SUR UN SONNET DE PETRARQUE
« pourroit se servir de ce même terme en parlant de la source « de la Loire, ou de quelque autre fleuve qui ne vient point « des Alpes ; sur quoi vous me dites que le sens naturel et le n sens figuré pouvant également se donner au terme d* Alpestre « dans le sonnet dont il s*agit, il vaut mieux Tentendre dans « le naturel, puisqu'il s'agit du Rhône, qui vient effectivement " des Alpes. Je vois bien que je suis la cause de votre mé- « prise, en ne m' expliquant pas plus clairement, et que peut- « être auriez-vous approuvé ma remarque, si je vous avois dit « que le mot d'Alpestre ne s'entend jamais dans le sens propre, « parce que , pour le rapporter aux Alpes, il faudroit dire Al^ « pina ou Alpigna ou Alpigina, Alpestre ne signifiant absolu- « ment qu*un lieu qui tient de la nature des Alpes, c'est-à-dire « aride j inculte j sauvage, etc., et cela, ce semble, avec beau-
• coup de raison ; car si Alpestre se rapportoit aux Alpes, tou-
* tes les fois qu'on se serviroit de cet adjectif avec le nom d'une « autre montagne, on se rendroit obscur; tout de même, par ^ exemple, que si, parlant de la Loire, je disois que sa source « est dans des rochers pyrénéens \ mais comme Alpestre ne se « prend jamais en italien dans le propre, on peut fort bien dire «< de la Loire, par exemple^ que sa source est dans un lieu a/- « pestre, parce que cela ne fait aucune équivoque. D'où il suit " qu'en disant que la source du Bhône est alpestre, on ne doit « point entendre qu'il a sa source dans les Alpes, mais seule- « ment dans des lieux raboteux, incultes, arides, sauvages, etc. " Voyez sur cela le Dictionnaire de la Crusca, que j'avois moi- « même consulté avant que de vous écrire, pour mieux m'assu- *< rer de la solidité de ma remarque, laquelle je ne doute point « que vous ne me passiez après cet éclaircissement.
« Je n'oserois parler aussi positivement de la seconde, qui « regarde desioso, parce que c'est une chose qui dépend peut- « être autant de mon goût que de la raison, et que tous les goûts " ne sont pas semblables. Je comprends que je me suis mal ex- « pliqué dans cette remarque, puisque je vous ai donné lieu
â88 5(x:ybixis MEHARULE:» dk rapuk-tbotms
« de croire que je hlàmois ces sortes d'épithètes données anx « choses inanimées, aussi bien que les apostrophes et les pro- « sopopées, dont les meilleurs auteurs ne font point difficulté « de se senrir. Ce n*étoit pourtant pas ma pensée, mais seolc- « ment de tous dire que je n*approuTois point remploi que « Pétrarque fidt de ceUend dans cet endroit de mu sonnet. lU « raison est que desiaso marque nécessairement une espèce de « désir ou de passion dans le Bhône d'aller quelque part, de- « siato icendi. Néanmoins, dans le vers immédiatement sni- « vaut, le poète dit que ce fleuve est amduit par la iemie maiure^ « c'est-à-dire, par sa pente naturelle^ ce qui fait, à mon sens, « toute h beauté de Topposition entre ce qu'il dit, que le Bkâne • est guidé par la seule nature j et ce qu'il ajoute , maU que pour « fat il est de plus eimduii par Vamour. Or, si l'on attribue au « Bhône un désir ou passion, outre la nature, cette oppoeitioii « entre le fleuve et l'amant ne se trouve plus si juste, du moins « selon ma petite conception. En second lieu, il me semble « qu'on aperçoit quelque petite contradiction dans oe que le « poète dit que le Bhône est désireux de descendre^ et ce qa*U « ajoute qu'il est guidé par la seule nature^ sol h atuba. Vous « trouverez peut-être ceci trop mince ou trop recherché, j'y « consens ; aussi ne prétends-je pas insister beaucoup là-dessos, « et je passerai volontiers le desioso à Pétrarque, si vous le trou- « vez à propos, vous assurant que je n'ai point de dent de lait ^ contre lui, et que nous avons toujours vécu ensemble le plus « honnêtement du monde, sans nous importuner beaucoup « par des visites réciproques.
« Je viens présentement au célèbre O che sperol et je >ous « dirai franchement que je trouve que 3DI. délia Crusca « ont beaucoup favorisé Ménage dans leur décision, peut-être a « cause qu'il étoit de leur corps. Pour moi, plus je pense à ce « passage, plus je trouve que de quelque manière qu'il soit « ponctué, il faut nécessairement lui donner le sens que vous " lui avez donne dans votre traduction en prose, c'est-à-dire i/^
SUR IN SUNNKT l»E PÉlUAUytT.. 289
' )nc JUiitc fjuc mon retardement lui fait de la peine. Pour s'en
- convaincre, il n'y a qu'à faire une courte paraphrase de cha- '» cun des deux sens, à peu près de cette manière :
« Fleuve rapide^ tu coules incessamment sans être obligé de « Carreler nulle part. Il nen est pas ainsi de moi, que le sommeil « et la lassitude contraignent de prendre quelque repos. Puis « donc que je ne saurois aller aussi vite que toi^ prends les devants, ' et prends bien garde à nn certain lieu, etc., ou tu trouveras via « maîtresse.
» Jusque-là voilà qui est commun à tous les deux sens ; >oici " le premier des deux :
« Peut-être mon retardement lui fait quelque peine; mais fou « que je suis, questne que j'espère? Il nest pas possible que cette « belle ait quelque impatience de me revoir. Va donc, et dis-lui
• que je me lutte autant quil m* est possible, mais que mon corps « fie peut aller aussi vite que mes désirs,
« Voici Tautre sens : Peut-être que mon retardement lui « fait quelque peine; 6 chère et douce espérance, que je suis heu^ « reux de pouvoir me flatter d'un pareil bonheur! Va donc, et « dis-lui que je fais tous les efforts possibles pour lui donmr la sa- « tisfaction quelle attend, et que je serais déjà auprès d'elle, si " mofi corps pouvait aller aussi vite que mes désirs.
