAiiac9>ét»i, dans celle de ces dou\ pa^sioD^. qni^^toitpriiKqHlBllient son péché miguou, n'eût fait, canuiH- ^Xinr^lMiMtt'tgMhaiXUX m régénération k trente pintes par j(Nf^ et eeU cneare' imiquemeut pour boire à lu tante de ta /atufÙ» m^reue (SaiplrJkmuit, dans V£namùuré) ; on que p«r rsppqf^ i Htt ten^pértmeut enflammé, il eût pu aUéguer pour acose comme ce fiunenx éréquc (Pontus de Thiard), qu'il ■tùi un estomac capable de tarir Ie& plus grandes cuves ; on ne tonmeroit ses reproches que contre la subtilité dn fea de IB entrailles ; mais ce que les oreilles chastes ne penvent pardoener à Anacréon, nonobstant la douceur et les nalTetésdea poésie, c'est qu'ilasouillé les mignardises semées çàetttdH» ses Odes bachiques par des saleté qui le rendent inaïqiportdie aax honnêtes gens (voyez l'Ode 18) ; comme en efliet HonK {Epod. V, 14,9) reproche à sa mémoire d'avoir déskamÊrélm Motet en chantant mr sa lyre les infâmes amours oA il éttit «■ ffaçé contre les sentiments de la nature. Tous ces reprocha M* si souvent à Anacréon et par anciens et par modernes, m'Bt pèchent pas qu'on ne puisse avouer en sa faveur qu'il j a dm la plupart de ses pièces une douceur admirable, et qee 10 Odes, comme dit le P. Jiapin, ne sont rien qne fleurs, qx beautés et que grices perpétuelles, et qu'a U réserve de qerf-

ANACRKON. !2tô

que peu plus d*élévation qu'il trouve lui manquer, la naïveté lui est si natureUe, il a un air si délicat, si agréable et si aisé, qu*il n'y a dans toute Fantiquité rien de comparable à la manière qu'il a prise, et au genre d'écrire qu'il a suivi. Madame Daeier qui, par cette sagacité si connue, ne se contente pas de donner à ses auteurs des louanges vagues et superficielles, mais sait enfoncer le burin, et en véritable savante, entrer dans le plus précis détail des réponses aux objections lesplus embarrassantes, madame Daeier, dis-je, nous apprend que la grande beauté d*Aiiacréon consiste principalement en ce qu'il a imité la nature et suivi la raison ; qu'il n'a présenté à l'esprit que des imagos naïves, et qu'il a toujours eu grand soin d'éviter les pointes qui se sont introduites dans les temps postérieurs contre la pratique de tous les plus excellents portes de l'antiquité. Son illustre père, T. le Fé^jre, nous fait regarder Anacréon par des endroits d*ane bien plus grande importance que ne peut être la réputation d'excellent po6te , mais comme un homme qui savoit faire autre chose que des billets doux , des odes sur les yeux de Philis, ou quelques chansons à boire; M. le Févre, dis-je, nous propose Anacréon comme un homme recherché généralement pour son grand mérite par les princes de la plus haute vertu et de la plus grande probité qui vécussent de son temps ; par les Uipparque d'Athènes^ par les Polycrate de Samos, et autres pareils grands seigneurs, tous juges incontestables du vrai mérite. Les divers genres de poésie sur lesquels Anacréon s'étoit le plus exercé , mais dont tout le recueil n'est pourtant pas par- Tenu jusqu'à nous , sont des odes qui regardent l'amour , des tkamsans à boire , des hymnes et des élégies. Sa dialecte étoit ionienne , .et il mourut , selon les plus exacts chronologistes , vers la quatrième année de l'olympiade 72, et 489 ans avant Jésos-Christ , selon l'ère vulgaire, ce qui est précisément le calral de M. le Févre.

349 PINDiRE.

Ptaidiave.

