‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 52 sur 178 · ROU PART POUR LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

ROU PART POUR LA HOLLANDE

« tirer à la Haye, que de m' apprendre que j'y retrouverai une « si illustre amie. M. Jurieu m'avoit fait cette proposition dès « Tan passé ; mais mon engagement auprès du fils du roi d'An- « gleterre m'en avoit rendu Facceptation impossible. Cet enga- « gement ayant cessé, je ne fus pas plutôt sorti d'auprès de « mon petit prince, que notre cher M. Bayle m'embarqua avec « les comtes de Witgenstein , auprès desquels j'ai passé si peu « de temps qu'il leur restoit à demeurer à Paris. Il n'y a que « deux mois qu'ils s'en sont retournés à Sedan, où ma conduite •« leur étant inutile , et ayant affaire auprès de M. le duc de « Montausier, cette affaire terminée, je me suis trouvé en état « de penser à un nouvel établissement. J'y travaillois encore « ce matin quand votre lettre m'a été rendue, car je revénois - de chez un de mes amis, qui veut m' envoyer en Brandebourg, « auprès d'un des petits princes; mais je vous avoue qu'une si « terrible transplantation m'effraye, et que je manque un peu « d'haleine pour une course de trois cents lieues. Je vous parle « ainsi de ma personne même , Mademoiselle , parce qu'il me « semble que vous ne m'en demandez une autre (1) que dans la « supposition qu'il n'y a rien à espérer de ma part ; mais cela « n'est point, pourvu que je trouve un bon poste. Agissez donc, « ma chère demoiselle, comme votre cœur et votre prudence « vous le dicteront, car mes intérêts sont en vos mains ; je suis « persuadé que vous ne voudriez pas m' engager que sous des « conditions avantageuses, et, en un mot, le parti dont vous « m'écrivez dépend de celles qu'on vous accordera. Je sais, au « reste, le rang et le mérite des illustres personnes dont vous « me parlez, et je m'estimerai heureux si elles se peuvent accom- « moder de mes services. Je suis aussi ravi d'apprendre le succès « de votre voyage, que j'ai été affligé de la fâcheuse maladie de

(1) Dans la lacune du premier des deux extraits ci-dessus, il y a une prière à moi faite de la part de madame de Sommerdick (puisqu'on lui ôtoit l'espérance de m'a- ^ir moi-même) de lui choisir au moinB un gouverneur de ma main. [Note de radeitr,]

16i SON DÉPART

« mademoiselle Saion (1) ; mais, comme je l'apprends, grâces « à Dieu, rétablie, et que je ne crois pas que la malignité de ce « venin ait osé rien attenter contre une beauté si privilégiée, « vous me permettrez de consacrer la fin de cette lettre à Fé- « gayement du récit d*une nouvelle à laquelle ni Tune ni l'autre « vous ne vous seriez peut-être pas attendues. Ma femme, con- « sidérant combien nous sommes tous mortels, et craignant « qu^une gratitude comme la mienne, qui doit être étemelle, « ne vienne à finir en ma personne, faute de successeur en qui « la provigncr de génération en génération et d'âge en âge, « s'est enfin résolue à me donner un héritier des respectueux « sentiments qui me feront être toute ma vie, Mademoiselle, « votre, etc. »

« A Paris, le 28 juin 1680. »

Gomme ce fut donc sur cette lettre que ma vocation fut résolue et que la lettre de M. de Sommcrdick en fut comme le sceau, je ne reculai mon départ que jusqu'aux couches de ma femme, que j'étois bien aise de voir entièrement relevée ; elle accoucha, le 14 août 1680, d'une fille, qui fut nommée Marie- Elisabeth.

Sur ces entrefaites , il arriva que la marquise de Gouvemet s' étant ravisée, pria M. Le Coq de me porter à un renouement, et voici un billet dont il m'honora sur ce sujet :

« Ce mercredi...

« On me vient, Moi^siour, prier de vous parler d'une affaire « 4e conséquence et qui voui^ r<^gardc, Mandez-moi, je vous « prie , si , au sortir du Palais , je vous pourrois trouver chez « vous sur les six heures; je ne manquerai pas de m'y trouver, -I pour m' acquitter de ma coipmissioi^ et vous témoigner en « même temps la reconnaissance que j'ai de raille honnêtetés « que j'ai reçues de vous eu bien des occasions , qui n'est pas

(I) Susannf» Du Moulin, fiUc de Cyros Du Moulin et de Marie «le Marbait, éfMjQn en 1^4 le célèbre Jacques Basnage. (Voir la France protestanie de MM. Baag.^

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