« U me semble que ce dernier compliment est mille fois « plus naturel, et plus joli dans ce dernier sens que dans le » précédent; car où est la lin de faire dire à une maîtresse, '< qa'on est fâché de ne pouvoir aller assez vite pour se Fendre » auprès d'elle, si on ne se flatte qu'elle en aura delà joie?
^ Je suis fâché de vous entretenir si longtemps de ces baga* " telles, et je finirois ici ma lettre, si je n'avois à mou tour ù '< vous faire une petite prière qui est de vquloir à votre loisir
• me donner quelques règles pour l'orthographe des lettres « capitales. Je trouve une si grande différence entre les livres " imprimés à Paris, et ceux qui sont imprimés en Hollande, que
- je ne sais où j'en suis* Ceux de Hollande ont les deux tiers
KtrUDVt » plus de lettres capitales que ceiLX de Frauee, cnmme il vous
■ sera facile de vous en convaincre, si vous jetei les j'cai sar
■ VHirtoire de la Ligue de Cambrai, imprimée chej! Moe^ens.
■ si je ne me trompe. Je vous prie de me donner quelques
■ éclaircissements là-dessus, sans pourtant que cela porte an « préjudice à vos occupations. Si vous pouviez v ajouter quel-
■ que» règles pour la ponctuation avec quelque exemple, vous
■ m'obligeriez,
" Il ne me reste plus qu'à vous remercier de toutes les > louanges que vous donnez à mes trente-deux vers, auxquelles « pourtant je suis beauemi" n'oms sensible qu'aux marquer
■ que vous me donnez de = nîtié ijue je tâcherai toujours de conserver par tous les d^' rs à quoi elle m'engage. " Je suis autant qu'il est pi le, etc.
' TUOyftAM-KAFIA.
AWézel, le .1 mars 17 11.
\ Je ne pus répoudre plus tôt a cette lettre reçue dè« 1b h fi mars, que le '23 snivant, et voici quelle fut cette réponse : fl
Réponse du sieHr K... à la lettre He ci-deuut.
' Mon très cher Moniùeur,
« ïë 'âét>ïi^ par la i<è'pétltioti des Mêmes exctlkâ ^'lAiMi " rètarâeAieut & Votis fépôhdre, qhe je votts allégabls dkuis mt " delpnière lettre, c'est-à-dire, l'attente des commôditfes de •• 1t. iilïrtel, et le sci^pnte de Vons être trop importtin ea " cnèrchânt de be vous être pas itlgrat.
« Ici, je vous diffère poU'r Un motnetat ^ ttiai^es du psrfiut " plaisir qiie m'a cause votfe belle, savante et obligeante lettre, " afvaX, avant cela, à Vous prévenir sor une contian&tîôn d'în- - fiance de ma pail, où j'appréhende, de h vôtre, un ^OOoe ' d'opiniâtreté trtp înèTVîle. Ponr cela je vous dlnû, que j'ii
Rou. 291
< longtemps hésité, si je devois revenir encore nne fois à la ' charge au sujet de notre diversité de sentiments sur la signi- ' cation de Tadjectif Alpestre, et cela dans la crainte de vous « paraître trop malhonnête ; au lieu que la bienséance semble- - roit exiger que j'observasse tout au moins le ménagement que « gardent ceux qui disputent en public contre c[uelc[ue thèse ; '^ lorsque sans se tenir convaincus par les raisons de leurs an- '( tagonistes, ils disent, en faisant place à quelque nouveau « disputant: Quiesco, sed non acquiesco. J'ai donc^ le dis-je encore une fois, fort balancé là-dessus ; mais considérant d'un autre côté, que ce n'est pas l'entêtement qui nous mène vons
» et moi; mais que nous désirons également pour mieux
• prendre parti, examiner un point de dispute dans toutes ses '< faces, sans quoi l'on courroit grand risque de prendre le '^ change, et ainsi donner dans l'erreur ; j'ai cru c[ue dans la « persuasion où je suis d'avoir une réponse à vous faire, à la- « quelle je ne prévois pas de réplique , non-seulement vous ne t seriez pas fâché que je vous la communiquasse; mais que
• même vous trouveriez mauvais que je vous en fisse un « mystère.
'^ Votre critique, encore une fois, et cela sans prétendre
< vous dorer la pilule, est autant bien poussée qu'elle sauroit •« être; elle est savante et judicieuse; en un mot, il ne vous '< manque que \h force du droit dans la matières et Ton vous « peut fort bien dire :
Si Pergama dextra Defendi possenty certe hac defen^a fuissent,
« J'ai moi-même pelisé d'abord me tenir comme entièrement
terrassé; mais enfin faisant bien réflexion sur la chose, j*ai
« trouvé lieu de me relever, et avec une telle augmentation de
• forces, que je doute qu'à votre tour vous puissiez tenir da- ^ vantage contre moi.
• Pour cela, j'ai quatre choses à vous représenter sur vos ' principales instances.
