‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 36 sur 178 · IL DONNE DES LEÇONS · texte numérisé non relu

IL DONNE DES LEÇONS

sir, sur plusieurs parties des belles-lettres (où j'étois regardé comme ayant tout le fonds nécessaire à ce but, par exemple, l'histoire, la géographie, la généalogie, le blason, etc.). Je dis mes amis, en les remerciant de leurs obligeantes vues, et me rangeant à leurs conseils, que, par la grâce du Seigneur, « je « savois m'accommoder à celui qui hausse et baisse le degré « comme il lui plaît » (Ps. LXXV, 7), et que je ne trouvois rien indigne de moi que l'oisiveté et d'être à charge à personne. Conclusion, qu'on me donna bientôt trois demoiselles, belles, jeunes et de qualité (1), qui se firent un plaisir de prendre de mes leçons; et j'eus pareillement huit ou dix messieurs de grande considération, tant français qu'étrangers (2), de sorte que, tirant d'un chacun une reconnaissance assez hoiii.éte, la première année que je les eus me valut toute seule plus de 1800 livres.

L'année qui suivit celle-là continuoif à peu près le même train, parce que si un ou deux de mes écoliers vcnoient à cesser, leur vide étoit bientôt rempla(îé par de nouveaux survenants. M. Gauthier (3), célèbre avocat au conseil, et de mes intimes amis, me vint un jour rendre visite à l'occasion d'une autre qu'il venoit tout fraîchement de faire chez M. Petitpied avec qui il s' étoit longtemps, et fort à fonds, entretenu de moi, s'engageant même auprès de lui à me faire trouver bon que cet illustre vint prendre un éclaircissement avec moi au sujet de mes Tables. Voici ce que c' étoit.

M. Petitpied (4) étoit une personne également vénérable par

(1) i* Ifademoiselle du Plessi^-Rambouillet, depuis cela madame Temple; 2* mademoiieUe de Ciré ; 3« une Rocbelloise^ dont j'ai oublié le nom. [Note de fauteur.]

(î) EqUhï autres le baron de Schwerin, fils aîné du premier ministre d'Etat de l'électeur de Brandebourg; 4" M. de Geldermalsen, depuis cela envoyé extraordinaire en Angleterre; 8« un grand seigneur polonais, très bel esprit; 4* l'abbé de Bourbonne ; 5** un seigneur anglais, fort distingué par son esprit; C" le si^Mir de Germain le Coq et quelques autres Français assez distingués. [Sotc de fauteur,]

(3) Voir sa biographie, dans Taisand, Vie des plus cdlchres jurisconsultes,

(4) Nicolas Petitpied naquit à Paris vers 1G30; il fut reçu docteur de Sorbomie ^n 1658; en 1062, il obtint la charge de conseiller clerc au Chàtelet, et fut pourvu

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sa vertu, par son savoir, et par les postes distingués dont il %e trouToit revêtu ; car il étoit docteur de Sorbonne, conseiller olerc du ChAtelet, garde des sceaux do cette justice, et curé d^nne des paroisses de Paris. M. Gauthier étoit de longtemps son intime ami, comme le mien, et ils se visitoient assez souvent, nonobstant leur différence de religion, pprce que M. Petitpiad n* était pas de ces zélés indiscrets qui n'entendent jamais raison. H. Gauthier donc, étant allé chez lui, fi|t surpris de trouver mes Tables étalées dans son cabinet, et, se tournant vers lui : « Est-ce une bonne ou mauvaise marque pour T auteur de cet n ouvrage que je le rencontre ici? En un mot, oserois-je vous « demander si vous en avez bonne ou mauvaise opinion? — «Pourquoi, s'il vous plaît, me demandez-vous cela? répon* « dit M. Petitpied, est-ce que vous le connaissez, cet auteur? « — Non-seulement je le connais, repartit M. Gauthier, mais « c'es^un de mes intimes amis. — J'ensuis ravi, reprit M. Pe- « titpied, et je vous prie, pour son propre biep, de le faire con- « sentir à ce que nous pous voyions ; j'ai un bon avis à lui don* « ner, et me sens tout disposé à lui rendre service ; menez-moi « chez lui, après que vous aurez pris son jour et son heure ; car « j*y veux aller, et qu'il n'en fasse point de façon. » Ce fut donc ce que U. Gauthier me vint dire de la part du docteur, conseiller et curé. Sur quoi je répondis, que je u'avois garde de laisser faire un tel pas à une personne de la distinction de M. Petitpied. « En un mot, Monsieur, continuai-je, je vous prie « de me mener chez lui. » Mais il me dit qu'il voyoit bien que M. Petitpied n'en déraordroit pas, et qu'il me conseilloit de me ranger à son désir. Conclusion, qu'il arrêta le jour et l'heure avec moi pour dès le lendemain qu'ils viendroient tous deux chez moi. La chose arriva ainsi, et je vis entrer dans ma chambre un vénérable vieillard en habit long et très propre (1), qui,

pen après de la cure do Saint-Martin à Paris. U mourut en 1705. {Biographie universelle.)

