LA KESTITUTION DES PLANCHES
« corriger ce qui ne s'accorde point avec noire créance, après « quoi on les mettra entre les mains d'un graveur qui eu fera « le débit,'cet ouvrage étant trop beau pour en frustrer le pu- « blic. Ce que je voudrois tâcher de faire en cette rencontre, « seroit qu'il en revint quelque profit à M. Bon, et c'est à quoi « je travaillerai tout de mon mieux ; car d'espérer qu'on pût « jamais retirer ces planches pour les rendre à l'auteur, c'est ce « qu'on ne pourroit faire à présent qu'on voudroit pouvoir sup- « primer tout ce qui regarde une reUgion contraire à la nôtre, « Obligez-moi d'informer M. Rou de tout ceci, et de l'assurer de « mes bonnes intentions pour lui ; je lui écrirai lorsque j'aurai « quelque chose à lui mander.
« Ce 19 mars 1G8G. « BAiriSSAifT. »
Ce dernier extrait des lettres de M. Rainssant avoit été précédé depuis peu par une des miennes, pour le remercier de SCS bonnes dispositions en mon eudroit, et l'y engager de plus en plus ; aussi parait-il par le dernier extrait, que son dessein étoit de m' écrire; mais comme j'ai été convaincu depuis que quelque intérêt beaucoup plus proche que le mien étoit le principal ressort de tous les mouvements qu'il se donnoit, jene fais nul doute que la scène qui se passa bientôt entre M. le duc de Blontausier et lui, lui fit perdre de vue le dessein d'en venir plus avant avec moi, et voici ce que c' étoit que cette scène :
En même temps que j'écrivois à M. Rainssant le remerciment dont je parle, j'écrivis aussi à M. de Montausier pour lui donner connaissance de tout ce qui se passoit à son insu ; et je ne lui dissimulai point ce que je soupçonnois des vues particulières et intéressées de M. Rainssant, le suppliant d'obliger le personnage à venir conférer sur cette affaire avec lui. M. de Montausier, qui ne me manqua jamais, satisfit aussitôt à mes prières (1 );
(1) En cflr<.>t, M. de Montaiisicr témoigna sans détour au sieur Rainssant que s'il persîstoit dans ses brisées^ il le dcsobligeroit sensiblement^ à quoi ledit Rainssant témoigna bien rort ne vouloir pas 8>xix)ser. [ ^ote de C auteur»]
310 LE DUC DB MOIfTAUSlBR LUI PHOFOSE
et voici le compte qu*il me fit Thoimem* de m'en rendre dès les premiers jours :
« A Versailles, le 9 juin 4686.
« Si j*ai tant tardé à faire réponse à deux de yos lettres, « comme il paraît, Monsieur, que vous en êtes en peine (par « votre dernière du 30 de Tautre mois), ce n'est pas pour avoir « négligé la recommandation que vous me faites de vos « planches; car j'ai fait tout ce qu'il m'a été possible pour vous « en procurer la main levée et la délivrance, et ne Fayant pu « obtenir, j'ai demandé du moins qu'elles fussent en lieu sûr « pour les retrouver. Je vous ai mandé comme j'en avois écrit « à M. de la Reynie dont vous avez su la réponse. J'ai sollicité « depuis et vu M. le chancelier, à qui j'ai représenté le tort « qu'on vous faisoit de ne vous pas rendre ce qui vous appar- % tenoit, où vous aviez mis tout votre temps et employé tout « votre bien, et je l'ai pressé là-dessus d'une manière très « forte, mais qui n'a point été efBcace pour vous^ ne m'ayant « dit que les mômes choses que M. Rainssant m'a dites en «deux conférences que j'ai eues avec lui; que vos Tables « étoient un trop bel ouvrage pour en frustrer le public, et « que l'intention du roi étoit qu'elles fussent corrigées pour « les rendre publiques. Je vous dirai qu'à leur sujet on nous a « fait la guerre, à M. de Meaux et à moi, qui étions auprès de < Monseigneur le Dauphin, de ne nous être pas aperçus des « choses qui y étoient contre la religion. 31. Kaiussant m'a fait « voir les corrections qu'on y avoit faites, et il y en a un « cahier. 11 se présente un gra\eur qui veut les entreprendre « et qui promet d'ôter vt de substituer ce qu'il faut, sans qu'il « y paraisse. Voilà, Monsieur, où en sont les choses, dont j'ai t d'autant plus de déplaisir à votre égard, que j'espérois tou- « jours dans la suite quelque changement favorable pour vos iu- € téréts, lesquels je n'ai cessé (lerepri'Si^ntiT; sur quoi Toum'a « fait entendre qu'il n'y aurait que votre retour qui s<»roit « capable de vous le prucuixT. Vous en sa\ez la condition sans
DB CHANGER tiB RELIGION. 211
« TOUS le dire. Mais Dieu, qui fuit tout pour le mieux et qui se • sert de tout moyen pour le tourner à sa gloire, ne vous pré- « senteroit-il point celui-ci pour vous faire revenir au giron de « TEglise? Je le prie de tout mon cœur qu'il veuille bien vous « éclairer, et je vous conjure. Monsieur, d'être bien persuadé « qu'on ne peut avoir pour vous plus d'estime et de considéra- « tion que j'en ai.
« MOKTAUSIER. »
« P. S. Si vous reveniez, comme je le souhaite, M. le chan- « celier m'a assuré que vous trouveriez encore des avantages « considérables; ne les négligez pas. »
Avant que de venir à la réponse que je fis à cette lettre, il est bon de parler de celle de M. de la Beynie qui y est mentionnée, et que M. de Montausier m'avoit déjà fait tenir depuis près de trois mois, et cela par cette autre lettre de lui-même, du 31 mars 1686, écrite à Versailles.
« Vous avez ici une lettre de M. de la Bcynic que je vous « envoie et qui vous apprendra quel est son sentiment sur « votre sujet, et ce que vous avez à espérer au regard des « planches de vos Tables chronologiques. Je souhaite, Mon- « sieur, qu'elles vous soient bientôt rendues, vous promettant « de m'y employer, et qu'en cette occasion comme en toute « autre, je serai ravi de vous pouvoir donner des marques de « l'estime et de la considération particulière que j'ai pour vous.
« M0KTAUSI£R. »
Cette lettre de M. de la Reyuic étoit telle :
A Monseigneur le duc de Montausier.
« Monseigneur,
« Je n'ai aucune connaissance des poursuites qu'on dit être ■ faites contre M. Bou, à cause de sa retraite dans les pa\s « étrangers. Je sais qu'il n est sorti du royaume (|u'avec con^u • du roif et qu'ainsi il ne peut être regardé comme compro*