SIR UN .<:ONNET DE PETRARQUE
« compte, est mal fondé, savoir que vous avez été un peu trop « sévère dans votrô condamnation du desioso et du scendi de « Pétrarque ; or je doute qu^on puisse légitimement me dé- « bouter de ma prétention; apparemment qu'il vous est .depuis « peu percé quelque dent de lait contre le pauvre Pétrarque. « Pour ce qui est à cette heure du Forse, o che spero, j'ai à vous « dire sans prétendre vous critiquer ici le moins du monde, non « plus que dans tout ce que dessus, qu'il y a une particularité « historique dont je vois bien que la connaissance n'est pas « allée jusqu'à vous ; c'est que dans la fameuse dispute « qui , comme je vous l'ai mandé , s'éleva autrefois entre « 3IM. Chapelain et Ménage, et laquelle fut portée jusqu'au « tribunal de l'Académie florentine, le nœud de la diflSculté <> étoit sur les variœ lectiones de ce passage; les uns (comme « JI. Chapelain) prétendant qu'il n'y a dans ce vers, ni inter- « jection admirative après l'o, n\ point interrogant après le spero, n et cette prétention de M. Chapelain étoit d'autant plus fondée «t qu'il soutenoit ne les avoir jamais vues dans aucune de toutes
* les éditions de Pétrarque qu'il avoit été fort curieux de «rechercher; les autres (comme M. Ménage) prétendant « au contraire, qu'encore que toutes ces éditions soient telles, « cependant on ne peut s'empêcher d'y sous-entendre les ponc- « tuations mentionnées; et en effet, RDI. les académiciens de « Florence, dans leur jugement entre les deux contondants, « prirent ce parti-là; mais M. Chapelain soutint toujours que
• c'étoit un trop grand passe-droit; et que puisqu'il y a du « sens et un sens raisonnable dans la leçon sans points, il étoit « plus juste de suivre cette leçon-là, que de s'ingérer d'un sup- « plément de ponctuations lesquelles ne se trouvent dans aucun « exemplaire.
« Tout ce que dessus étant posé , je viens à l'espèce de con- « tradiction que vous trouvez et blâmez dans la fin du sonnet; « et je dis qu'en suivant la leçon simple et sans points de « M. Chapelain, le sens des quatre derniers vers de Pétrarque
:<OUVELLKit REHAaQl'ES DE lUPIN-THOTHl
f wt(4iàrt bien foivi et bien tntoBda, «n imMitMuw«Mm ;, ^i»tcoiitr«dioti(Hi : Je «w fi^tte, dit cet Uuuit, 9«* «■ «MMrww a
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■ fwWftftMmvroM, (wfaMvwn^jiMrfsMfrMifiMfMIMfef^M HÊim)a$uwn t'ardeiir9tlapit9ii9d«m§idërin,
■ J>.^. — 81 tons ne m'aviez point laissé eatnidr*, iut
■ votre eicellente lettre, que nonobstant les Afleidléf qtte VMi
• m'j représentez h réduire en sonnet tontes les miÂlètél û
• soittdement trsitées dans vos 82 vers , tous ponnlez Uta M « pas laUser d'y ti&re quelques efforts, Je me doiûieroislte
■ garde dé Tons en soIlleiteT daTantsge, tq>rès tonteH teft pctees ' que Vôos Tons êtes données par nne complaisance qui i pea > d'égales. Hds si d'aventore , anssl, 11 TOns étiitt ilMté de
■ réussir ft cette entreprise, Tons m'oUlgeriM ibit ffâlbitÉr;
■ par nn enTol de la pièce,' cette nonTefleftirèdr A la prelMn
• que toos m'avez déjfc hlte, parce qoe, dans n& oànnègie n-
■ qod je travalUe , J'aurois plus de grAce & opposer Miilieli k " sonnets que sonnets à qnatralns ; vons jugez lùen , an reste, - qu'en me serrant de votre travail, je vous en ferai tout rhon- « neur indispensablement dû. Je suis, etc., votre, etc.,
■ Rou.
- A la Haye, le 20 février 1711.-
Se ne me trompois pas dans ce que -je me promettoU de U complaisance de M. de Bapin. Dès le 6 de mars suivant, je leçna de lui cette lettre datée du 3 précédent :
A Monsitvr Rou, etc.