PniiURE , prince des poètes lyriques et Thébain de natioB , apprit Fart poétique d*une dame grecque très savante, nommée Myrtis. Toute la Grèce eut tant de respect pour lui, que mène 1 30 ans après sa mort, Alexandre le Grand , mettant tout à feo et à sang dans la YÎUe de Thèbes , recommanda d'épargner b maison où ce poète avoit fait sa demeure. Nous ayons déjà marqué plusieurs traits de ce grand homme en parlant d'Horaœ ; Yoici pour achever de le faire connaître; Le P. Rapin prétend qu'il est le seul des Grecs qui ait acquis de la gloire en fUt d'odes ; il le trouve grand dans ses desseins , vaste dans lei pensées , hardi dans ses imaginations , heureux dans le tov qu'il leur donne, éloquent dans ses discours , etc. Yoilà saai doute de grands éloges ; mais n'est-ce point les feire pajer bien cher k Pindare, que de l'accuser, comme le ffdt le fèate, de perdre quelquefois le jugement et d'avoir l'imaginaiion déréglée ? On a beau dire que ce dérèglement fait une partie da caractère de l'ode ; Horace a fait des odes merveilleuses, mais il n'est point tombé dans ce désordre. Ou peut dire la même chose de nos Malherbes et de nos Racans ; tous ces grands hommes ont su se soutenir dans rélévation , sans se perdre, soit en se guindant, soit en se laissant aller dans le précipice. Oisons la chose comme elle nous parait; Pindare est trop enflé, et l'enflure n'est pas de l'embonpoint. Mais dédonunageoDs Pindare en le regardant par un autre endroit. Ou lui a rendu cette justice, quil avoit beaucoup de piété envers ses dieux ;ùh là tous ses traits de morale ne peuvent être suspects, parct* que, comme a fort bien dit quelqu'un, le culte de la Divinité en général, fût-il mal conduit et mal appliqué y paraît to^iQMn moins insupportable que r impiété et rathéisme ; sans compttr que souvent tel se montre comme un saint qui , dans le fond, n'est rien qu'un hypocrite ; or, Thypocrisie est incompatibif

PINDARR. 2kl

avec la crainte d*ane diyinité. Pour reyenir présentement à la poésie de Pindare et nons y arrêter , disons , qne soit ponr le$ pensées, soit pour la dietion^ les maîtres lui trouvent, en ce qui est des premières, de la grandeur y du nerf^ de ï étendue , de Vadresse pour les figures y et de la fécondité; et pour ce qui re« garde la dernière , de Vart , de la liaison et du talent pour rfprésenter les caractères et les mœurs. Un des ouvrages de Pin* dare à Tégard duquel on Ta le plus entrepris, c*est celui des Dithyrambes^ mais lequel ne se trouve plus ; sur quoi il est bon de dire à ceux qui ne le savent pas, que par dithyrambes on en* tend cette liardicsse de traits et de figures, soit pour les pen» Bées, soit pour les expressions, qui va presque jusqu'à la fureur et à la témérité. Cet air de fureur et d'emportement règne fort dans les figures de Pindare ; ce poëte est plein d'hyperboles outrées et de digressions poussées si loin, que ses plus grands admirateurs d'aujourd'hui et qui seroient le plus capables de l'imiter, s'en donnent bien de garde en ce qui est de ceci, pindare avoit encore une autre sorte de hardiesse, sa* voir, celle d'tiiv^^^f des mots; il n'étoit pas esplave de l'usage, et c'est encore ce dont on ne s'accommoderoit pas aujourd'hui; nous ne parlons point de ses fautes contre la physique, contre Y histoire et contre la chronologie ; la licence poétique aussi bien que la charité chrétienne met bien des péchés k couvert, et des poètes bien plus châtiés et plus réglés que Pindare, comme Virgile et Ovide par exemple, ont leur bonne part au* besoin de lecteurs indulgents ; mais voici encore une excuse bien plus grave et plus importante pour Pindare : c'est que dans tous ses ouvrages il règne une liberté naturelle qui est d*un d*autant plus grand prix qu'elle ne convient qu'aux génies de la plus haute élévation. D semble, en effet, que ces sortes d'esprits se regardent comme une espèce de créateurs qui, dans leurs productions, n'ont besoin d'aucun secours étranger; aussi est-ce là le principal caractère du sublime qu'on vante si fortt savoir, de naître avec nons, et de ne s'apprendre point,

corumc dit Longin. Pindare l'entendoît bien ainsi; iTbmtô pointes vulgaires de corbeaux, et il se regardoit comme nn aiçU. Or, Yaiglf:, comme on sait, ne cha/^se pas aux ntouelies. La dîa> lecte de Pindare Otoit dorique, mais mêlée à'^oliquf ; ot ono des plus estimées de ses éditions est celle A" Eranne Sehmidt , en l'année I6I6. Pindare mourut (V. sur sa mort la/cr. Max., 1. IX, ch. XII, p. m, 323) à ce qu'on croit vers la fin du régne d(* Xerxèx, ùgé d'environ cinquanto-cinq ans, étant né au commencement du règne de Darius Hislaspide, c'est-à-dire vers l'an du monde 3.ri33, et riîl avant Jésua-Chrisl, selon l'ii* Tulgnire.

