SON ARRIVÉE A ALTHORP
« son lorsque, entrant dans le palais même, puisqu'on ne sau-
n roit appeler autrement une si magnifique demeure, je Fai
« trouvé habité par un petit héros et deux nymphes ; je dis
« plus, madame, car milord Spencer m'a paru un grand Apol-
« Ion et mesdames ses sœurs déjeunes déesses. J'ai été charmé
n de leur beauté à tous, de leur sagesse, de leur savoir et de
« leur esprit ; et ce n'a pas été sans beaucoup de surprise que
« j'ai trouvé tant d'avancement en si peu d'âge. La douceur du
« frère m'a particulièrement plu ; et comme je serois moi-
« mémo le premier martyr de ma sévérité, s'il falloit que j'en
« eusse, j'ai été bien aise de trouver des inclinations confor-
« mes aux miennes dans mon illustre pupille. Ce sont là, ma-
« dame, les principales choses que j'ai cru être obligé de vous
« dire, et auxquelles vous me permettrez, s^il vous plaît, d'a-
t jouter l'humble protestation que je fais à vous et à milord,
« de mon étemel attachement et du profond respect avec le-
« quel je suis,
« Madame, etc.
« Ce ... mai 1677. »
Environ quinze jours après mon arrivée, milord et sa femme vinrent faire un tour à leur terre, où ils s'enquirent de moi, comment je m'y trouvois, et de leurs gens tout de même comment ils se trouvoient de moi? Il n'y eut que marques de contentement de part et d'autre, et un matin que milord m'avoit pris pour nous promener dans le parc, il me fit quelques questions sur les matières auxquelles j'occupois les heures de son iils ; il fut fort satisfait du compte que je lui en rendis, et me dit obligeamment qu'il n'en demandoit même pas tant de moi. Entre autres, il me dispensa de mes soins pour la langue grec- (]ue. Mais il y eut un article où nous arrêtâmes, sur lequel il me témoigna un sentiment si particulier, que je ne puis jamais m'en souvenir sans un renouvellement d'admiration sur le génie anglais, sur l'entêtement où se trouve cette uatiou en ce «lui est de sa préférence à toutes les autres, et sur le mépris
LE COMTl DB SUNDBRLAND. il3
qu'elle affecte généralement pour elles toutes, mais principalement pour la française. Yoici ce que c*étoit.
Bans la crainte où j*étois que milord ne s'accommodât pas entièrement de mon peu de pratique dans la langue tnglidse, je lui dis que je m'y appliquons fort aux heures de loisir queme pouYoit laisser mon principal attachement auprès de son fils, et que je ne dôscspérois pas d'y montrer quelque avancement avant qu'il fut peu. « Oh! me dit-il aussitôt, ce n'est pas ce que « j'attends de vous ; c'est, au contraire, ce que j'appréhende- « rois plus que je ne le désirerois ; mon dessein est que tous « mes enfants , et principalement mon fils ( 1 ) et ma fille ai- « née (2], ne parlent que français avec vous et vous avec eux. « — Gela est bien glorieux pour la langue française, milord, « lui dis-je, et. . . — Oh ! ne vous y trompez pas, interrompit-il « aussitôt, ce n'est pas une grande estime que nous fassions « de cette langue et de ceux à qui elle est naturelle ; car, au « contraire, nous méprisons et la langue et la nation ; mais « c'est que nous ne voulons pas qu'il soit dit qu'ayant à la • parler quelquefois nous y faisons des fautes, encore moins « que nous l'ignorons, toute méprisable qu'elle nous est. >» J'avoue qu'à une telle ingénuité mon étonnement fut tel que je ne jugeai pas à propos d'en rien témoigner. Nous changeâmes bientôt de discours, et milord ne laissa pas de me faire beaucoup d'honnêtetés.
D ne demenra là que trois jours, après lesquels sa femme et lui retournèrent à Londres, c'est-à-dire à Whitehall. Au bout d'environ deux mois, le comte, fut envoyé ambassadeur extraordinaire en France, et cette conjoncture donna lieu à ce
(1) n 7 aToH bien encore un autre fils qui est le comte de Sunderland d'aujonrdliui ; mais il n'âtoit pas à Althrop. Et pour ce qui est de l'alnô (mon éléidj, il mourut depuis, savoir, en 1688, le 15 septembre, et cela à Paris, âgé d'environ vingt-quatre ans. [Noie de fauteur.]
(^ Milady Anne, comtene d'Arran, mariée en 1688, à Jacques Douglas^ comte d'ArnoL [Noie de fauteur.]