(1) U étoit en soutane et manteau de parfaitement belle moire. [Note de fauteur.]

AVSG l'aBBB PKTITFIBD. 96

après les communes civilités, me dit en peu de mots qu'il avoit examiné tout mon ouvrage avec une entière application , et même avec plaisir; qu'il n'étoit pas fort étonné des gloses qu'on avoit fait là-dessus ; mais qu'on étoit allé trop loin ; qu'il y avoit eu là de la passion et de l'acharnement; qu'à regarder cela avec un œil de justice, il n'y avoit pas là de quoi fouetter un page ; qu'ainsi une trentaine de mots redressés par-ci par-là, et seulement sur des tours d'expression qu'il seroit fort aisé de changer, mettroient l'ouvrage à l'abri de toute censure. U s'of* Mt de me donner deux ou trois après-dinées chez lui en diflférentes semaines (parce que, à cause de ses divers emplois, il n'en avoit qu'une de libre tous les huit jours) , pour que là nous parcourions ensemble toutes mes Tables, sur lesquelles il me marqueroit les endroits à changer, sans rétractation formelle de ma part, Cfe qui étant fait, il seroit aisé d'obtenir du roi qu'il me reçût aux adoucissements dont, de son approbation, nous serions convenus. Qu'il avoit regret de voir le public frustré d'un ouvrage si utile, et cela sur un malentendu; que c' étoit pour cela qu'il avoit désiré de me voir. Je remerciai, cpmme on peut croire, M. Petitpied, et de son bon cœur et de la peine qu'il s* étoit donnée. Nous nous assignâmes donc pour le jeudi suivant. Quatre séances firent notre affaire, après quoi il se chargea de parler à M. l'archevêque, comme en effet il le fit. Il lui parla donc après m'avoir mené avec lui. Je l'attendis dans Fantichambre, mais fus fort étonné de le voir sortir de cette entrevue le visage blanc de pâleur comme son rabat et tout confus du traitement que le prélat lui avoit fait. « En quel pays, mon « cher Monsieur, et en quel siècle sommes-nous ! me dit-il ; si « vous saviez de quel air M. rarchcvèque m'a reçu et m'a parlé, « vous en auriez compassion. » En un mot, le prélat avoit fait une indigne honte à ce saint personnage (car il fai^t que je le traite ainsi) de ce qu'étant docteur de Sorbonne, comme il étoit, et curé d*une considérable paroisse, il entreprenoit la protection d'un hérétique. Nous nous séparâmes ; je le voulus

95 SAHCKL bE L*A!<(GLE.

aecompagner et le remener en son logis; mais il me pria dé le laisser à loi-méme, parce qu'il ne se connaissoit plus, et que la solitude poorroit, seule, le rétablir. Je le saluai respectueusement, et il m'embrassa en me disant qu'il ne pou voit néanmoins se repentir de son entreprise, parce qu'il la savoit bonne, et que Dieu, qui le connaissoit, lui eu rcndoit témoignage dans le fond de son cœur.

Il n'y aToit pas plus de sept ou huit jours que tout ceci s'étoit passé, lorsque M. de L'Angle (I); Tuu de nos pasteurs, et qui m'honoroit de son amitié, me vint rendre visite, conunc il le faisoit de temps eu temps, et principalement depuis mes fâcheuses afTaires, tant pour me consoler que pour apprendre (sur la connaissance qu'il avoit eue des bonnes intentions que M. Petitpied avoit pour moi) s'il étoit résulté quelque succès dont nons fussions contents. Je lui dis comment toute cette affaire avoit échoué. Il en haussa les épaules et me dit obligeamment : « Je sais bien que ce n'est pas à moi une petite entre- « prise que celle qui me vient présentement dans Tesprit ; et sans « doute qu'il y a quelque chose de fort singulier à voir un mi- « nistre espérer de réussir dans une affaire où un curé de dis- « tinction a manqué son coup. Mais M. Tarchevôque (2) m'a « toujours témoigné tant de bonne affection dès le temps que « nous étions à servir dans nos fonctions différentes deux « Eglises opposées, dans une seule et môme ville, savoir, celle « de Rouen, où nous nous voyions du moins une fois par se- « maine, qu'il faut que j'éprouve s'il est encore envers moi le

