‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 68 sur 178 · CONTROVERSE · texte numérisé non relu

CONTROVERSE

«^ choses; excusez les endroits où rEcriture vous paraîtra un ( peu brouillée ; il yaut mieux que vous voyez la simplicité << d* un frère qui cherche à gagner son frère que la politesse « d*uu discours étudié; yenez, et assurez-vous que je ferai tout « pour votre personne que j'estime et qui m'est chère, et que • je suis cordialement. Monsieur, votre très aJDTectionné ser- « viteur. « J. Békigse, évéque de .Veaux, »

Remarque promise ci-dessus sur la précédente lettre.

Il est bon de ne pas laisser passer cet endroit sans y faire une remarque qui, peut-être, ne déplaira pas aux lecteurs. C'est que M. de Meaux étant bien aise, en écrivant tout ce que dessus, de dissimuler la force de certaines raisons auxquelles il ne savoit pas bien comment répondre^ a pris ])rétexte du soupçon qu'il témoignoit avoir que la lettre de M. de Vrillac n'avoit pas été dressée par lui-même^ afin de se dispenser d'entrer en matière en répliquant précisément et formellement à cette lettre ; mais que voulant néanmoins retourner à la charge sans se commetti'e d'une manière si sensible, et trouvant que son diocésain , en même temps qu'il lui avoit répondu , avoit aussi écrit à sa femme et lui avoit rebattu à peu près les mêmes choses. <lont cette première lettre étoit déjà remplie, il affecta de s'attacher à cette lettrcî de M. de Vrillac à sa femme, et non pas à celle que 31. de Vrillac lui écrivoit à lui-même , qui est pourtant ce qu'il falloit faire; c'est qu'en le faisant il eut trop montré sa faiblesse par les omissions et le silence, à quoi l'auroit réduit l'injustice de sa cause, et il trouvoit bien mieux son compte à se prendre à une pièce va^ue et aussi négligée que l'est d'ordinaire une lettre de mari à femme , pièce en un mot où il étoit maiti*e de prendre et de laisser ce qu'il jugeoit le plus à propos dans son embarras. En effc^t, pourquoi affecter de dire : Je vois par la lettre que vous écrivez à mademoiselle de Vrillac, au lieu de dire : Je vois par la lettre que \ous m'écrivez: car cette même chose (|ue vo}oit M. ré\èi|ue dans la

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lettre à mademoiselle de Yrillac , était traitée bien plus authentiquement et eu original dans celle qu'on lui avoit écrite à lui-même. Mais le prélat étoit bien aise de ne se pas commettre, comme en effet il s'est tu tout court dès la seconde réplique, quelques sommations qui lui en aient été faites , car on n'appréhendoit en aucune manière de se mesurer avec lui.

Je viens présentement à la réponse que je fis à la seconde lettre de M. Tévéque de Meaux , et toujours sous le nom de M. de Vrillac.

« K la Haye, le 8 mai 1 686.

« Monseigneur,

« Votre lettre m'a fait deux honneurs tout à la fois, et par la

« peine qu'il vous a plu de prendre, et par l'obligeante pensée

« que vous avez eue que la mienne étoit de main de maître. Je

■ puis vous protester, Monseigneur, que ce que vous pensez là-

« dessus n'est point ; mais, sans vous importuner de cet éclair-

« cissement, puisque je suis comme engagé à vous repartir en-

« corc une fois, permettez s'il vous plaît que, pour ne pas

• abu.ser de votre patience , j'entre d'abord en matière.

« Il me suffiroit déjà. Monseigneur, de vous voir tomber

• «raccord que les persécutions ne sont pas du droit de TE-

• l^lisc pour en tirer cet avantage contre la communion ro- « niaiue, qu'elle n'est donc point la véritable Eglise, comme

• olle s'en vante , n'y aj ant rien de i)lus avéré , qu'elle persé- « ente en chef, et par elle-même, les princes del'épée desquels

• elle se sert, ne la dégainant qu'à instigation de son clergé

• et de ses suppôts ; les violentes requêtes présentées au roi

*" en si grand nombre contre nous depuis tant d'années ayant

• été les seuls soufflets qui ont excité l'ardeur dont ce prince»,

" natiircilement paisible et ennemi du sang, parait aujourd'hui

• allumé et embrasé contre nous.

• Mais quand je vous accorderois, ftionseignc^ur, que ce n'est l>a^ \otre Eglise qui persécute, et que c'est seulement le roi.