(2« lettre de M, Rapin-Thoyras sur Alpestre.) - Mon cher Monsieur, > Dans la disposition où je me trouve présentement, il ne
• biloit pas moins, pour m'obliger à rallumer en moi le feu dr
SUR UN SONIfET DB PETRARQUE. 283
« la poésie que j'y croyois entièrement éteint, que Fenvie « extrême que j*ai toujours eue et que je conserverai toute ma « yie, de tous donner des marques de mon estime et de ma par- « feite amitié. Ce fut cela seul qui me fit faire des efforts pour « mettre, en 32 lignes rimées, le sonnet de Pétrarque dont vous « souhaitiez d'avoir la traduction. J'avois cru faire beaucoup en ^ faisant cet effort; et si je vous laissai croire que je pourrois « travailler à réduire ces 32 vers en un sonnet, c'étoit plus pour « m* excuser en quelque manière de ce que j'avois trompé votre « attente, que pour l'espérance que j'eusse de pouvoir y réussir. » Ce n*étoit donc pas sans dessein que je m'étois étudié à vous « faire remarquer Textréme difficulté que je trouvois à expri- " mer, dans 14 vers français, astreints à un certain nombre de " rimes semblables, un sonnet italien qui est extrément concis, « et dont presque chaque mot emporte un sens particulier. Le •* peu d'usage que je fais de la poésie, joint à mon peu de cou- « naissance de ma propre langue, augmentoit encore ces diffi- « cultes et me les faisoit regarder comme insurmontables. Cc- <• pendant, comme vous m'avez témoigné par votre dernière « lettre du 20 du passé, que vous souhaitiez d'avoir un sonnet, « et que l'ouvrage auquel vous travaillez le demande , j'ai mis ^ mon esprit à la presse pour en exprimer le sonnet que vous « allez voir, dans lequel je m'assure que vous remarquerez « aisément la gène où je me suis trouvé ; car ne pouvant ronger « mes bords comme le Rhône, il m'a fallu couler dans un lit « très étroit et sauter par-dessus ce qui m'embarrassoit, pour « n'avoir pas la force de l'entraîner avec moi. J'ai pourtant es- « péré qu'en vous envoyant ce que j'ai fait, comme une espèce « de canevas, je pourrois, avec le secours de vos corrections et « de vos remarques, parvenir enfin à faire un sonnet, sinon « beau et juste, du moins passable et propre, en quelque ma- « niëre, à l'usage que vous en voulez faire. C'est ce qui m'a fait • résoudre à vous l'envoyer tel qu'il est, pour le raccommoder ^ ensuite, selon vos avis. Pour cet effet, je tous ferai part de mes
28i XOL'TELLI» liniARQl'ES DR hapui-tiiotmas
« remarques sur mon propre onyrage» de mes doates et de mes « difficoltés, à quoi vous ajouterez, s'il vous plaît, les TÔtres, « après quoi je verrai s*il y aura moyen de mieux fidre. Yoici « donc le sonnet ou plutôt le canevas du sonnet en question :
RbAne, qui, des rochers d'one monUgiie aride, * Précipites tes flots pour aller, naît et Jour, Où la nature seule iooessaounent te guide, Où Je suis sur ton onde entraîné par l'amour ;
Rien ne peut t'arrèter dans ta course rapide; Va donc, mais à la mer allant faire ta coor. Considère ce Heu qui sur ta rite humide. De Flore et du Zépbir te montre le séjour.
C'est là que mon soleil, dont la douce influence Donne êtes bord8*fleuris la j^ns tfve couleur, Peut-être, ah! quel espoir! se plaint de non absence.
Baise son pied d'ivoire, et que de mon ardeur.
Ce baiser amoureux marquant la violence.
Lui dise que mon corps ne peut suivre mon eœar*
BEMARQUES.
^•^ vers ...des rochers d'uîie montagne. — Ces deux génitifs me foot quelque peine; croyez-vous que, qul^ descendant d'une montagne^ etc., fût mieux?
4« vers ... sur ton onde. — Cela me semble exprimer assez bien quel'tmant et le fleuve vont tous deux ensemble, ce qui est nécessaire tant pour le sens que ponr exprimer le meco scendi; mais je ne sais s'il est bien de mettre dans un même quatrain, y7o/5 dans le second vers, et onde dans le quatrième. J'avois mis : Où je suis avec toi conduit par mon amour; mais ropposition entre la nature et fno;i amour, ne m*a pas paru aussi juste que par l* amour. Pour lever cet inconvénient, j'avois changé : Où je suis avec toi ramené par V amour, mais ramené ne m'a pas plu ; ainsi Je ne suis arrêté à sur ton onde. Dites-moi votre sentiment. Je n'ai pas cru devoir exprimer que le Rhône ronge ses bords, cela me paraissant inutile, puisqu'on ne peut en français dire que le Rhône tire son nom de là, ssd» se rendre inintelligible. Puis donc qu'on ne peut mettre l'étymologle, il n'est pas nécessaire de dire que le Rhône ronge ses bords; Précipite tes
SLR i:« SONNET DE PETilAIlQlE. 285
flots marque assez sa rapidité, et me parait plus poétique et plus coulant que de dire que le Rhône ronge ses bords.
^^i* vers du 2« quatrain. — J'avoue que je n'ai pu placer ici le sommeil et la lassitude^ etc. J'ai cru pourtant que la manière générale dont je m'explique peut donner un assez bon sens, à quoi Je suis autorisé par les vers latins de M. Fenouillet qui se contente de dire : Nullo obice tordus.