^ (1) Samael de L'Angle, i\\s de Jean-Maximilieu de L'Angle^ l'un des (MStaurs les plus distingués qu'ail eus rEj^lise de Rouen, lui fut adjoint comme collègue, el pr^ta ses soins k cette Eglise, jusqu'à ce qu'en 1671 il fut appelé à Paris par le synode de Charenton. Les lettres de Claude nous appreiuient que dès l'année 1683 il était retiré en Angleterre ; il y mourut à l'âge de soixante et onxe ans, (Voir la France protestante de MM. Haag.)

(f) François II de Uarlay>Champ\allon, succéda en 1652 à son onck», François !•' Harlay-Champvallon, dans rarcîi«'vêché do Rou«*n, et mourut archeréque dePiuis le 6 août 1695, Âgé de soixante et dix ans. (Voir la note des édlteun des Historiettes de Taiiemand da Réaux, édition Techener. T. IV, p. S7.)

l'archevêque de paris. 9T

« même qa*il m'a toujours paru eu ce temps-là. La politique a « voulu que depuis notre commune transplantation, sans chan- « ger de sentiments envers lui, je changeasse, tout au moins, « de conduite en ce qui regarde le commerce d'entretiens et « de visites. Je suis ici bien plus exposé aux soupçons que je « n*étois à Rouen, où de longue main on étoit accoutumé aux « innocentes visites que je rendois à M. Tarcbevéque, sans en « prendre aucun scandale; ici ce n'est pas de même, et dans < les deux différentes communions, on ne manqueroit pas de « tirer de là des conséquences fort opposées à nos réciproques « vues. C'est aussi ce que j'ai fait entendre à M. l'archevêque, « lorsque dans les petites visites que je lui fais de loin à loin, « il m'a fait d'obligeants reproches de ce que nous nous voyions « si rarement. J'ai donc dessein de prendre occasion de ces « mêmes obligeants reproches que je viens de dire m'avoir été « faits par lui tant de fois, pour lui parler de vous ; et je lui « prépare un filet dont il ne lui sera pas facile de se dépè- « trer. »

M. de L'Angle me laissa là-dessus, mais en me faisant entendre que le lendemain ne se passeroit pas sans qu'il vit M. l'archevêque, et cependant il me recommanda de lui dresser un mémoire instructif sur toute mon affaire, afin d'être plus en état d'amener M. l'archevêque à son but; sur quoi je lui envoyai dès le lendemain l'écrit que voici :

endroits de mes tarles qui

ka»dt , , . ... RAISONS ET AUTORITES.

i.-C. ONT ETE LE PLUS ATTAQUES (4).

t61 Commencement de la distinc- J*ai suivi en cela le sentiment de 165 lion entre évéque et prêtre. saint Jérôme, celui d'Hilaire, diacre

de Rome, et même celui de saint Augustin, qui rapporte cette distinction à Tusage de l'Eglise.

(1) L*eieroplaire des Tablettes chronologiques de Rou, qui se trouve à la bi- UkHhèqtie llaiarine (,n* 5,080 A), parait avoir servi & la censure, car tous les pMBiges rapportés ici comme ayant été le plus contestés, et plusieurs antres, y sufU MNilignés au crayon rouge.

tOO ROU JU5T1FIE

ment ce qu'emporte le ircvecfwc grée et le socrus latin, tant de l'original que delà traduction Vulgate, qu'emploient ces deux évangélistes. Saint Ignace (épttre aux Pbiladelpbiens) et saint Ambroise sur le chapitre XI de la 2« aux Corintbiens, disent que presque tous les ap(^tres se sont joints en mariage et ont eu des femmes. Cl^ineiît' ÀlexaiidWn au in« Ihrre de S68 Tapisëeif^/dU'Que I Pinm el Philippe ont engespidré des

t , , , enfants, et que Philippe a marié ses

tilles à des maris; et, en effet, le

XXfr 'chapitre des Actes, vnrwt %

dit en termes exprès que Philippe,

^,1 .évangéliste, avoit quatre filles^ En-

tiii Platine, en la Yie de Clète l*',

'' dit que saint Luc étoit marié, et

' avoit eu sa femme en BItkyiiie.