â9i BISCUàSIOK SUR LE SEKS
« La première, c'est que malheureusement pour vous, tous <^ en avez trop dit, et êtes allé trop loin, en sorte qu*pn tous» » peut appliquer le dit commun : Qui trop embrasse mat éireimi, •< Alpestbe, dites-vous, selon le Dictionnaire délia Cnsêca^ «r « s'entend ja^iutis dans le sens propre, et ne veut dire que mobita- « GMEux, ARIDE, i9icuLTE, ctc. En Yoilà trop, eucore une fois, « mon cher Monsieur, votre Dictionnaire, avec votre pennis- « sion, ne dit point cela d*un air si tranchant; il vous |iosc « seulement son explication comme une règle générale, mais « non pas comme une règle qui soit sans exception ; or vous « savez qu*il n'y a point de règle si générale qui ne donne lieu « à cette ressource. Si le Dictionnaire délia Crusca avoit dit « aussi positivement que vous lui faites dire: Alpestre m^ cent « dire quecela^ il n'y auroit pas le moindre mot à souffler; mais « vous m'avouerez que hi chose ne va pas ainsi, et que Texpres- « sion du Dictionnaire insinyie seulement, que pour rordinaire « et généralement parlant. Alpestre signifie ce que vous loi « foites signifier, mais n'infère en aucune façon qu'il n'y a an- « eun cas où la chose se puisse prendre autrement. Or je pré-
• tends vous faire voir que ce cas particulier se rencontre ^ dans notre fait; et pour vous en convaincre, voici comme je » tiens que Feipression du Dictionnaire se doit enteudre. 1/
• prsfrr veut dire montagneux ^ inculfr, aride ^ etc., bien entendu
• (luandcct adjectif est joint à un substantif qui soit susceptible ' des qualités de montagneux, iï inculte^ d'aride^ etc.; car Ti>i- « blenient si cet adjectif alpcsiré est joint à un substantif îm- ' propre à toutes ces qualités, alors il n'est plus vrai qu ii " veuille dire montagneux^ inculte^ arUk^ etc. Et en ce cas, il « faudra nécessairement recourir à une autre interprétation. •' qui môme se trouvant naturelle et dans le sens propre. » comme par exemple : qui vient des Alpes^ alors il faudra s'ar- « rôter à cette interprétation. Or, dans notre poiut de dispute. •« il se trouve (|ue Tadjectif alpestre est joint non pas au bub- « stantif R1VA9 pur exemple : (auquel cas votre prétention an-
DU MOT « ALHKSTRR ». 29«3
« roit lieu, puisqu'un rivage de fleuve est un corps terrestre^ «* auquel ^noniagiieux y inculte y aride ^ etc., cou viennent fort «« bien); mais il est joint à ve^va, qui, comme je vous Tai justifié « par Tautorité d\4//wnno, veut dire vena d'acqua, c'est-à-dire « la rivière seule, détachée de son fond et de ses rives, et
• remontant depuis son embouchure jusqu'à sa source. Or, il « est certain que ce corps d'eau n'étant pas absolument sus-
• coptible des qualités de mgj^îtagineux , d'iîiicui.TE, d'A- « uiDE, etc., ces épithètes ne lui sauroient être appliquées; « mais que ce corps d'eau venant très certainement de la source « des Alpes, c'est pour cette raison qu'il est dit Alpestre; si « vous pouvez me répondre là-dessus quelque chose digne d'at« « tention, eris mihi nmgnus Apollo.
" Ma deuxième raison est tirée de la réjection que vous faites « de ma distinction entre le sens propre et le sens Jig^iréy vou- « lant absolument qu'ALPESTRE ne doit être pris qu'au dernier i de ces deux égards, et point du tout dans le premier, ce qui, » encore une fois, est selon moi une prétention trop destituée 't de fondement, n'y ayant rien, dans quelque langue que ce *» puisse être, où cette distinction n'ait lieu ; les termes, les « phrases, les expressions^ le sens, tout cela reçoit nécessaire- « ment deux faces. Or cette vérité ne me pouvant être raison- '* nablement contestée, j'ai droit de soutenir que, lorsqu'une .< assertion ne peut avoir lieu dans le sens^^nn^ il faut néces- « saircment recourir au propre ; je vous avois même, sur ce su- « jet, représenté dans ma première lettre, que non-seulement « la chose est ainsi, c'est-à-dire qu'il y a dans les langues sens » propre et sens y/y iin^ mais que même le propre est celui qui
• a l'avantage du pas, et qui doit marcher devant, en sorte que « \g figuré ne peut avoir lieu que quand le propi-e ne le peut
avoir. Or, je trouve, a>ec votre permission, que c'est m'avoir « fait une espèce d'injustice que de ne potier nullement votre « attention à cela.
« C(* que vous m'alléguez là-de^sus, que pour rapporteur le
• mrt jtKRinB mx Auu, fl éuttNèt dli« j
• Ma, 0» àinoaA, Be donne Heu 4» pasiet fc ■• tnMÏèHe 4MIbmi, quiMttdt»:
■ (TmI qa'k TOBS enteadre parier aiaii, û acnU»<9Hiia^
■ fiUHAitcoiHisterréEffl^des mots dans leur taMnlBBlaia,a»
• qnl n'est ndtemest vrai.
- L'énragie de gignifteatiini dana laa nota na réadfca an a»-
■ cone manière de U tenninaiMm-Diaia do CMpii ■Éfeae é»
■ <AaqM mot; Fidée d'énergie qœ forme dana voize esprit la
• poNHOiidation deamots eamfutré, pédeitri, jUméM, Iv> « rttiré, etc., ne oenaiate paa dani k tetminaiaon «M, db a emuiite dans Je 001^ de ces quatre mots, qiri est oeaqM^ pm, ' silva et terra ; toat de mèrae et par eotuéqoent ridée tf tev-
■ gte qee tous donne la prononeiatlon da mat AUWtliÉ ne « eondlste pas dans la tennlnaison sniÉ, m^ éuai le «af|a é seol da mot qui est alpA; et K-deMÛ, eneenttm fiait, je
■ dis que si TOUS mepouTes répondre h cette troisitaie Wfàt ' senrtation, «rii mIAi maginu ApoUo.