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< ee fine tous en prétendez se trouveroit tout à fait sans fon- « dément , puisqa*on ne sauroit montrer aucun titre valaUé « pour autoriser les rigueurs qu'on emploie contre les fldëled « sous le prétexte affecté de les regarder comme des héré- « tiques, je soutiens avec Totre permission, Monseigneur, qu'il «< n'y en a aucun précepte dans TEcriture» ni aucun exemple « concluant dans l'histoire.

» Pour le premier, tous alléguez le passage de saint Paul^ « comme s'il portoit que Dieu a armé les princes contre les hé- « rétiques et les schismatiques, ce qui, avec votre permission « encore une fois , n'est point du tout , saint Paul ne parlant « en cet endroit que du pouvoir qu'ofat ceux qui gouyernent, « de punir les méchants en général , chose qui ne regarde que « la politique et nullement les affaires de religion. Là-dessus, « Monseigneur, tous exigez de moi un passage de l'Ecriture, « par lequel les hérétiques et les schismatiques soient exceptés « du nombre des malfaiteurs contre lesquels l'Apdtre parle. Ce « n'est pas à moi. Monseigneur, à tous montrer qu'une tdle « chose n'est point; c'est à tous, qui prétendez qu'elle est, à « justifier comment elle est ; si tous Toulez que saint Paul ait <« compris en cet endroit les gens dont tous parlez, c'est à tous « à me faire Toir qu'effectiTcment ils y sont compris; pour « moi, qui ne le crois pas, il me suffit de m'arréter au texte, « qui, de Trai, n'en dit pas un mot; et comment est-ce, en « effet , que saint Paul auroit osé aTauccr une pareille propo- « sition, lui qui , viTant sous le joug d'un c^mpire qui faisoit flè- « chir et trembler toute la terre , ne pouToit douter que c'étoit « là armer contre lui tous les princes païens qui , sans doute, « le traitoient encore pis que d'hérétique, puisque sa religion « n'allant pas à moins qu'à Tanéantisscment de tous leurs dieux, " c'étoit être à leur égard blasphémateur, impie et sacrilège « tout ensemble? Mais quand ce que tous dites seroit Trai, « Monseigneur, qu'est-ce que cela fait à notre cause, nous qui « ne sommes point hérétiques, comme je tous en couTaincrai

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- bientôt? Toute la conduite de notre Seigtieur, pour reyenir « à mon snjet, et la pratique de ses bienheureux disciples et

• apôtres, font voir que le christianisme ne doit point s'établir « par la violence. Notre Seigneur est un prince de paix; lui et « ses fidèles témoins ont versé leur sang, bien loin de répandre « celui de personne; son Evangile ne prêche qile la débon-

• naireté et la patience; il veut que Ton remette Tépée dans « le fourreau, et il dit que celui qui tuera du glaive périra « par le glaive ; et saint Jean , saitit Jacques et Saint Paul , qui « ont tant parlé contre T hérésie des nicolaîtes, des gnostiques

• et de ceux qui nioient la résurrection, en marquant les voies « qu'il falloit tenir pour les abattre, n'ont jamais dit Un seul

• mot touchant les armes, soit ecclésiastiques, soit séctdières.

• Que si l'on objecte qu'ils n'en ont usé ainsi que parce que « de leur temps les chrétiens n'étoient pas maîtres de Tépée, •« je répondrai avec un savant moderne que, puisque on ne peut « pas nier que les apôtres n'eussent l'esprit de prophétie, ils « savoient bien qu'il y auroit un jour des princes chrétiens, et

- par conséquent ils dévoient donner dès ce temps-là des direc- « tions pour l'inquisition à venir.

* Vous nous citez aussi. Monseigneur, notre propre conduite

• à cet égard, prétendant que le fait de Calvin contre Ser? et « est un témoignage que nous supposons le même principe.

• Mais j'ai à dire là-dessus qu'il y a bien de la différence entre

• le châtiment qu'on fait d'un particulier comme perturbateur ■ dn repos public, blasphémateur fet rebelle aux ordreis et aux ^ lois de l'Etat, et les supplices cruels dont oU martyrise des ^ millions d'àmes innocentes, qui professent de bonne foi une *" religion qui leur est contestée, sans qu'on les ait jamais pu

• convaincre qu'elle fût fausse, et dont l'exercice leur avoit été ^ aecordé par des traités et par des édits irrévocables et so- *" lennels; on punit les blasphémateurs comme on punit les vo-

• leurs et les meurtriers, on les punit comme des pestes pu-

* bliqiies qui troublent la société civile et qui la déshonorent,

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