4215 XLh con<me général, 4« de C'est une chose de fait..JlIii,'xa

I Latraii , où la transsubstantia- qu'à voir le concile même ; et c'est

tion fut définie. en en parlant que lé 0ère Pètau

dit dans son KatUme iempomm, parte I, lib. IX, cap. I. In eo coucilio TranssubstantiationU cum vocabuto dogma firmatum, 906 J'ai en beaucoup d*endroits Si on consulte Baronius et tous 942 parié désavantageusnnent de les écrivains sincères de la c/Mnmu- 928 quelques papes, comme de Ser- nion romaine, on trouvera que j'ai et 9 ge III, Jean X, Etienne VUI, eu sur ces articles une très grande Ï34 Jean XI, Benoit IX, etc. modération, car ils emportent la

4033 pièce au prix de moi.

etc.

1535 J'ai mis les protestants romme Celte colonne qui n'étoit qu'une dans une même colonne avec au haut de la Table , se partage les Pères et autres hommes il- en deux vers le temps de la Réforlustres ecclésiastique». mation prétendue. Ainsi les protes-

tants sont à part ; et j'ai cru au reste que pour rendre l'histoire plus entière, il falloit faire mention des protestants.

4660 J'ai mis M. CJaude dans mon Je l'ai fait quoique M. Qaudc ouvrage. soit vivant, parce que j*ai voulu

SCS TABLRS. 101

porter mon histoire jusqu'au temps , , , présent, afin de la rendre plus com-

,,,,^ . , , plète; mais je ne Tai mis qu'au

rang des auteurs protestants, de , , même qne j'ai rois M. Arnaud et au-

., ,,j, très catholiques vivants dans la co-

, , .^ .. .: . , . :. , lonne ecclésiastique.

Outré ces raisons, je supplie M. de L'Angle d'insister partieplii^rement ^i\r trois choses.

'^'lià'première) qne le mal de mon ouvrage n'est pas ce qu'on a vOûIû faire croire; le mémoire qu'on en a donné s' étant Irouiré &ux, comme KM^ de Gondom et de la Beynie Vont eox-mCmes reconnu.

* Ea deuxième et qui regarde ce qu'on m'a dit que M. l'archeyêque demande, à savoir, que je mette le contre-pied de ce qui est dans mon ouvrage^ c*est que n'y ayant dans mes Tables aoeiïne chose de controverse, mais étant tous foits historiques, on pe saurait exi^ei* de moi cette condition; étant indubitable que toute la satisfaction qu'il y a à donner en des choses de fkit qu'on désapprouvé, c'est de les ôter et de n'en rien dire; en voici la raison.

Tout ce qu'on condamne dans mon ouvrage n'est que de deux espèces : ou des choses qui sont dans Baronius^ etc., ou des ^choses àjai n'y sdtit ipas .

A regard des choses qui n'y sont pas, ce sont toutes affirmations, et l'on sait que quand une affirmation est contestée, le parti qu'il y a à prendre n'est pas de la changer en négation, palace qu^au' lieu d'avoir ce que vous prétendez, vous tomberiei dans l'inconvénient d'un renvoi qui ne seroit pas moins dangerenXw Par exemple, j'ai dit que le pape Silvestre est auteur de Véxtrétne-onction ; voudroit-on que je disse : Silvestre n'est pas Vauteur de Vextréme-onction? J'insinuerois par là que si elle n'est pas de lui, cela n'empêche pas qu'elle ne puisse être d'tfn autre, et ce n*est pas ce qu'on prétend. J'ai donc raison de dire que le meilleur est de n'en point parler.

m ROU iOSTIflI

A regard de ce que j'ai dit conformément à Baronius et auttes historienfl approuvés, on eu doit encore moins exiger le eontre-pied de ma part, puisque ce seroit me faire mentir contre le témoignage formel de tous ces auteurs. J'ai dit par exemple qoe iê pape Serge III est un méchant homme au dire du Père Labbé, jésuite. Voudroit on que je disse qu*il est un honnête homme ? Je aerois contredit tant par le jésuite Labbé que par Baronius et tous les autres historiens. U en est ainsi de tous les autres chefs. En un mot, ce qu'on a UAmé dans mou ouvrage n'est pas qu'il y ait des faussetés; mais c'est, dit-on, que toutes vérités ne sont pas bonnes à dire, et particulièrement elles ne sont pas bien reçues de la part d'un huguenot, et d'un homme qui écrit pour un prince comme monseigneur le dauphin.