- A. toot cela, qn'est-oe que vous troeves h me diret e'ert « nne prétendue autorité do Dictionnaire délia Crvaea, mais ' dont toute la force n'est qu'nne pore libéralité d'explicatioB
■ qu'en enDant le cornet, vous vous foitee de vous-même, afin
• de rendre votre soupe plus grasse (pardonnez-moi la bassesse ' de cette image), mais qui ne résulte aullement des ex|M«*-
■ sious du Dictionnaire, comme je l'ai dit ci-dessus; ainsi odi « ne fait rien contre moi. Je dirai bien plus, c'est qu'à prendre
■ les choses dans la plus grande rigueur, pour le bien de votre
■ cause, cette autorité du Dictionnaire délia Crutca n'est pas t > beaucoup près aussi authentique qu'il semble que vous la - prétendiez; carje sais de très bonne part que les beaux esprik < d'Italie ne la veulent point autrement reconnaître, oommeea
• efFet il se trouve beaucoup de défauts dans cet ouvrage aani
• bien que daus celui de l'Académie française ; et il y ■ de toat
• les deux une très boune raison, savoir, que fténénleoait
Dr MOT a ALPESTRE ». 295
« parlant, les ouvrages qui portent à leur tête le nom de toute « une compagnie, sont ordinairement beaucoup plus défec- « tueux que ceux qui portent seulement Tunique nom d'un des « membres de cette compagnie , parce que chaque particulier « de ce corps se mettant dans Fesprit que le public ne fera re- •' jaillir aucune gloire d'un tel ouvrage sur son compte parti- « culier , il n'apporte pas, à beaucoup près, dans Texamen des « cahiers qui lui sont mis sur table, pour en faire la revue, « toute l'attention qu'il y mettroit s'il s'agissoit de son pur in- « térôt, mais y laisse aller tant de négligence qu'il s'y coule «< nécessairement une bien plus grande quantité de défauts * qu'il n'y en auroit si l'intérêt retomboit sur un seul. En vou- <* lez- vous un exemple? La grammaire de M. Régnier des Marais^ « secrétaire perpétuel de l'Académie française, est un ouvrage H incomparablement plus parfait que le dictionnaire de cette « académie ; cependant quand le Dictionnaire fut publié, cet « habile M. des Marais, en qualité d'académicien, avoit été, « comme tous ses autres confrères, un des réviseurs du Die- ^ tionnaire : d'où sont donc demeurées dans cet ouvrage tant « de négligences, qui apparemment ne s'y trouveroient pas, « s'il étoit de M. des Marais seul? Joignez à cela les absences '^ fort fréquentes dans ces sortes d'assemblées, et absences, « bien souvent, des sujets les plus capables de faire d'impor- « tantes corrections ; tous inconvénients qui ne se trouvant « point aux compositions d'un particulier dont l'attention et là « présence ne manquent jamais à son ouvrage.
" Ma quatrième raison est que le point de notre dispute ne « doit pas être pris de la signification du mot, laquelle je né •< vous ai jamais contestée lorsqu'elle est bien entendue, inais « de son êtymologie; or à considérer la chose de ce côté-là (ce « que vous ne pouvez pas raisonnablement me contester), fl « est certain que l'étymologie d' alpestre étant ai^^b, ce mot < a les deux égards de sens que je soutiens, savoir, Impropre et « le figuré^ dont à toute force, mais avec toute injustice, vous
^^HÂ voidf/. rejeter k- pi-emicr parce qu'il \ous est contraire, nuùit
^^Bxi que j'ai (li'oit de retenir puisqu'il est incontestable. Que m
^^^Hi vouti ex^cz de moi la justiQcatiou de ce que je pri-teiids, et
^^* vouliez que je vous inoutrc dans les dictioBoaires ét^molo-
S* giqueti qu'il'tyniologiquemcnt ai.pksthk vient des .Vi.pes, je
P)> TOUS dirai que les ilictiounaires ùt\molo|;iqiics lie se font
^hap« poiut iLue ufTuîre des choses qui parlent d'elles-mt'ines : ils ■»■
^^^ - traitent que des étjmolosies qui ne sautent jias aux yeux, el
' qui sont dilDi-îlos u ti'ouver; vous ne trouverez poiut dans
« les étymologicoiis ni camprsirc, ui péflentré, ni :iihriitrr, ni
^ terrestre, parce qu'il n'y r pas dans le monde aucun ignorant
Kw assez bélitre pour avoû' besoin d'instruction lù-deSHUs. Je
* conclus de tout cela que j'ai droit de dire, que dans le mot
■ ALPESTHÉ il y a donblc sens, savoir, iiropre et Jit/arr. t-X ( qu'niasi vous ne pouvez pas équitablement me nier, rotnrae
* vous faites, le premier de ces deus sens, qui nou-seulcunenl li« cul bien foiidé, mais qui même, comme je vous l'ai dit dK r» ma précédente lettre, a l'honneur du pas.
Je m'arrête ici, mon trii; cher Monsieur, du nioin-i pour ce ~fl > qui regtfdâ les points de critique dont je laisse là les ^ax •■ autres, trouvant que j'ai déjà été bien long, et qu'il y a aiiseï " de temps que j'exerce votre patience; mais voici de quoi von^ " en dédommager, c'est qu'au pied de la lettre, je suis cbannié
■ de la beauté de votre sonnet aussi bien que des curieuses
■ notes que vous y avez jointes. Vous faites si bien sentir les " obstacles qui s'opposent ù la parfaite exécution de ce genre « de petit poëme, qu'on voit bien qu'il n'y a guère qae vous à < qui ces obstacles ne soient pas insurmontables. J'ai trouvé « d'ailleurs dans tout le corps de votre lettre de certains en- " droits mignons, et si fréquents que je n'ai pu m' empêcher « d'en faire une liste, pour servir d'exemples de délicatesse et - de nouveau tour d'expressions heureuses à tous ceux qui se
■ mêlent d'écrire, mois qui ont encore besoin d'odrrsseet de
■ leçons. Je passe aux petites règles que vons me faites Pliou-
m- MOT H ALPKSTRR » . 297
• neur de me demander, mais que je ne vous accorde que par
« obéissance, etc. Je suis, etc.
a A la Haye, le 23 mars 1711. »
Je serois assez porté à ne pousser pas plus loin les suites de cette petite dispute par la crainte que les lecteurs ne s'en trouvent trop fatigués, vu la minutie du sujet; mais comme elle a fini par quelques traits de littérature critique tant de part que d*autre, qui ont été d'autant plus goûtés par d'assez bons connaisseurs, qu'ils les trouvoient avec étonnement ramassés sur un rien, en sorte qu'ils yappliquoient le fameux Aurum e siercorr Ennii colliycre^ je me trouve teuté de rapporter ici la dernière lettre que j'en écrivis à M. de Rapiu, sans en faire autant de la sienne, parce qu'à l'exception d'une nouvelle raison de sa part, fondée sur une étymologie celtique dont ma réponse donnera une assez ample instruction, tout le reste de cette lettre n'étoit qu'une répétition de tout ce que portoient les deux précédentes. Voici donc la mienne où celle de M. de Rapin se trouvera assez expliquée :
A MonsifTur Dr Ropin.