1|^ ROI! QIT1TTE LE DUC DK SUlfpSRLAND.
que j'y retournasse bientôt moi-m^mc ; mais ce dépiirt ue fut pas peu favorisé par une bagatelle qui arriva.
La comtesse étoit idolâtre de son fils, que j'avois lûep de la peipe à réduire par la trop grande indulgence à }a||ue||^ je Favois accoutumé ; j'en fis quelques légères plaintes ^ cette dame, qui d'abord se mit dans Tpsprit que je u'aimois pas ^u fils, et dans la pensée qu'elle eut, d'ailleurs, que je ne preijdrois pas si fort la balle au bond, elle me mit comme le m^çbé au poing, m*écrivant que, si mon emploi me causoit quelque chagrin , elle ne prétendoit pas me retenir de force. Je jf\v cherchai pas un plus long éclaircissement, e\ quittait Althrpp par la môme voie qui m'y avpit amené, et à quoi la cointi3SS(^ avoit mis ordre au cas où je la prisse au mot, je repris le chemin de Londres, et me rendis auprès de la comtesse. Elle me parut surprise de ma si prompte arrivée, car elle np m'ayoit écrit de la manière que j'ai insinuée , qu'afin de me ranger plus aisément à tout ce qu'elle voudroit, ce qui n' étoit p^ mon dessein; ainsi je gagnai Paris. J'avois cependant averti de tout par deux lettres, tant le comte que M. de Biivigqy, \e^T mandat comment les choses s'étoient passées. Ils me répondirent Tun et l'autre; mais je ne reçus que la lettre de M. de Buvîgny, parce que celle de milord Sunderland avoit été interceptée par la comtesse, qui l'avoit pour ses vues trouvée uu peu trop favorable aux miennes, ainsi qu'on le peiit inférer dideux ou trois mots qui se trouvoient dans celle de H. de Ruvîguy, qui étoit telle :
« A Paris, 27 août 4678.
« Votre lettre, Monsieur, m'a bien surpris, et je ne me se- « rois jamais attendu de recevoir la nouvelle que vous m'avez « envoyée. Je vis hier mademoiselle Rou, qui fut témoin de L; « i^urpriâc que je reçus par votre lettre. J'ai vu ce matin M. le. « comte de Sunderland, qui voudroit bien que la chose ne fAt « pas arrivée. I! m'a témoigné beaucoup d^estiipe poi^r ¥<4re
LETTftB BO MARQVIS M RWIGIfT. 116
perfonne, et il souhaite de tout son cœur qne tous rentriez près de son fils. Il vous en écrit, et je crois d*une manière que TOUS ne pourrez pas le refuser. Il m'a dit le sujet qui a obligé madame sa femme de tous écrire comme elle a feit) e'est qu'après aToir fait à son fils les leçons que tous jugiez à pvopos, tous n'étiez pas assez souTent aTec lui; du reste, qu'elle est très satisfaite de Totrc conduite. Il est Trai qu*elle aime ee fils plus qu'elle-même, et qu'elle s'imagine souTent que des accidents funestes lui doiTent arriTer, lorsque Ton n'est pas près de sa personne. Ce sont des tendresses de mère, qui Tont quelquefois trop loin ; elles sont pardonnables, et il y a un tempérament, que les gens sages y peuTent apporter. Uilord Sunderland l'est beaucoup et tous aussi; je ne doute point que tout ne s'ajuste par ce moyen. Votre honneur est à couTert, puisque Totre mérite est connu et es^ timé. Tout ne dépend que d'un peu plus d'assiduité, que TOUS donnez sans doute, mais qui n'a pas été connue par le passé, comme elle le sera à l'aTcnir. Si tous ne trouTez rien de mieux, donnez les mains à l'accommodement, puisque le ùomte de Sunderland tous y couTie» Je suis bien aise que TOUS ayex été arrêté à Londres par une aussi bonneraison que celle de rendre une Tisite à M. de Londres; ce deToir si légitime donnera temps à nos lettres d'arriTer en tos mains, et de réconciliertoutes choses. Quoi qu'il en soit, soyez assuré, Monsieur, que je tous estime au dernier point, et que tous deTez attendre de moi tous les serTices dont je serai capable. Je suis aTec passion et Térité, Monsieur, TOtre très humble et très affectionné serviteur.
« RUTIGIÎY. »
Je ne puis me résoudre h sortir d'Althrop sans parler de deux lettres que je reçus aTec beaucoup d'agrément : l'une fut de M. le ducde Montausier, qui, me sachant en Angleterre, m'y Tonlnt faire connaître que i'éloignement nera'aTOitpaBchasséde
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