La troisième chose sur laquelle je désirerois qu'on insistât auprès de M. l'archevêque, c'est de l'écarter absolument du parti neutre, o'est-à-dire de l'ofirc qu'il a déjà ùiite do ne me peint faire de mal; car je n'aurai jamais rien par cette voie. U s*agit de ramener l'esprit du roi qu'on a malignement prévenu, et il u*y a que M. l'archevêque qui le puisse faire; c'est lui qui de bonne foi (je le veux croire ainsi} et à bon dessein, a fait tout le mal ; il n'y a que lui qui le puisse guérir ; et il le peut, sans se faire tort, puisque les choses ayant changé de face, par la même raison qu'il a dû traverser mon ouvrage, lorsqu'il y avoit, si l'on veut, du crime, il y auroit de l'injustice de le perdre lorsque ce crime est efiacé, et que punition d'un côté, et réparation de l'autre, s'en sont ensuivies. Je dis bien plus : Tintérét même de la religion, qui a d'abord fait interdire mon ouvrage, veut aujourd'hui qu'on le rétablisse, puisqu'un motif aussi pur que celui-là demande plutôt une réformation qui vienne à la connaissance du public, qu'un prétendu anéantis sèment, qui n'empêchera pas qu'on ne contrefasse la chose duus les pays étrangers, ce qui la fera [>araltre aux yeux de tout le monde de la manière qu'on ne veut pas ; au lieu que me p«f* mettant de la corriger» elle ptraltni avec éclat de k MUiiin'

MS TABLMh ItS

q«'OA le désire ; et ainsi personne n'en oseva ^itreprendre ime noQveUe édition. Cette eensidération est si forte, que 6* est h seiiie qui a¥oit porté H. Petitpied à travailler de bonne foi à ce rétabiisseraenl^ et c'est par ses soins que le changement de toHt rouvrage est tel^ qu'aucun docteur n'y sauroit refuser son «{h probation«

Enfin, si Ton représente fortement que cet ouTrage est le fi*ait d'un travail de quinze ans, et sa dépense Tépuisement de lout le bien de son auteur ; que cet auteur n'est pas si méprisable qu'il n'ait mérité l'amitié de plusieurs personnes illustres, fomme son ouvrage l'estime de quantité de savants ; et qu'eur (ta cette perte le ruine de fond en comble, sans qu'il en r«* \ienne aucun profit à personne, peut-être que la vertu et le cœur charitable de M. l'archevêque se laisseront toucher h la désolation d'une famille, qui n'a pour chef et pour appui qu'un malheureux^ qui tombera dans la dernière misère sans le secours de sa protection.

Trois ou quatre jours n'étoient pas passés depuis la promesse à moi Mte par M. de L'Angle, de voir incessamment M. l'archevêque, que je reçus ce billet de lui.

« Je vous supplie, Monsieur, de prendre la peine de venir « cheï moi aujourd'hui, parce que j'ai à vous dire quelque « chose dont il est bon que vous soyez informé au plus tôt^ Il « serait de mon devoir de vous l'aller apprendre chez vous; « mais le lundi est un jour auquel je me suis engagé à ne point « sortir de la maison. Je vous donne le bon jour, Monsieur, et < suis de tout mon cceur,

« Votre très humble et très obéisssnt serviteur,

« De L'Angle. »

La lettre étoit datée : ee lundi aprèê*nUdi^ sans quantième du nsois ni même sans spécification de mois ni année. L'amtée étoit assurément 1677| et pour le mois^ il ne petit être que septeabrOf octobre ou novembre.