- Il est fort aisi'*, mon très cher Monsieur, de se flatter d'une " victoire, lorsque d'un côté on se donne la liberté de passer « sous silence les principales et plus fortes raisons de son ad-
• versaire, co\dant le moucheron^ comme dit le proverbe des « Juifs, et engloutissant le ehanieau; et que de l'autre, mettant
• à l'écart le véritable point de la question, on se fait, de son « propre chef, un sujet particulier de dis])ute que l'adversaire « ne conteste nullement et auquel il n'a aucune part; ce qui
• est précisément ce qu(» j'appelois dans la première de mes « deux dernières lettres se forger tout seul des monstres pour « avotr le plaisir de les combattre. Or voilà au pied de la lettre « les deux cas où nous nous trouvons, vous et moi; car, d'un
- côUr, vous supprimez toute la force de mou unique raison. ■■ dont (par certain principe que j'observe toujoiir». savoir.
• d'envisager autant qu'il se peut un sujet dans toutt» se* " faces) j'avois fait quatre membres; et de l'»utre, tou!. vous
■ jetez à corps perdu sur un fait, lequel, comme Je vous l'ai
- dit plus d'une fois, je ne vous ai jamais coutest*;, savoir. " qa'ALPESTRE, généralement parlant, signifie ce que voua loi
■ f^tes signifier.
■ Mais qveUe est dime, me dirCJ.-i'Ous cette si granttf /orcf th ■■ raisons qu'à votre compte je vous dérobe? \ji voici : c'est mon ' instance sur la suppression que, d'un ciM6, vous faites de ce » que le Dictiouuaire dit positivement, et l'augmentation outr^- « que, de l'autre, vous ajoutez d'un air tranchant a la ««impie
■ expression de ce même dictionnaire lui faisant dire ce qu'U av » dit point du tout; car, pour le premier de ces deux cfaeft, " voici ce que vous m'en dites de nouveau dans votre dcml^rv
• lettre : Je nie tout à plat que le mot Alpestbé se puisse prrndrr
• dans le sens que vous appelez pbopre, c'est -à-dire, qvt EST IW3 « Alpes, et c'est à vous à le prouver. Or, cette néf^ation, si ferme " de votre part, est directeraentopposéeau\ propres paroles da « Dictionnaire qui, bien loin de rejeter ce senspBOPBEqnejesoo- « tiens, débute justement par lui dans son article Alpestre; car « là, ce Dictionnaire fait trois choses et pose trois chefs ; il donne 1 premièrement la définition du mot; en second lieu, i) en bit « l'explication; et en troisième, il prouve cette explication jwf •> quelques passai/es des auteurs les plus eélèbres.
■• Le premier de ces trois chefs, savoir : la définition est daii>
• le SEHS pfioPKE, et il consiste en ces mots : di quauta d'Alpk •• {subaudiiur préalablement ch'è). Vexplication (laquelle « regarde ces qualités d'Alpe dont il vient de parler) est
• dans le sens figuré, et consiste en ces mots : Bozzo, salvi- " Tico, ASPRO {subaudituT pareillement ch'è). Pour ce qui est
• de)> preuves, comme elles ne regardent que l'expUcation, elle> " ne sont, nou plus qu'elle, que dans le sens pigdrë. Voila. ■
DU MOT a ALPBSTRE ». 299
< mon avis, une dissection anatomique de Farticle du Diction- « tionnaire qui vous coupe la gorge, étant comme notrejuguluvi « causœ. Ot, que faites-vous à T égard de cette explication simple « du Dictionnaire? vous y ajoutez des choses qui n'y sont point; <i vous enflez le cornet, comme je vous ai déjà dit; vous vous
• faites des libéralités de commentaire à mes dépens; et de ce « tour d'adresse, qui est de votre pure invention, vous en suc- « culentez votre soupe ; et pour vous dispenser d'une réponse « à la force de mes instances, vous passez par-dessus et n'en H dites pas un mot ; je vous demande à vous-même s'il y a de " la justice dans tout ce procédé?
« Ohf niais ^ me direz-vous, bien loin que je vous aie sowtrail les « QuALiTA d'Axpe portées par le Dictionnaire, c'est au contraire « sur quoi f ai fort insisté dans mes lettres précédentes, vous y « ayant dit en termes formels qu'Alpestre, selon le Dictionnaire, « ne vouloit pas dire quelque chose quiw^T ET SOBTIT DES ALPES, « mais seulement une chose qui tenait des qualités et de la nature « des Alpes, savoir ^ d*étre montagneux, aride, inculte, ou selon •< h mot à mot du Dictionnaire, grossier, sauvage^ rude. A tout « cela, j'ai deux choses à vous répondre :
« l"" Que le Dictionnaire ni moi ne considérons point le mot •< Alpestre seulement par rapport à ce que vous lui faites dire » de la sortie et origine des Alpes; nous le considérons gé- « uéralement, eu égard à tout ce qui a du rapport avec les Alpes, « dont principalement le Dictionnaire s'attache à leurs qualités^ •* comme aussi fais-jc; et c'est là mou sujet de plainte contre « vous, qu'il semble que vous veuilliez restreindre et borner « ma prétention ^en ce qui est du sens propre^ à cette seule « VENUE ET sortie DES Alpes, ce qui n*a jamais été avancé par « moi, qui, sans me borner à cela, entends le mot Alpestre
• (en c% qui est du sens propre) de tout ce qui, généralement « parlant, a du rapport avec les Alpes, c'est-à-dire, soit eu égard
< à une origine et sortie de ces montagnes, soit eu égard à
• leurs qualités.