Lueuln.

I.rc*is , poi'te latin, Tameuv par sa P/iama/c qui Psl ilD poi-me, où ii décrit les guerres civiles de César et de Pompé«, naquit à Cordouc en Espagne, et étoit neveu de Séuéque. D étudia è Borne sous Palémon, Yirginias et Cornutus, maîtres di satirique Perse; et sous eux il fit de grands progrès dans kft belles-lettres et dans la philosophie ; mais il a tiré sa pins grande répDtatioii do poSme dont on vient de parier. Voici le jugement qu'on peut faire de cet ouvrage et dn style de Bon aoteiff; il y a sans donte de l'élévation et de l'esprit, mais celacsttnp gnindé, et l'on y soufaaiteroitplus de vérité et de natnrel; Lacain est trop enflé; sa plénitude est de la bouffissure ptetM que de l'embonpoint; ses épisodes, dans hi plupart deaqueUes il feit de grandes dissertations scolastiques et des disputes de pnre spéculation sur les choses naturelles, ont je ne sais quoi de contraint et d'affecté, et Ton diroit qu'il a voulu éblouir h postérité parle faux biillautde ses vers sentencieux, et par de* maximes souvent peu justes et mal placées. Ou peut dire eacore qu'il a contrevenu aux principales r^es de l'épopée, et qu'au lieu de faire un beau po^e épique, comme sans doolr

KLORUii. 249

il le prétendoit, il n*a fait qu^une méchante histoire, pleine de fables absurdes et de fictions mal inventées.

Vtorus.

Florus, historien romain, étoit de même famiUe que Lucain et les Sénèque, c*est-à-dire de la famille des Annœésr^ et par conséquent d^origine espagnole. L^histoire romaine que nous avons de lui, n*cst proprement qu'un abrégé de quelque autre plus grand ou\Tage, et peut-être de Tite-Live, dont aussi Fou croit qu'il a fait les épitomes. On ne sauroit guère faire cas de sa lecture que pour la latinité et pour F élégance, car pour la manière d'écrire, elle est trop fleurie, et est plutôt le style d'un poCte que celui d'un historien ; ce ne sont que pointes et peusées brillantes que les gens de bon goût n'aimeront jamais, et qui sont plus capables de gftter un jeune esprit que de le bien dresser ; cette façon d'écrire si déclamatoire et si poétique fût qu'on ne doute nullement que Florus, l'historien dont nous parions, ne soit le même poëtc Florus que l'empereur Adrien railloit si agréablement dans la réponse qu'il fit à quelques vers assez familiers que cet historien poète avoit pris la liberté de faire sur les continuels voyages de l'empereur. Florus avoit écrit contre toutes ces courses :

Je ne veux point être Adrien, Par cent courses voulant être ou César ou rîen; Toujours en butte aux fureurs de la guerre. Et ne se donnant paix ni sur mer ni sur terre.

A quoi Adrien répondit sur-le-champ :

Je ne veux point être Florus, De verres et de brocs se faisant un cborus ; Toujours rôdant de taverne en taverne, Et tout mangé de poux, n'attendant que la berne.

PInufe et T^reucc.