J# M manquai pat^ comme on peut croire^ deaer««idrt à

Mft M. ME l'ahgu n L'AKnnRvfiQns i>i f aeis.

cette assignation, et je sus que M. de L'Angle, ayant été întro- ^nit dans la chambre de rarchevéqae, si tôt qu'il eut déclaré son nom, le prélat TaYcit reçu de Tair du monde le plus riant, et qu'après les premiers témoignages de ciTilité réciproque, rarcbeyéque, le questionnant plus en particulier -: « Eb bien « donc, luiavoit-il dit, d*oii\ient^ notre cher, que Ton ne toos « voit. presque plus? Est-ce que vous me regardez comme un «serviteur inutile, et seroit-il possible qu'il n'y eût rien en « quoi l'on pût vous marquer combien on vous considère et « le désir que l'on auroit de tous obliger? — Monseigneur, lui « airoit répondu H. de L'Angle (en profitant de la planche qui « lui étoit faite), c'est déjà m'obliger infiniment que de me din^ « ce que je Tiens d'entendre, et pour m'arréter précisément à « Tos dernières paroles, oui, Monseigneur, il y a en effet quel- « que chose en quoi tous pouTCz m'obliger, et même m*obliger « sensiblement. — Ah! reprit l'archeTéque, il n'y a assurément « rien que tous n'obteniez de moi, pourTu qu'il soit en ma « puissance; mais de quoi donc s'agit-il? » Que là-<lessus M. do L* Angle aToit répondu qu'il aToit appris par occasion la yisitv que M. Petitpicd lui aYoit faite, et de quelle manière il aTOÎl été reçu; que cela l'aToitafiDigé parle cordial intérêt qu'il tprenoit en la personne pour qui il lui aToit parlé, et qu'il croyoiî fortement que si M. Petitpied eût eu le temps et la liberté do lui faire connaître toute Tinnocence de ma cause, les choses, pour n'en pas dire daTantage, seroicnt allées tout autrement. Que là-dessus il lui aToit présenté le mémoire qu'on rient d;* Toir, en lui disant qu*il en aToit fort attentiTcment examiné toutes les raisons, et qu il ne comprenoit pas comment on pou- Toit fermer les yeux à une justice si bien démontrée.

Ce qui résulta de cette Tisite, fut que 31. l'archeTéque dit à H. de L'Angle de m'euToyer dès le lendemain midi pour toi parler, et qu'il y auroit ordre de mouTrir sa chambre sitôt que j'aurois dit de quelle part je Tenois; et ce fut là la raison de eet empressement si marqué par le billet de M. de L'Angle.

LI» TABLES Bê 11017 SOCNtSCS A L^XAMtiN tt TROIS OOCTSURS. lOS

J- eus doiic rhontietrr de voir M. îarchevêqirè le mardi . . .V. . . 1«77. 'irne me dît pas autre cTiose sinôti qti'il satoit bien pourquoi f étoW fâ; qUé je n'avois qu'à aller de sa part trouver le» trois docteurs de Sorbonne préposés à rexamën des ouvrageti où la religion étoit intéressée; et leur dire cJuMl m*èntioyoit vers eux afin qu'ils eotaminas^ertl le cahier que je leur remettrois entre les mains, qu'ils y fissbnt donc leurs remàrcfues, et qu'après cela, il leur en demanderoit bômplte, afiti do Voir cfe qtill atfroit à faire en ma faveur auprès du roi.

J'allai donc voir ces trois docteurs; qui étaient JïM. Grandb), Pirot et du Bois. Je voulus commencer par M. Grandin^ qui étoit le plus ancien des trois; mais comme il avoit bien de Foocdpation an collège de Cambrai , où étoit aussi sa demeure ordinaire, il ne se fit pas un point d'honneur d'être mis le premier en date dans mon affaire, et me pria de faire en sorte que ses deux collègues défrichassent lés plus grandes épines avant qu'il y portât la main. J'allai donc en Sorbonne, où je demandai à voir M. Pirot, qui étoit le premier des deux antres docteurs. Il ne se peut rien de plus honnête que la manière dont je fus reçu par lui. Je trouvai en sa personne un esprit doux, éclairé, judicieux, et un cœur bienfaisant; c'étoit en un mot un second M. Petitpied; aussi se fit-il d'abord un scrupule de rien revoir après qu'un tel collègue, qu'il faisoit profession d'honorer, avoit témoigné n'avoir rien davantage à dire. En an mot, après deux ou trois petites additions qu'il fit aux précédentes remarques de M. Petitpied, seulement pour faire voir à M. l'archevêque qu'il avoit fait attention à ses ordres, il me rendit mon cahier comme étant désormais à l'épreuve de toute censure.

Au sortir de sa chambre, je me fis mener à celle de M. du Boii^ en qui je trouvai bien un autre homme, et cela me remit dans resprit ce qu'on dit ordinairement des soldats qui se trouvent en pillage après quelque victoire; c'est que, sid'avenlore ils se trouvent deux auprès de quelque malheureux

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