3M DisccmiON sur li sbkx
■ 3* Je dis, que, par cette seule considéntion, qiw le INe-
■ tionnaire, daos sa déjtnitiott, &it une mentîoà Bnénle 4b
• mot AipÉ, par cela seul, dis-je, il établit le lauprqpreqntit « sontieDs et qne voaa me niez ; car pbopu et urntait^ bMI
- des termes synonymes. Encore one fois, si tMis ^potrei ré-
- pondre a cela qnèlque chose de solide, «c» «ttM, ele.
• Je Tieâs présentement & cette antre partie deTotrè denfén
■ réponse, où TOUS me sommez de TOnspnmverlesBilVKOfW
■ que je prétends et qne vous me niei. Je coiuéns éaneêt ' venir à cette preuTe, et la voici : je la tire d'une autoiitéqK
■ voQS-méme, sans y penser, m'avez doùné lien de déuMiik,
• mais que par une politique semblable à cdle de la somiret-
■ «on que je tous ai d^à reprochée, tous tchk êtes bien gtfdé
• de me filtre connaître; cette autorité est ceUe de S
■ le troisième vers du X'IlTre de l'Gnélde; ceeélèbre i
■ tstenr dit donc, qu'à la vérité, tontes bantmrs de ■
- S'appeHent généralement Alpes, mais qn'encMvq « ainsi, et que les Gaulois donnent ordinairement e
■ prétatlonacemot, cependant,fcpRoPiiBMEirrpirier,eeUs'en- « tend des montagnes gauloises (qui ne sont autres qae les 1 Alpes). Me niercz-vous encore après cela, raoïi cher Ho»- " sieur, le seus propre que je prétends?
" Je passe à cette heure à votre Al-pm celtique. Je ne m'op- « pose point à ce que vous en dites (1), mai» ^ouR m'avouem
• que cela est tiré de bien loin ; et je doute que Pétrarque uî " M5I. delUi Crvsca oient jamais songé à celte étymoli^e: « maispfljtsc, qu'ost-re que cela fiiit contre moi?Opln y ponrroit
{!) Ixirsque îe. communiquai, il y a quelijues juun, fk il. U.irt/-I l'i^ulroii ilo Sen-im, qup Je fais servir ii la prcLive h moi demaiulëe par II. KApiii, il id<< voulut anticiper udc Réponse qu'il croyoït prévoir de la part de notre ami, fvnii qw Servlus ne Taisoit rien U pour moi, parce qu'il ne raisonnoit des Alpet qae mit le pied latin, au lien que la pri^lention rte M. Rapin (dit H. Uarlfl) roiii^ luûqarmeni mit ce que le mot AiruiiE e«t pureoieot italien et nullement latin, les Latius u'ajarit jamais dit Alvestus; sur quoi je ri^p(mclis 1 il. Uariel qiie la lU^puli' ■■Dire M. Rapiii ft moi ne rouloit pas sur Alfestrc, en tant tpif mot punvfot
ni: Aior a AiPEimR ». 301
« faire quelque petite chose, si eu adoptant ce mot celtique ' (comme je ne m'y oppose pas, pourvu qu ou lui conserve son ' véritable rang et ordre), il en résultoit que ncccsmiremenf, « jtroc/tainemcnf et immètUatcincnt , Alpkstiik vient i)\iL-Pti> celtique; mais cela n'est point; Alpestre ne vient point im- « médiatement d'AL-pE-\ , il vient premièrement et plus pro- « chainement d'ALPÉ et Alpk vien d'AL-PEA. Voilà la véritable « gradation généalogique de ce mot; car vous savez bien que *' les ctymologistes, en se diveitissant, ont plusieurs fois traité « les étymologies sur le pied de (jradalion genêaloyiquc ; un
• mot dontils cherchent Torigine, leur est comme un y//.vdont ils « montrent premièrement le père, ensuite ï aïeule le bisaïeul y etc .
• La célèbre ét}mologie, par exemple, de M. 3ïénage sur
• le mot de laquaU, est telle : Laquais est comme le Jils; iMvaïus " est comme ^owpère; Vernulaeaïus est son aïeul ^ et ainsi jusqu*à
• r^rna, de qui laquais descend par cinq degrés généalogiques
• d'élymologie. Or, voyons là-dessus quel est votre procéd'-;
• vous supprimez le père d\\LPESïRE qui est Alpk, et sautez, •• tout d'un coup, du//.v au grand-père qui est Al-pe> celtique,
au lieu qu'il falloit premièrement et principalement passer « par le père qui est Alpk, après quoi vient lo^ grand-père Aj.- « PE^ ; mais cela ne vous acconnnodoit pas, le sens li lierai et
• propre étant, par ce niojen, trop visible; tenez-moi tête en-
• core après cela, mon cher Monsieur, si vous pouvc:.