Plaute «l'tûit un cvcelient pot^tc comique, mais qui UTOOt perdu tout son bien dans le négoce dont il s'étoit voulu m^ler, fut r^-duit h se louei- ù un boulanger pour tourner la meule de son moulin. U avoit composô plusieurs pièces de thé&tre, dont il ne nous eu reste que vingt. De toutes ces comédies, celle d'Àmp/iytrion, généralement parlant, est ta pins estimée; ce n'est pas qu'elle n'ait trouvé des critiques, et ecs critiques sont allés jusqu'à des accusations de grandes fautes de jugement. Os veulent entre autres, qu'au lieu que le temps prescrit, eomnie d'un consentement universel pour les pièces de théAtre, n'est que de vingt-quatre heures, la durée au contrairede l'ÀPipky- Irion est de plus de neuf mois, et qa'Akménr y conçoit et y accouche ; mais cela ue vient que d'un malentendu de la purt dn censeurs de Plaute, puisqu'il est très certain qu'Alcmëne élott grosse do plus de àW mois quand la comédie commence. Ce qui a fait tomber ces critiques dans une si grande erreur, vlenl apparemment de la mention que Piaule fait de cette longue nuit qui en dura trois, dans laquelle Hercule ayant été conçu, ils ont cm qu'il l'avoit nusMi été dans cette comédie, sans se sonveiiir que Fiante j a corrompu la fable, et qu'il a pris cette longue nuit pour celle de la naissance de ce héros. Maia pov en venir h quelque chose de plus universel, sur ce qu'on doit juger du génie et du style de Plaute, il faut premiérone&t eot sidérer que cela ne se sanroitfaire d'une manière plus sensible, que par nue comparaison de lui avec Térence, puisque ces deu poètes comiques sont regardés l'un et l'antre comme les meilleurs modèles en fait d'ouvrages dramatiques, et ceux qui ont remporté le prix sur tous les autres. Ceux qui ont préféré Térence à Plaute n'ont eu égard qu'à son style qui est plus dou et plus châtié que celui de Plaute ; mais ai cet avantage de Térence ne peut être nié, Plaute, en récompense, parait à presque tous les connaisseurs avoir beaucoup plus de génie; en na

TBRB!fCE. 251

mot, Térenoe a plus d*art que Plaute, mais Plaute a plus d^es* prit que Térence; Térence £ait plus parler qu'agir, et Plaute fait plus agir que parler. Cela suflBt, ce me semUe, pour &ire pencher la balance du côté de Plaute ; car puisqu'il s'agit de mérite entre auteurs de pièces de théâtre, et que le véritable caractère de la comédie consiste beaucoup plus dans l'action que dans le discours, il résulte de tout ce qui vient d'être dit que la vivacité de l'action et le nœud des incidents et des intrigues, régnant entièrement dans les pièces de Plaute, au lieu qu'ils ne paraissent presque point dans celles de Térence, tout ce qu'on peut dire en faveur de ce dernier est qu'il doit être estimé comme un auteur parlant fort juste, au lieu que Plaute doit être admiré comme un véritable poète comique. Il y a dans Horace un passage fort célèbre sur la préférence entre ces deux auteurs à Tégard duquel les critiques se trouvent fort partagés, c'est celui de VArt poétique (v. 270), où les admirateurs des prétendus bons mots de Plaute sont comme traités de sots ; mais cela vient encore de ce qu'on ne s*entend guère bien sur cet article, non plus que sur celui dont nous avons déjà traité ; on demeure d'accord que Plaute a quelquefois des railleries froides, des jeux de mots et des quolibets, qui ne pouvant plaire à un siècle et à une cour aussi polis qu'étoient le siècle et la cour d'Auguste (au lieu que cela étoit sapportable dans un état républicain, et en un siècle comme celai de Plaute), il ne faut pas s'étonner si Horace, qui étoit fût à ce bon goùt-là, rejettoit des traita si insipides ; mais ces quolibets et ces Mes plaisanteries de Plaute, étant récompensés d'ailleurs par une infinité d'autres traits, véritablement beaux et délicats, il faut de toute nécessité rendre cette justice à Horace, qu'à cet égard il ne refusoit nullement à Plaute la louange qui lui étoit due, et que si d'un côté la censure d'Horace, comme on ne sauroit en disconvenir, est bien fondée, il faut avouer d'ailleurs qu'elle ne tombe pas tant sur Plaute que sur ceux qui n'admiroient en lui que ces sortes de fiidaises, et

