LEUR RESSEMBLANCE AVEC LES TABLES DE ROI
quemcnt de mon iiiventiou; aussi fut-ce ce que je trouvai à propos d'en répoudre à Tarticle de la lettre de M. Bayle, qui ëtoit tel :
« J'ai été ravi que les Tables de M. Tallents m'aient fourni « une occasion naturelle de parler des vôtres. Gomme elles « sont en anglais, je n*ai pu les lire ; on me les a laissées quel- « ques jours ; mais depuis cela on me les a redemandées. Je ne « doute pas que, comme vous êtes le premier en date, on ne « vous ait copié, etc. (1)
« Le 9 février 1G86. « Bayle. ^
Extrait de la réponse que je fis à l'article ci-dessus de M. Bayle:
« Je ne saurois me plaindre du procédé de M. le docteur
pendant son séjour à Paris^ qu'il eut connaissance du travail de Rou. n parait que ce fut pour Tinstruction de ses élèves^ et pour leur faciliter l'étude de l'histoire^ que Tallents avait d'abonl conçu le projet de ses Tables. Ses amis voulaient qu'il les publiât en latin^ mais il préféra le faire en anglais^ pour qu'elles fussent à la portée d'une classe plus nombreuse de lecteurs.
Voici le titre général qu'il a adopté :
m A view of Universal History from the Birth of Josus-Ghrist our Lonl, to the y«ir 1680. » — Avec cette devise : « Magna est veritas, prœvaiebit. »
Il est facile de voir qu'il a suivi pour l'ordonnance de ses Tables les idt^ et le plan général de celles de Rou ; elles sont on mAme nombre et partagées à peu près de la même manière pour les dates et Tarrangcment des faits. Les Tables de Tallents contiennent quelques déUtils qui ne se trouvent pas dans celles de Rou. Il s'y troave des colonnes additionnelles : l'Histoire sainte et celle des Religions chrétiennes y sont plus développées ; l'histoire particulière de l'Angleterre et de l'Ecosse y occupe assez naturellement une plus grande place; il semblerait aussi que Tall«*nts cite plus souvent ses autorités. Sous le rapport de la gravure, de l'exécution générale et du travail d'ensemble, les Tables de Rou nous paraissent certainement supérieures.
Tallents mourut en 1709 à un âge très avancé, à Shrewsbury, où il avait exercé pendant la majeure partie de sa vie les fonctions de ministre. On peut consulter à MHi stijet le petit écrit qui suit que nous avons trouvé au British Muséum et où nous avons puisé quelques-uns des détails qui précèdent. U est intitulé : « A ser^ tnon preached ai the funeral of the Rev, M, Francis Tallents, minister of tfte (ios* ]telin Shrewsburg,with a short account ofhis life and death, by Matthew Henry, mioister of the Gospel. » i^ndon, 1709.
(1) Cet extrait et la réponse qui suit sont insérés dans la collection des Lettres clKHsies de Bayle. Edition de 17U, 1. 1, p. SOS.
918 nicVT DES PRBSRCmOlfS
« Tàllents dans la pablication de ses Tables. D y a deux inno- « eeutes manières de se senrir du travail d'autmi sans courir « risque de passer pour plag:iairo : Fuiic est de nommer fran- « chement les auteurs qu*ou imite et sur les pas de qui Ton « marche; Tautre est de supprimer, à la vérité, leur nom, mais « en copiant leur méthode d*une manière si visible, qu'il pa- « rait de là qu*on n*a aucun dessein de les priver de la gloire « de Finvention. M. le docteur Tàllents a choisi à mon égard « la dernière de ces deux conduites.
« Le 10 février 1686, ^ « R.
Pendant que je me trouve sur Tannée 1686, je ne la dois pas quitter sans toucher deux articles qui la regardent en ce qui est de mes affaires, savoir la détention à Tourna} du plus jeune de mes frères, comme il pensoit se sauver de la persécution ; et une espèce de dispute dans laquelle un de mes amis m'engagea contre H. de Meaux, qui le vouloit porter à un changement de religion. Voici le sujet du premier de ces deux articles. Le sieur Salomon Kou(l), qui est le frère dont je parle, avoit deux dragons logés chez lui à Poitiers, où il s'étoit marié depuis peu d'années, qui, dans les premiers jours, le traitèrent assez civilement, à cela près qu'ils gaspilloient comme à dépêche-compagnon tout ce qu'il pouvoit y avoir de provisions dans le logis. Ces honnêtes gens, ne voyant plus rien sur quoi exercer leur gloutonnerie, s'avisèrent de lui faire insulte un matin qu*il étoit encore au lit avec sa femme. Il se jeta sur eux si à propos qu'il arracha Fépée de l'un et saisit celle de l'autre avec tant de force, que le dragon ne put jamais la dégager (2) ; il les battit tous deux tant qu'il voulut, aidé de sa femme (3)
(1) «Lo dimanche 18 janvier 164H, a est4^ baptisi^ par M. Mestrozat, Salomon Rou, fil» de Jacques K«>u, pnxMinMir au |virl»^m»»nl, et il*Eli$abeth Toutin; présenté par Jean liutel. procun»ur au parlement, et iiuidomoiselle de Niigent. » (R«fr. in-l'ol. des haptf^mi^jt faits au tempi»» de Chan^nton, de mars lt»S9 à janvier !«50.)