itilicii frhoso jamais jKir m*.»! œiiU.»slco), mais sur l;i né-^alioii que M. Rapiii uri'vnit faite ci-devant, que les premiers Italiens qui se servirent du mot d'ALp£!»TKK^ et l'intHMluisireiit dans leur langue, eussent eu les Alpes en vue, coumie je le •tautrnois ; M. de Rapin, disois-je a M. Martel, prétend que par le mot d'Aivi, on n'étoit pas obligé, du tem|» des premiers It4'UicD8 introducteurs d*ALpRSTRE, d'enlendre les fameuses montagnes qui actuellement ))ortent ai nom, mais gênénilcmeiit touUni sortes de hauteurs montagnardes; qu'ainsi il n'y avoit que le sens figuré (\iû eiH lieu en cet endroit-lû, rt non pas le sens /nupre que je prétendois et soutenois, àur ([uoi aussi M. de Uapin, continuois-je, me dcmandoit preu>e d(; celle prétention. Or, l.'i-dessus je crois que mon allégation du passage de STvius est entièremrnt î\ Paliri de votre obje^itHi, di>ois-je à M. Martel. T.NV'/e de t'ou-
■ Ici je ne saumis m'emp^cher do crnindro qut- nonobnlanl toutes mes précautions précédentes, vous ne vous mcttiei dans l'esprit qiie je ne garde pas assez de mosnre» auprès de vous, et que je vous pousse trop sur cet article ; cela m'a fait r*vcr un fort lonf^temps, pour tAcher de découvrir l'endouiire de notru dJAscnKion, nie disant à moi m^Vriic ; ■/ /«tf n^txmirrmrnf f/u'il ij ait là ifuflqvf malfntmtlu ntre h'hu; car je ne puii sann/aplus grande (trs it\}usiir'-ii, rt infme tamt k flernifr riilieiili; anupronner un homme romnn" M. Kapin, •» rf' MAOVAISK POI , ni rf'oPINIvmETÉ il d"ENTftTÏMEST, »* *
MAHgfK n'iNTEM.iGE>CE Kï d'habiluté. Quf peut-cc dote Atre qui nous empfclie de nous trouver d'aooord ? Or je crois. k la fin, avoir trouvé ce point d'eiielounn: ; c'est nne espèce de (ouchr qui HC rencontre dans les termes de proprr et pnpri-wnt dont jusqu'ici nous nous sommes étralement serrit. vous et moi dons nos préc«klentes lettres. Ces termes, dit'-je. prnpTf et propri-menl se peuvent prendre en deux manières; savoir : 1° pour pat-finihrr et portiifVlii^^mfHt ou principalement; et 2" pour uttkbal et unfemi.KMK^T. Or je tmait que jusqu'ici votre esprit ne s'est tourné qae ver» la premieiv de ces deux manières, et que vous bv« rni que je vonloivoos soutenir que le Ùictionnaire délia Cnura, dans u lUfinition do mot alpestre, voutoit foire entendre, qn'Q ngïiie particuHèremeni et principalement une chose qui a de b relation avec les Alpes; et dans cette vue vous seriez en qnelqac façon excusable de me nier une telle prétention ; mais je n'ti nntlement entendu les termes de propre et proprement tumit pour particulier et particulièrement ou principalement, je les ai entendus pour uttéral et uttêralement, et en cela f ai eu toute raison de dire que le Dictionnaire, dans sa rfejtatftw d' Alpestre, ne se pouvoit prendre que dans le seuB uttAul. pnisqu'AD pied de la lettre cette définition roule sur le Alpes. Or là-dessus tout ce que vous pourriez me reprocbo'. seroit de ne vous avoir pas assez écarté ce loticÂe dont je
D!' MOT « ALPRSTRK ». 303
• jîarle, et de ne in'ètre pas, tout d'un coup, exprimé par les
• termes de littéral et uttéralemert, au lieu de ceux de « propre et proprement, dans lesquels il se trouve du louche, « Mais à cela je vous répondrai, que je crois être fort excusable « de ne m'étre pas mis dans l'esprit qu'un aussi habile homme « qu'est M. de Rapin, eût besoin d'avertissement et de leçon " pour savoir que quand on se sert des termes de propre et « proprement par opposition à ceux de figuré et pigurémewt, « ils ne veulent dire autre chose que littéral et uttérale- " metît. Voilà, mon cher Monsieur, une porte, ou si vous vou- « lez, un pont que je vous ai trouvé pour honnête retraite ; si
• vous ne ]\\^ei pas à propos de vous en servir, je ne vois pas « pour vous d'autre voie de salut. Je suis, etc.
« Rou.
• A la Haye, le 1 avril, veille de Pâques 1711. v
Je finirois ici ce long article de M. de Rapin, qui ne s'est trouvé tel que par le plaisir que j'ai pris à m'entretenir d'un ami de cette distinction, si je n'étois retenu par le désir d'ajouter encore ici deux choses : l'une qui regarde les illustres personnes à qui cet excellent ami doit la vie; l'autre un^ espèce de dissertation contenue dans deux lettres, dont on \erra la raison ci-après.
Le père de M. de Rapin, personne de naissance illustre, étoit un célèbre avocat de la Chambre de l'Ëdit de Castres, lieu ordinaire de sa résidence, jusqu'à ce que cette Chambre ayant été réunie au Parlement de Toulouse, il fut obligé de se transporter dans cette grande ville, capitale de Languedoc. Ce fut dans ce dernier tribunal, et lorsqu'on commençoit à ne garder plus de mesure avec les réformés, qu'une cause importante fut entreprise par un personnage,' de très grand nom, Ckamplâtreux,, contre la demoiselle de Sainte-Claire qu'il ne vouloit point reconnaître pour sa femme, encore qu'il y eut entre eux un mariage secret. L'avocat du mari contestant.