(|ui n'alloicut à se-i comédies que pour se<; m^chanteit pïaisan* tcries, qui aussi étoient faites tout exprès pour eux ; à peu près commo de nos jours on vojoit le petit peuple de Parts et ! les courtauta de boutique être sur les pièces du fomeux Mo- 1 lièrc, beaucoup plus sensibles à la représentation des Fourbe^ j ries dr Scophi qu'aux peintures admirables qui se trouveclj dans le Rallet des F*cheii\, dans le Tahtlfe et dans le Mi* SARTHBOPK. Or, c'est la le véritable sens du passade d'Horaoe qui n'a point voulu par là mettre Tùrence au-dessus dp Plante, comme quelques savants l'ont prétendu. Cela n'empêche donc point qa'on ne puisse dire quecequi adonné le plus deréputation à Plante, c'est son style et sa manière de dire des plaisanteries; en effet, le stile de Plante est très latin, et de très bons jutres, du siècle même de la belle latinité, l'ont regardé comme le plus élégant de tous les auteurs latins, et même comme le maître de cette langue. Varron, ie savant Varron, aasuroii que ai Icx Muxes avaient vryulu parler le langage des /lommrt, elles amroifnt rkoisicelui de Plante pour s'en aequttter avec plus de grtSfe; et il lui donnoit le prix de l'expression au préjudice des autref I comiques Intins ; Cicèrou, qui avoit un ({oùt si fin pour tout ce ' qoi regarde le bel esprit, attribue à Plante one délicatesse tonte particnlière pour la fine raillerie et pour les rencontres ingénieases ; une adresse singulière à jeter du sel dans toutes set plaisanteries, un air enjoué et cette urbanité romaine pour 11* quelle notre langue ne nous a point encore donné de tcnw équivalent. Plaute et Térence ont été non-seulement les principaux, mais presque les uniques pftrmi les Bomains qui lieat réussi sur le tbéAtre; mais quoiqu'ils aient eu tons denx dessein de plaire à leurs auditeurs, Plaute, dit-ou, a mieaxréoasi que Térence à divertir le peuple, parce qu'il est beaucoop pins facétieux. Quand donc, nonobstant cela, on préfère tLVjamrd'hni Térence à Plante, cela vient de ce que depuis qn'on a été obligé d'étudier la langue latine, comme étant devcnae étnuH gère, on a jugé la pureté de Térence préférable A toutes les-

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poiutcs et à toutes les plaisanteries de Plaute. Plaute, comme il a déjà été insinué, doit être admiré comme un véritable comédien, et Térence doit être considéré seulement comme un homme qui savoit bien parler, au lieu que Plaute, tout beau parleur qu'on demeure d*accord qu'il est aussi, a un grand nombre de \icux mots qu'on ne peut s'abstenir de lui reprocher; mais quoi, c'étoit l'usage de son temps. Plaute a surpassé Térence par la variété de ses matières et de ses expressions ; mais Térence a surpassé Plaute par la prudence et par l'exactitude dont il a traité et ménagé le peu qu'il a choisi de matières, et par la noblesse, la pudeur et la dignité qui régnent dans ses expressions, parce que le premier parait s'être donné tout entier au divertissement de la populhce^ au lieu que Térence s'est réservé pour un petit nombre d'esprits choisis, dont il s'est contenté d'avoir l'approbation. Enfin au lieu qu'il se trouve beaucoup de désordre dans la suite des pièces de Plaute, où des actes se trouvent confondus les uns avec les autres, celles de Térence au contraire sont assez réglées, et peuvent encore aujourd'hui servir de modèle, ce qu'on ne peut pas dire de celles de Plaute. Plaute est ingénieux dans ses desseins, heureux dans ses imaginations, fertile dans Tinvcntion, mais les dénoùments de Térence sont plus naturels que ceux de Plaute. Plaute non plus n'est pas si fort à imiter que Térence^ parce qu'il s'est donné des libertés qu'on ne poorroit souffrir aujourd'hui que dans la bouche des bouffons ; au lieu qu'il n'y a presque rien dans Térence qu'on ne puisse fort bien employer dans les sujets les plus graves et les plus sérieux. A tout cela près, on peut dire que Plaute a mieux entendu le jeu de théâtre que Térence ; mais que Térence en a on peu plus exactement observé les règles. Au reste, Plaute et Térence ont eu une égale habileté à bien dépeindre et soutenir le caractère de tous leurs personnages (1 ).

(1) Voyez plub loiu une lettre de moi au sieur Rapiu> sur tout» Icftsix articles précédents. [Sote de Fauteur,]

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