CONTROVERSE
« avec lesquels aussi on n*entre jamais en aucun traité, et » à qui Ton n'accorde aucuns édits; mais oseroit-on bien « nous mettre de ce rang-là? Si cela étoit , pourquoi a-t-on « traité avec nous? pourquoi nous a-t-on favorisés comme le « reste de nos concitoyens pendant plus de cent ans? Pour- « quoi nos rois, dans la cérémonie de leur sacre, ont-ils tou- « jours déclaré en termes exprès ( 1 ) que, lorsqu'ils promet- « tent de travailler à Textirpation des hérétiques, leur inteu* « tion n'est point de nous y comprendre, et qu'ils n'entendent « point de parler de nous en cet endroit-là? C'est, Monsei- « gneur, la conviction que je vous avois promise. Avant que « de finir cet article, il est bon que je touche une autre accusa- « tion que vous nous faites, puisque naturellement elle le re- « garde : c'est. Monseigneur, que nous sommes, dites-vous, des « séditieux et des perturbateurs de l'Etat, auquel cas vous pré- « tendez qu'on pourroit toujours nous punir, supposé qu'on « ne fût pas en droit de le faire en qualité d'hérétiques. Je « vous avoue, Monseigneur, que cet endroit de votre lettre m'a « étrangement surpris, et je n'en suis pas encore bien revenu; « je recoTois cela sans beaucoup d'étonnemcnt de la part de « tel membre de certaines sociétés qui sont assez connues; «( mais d*un homme de la probité et de la conscience de M. de « Meaux, c'est ce qui ne se peut lire sans chercher M. de « Meaux dans M. de Meaux même, ou, pour mieux dire, sans « appeler du moins de M. de 3Ieaux à M. de Condom; je veux « dire à ce sage prélat qui, dans ses premiers démêlés avec « nous, nous avoit donné tant de sujet de nous louer de son « honnêteté et de sa bonne foi. Par quelle de nos démarches « donc, s'il vous plaît. Monseigneur, pouvons-nous être accusés « de troubles et de sédition? Le régne de Sa Majesté étoit, « grâce à Dieu, depuis trente-cinq ans fort tranquille, et avant « ce triste deuil que la catholicité a tendu contre nous partons - hs quatn* coins du royaume depuis <iuelque temps, vi où
Il • Ufirth'f lmnrim, t. IV, ^». 13imIo Tan ICI T.. i Sol^ tl*" rnut^ur.]
AVEC ROSSLET. 237
nous sommes la partie souffraute et attaquée et non pas la pei'sécutrice et Fattaquaute, il ne se trouvera pas daus Thistoire de fort grands désordres ; en tout cas, le peu qu'il y en aura ne nous regardera point. Avons-nous eu quelque part, je vous prie , ni près ni loin , aux séditions de Nantes et de Bordeaux? (1 ) En avons-nous eu dans l'affaire du chevalier de Rohan (2) ou dans celle des empoisonneurs (3), dans laquelle on peut dire que des milliers de gens , de tout âge , de tout sexe, de tout rang et de tout ordre dans FËtat, se sont trouvés compris, excepté les nôtres, dont il ne s'est trouvé pas un seul? Â-t-on jamais découvert aucun acte de nos consistoires ou de nos synodes semblable au décret que la Sorbonne donna du temps d'Henri IV (4), portant permission à chacun de se révolter et de prendre les armes contre lui? Et dans ces légers brouillards qui avoieut obscurci les premières années de la minorité du roi , ne nous sommes-nous pas distingués par une fidélité qui ne s'est trouvée entière et à toute épreuve que parmi nous, et par des services (5) qui seuls ont affermi sur la tôte de ce prince une couronne qui sans cela en alloit \isiblcmcnt tomber, comme lui-même plusieurs fois , et par des actes authentiques en est demeuré d'accord ? D'ailleurs, Monseigneur, la question n'est pas si l'on doit punir les perturbateurs du repos public; nous sommes des premiers à en convenir, et nous l'avons pratiqué nous-mêmes contre nos propres frères, quand, par un emportement de zèle déréglé,
^\) Ces 8oalè\'emcnte h Bordeaux, fi Nantes, et dans quelques autres villes du Jihli ctde la Bretagne eurent lieu, m 1675, à l'occasion de l'introduction de nou- '«ox impôts. (Voir Sismondi, Histoire des Français, t. XXV, p. S13-320.)
W Voir!" partie, p. 65.
t>) Lei accusations d'cmi)oisoiuienicnts deviiurent tellement nombreuses^ '«» 1680, qu'une chambre de justice spéciale fut créée pour juger les empoison- "«»». (Voir Sismondi, t. XXV, p. 401-^06.)
W Udate de ce décret est du 10 février 1590. Voyez deThou, liv. XCVIII, ^•^'ip.m. kl et la Chronologie novennnire, t. l, p. m. 359; idem, V Abrégé de ^^'-eray, l. VI, p. m. 2Î; Mihi nutem, t. VII, p. 37, édit. Paris. [Sote de Catitew,]
^ L'histoire du service rendu k la couronne, piir M. de BcUeau, père de M. de Witre. {Poiaique du clergé, p. 166.) [Sote de l'auteur.]
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« ils ont pillé des églises et abattu des images, quoique dans le « fond ces images soient condamnées par nous ; la question est « si Ton doit envoyer aux galères, enfermer dans des fours et « rôtir au feu, comme les dragons Tont fait, de paisibles brebis « qui pensoient paître sûrement & Fombre et sous la houlette « de leur grand prince, et qui, bien loin d être des pertur- « bateurs de FEtat, étoient ses plus fermes colonnes et les plus « incorruptibles sujets de Sa Majesté. La question est s'il faut « foire un cercueil ou une prison de tout un vaste royaume, et « cela à la face des nations, à la moquerie des unes, au gémisse- « ment des autres, et généralement à 1^ condamnation de toutes ; « car enfin, Monseigneur, il ne faut pas que vous vous imposiez « là-dessus ; ce ne sont pas seulement nos frères d'Angleterre, « de Hollande et de Suisse, qui haussent les épaules de cette « honteuse conduite, ce sont les Espagnols et les Italiens qui « s'en étonnent; et je dirai bien plus, ce sont les païens et les « infidèles, les Indiens et les Turcs, qui s'en scandalisent et « qui de là prennent occasion de détester encore plus qu'ils ne < faisoient la brutalité et l'extravagance d'une religion qui « commet de telles barbaries ; je dirai plus encore : la France « elle-même, qui est présentement dans les ardeurs de sa «t fièvre, lorsque cet accès de fureur qui la transporte sert « passé, se cherchera elle-même en elle-même, aura son délire ^ en abomination, et s'arrachera les cheveux d'avoir été capable <« d'une pareille frénésie. Je ne parle point des jugements de « Dieu qui tôt ou tard ne démentiront point sa vengeance ordi- " naire ; ce n*est pas à moi à marquer les temps et les jours.
« Je viens, Monseigneur, au second chef que j'ai posé, et qui « regarde les faits d'histoire ; ce que j'ai à y dire servira en • même temps de réponse à deux choses que vous prétendez " dans votre lettre : Tune, qu'il y a eu de fréquents exemples « de persécution parles princes temporels, sur quoi vous citez « ce qui s'est passé à l'égard des ariens, des nestoriens et des •• pélagiens, auxquels nous joindrons encore, si vous voulez.