3M U FAWLLE
nommé GoardoD, était un très liubile lioiuoic'i^oquûulct pTcfiT" de traits vife, mais particulièrcmcQt si fécond en bon mot>, que d'ordinaire il attiroit tous les rieurs de son cote. M. de lUpia, avocat de la demoisçllc de Suinte-Claire, avoit bien, (-oromi?. l'autre, o&e luU)ileté toute singulière, mais outre cclu, on coiilrebalance de ces bous mots si lieureux de sou adversiiif-e, il utwt une réputatioD de probitO si universellement répandue daD> toate la province et beaucoup par delà, ({u'on ne l'écouloit qu'avec nne prévention d'estime, de gloire et d'honneur, rt qu'il n'étoit r^ardé qa'a\ec vénératiou. U plaidu dont- cette cause si importante, et nonobstant le en'^dit du luagintrat d<grand nom, les désavantages d'un parti décrié, et les gruid.> mouvements de l'orateur à bous mots, il la gagna par l'aMTendant de sa vertu, de son tiabileté et de son bon droit, mettanl ainsi comme la dernière elef au comble de sa belle réputation. La mère de H. de Bapin étoit, aussi bicu cjuc son Illustre époux, d'une fiimille distinguée, mais se distiuguoit encore bien plus personnellement cUc-inême par une vci-tu sans austéntt', par une piélë sans ibste, par une patience uiigéli(]Df<, et par une grandeur d'àme extraordinaire, tontes r[uulités singulim-?, et qui aussi ont toujours rié les princiitiiux oniemcnb de rt beau sc9Le. Elle étoit sœur du famcn\ M. Pélisson qui a tant hit parler de lui, tant pour la beauté de son espijt et de ses ouvrages, que pour l'étrange mauiérc dont, en contre-poids, il ■ terni ces glorieux talents ù l'article de sa mort, qui ne fit rien moins que d'édifier (1) ceux-là même dont, malgré toutes ses
(I) Cela tsl |jliis ijuc juslilii: p;ir lï-spii* île vauJcvilk' <|ui Ltjuriit .-i li, cl que vuici :
Voir, il ce sujet, un article intitulé Le l'r<À«sl autisme e( CAtadénue frtKçmi'. dam le Bulletin de la Suciéti de tHittoiit du ProleilaMlitme frûMftù, t Ti.
mapin-thoyra;). 305
lumières^ il avoit pour des intérêts mondains, embrassé le parti en abandonnant celui où il avoit toujours été élevé. Cette illustre dame resta^ d'assez bonne heure, veuve de M. Tavocat Bapin son mari; et comme ce fut fort peu après cette grande perte que Fesprit de persécution se porta aux dernières extrémités, et que principalement le sieur Pélisson sou frère s' étant érigé en prétendu convertisseur, se déchaina quoique sourdement contre elle pour Tamener à ses fins, jusqu'à être cause qu'elle fut mise et fort tourmentée dans un couvent à Lavaur pendant plusieurs années. Enfin la constance de son inébranlable vertu la tira de ce terrible lieu d'épreuves, mais sans, pour tout cela, voir encore finir tout à fait ses grands maux ; elle laissa enfin, lors de sa mort, arrivée le 13 février 1706, à Genève, Ueu de sa demeure, trois fils qui lui étoient restés de sa sainte union avec son cher et illustre époux défunt, lequel étoit mort vingt et un ans auparavant, savoir le 18 août 1685. Le second de ces trois illustres fils est le même M. Thoybas- Rapih, à qui tout ce long article a été consacré ; l'autre son aîné et qui demeure à Utrecht, est aussi bien que lui orné de plusieurs qualités si excellentes, que par elles il eût été capable de soutenir lui seul toute la gloire de l'illustre nom dont ils ont hérité, et de l'éminente vertu dont leur digne mère leur a donné de si beaux exemples (1). Je passe maintenant aux deux lettres de dissertation que j'ai promises ci-dessus.
Gomme c'est une des poésies de Pétrarque qui a donné lieu à tous les divers écrits de H. de Bapin et de moi qu'on a vus ci-devant, je suis tenté de ne finir cet article que par une copie des deux espèces de dissertation dont je parle, et auxquelles la douteuse orthographe du nom de ce fameux poète donna lieu il y a peu d'années entre feu M. Bayle et moi, qui même en fis naître la difBculté par la lettre que je vais produire sans plus
(1) Le dernier enfin dr ces trois tlls de M. K de madanie Rapin est le siear de h Fore, tteatenant-colonel au réiôment de ... ^Soie de touievr,)
Il 30
306 DISCUSSION SUR l'orthographe
ample eiplicatioa, parce qu'elle dit tout, et qae je Teox éditer laproVDdté.
A Monsietit Éoyli^ prfufesêeHr, etc
« Monsieur ,
« Une petite dissertation, à laquelle je travaille, demande- A roit que j'eusse auprès de moi un Pétrarque latin, que je ne <c saurois trouver ici, ou que je susse au moins fort certaine- « ment si cet auteur si célèbre, en latinisant son nom, absdn- « ment italien, dans son origine, et où il ne se trouve point « d'A, y en a mis une , se nommant Franciscus PetrarcBA , et « non pas Franciscus Petrarca^ comme je suis persuadé qu'il « doit y avoir.
<c les raisons de ma prétention sont qu'originairementi A « dans ritalien, ce nom ne portant point d'A, il n^a nullement « été besoin d'y en mettre une en le latinisant, conune en effet « Tépitaphe, dont la mort de ce célèbre Florentin fut honorée, « porte Frigida Francisci lapis hic tegit ossa PetrarcJE^ et non « pas PctrarcHJEf comme a mis mal h propos Moréri^ sans soa- « ger que quand môme Pétrarque auroit latinisé son nom par " l'aspiré PetrarcHAj toujours est-il visible qu'en cet endroit « l'auteur de l'épitaphc a eu dessein de mettre PetrarcM^ et " non pas PetrarcuMj puisque ses vers sont des vers léonins :
J'Yigida Francisci lapis hic tegit ossa Petramx^ Suscipe^ Firgo parens^ animam^ sate Firgine parce; I^essague jam terris cœli requiescat in arce.
« Mais sans ce recours à la terminaison lémine^ l'inscrip- « tioii qui est sur le deuxième degré du tombeau de ce fameuî 't poëte, porte : Viro iftsigni Francisco Petrarcœ^ etô» C'est aioH « que Léonard Arétiu, dans sa quatrième lettre du livre IV, « laquelle est au Pogge, dit : In ea epistola, non sine stomacho « Tullius PefrarcM respondet, et non j^sPetrarcBM.