2° vers du 2" quatrain. — Je ne sais si vous trouverez que j'aie assez bien fraduit: rattene in anzi^ ma pria che rendi ilsuo dritto al 77uir,par : A a donc, mais à la mer allant faire ta cour. Toujours sais-je bien que c'est ce qui m'a le plus coûté dans tout le sonnet.
3« vers du 2"" quatrain. — Rive humide. L*épitlièle d'humide pourrat-elle passer à cause de la nécessité des quatre rimes en ide ? Je vous en laisse le Juge.
i« vers du 2« quatrain. Trouverez-vous que cela réponde assez bien à Ove V erba é piiifresca, e rariapiti serena?
2« vers du 4«* tercet. — Pour ce qui est de la rive gauche^ j'avoue que j'ai gauchi en n'exprimant pas cette particularité; J'avois pourtant tâché d'y panenir en disant : Donne à ta rive gauche une aimable fraîcheur; mais j'ai cru voir quelque chose de choquant à dire que le soleil donne de la fraîcheur, quoique cela soit vrai dans le fond à l'égard des arbres, des herbes et des fleurs. Jugez-en vous-même et choisissez.
A propos de rive gauche. Dans les trente-deux vers que je vous ai envoyés ci-devant, il y a un endroit où la rive gauche peut entrer très naturellement. C'est, je crois^ le dernier vers du 6« quatrain où j'aurais pu mettre, au lieu de
De ce lieu si cliarniant funt un vrai paradis^ Font de ta rive gauche un parfait paradis.
3* vers du \^^ tercet. — En disant : ,/A/ quel espoir! j'ai laissé le même doute qui se trouve dans Titalien, quoique mon sentiment soit que ahî doux espoir! seroit meilleur. 3fais peut-être le premier sera-t-il mieux pour l'usage que vous en voulez faire.
Dernier tercet. — Je suis en peine de savoir si vous trouverez que tout ceci réponde assez bien à l'original. Vous avez vu ma critique sur ce tercet du sonnet italien, et comme vous ne m'en dites rien, cela me fait croire que vous l'approuvez. Il me semble que la manière dont je m'exprime ici, adoucit un peu ces deux expressions de l'original : E *l baciar si e'n vece di parole, et Lo spirto è prontOj ma la carne é stanca, qui pour vous dire le vrai me choquent un peu.
" Je dois présentement une petite réponse à vos remarques
286 NOUVELLES RElURQUEâ DE RAPIN-THOYRAS
« sur la critique que j'ai faite du sonnet de Pétrarque. Vous « me rendez justice en croyant que je suis très disposé h pren- » dre du bon côté tout ce qui me vient de votre part. Vous me " critiquez d'ailleurs avec tant de ménagement, et vous y mêlez « tant de louanges, qu'assurément je ne mérite pas, qu'il fau- « droit que j'eusse l'esprit et le cœur très mal tournés pour en « avoir le moindre ressentiment. Outre cela, vous avez droit « de me critiquer ; votre profonde érudition, et la justesse de « votre esprit vous donnent ce même droit sur des gens bien " plus habiles que moi ; mais quand il n'y auroit que l'amitié « dont vous m'honorez, elle seroit capable de me faire rece- « voir vos censures avec toute la docilité possible. C'est cette n même amitié qui me donne à moi-même, comme je le pré- <t sume, le droit de vous présenter mes difficultés, et les rai- ^ sons que je crois avoir pour soutenir ma critique, en vous
• laissant néanmoins le juge absolu de cette petite dispute , ^ que je regarde, à vous dire le vrai, avej^ beaucoup d'indiffé- « rencc, puisque ordinairement dans ces sortes d'affaires, ce « n'est pas l'importance de la chose même qui nous intéresse, " mais notre honneur, c'est-à-dire notre goût ou notre juge- < ment, que nous ne pouvons nous résoudre à faire céder a ' celui d'autrui. Vous jugez bien, je m'assure, que ce n'est pa^ « ce qui me fait agir, et que je n'ai pas la vanité de vouloir me
' mesurer avec vous ni sur ces sortes de matières, ni sur au- " cune autre. Voici ce que je conçois pouvoir servir à souteuir . « ma critique sur les deux ou trois points sur lesquels vous H l'avez attaquée.
« Premièrement sur le mot àWJpestre, J'ai dit, si je ne me
• trompe, car je n'ai point gardé de copie de ma lettre, qu'on « n'étoit pas obligé de croire que Pétrarque ait eu en vue de « dii*e que le Rhône prend sa source dans les Alpes plutôt que
• sur quelque autre montagne que ce soit, à laquelle le terme àWlpestre peut convenir aussi bien qu'aux Alpes. Ma raison
« étoit, mais j'avoue que je puis l'avoir mal expliquée, qu'on