(2) L'un dt^ deux eut W jambes cassées» et l'&utre fut près d'un mois sur la litit^re. [ Sttie de fatiteur, ]
%) (> iiui «st ajoutt^ ici d<^ la femm' dii mon oncle, doit Atre retnuiché. lésai*
qui tcnoit l'un des deux ù la gorge. Le commandant, au lieu d'avoir pitié de ce combat inégal, et de faire réprimande à ses dragons qui s'étoient eux-méme attiré cette vengeance par leur insulte, se jeta sur mon frère, le coucha par terre demimort de coups de canne, tout en chemise qu'il étoit, et après cela fit encore informer contre lui, comme s'il eût été fort coupable (1). On le traina en prison, dans un état où il ne pouvoit se servir de ses pieds ni de ses mains, et il y demeura longtemps; après quoi, ne pouvant ni obtenir justice de ces violences, ni trouver un lieu où il pût vivre en repos, il songea à se retirer du royaume, mais fut arrêté à Tournay, comme j'ai dit, et ayant trouvé moyen de m'en faire avertir ici à la Haye, cela me donna lieu de lui écrire la lettre que voici (2) :
« A la Haye, ce 49 mars 4686.
« J'ai reçu, mon très cher frère, la triste nouvelle de ta dé- « tention, et j'en suis encore tout saisi, d'autant plus que je « ne vois pas, jusqu'à présent, aucun moyen de secours hu-
• main. Je te fis hier recommander aux prières publiques, et tu « peux croire si les miennes en particulier furent ardentes et « sincères; je ne les discontinuerai point que Dieu ne t'ait « rendu h elles; et cependant, afin de ne pas attendre l'aide « du ciel les bras croisés, j'écrirai jeudi, s'il plaît à Dieu, à " M. le duc de Montausier.
« Au reste, n'attends pas de moi aucuns conseils dans desex- « trémités si fâcheuses; je ne veux ni ne dois point t'en donner « qui aillent à la lAcheté et à la mollesse ; et pour ceux de cou-
• rage et de fermeté, j'ai peur d'avoir lieu de me reprocher à
le contraire do. mon oncle lui-même qui m*a assuré que sa femme no se môla point dans le comliat. M. Benoit a fait la mémo faute dans son Uixtnire de l'Efiit de Sémies, et c'est peut-^re de lui ciue mon père avoit pris cette circonstance. [ Note du fiiM de routeur,]
i\) Voir VHUtoire de VEdit de Nnntes,i. V. p. 908, où les faits sont raamtésdo la mAme manière et à peu près dans les mêmes termes.
(1) Cette lettre se trouve imprimée dans la Séduction éludée, sons le titre suivant : Lettre d'un particulier à son frère, arrêté à M comme il pensait se
teufrer d^ fn pertérution.
220 IL L^EXHORTI
« moi-même quUl est bien aisé à ceux qui sont à couTert du « mal de prêcher la patience aux autres. Tout ce qu*il y a, c^est « que je sais certainement que Tespérance en Dieu et la rési- « gnation aux ordres de sa providence sont le plus sur et même « le seul bon parti. Songe, mon cher frère, que les hommes et « tout leur pouvoir sont la vanité, la faiblesse, Fimpuissance et « le néant même; que Dieu, au contraire, voit tout et peut tout, « qu'il est le rémunérateur à ceux qui le craignent et qui se « tournent vers lui, et que, quand on ne manque pas à son de- « voir, jamais il ne manque à sa fidélité et à sa miséricorde. « Nous ne sommes plus^ il est vrai, dans ces premiers temps « de miracles, où les portes des prisons s'ouvroient d'elles- « mêmes aux saints confesseurs de la vérité; mais s'il ne se « fait plus de miracles palpables et soumis à la juridiction des « sens, il s'en fait encore tous les jours de spirituels et qui ne « sont aperçus que des yeux et touchés des mains de la foi. Les a premiers étoient nécessaires à Tenfance de FEglise dont la « vue étoit infirme, et qui ne marchoit, pour ainsi dire, qu'à « tâtons ; mais les lumières dont Dieu nous a éclairés dans cette « plénitude des temps^ nous doivent ouvrir les yeux de Fes- <» prit pour reconnaître les miracles perpétuels de sa sagesse « dans toute l'économie qu'il tient en notre gouvernement. « Ainsi, quoique nous ne devions plus espérer qu'un ange nous « vienne tirer par le bras , et une lumière surnaturelle nous « éclairer dans la nuit de nos cachots, nous ne devons pour- « tant pas douter que Dieu ne nous en puisse faire sortir par « mille moyens, dont Focculte vertu, au lieu de la pompe a éclatante des miracles anciens, ne nous permettra pas de mé- « connaître les caractères de leur divinité. Pense d'ailleurs, « mon cher frère, que puisque nous sommes tous enveloppés * du péché comme d'un manteau, et qu'il faut que la justice « divine, tôt ou tard, et soit par un moyen soit par Fautre, se ■ fasse connaître, tu dois, et cela soit dit sans conséquence « d'aucune application particulière, tu dois, dis-je, trouver fort